La Vierge dans un jardin au 15e siècle. 10 chefs-d’œuvre
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Patrick AULNAS
La nature était perçue comme hostile au Moyen Âge. Ses violences et ses caprices rendaient la vie précaire et pouvaient facilement conduire à la famine et à la mort. Une portion de nature, protégée par des murs, représentait une solution sécurisante. Les monastères pouvaient disposer de jardins clôturés par des murs, lieux de promenades et de recueillement. Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que le thème du jardin clos ait été utilisé par les peintres. Il constituait une opportunité artistique en associant nature, architecture et personnages.
Mais ce thème pictural n’aurait pas pris une telle importance au Moyen Âge sans son aspect religieux. L’hortus conclusus (jardin clos) est un lieu imaginaire protégeant la Vierge Marie. Elle apparaît souvent avec l’Enfant Jésus auprès d’un buisson de roses. Ce thème du jardin clos et secret s’inspire d’un passage du Cantique des cantiques, l’un des livres de l’Ancien Testament : « Hortus conclusus soror mea, sponsa ; hortus conclusus, fons signatus » (Le jardin clos est ma sœur, ma fiancée ; le jardin clos est une source scellée). L’hortus conclusus a été associé à la représentation de la Vierge dans l’iconographie occidentale à partir du 15e siècle car il évoque symboliquement la virginité (la source scellée).
La présence de rosiers comporte également une dimension religieuse. La rose sans épine (rosa mystica) symbolise la pureté de la Vierge. Giovanni da Fidanza (1218-1274), canonisé sous le nom de Saint Bonaventure, s’adresse ainsi à Marie :
« Rose pure, rose d'innocence, rose nouvelle et sans épine, rose épanouie et féconde, rose devenue pour nous un bienfait de Dieu, vous avez été établie Reine des cieux ; il n'est personne qui puisse jamais vous être comparé ; vous êtes le salut du coupable, vous êtes le soutien de toutes nos entreprises »
Ce thème de la Vierge dans un jardin clos fait partie d’une évolution de plusieurs siècles de la représentation de la figure de Marie. En partant de la Vierge hiératique et schématique de l’art byzantin (Theotokos, 9e siècle), les peintres d’Europe occidentale ont d’abord imaginé une Vierge en majesté ou Maestà, très solennelle et lointaine (Cimabue, Vierge à l’Enfant entourée d’anges, 1280). Puis apparaît la Vierge dans un jardin clos, lieu paradisiaque beaucoup plus attractif pour l’observateur du tableau (Maître du Haut Rhin, Le Jardin de Paradis (v. 1410-20). Enfin, au 16e siècle, la Vierge, placée dans un environnement campagnard, est totalement humanisée (Raphaël, Madone à la prairie, 1506).
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Anonyme
Vierge à l’Enfant dans l’Hortus Conclusus (v. 1410)
Tempera sur bois, 28,6 × 18,5 cm, musée Thyssen-Bornemisza, Madrid.
Image HD sur MUSEE THYSSEN-BORNEMISZA
Cette composition est attribuée à un peintre non identifié de Westphalie, parfois appelé Wesphalian Master. La Vierge est assise dans un jardin fermé par une porte en bois et entouré d’une clôture tressée. A côté de cette porte, une grande rose ouverte fait allusion à la Vierge en tant que rose sans épines (rosa mystica). Apparaissent aussi des symboles tirés de l'Ancien Testament concernant la pureté de Marie : le buisson ardent à droite, la porte fermée de la vision d'Ézéchiel en haut à gauche. Le buisson ardent, c’est-à-dire comportant une flamme, apparaît à Moïse, mais il ne se consume pas. Du milieu du buisson, Dieu appelle Moïse pour lui signifier qu’il se trouve sur une terre sainte. Par la suite, ce buisson incombustible a également été associé à la virginité de la Vierge. Quant à la porte fermée de la vision d’Ezéchiel, elle concerne l’une des portes de la ville, restée fermée car Dieu y est passé et elle lui est réservée. Par la suite, cette porte close est également devenue un symbole de la virginité de Marie.
Toute cette symbolique de la virginité paraît aujourd’hui à la fois lourde et infantile, mais elle était considérée avec le plus grand sérieux au 15e siècle.
