Jean-Honoré Fragonard

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Fragonard. Inspiration, Autoportrait, 1769

Autoportrait de Fragonard (1769)

 

Biographie

1732-1806 

Né à Grasse en 1732, Jean-Honoré Fragonard est le fils d’un garçon gantier. A l’âge de six ans, il quitte sa ville natale avec sa famille qui s’installe à Paris. Son goût pour la peinture apparaît très tôt et il commencera par travailler avec Jean Siméon Chardin (1699-1779), un grand peintre des natures mortes et des scènes de genre. A quatorze ans, il rejoint l’atelier de François Boucher (1703-1770). Ces deux grands artistes lui permettront d’atteindre très rapidement une exceptionnelle maîtrise technique.

En 1752, à l’âge de 20 ans, il remporte le Grand prix de l’Académie royale de peinture (prix de Rome) et il entre à l'École royale des élèves protégés alors dirigée par le peintre Carle Van Loo (1705-1765). En 1756, il part pour l’Académie de France à Rome et y restera jusqu’à 1761. Après un périple par les villes italiennes de Florence, Bologne et Venise, il rejoint Paris. La peinture du maître vénitien Tiepolo exercera sur lui une profonde influence, ainsi que le style baroque de Pietro da Cortona (Pierre de Cortone).

Dès son retour en France, Fragonard est accueilli comme un peintre confirmé ; il obtient la reconnaissance de la Cour, des commandes publiques et un atelier au Louvre. Il parvient à une aisance financière que les troubles politiques de la fin du siècle n’affecteront guère. Mais Fragonard ne cherche pas, comme Boucher, à mener une carrière officielle : il se consacre délibérément à une clientèle d’amateurs d’art.

Fragonard. La Liseuse, 1770-72Fragonard. La Liseuse, 1770-72

En 1769, il épouse Marie-Anne Gérard (1745-1823), peintre miniaturiste, originaire de Grasse, qui lui donnera la même année un premier enfant, Rosalie (1769-1788).

En 1773 et 1774, Fragonard s’engage comme guide du fermier général Pierre-Jacques-Onésyme Bergeret de Grancourt pour un voyage en Italie et en Europe centrale.

En 1780 naît un second enfant Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850), qui deviendra lui aussi peintre. Pendant la période révolutionnaire, Fragonard est nommé conservateur du Musée du Louvre par l’Assemblée Nationale. En 1805, il est expulsé du Louvre par décret impérial et s’installe alors chez son ami Veri, au Palais Royal.
Le 22 août 1806, il décède d’une congestion cérébrale.

La famille de Fragonard comporte de nombreux artistes : sa femme, Marie-Anne Gérard (miniaturiste), sa belle-sœur, Marguerite Gérard (1761-1837, peintre intimiste avec laquelle il a réalisé des œuvres en collaboration), Alexandre-Evariste Fragonard, son fils (peintre et sculpteur) et Théophile Fragonard, son petit-fils (1806-1876, peintre, dessinateur et graveur).

 

Œuvre

 

Fragonard est un grand virtuose de la peinture, admiré par certains impressionnistes comme Renoir ou Monet. Son œuvre, très riche, comporte les inévitables scènes mythologiques, encore présentes à la fin du 18e siècle (et même au 19e), mais aussi beaucoup de scènes de genre, selon la terminologie de l’époque. Il s’agit souvent de représentations plus ou moins sensuelles de la relation amoureuse. Fragonard a également peint quelques portraits et des paysages inspirés des peintres hollandais.

 

Scènes mythologiques

 

Fragonard. Psyché montrant à ses soeurs les présents de l'amour, 1751

Psyché montrant à ses sœurs les présents de l'amour (1751). Huile sur toile, 167 × 192 cm, National Gallery, Londres. Psyché est un personnage de la mythologie grecque. Fille d’un roi, d’une beauté exceptionnelle, elle suscite la jalousie d’Aphrodite, la déesse de l’amour. Comme de coutume dans la mythologie antique, elle est confrontée à de multiples péripéties.

Fragonard. Vénus et Cupidon, 1760

Vénus et Cupidon (1760). Huile sur toile, 37 × 34 cm, collection particulière. Vénus est la déesse de l’amour dans la mythologie romaine (Aphrodite chez les grecs). Cupidon, fils de Vénus, est le dieu de l’amour (Eros chez les grecs)

Fragonard. Renaud dans les Jardins d'Armide, 1763

Renaud dans les jardins d’Armide (1763). Huile sur toile, 72 × 91 cm, musée du Louvre, Paris. L'histoire racontée par ce tableau est tirée d’un épisode de La Jérusalem délivrée du Tasse, ouvrage paru en 1581. Le chevalier croisé Renaud, en route pour Jérusalem, est séduit par Armide, jeune sarrasine, dépitée d’avoir rendu amoureux tous les croisés sauf le jeune Renaud. Grâce à un sortilège, elle parvient à le rendre amoureux et le garde prisonnier de ses charmes, mais elle sera alors partagée entre l’amour qu’elle porte au jeune homme et la fureur d’avoir dû utiliser un charme pour parvenir à ses fins. (Notice musée du Louvre)

Fragonard. Corésus et Callirhoé, 1765

Corésus et Callirhoé (1765). Huile sur toile, 309 × 400 cm, misée du Louvre, Paris. Le titre d'origine est Le grand prêtre Corésus se sacrifie pour sauver Callirhoé. C’est avec ce tableau que Fragonard obtiendra son titre d’académicien en 1765. Il a choisi la peinture d’histoire que l’Académie situe au sommet des genres picturaux. L’œuvre, actuellement exposée au Louvre, a des dimensions imposantes : 309 × 400 cm. Il s’agit d’un sujet totalement original, qui n’avait jamais été représenté auparavant. Corésus aime passionnément la jeune Callirhoé, mais celle-ci ne lui renvoie que mépris et haine. Il demande vengeance à Bacchus, dont il est le grand prêtre, et celui-ci exige l’immolation de Callirhoé ou de quelqu’un qui s’offrirait pour elle. Personne ne se présente pour sauver Callirhoé. Corésus décide alors de se sacrifier pour elle. Le tableau de Fragonard représente l’instant où Corésus s’immole. L’œuvre fut unanimement appréciée et permit à Fragonard de faire une entrée triomphale à l’Académie.

Pour plus de détails sur le mythe : http://www.univ-montp3.fr/pictura/Diderot/SalonsCoresus.php

Fragonard. L'Adoration des Bergers, 1775

L’Adoration des Bergers (1775). Huile sur toile, 73 × 93 cm, musée du Louvre, Paris. Mythologie chrétienne. Episode biblique concernant la naissance de Jésus-Christ à Bethléem. Les bergers proches de Bethléem sont informés par des anges de la venue du Sauveur. Ils se rendent à la crèche pour se prosterner devant l’Enfant Jésus.

 

 

Jeux et escarpolettes

 

La représentation de jeux est une occasion de peindre des personnages en mouvement sur fond de paysages enchanteurs.  Ces scènes reflètent le bonheur de vivre, l’insouciance et la frivolité mais aussi parfois des jeux amoureux plein de charme comme le célèbre tableau Les hasards heureux de l’escarpolette. La composition de cette œuvre est magistrale avec, au centre, les roses et les blancs du personnage féminin sur fond de paysage luxuriant et vaporeux. Les deux diagonales représentent le mouvement : amant caché au pied de la statue, maîtresse sur la balançoire et cordes de la balançoire, d’une part, mari trompé, cordes d’impulsion et soulier de la femme qui s’envole, d’autre part. Ce tableau avait été commandé à Fragonard peu après son admission à l’Académie. Un courtisan souhaitait être représenté avec sa maîtresse comme un amant secret caché dans un buisson. A l’origine, un évêque devait pousser la balançoire de la jeune femme. Mais Fragonard recula devant cet aspect anticlérical qui pouvait lui être préjudiciable et remplaça fort heureusement l’ecclésiastique par le mari. La scène gagne ainsi une connotation plus galante, voire érotique, selon certains. Elle est surtout, de toute évidence, à la fois délicieuse et malicieuse, comme une scène de théâtre où les amants se jouent du mari trompé.

Pour deux interprétations de ce tableau, voir : La femme des Lumières

Entre 1775 et 1780, Fragonard reprendra le thème de La Balançoire, mais pour mettre l’accent sur le paysage. Ce tableau est l’un des plus beaux paysages de la peinture du 18e siècle.

Fragonard. La Bascule, 1750-55

La bascule (1750-55)

Huile sur toile, 120 × 94,5 cm, Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid.

Fragonard. Les Hasards heureux de l'Escarpolette, 1767

Les hasards heureux de l'escarpolette (1767). Huile sur toile, 81 × 64 cm, Wallace Collection, Londres.

Fragonard. Colin-maillard, 1770

Le colin-maillard (1751)

Huile sur toile, 117 × 91 cm, Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio.

Fragonard. La balançoire, 1775-80

La balançoire (1775-80)

Huile sur toile, 215,9 × 185,5 cm, National Gallery, Washington.

Fragonard. La Balançoire, détail, 1775-80

La balançoire, détail (1775-80)

Huile sur toile, 215,9 × 185,5 cm, National Gallery, Washington.

 

Les fêtes galantes

 

 En 1771, la maîtresse de Louis XV, Mme du Barry, demanda à Fragonard de peindre un cycle de tableaux pour le pavillon de Louveciennes (pavillon de musique de la comtesse) conçu par l’architecte Nicolas Ledoux et qui fut inauguré le 2 septembre 1771. Fragonard proposa quatre scènes sur le thème de « l’Amour réveillé dans le cœur d’une jeune fille ». Les tableaux furent installés à Louveciennes, mais Mme du Barry finit par les refuser au prétexte qu’ils ne s’accordaient pas avec le style néo-classique du pavillon. Le rococo était un peu passé de mode à cette époque et le néo-classique avait le vent en poupe. Fragonard conserva les tableaux qui sont aujourd’hui à New York (Collection Frick).