Ce panneau comporte un pendant représentant la Crucifixion.
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Le Jardin de Paradis (v. 1410-20)
Technique mixte sur bois, 26,3 × 33,4 cm, Städelsches Kunstinstitut und Städtische Galerie, Francfort-sur-le-Main.
Image HD sur GOOGLE ARTS & CULTURE
Cet artiste non identifié travaillait en Rhénanie et plus particulièrement à Strasbourg. Le Jardin de Paradis comporte tous les éléments emblématiques du gothique international : couleurs pures, élégance un peu maniérée des gestes, visages idéalisés (les adultes ont des visages d'enfants). L'atmosphère est évidemment très paisible. La Vierge est représentée lisant et l'Enfant Jésus jouant au premier plan. A droite, l'archange saint Michel porte des ailes. Les personnages baignent dans un jardin luxuriant totalement idéalisé, mais les espèces végétales sont reconnaissables (muguet par exemple au premier plan). Cette association de détails réalistes fondus dans un ensemble cherchant l'idéal caractérise tout particulièrement ce style international.
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Stefano da Verona
La Vierge dans un jardin de roses (v. 1420)
Tempera sur bois, 129 × 95 cm, museo di Castelvecchio, Vérone.
Stefano da Verona est le fils du peintre français Jean d’Arbois (14e siècle). Il a surtout travaillé à Vérone, d’où son pseudonyme. La Vierge, assise sur un coussin noir au milieu d’un ensemble végétal minutieusement représenté, est accompagnée de sainte Catherine qui tresse une couronne de fleurs apportées par de petits anges. Les attributs de la sainte (une roue et une épée) apparaissent en bas du tableau pour permettre de l’identifier. Deux paons aux lignes épurées encadrent la figure de Catherine. Le peintre a placé en haut à droite une fontaine dorée, symbole de paix et d’éternité, en évitant tout réalisme mais en s’inspirant des modèles liturgiques des orfèvres de l’époque.
Ce grand panneau, d’une finesse exceptionnelle, peut être considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre du thème de l’hortus conclusus.
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Pisanello
Vierge à la caille (1420)
Tempera sur bois, 54 × 32 cm, museo di Castelvecchio, Vérone.
« Dans cette œuvre, qui constituait probablement la partie centrale d'un petit polyptyque de dévotion domestique, Pisanello est capable de rendre les détails de la flore et de la faune avec la délicatesse d'un miniaturiste et le savoir d'un naturaliste : feuilles, fleurs, oiseaux, dont les cailles présentes au premier plan. Pisanello était le fils d'un marchand pisan et d'une mère véronaise ; il devint l'un des protagonistes majeurs de l'art italien du XVe siècle, admiré par les princes, célébré par les poètes, recherché par les cours les plus prestigieuses de la péninsule. Il s'est formé à Vérone et a laissé dans la ville certains des plus grands chefs-d'œuvre de la peinture gothique, comme L'Annonciation (église San Fermo) et Saint Georges et la princesse (église Sant’Anastasia). » (Commentaire museo di Castelvecchio)
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Stefan Lochner
Stefan Lochner. La Vierge au buisson de roses (v. 1440)
Technique mixte sur bois, 51 × 40 cm, Wallraf-Richartz-Museum, Cologne.
Image HD sur WIKIMEDIA
Une exceptionnelle réussite chromatique élève ce petit tableau au niveau du chef d’œuvre. Les couleurs se détachent puissamment sur le fond or, mais le peintre a choisi des couleurs complémentaires pour accroitre encore la luminosité de l’ensemble : vert et rouge du massif de rosiers, bleu et jaune des anges musiciens. En conservant la fraîcheur enfantine des peintres du gothique international associée à un réalisme des détails naturalistes issu de la peinture flamande, Stefan Lochner parvient à une œuvre majeure de la peinture du 15e siècle.
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Maître de la Vie de Marie
Vierge avec des saints dans une tonnelle (v. 1470)
Tempera sur bois, 100,5 × 88,6 cm, Gemäldegalerie, Berlin.
Cette composition est l’œuvre d’un artiste non identifié de Cologne appelé Maître de la Vie de Marie.