Fragonard. La Poursuite, 1771-73

La Poursuite (1773)

Huile sur toile, 318 × 216 cm, Frick Collection, New York.

Fragonard. La Surprise ou la Rencontre, 1771-73

La Surprise ou la Rencontre (1773)

Huile sur toile, 318 × 244 cm, Frick Collection, New York

Fragonard. L'Amant couronné, 1771

L'Amant couronné (1771)

Huile sur toile, 318 × 243 cm, Frick Collection, New York

Fragonard. La Lettre d'Amour, 1771

La Lettre d'Amour (1771)

Huile sur toile, 318 × 215 cm, Frick Collection, New York



Les scènes sensuelles et érotiques

 

Ce registre comporte une grande diversité de thèmes et de styles.

Scènes de nus
Fragonard. Les Baigneuses, 1761-65

 Les Baigneuses (1761-65). Huile sur toile, 64 × 80 cm, musée du Louvre, Paris. Tableau peint par Fragonard à son retour d’Italie, à la manière de Rubens et avec l'esprit du 18e siècle.

 Scènes d’intérieur concernant la relation amoureuse
Fragonard. La Leçon de Musique, 1769 La Leçon de Musique (1769). Huile sur toile, 110 × 120 cm, musée du Louvre, Paris.
Fragonard. La Lettre d'Amour, 1770 La Lettre d’amour (1770). Huile sur toile, 83,2 × 67 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.
 Scènes érotiques
Fragonard. Jeune Fille faisant jouer son chien sur son lit, 1765-72 Jeune Fille faisant jouer son chien sur son lit (1765-72). Huile sur toile, 70 × 87 cm, Fondation Cailleux, Paris.
Fragonard. La Gimblette, 1770-75 La Gimblette (1770-75). Huile sur toile, 89 × 70 cm, Alte Pinakothek. Munich.
Scènes laissant le doute à l’interprétation
Fragonard. Le Verrou, 1776-79

 Le Verrou (1776-79). Huile sur toile, 73 × 93 cm, musée du Louvre, Paris. Ce tableau a fait l’objet de longues dissertations, comme savent en faire les spécialistes, tant en ce qui concerne sa composition que sa symbolique, mais sans trouver d’accord sur sa signification exacte : scène d’amour ou de viol ? Peu importe au demeurant, l’essentiel étant dans l’esthétique de l’œuvre. Disons seulement que le consentement de la femme n’est pas très apparent…pour un non spécialiste.

 

Les portraits

  

Contrairement à ceux de François Boucher, les visages peints par Fragonard ont une forte expressivité.

Fragonard. Jeune Écolière, 1775-78

Jeune Ecolière (1775-78)

Huile sur toile, 45 × 38 cm, Wallace Collection, Londres.

Fragonard. Portrait d'une Chanteuse, 1770

Portrait d'une chanteuse (1770)

Huile sur toile.

Fragonard. La Liseuse, 1770-72

La Liseuse (1770-72)

Huile sur toile, 81 × 65 cm, National Gallery of Art, Washington. Le thème de la liseuse sera repris bien souvent par la suite. Celle de Fragonard exprime la quiétude de la lecture, moment de loisir, de détente et de découverte, instant privilégié pour une élégante privilégiée du 18e siècle. L’intérêt que prend le personnage à sa lecture nous donne l’impression de déranger, de troubler un moment de recueillement. Sur La liseuse, voir : Les yeux d'Argus 

 

Fragonard et Marguerite Gérard

 

 Fragonard a réalisé quelques tableaux en collaboration avec sa belle-sœur Marguerite Gérard, en particulier Le Baiser à la dérobée. On remarque nettement l’influence de Marguerite Gérard à la touche très lissée et aux contours précis que l’académisme du 19e siècle reprendra. Ce style est inspiré du peintre néerlandais Gabriel Metsu (1629-1667) : Femme lisant une lettre. Marguerite Gérard, plutôt oubliée aujourd’hui, connut une carrière de peintre couronnée de succès. Artiste de grand talent, ses tableaux sont très nombreux et concernent en particulier la vie de famille, les rituels féminins, les relations amoureuses : Le PrésentLa Leçon de Piano.

Gérard & Fragonard. Le Baiser la dérobée, 1787-88

Fragonard & M. Gérard. Le Baiser à la dérobée (1787-88)

Huile sur toile, 45 × 55 cm, musée de l'Hermitage, St-Pétersbourg

Gabriel Metsu. Femme lisant une lettre, 1665

Gabriel Metsu.  Femme lisant une lettre (1665)

Huile sur bois, 53 × 40 cm, National Gallery of Ireland, Dublin

Marguerite Gérard. Le Présent, 1785-88

M. Gérard. Le Présent (1785-88)

Huile sur toile, 55 × 45 cm, musée de l'Hermitage, St-Pétersbourg

Marguerite Gérard. La Leçon de Piano 1785-89

M. Gérard. La Leçon de Piano (1785-89)

Huile sur toile, 46 × 38 cm, Shickman Gallery, New York

 

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