« Marie est assise avec l'enfant Jésus sous une tonnelle – un lieu paradisiaque – en compagnie de sainte Catherine, sainte Madeleine et sainte Barbe. Au premier plan, on aperçoit une famille non identifiée qui a probablement fait don du tableau à une église de Cologne en sa mémoire. Le maître faisait partie des artistes qui ont modernisé la peinture à Cologne après 1450 sous l'influence de Rogier van der Weyden. » (Commentaire Gemäldegalerie)
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Martin Schongauer
La Vierge au buisson de roses (1473)
Huile sur bois, 201 × 112 cm, église des Dominicains, Colmar
Image HD sur WIKIMÉDIA
L’arrière-plan est constitué d’un treillage supportant des rosiers et sur lequel perchent des oiseaux dont il est possible d’identifier l’espèce. Cette minutie dans la représentation de certains détails caractérise le style gothique international. L’image de cette Vierge rêveuse restitue humilité, délicatesse et tendresse maternelle. Le nimbe d’or surplombant la tête comporte une inscription : « Me carpes genito tu que sanctissima virgo » (Tu me cueilleras pour ton fils, toi aussi, très Sainte Vierge). La finesse, l’équilibre et la réussite chromatique font de cette composition l’un des chefs-d’œuvre du gothique international.
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Sandro Botticelli
Vierge à l’Enfant avec deux saints Jean (1485)
Huile sur bois, 180 × 185 cm, Gemäldegalerie, Berlin.
Image HD sur GOOGLE ART & CULTURE
Ce tableau est aussi connu sous le titre Madone Bardi, du nom de son commanditaire. La Vierge s'apprête à donner le sein à l’Enfant. Elle est entourée de Saint Jean Baptiste, à gauche, et de Saint Jean l'Evangéliste, à droite. Botticelli innove en abandonnant totalement le fond or des compositions antérieures pour le remplacer par un décor végétal.
L’originalité de la composition provient également de la synthèse de deux thématiques de la peinture du 15e siècle : la conversation sacrée et l’hortus conclusus. Dans une conversation sacrée, la Vierge est entourée de personnages de saints qui semblent bavarder entre eux. Le jardin clos est ici délimité par la margelle et le trône au premier plan, la végétation à l’arrière-plan.
Ces innovation formelles et thématiques alliées à la finesse du dessin de Botticelli et à la parfaite symétrie de la composition élèvent ce tableau au niveau des chefs-d’œuvre du genre.
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Hans Memling
Hans Memling. Vierge à l'enfant entre deux anges (1485-90)
Huile sur bois, 36 × 26 cm, musée du Prado, Madrid.
Image HD sur MUSÉE DU PRADO
Memling place la Vierge dans un véritable jardin avec en arrière-plan un paysage s’étendant vers l’infini. Pour la première fois, la figure de Marie apparaît dans un environnement terrestre véritablement réaliste. Memling concède seulement à la tradition antérieure deux anges très humanisés. Cette œuvre préfigure la peinture du 16e siècle.
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Maître de la Virgo inter Virgines
La Vierge à l'Enfant avec quatre saintes vierges (1495-1500)
Huile sur bois, 123 × 101 cm, Rijksmuseum, Amsterdam.
Image HD sur GOOGLE ART & CULTURE
Cet artiste néerlandais non identifié était actif à Delft à la fin du 15e siècle. Il est désigné par l’expression Maître de la Vierge entre les vierges provenant du présent tableau. Le réalisme des figures et de l’architecture, la rigueur géométrique de la composition, la précision du dessin et le traitement méticuleux des détails décoratifs (vêtements, bijoux) en font un précurseur majeur de la peinture néerlandaise des siècles suivants.
« Ce tableau est une ode à la chasteté. La Vierge est assise dans un jardin clos, symbole de virginité, entourée de quatre autres vierges (“virgo inter virgines”). D'après les attributs qui ornent leurs colliers, on peut identifier Sainte Catherine avec une roue et une épée, Sainte Cécile avec un orgue, Sainte Barbe avec une tour et Sainte Ursule avec un cœur et une flèche. » (Commentaire Rijksmuseum)
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