Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses (v. 1420)

 
 
 

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Patrick AULNAS

La peinture occidentale a fait une place éminente à la représentation de la Vierge à l’Enfant. Le thème particulier de la Vierge dans un jardin clos a connu un développement important au 15e siècle. Ce panneau du peintre italien Stefano da Verona,  fils du peintre français Jean d’Arbois, fait partie des chefs-d’œuvre du genre.

 

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses (v. 1420)

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses (v. 1420)
Tempera sur bois, 129 × 95 cm, Museo di Castelvecchio, Vérone.
Image HD sur GOOGLE ARTS & CULTURE

 

Contexte historique : le style gothique international

Stefano da Verona est rattaché par les historiens au style gothique international qui s’était développé dans la seconde moitié du 14e siècle dans toute l’Europe. L’élégance un peu maniériste des personnages et l’accumulation de détails minutieusement représentés à partir du réel (fleurs, oiseaux par exemple) caractérisaient ce style et se retrouvent dans La Vierge dans un jardin  de roses. Historiquement, la Vierge à l’Enfant a d’abord été une Vierge en majesté :

 

La Vierge et l'Enfant ou Théotokos (9e siècle)

La Vierge et l'Enfant ou Théotokos (9e siècle)
Mosaïque, Basilique Sainte-Sophie, Istanbul.

 

Sur cette mosaïque byzantine la Vierge est un personnage imposant, siégeant sur un trône royal stylisé car tout réalisme était exclu dans l’art byzantin. L’accent est mis sur la dignité ; il s’agit de solenniser la figure religieuse.

A partir de la pré-Renaissance italienne (fin 13e siècle), la figure de la Vierge à l’Enfant s’humanise progressivement pour aboutir à la Vierge de l’humilité. Le trône disparaît et les deux personnages sont placés dans en environnement architectural ou végétal plus proche du réel. L’accent est mis sur la douceur et la tendresse de la mère pour son enfant. Le réalisme peut parfois aller très loin comme sur les Panneaux de Flémalle de Robert Campin où la Vierge allaite son enfant :

 

Campin. Panneaux de Flémalle, Vierge à l'enfant (v. 1430)

Robert Campin. Panneaux de Flémalle, Vierge à l'enfant (v. 1430)
Huile sur bois, 149,1 × 58,3 cm, Städel, Francfort-sur-le-Main.

 

La Vierge de Stefano da Verona se rapproche de la Vierge de l’humilité, qui deviendra une figure maternelle totalement humanisée dans le courant du 15e siècle.

 

Le thème de la Vierge dans un jardin

Ce thème est beaucoup plus fréquent dans la peinture du nord de l’Europe, en particulier en Rhénanie où il a été traité par le Maître du Haut Rhin, par Stefan Lochner et par Martin Schongauer.

Les monastères pouvaient disposer de jardins clôturés par des murs, lieux de promenades et de recueillement. Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que le thème du jardin clos ait été utilisé par les peintres. Il constituait une opportunité artistique en associant nature, architecture et personnages.

Mais ce thème pictural n’aurait pas pris une telle importance au Moyen Âge sans son aspect religieux. L’hortus conclusus (jardin clos) est un lieu imaginaire protégeant la Vierge Marie. Elle apparaît souvent avec l’Enfant Jésus auprès d’un buisson de roses. Ce thème du jardin clos et secret s’inspire d’un passage du Cantique des cantiques, l’un des livres de l’Ancien Testament : « Hortus conclusus soror mea, sponsa ; hortus conclusus, fons signatus » (Le jardin clos est ma sœur, ma fiancée ; le jardin clos est une source scellée). L’hortus conclusus a été associé à la représentation de la Vierge dans l’iconographie occidentale à partir du 15siècle car il évoque symboliquement la virginité (la source scellée).

La présence de rosiers comporte également une dimension religieuse. La rose sans épine (rosa mystica) symbolise la pureté de la Vierge. Giovanni da Fidanza (1218-1274), canonisé sous le nom de Saint Bonaventure, s’adresse ainsi à Marie :

« Rose pure, rose d'innocence, rose nouvelle et sans épine, rose épanouie et féconde, rose devenue pour nous un bienfait de Dieu, vous avez été établie Reine des cieux ; il n'est personne qui puisse jamais vous être comparé ; vous êtes le salut du coupable, vous êtes le soutien de toutes nos entreprises. »

 

Analyse de l’œuvre

 

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses, détail

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses, détail

 

La Vierge, assise sur un coussin noir au milieu d’un ensemble végétal minutieusement représenté, est accompagnée de sainte Catherine qui tresse une couronne de fleurs apportées par de petits anges. Les attributs de la sainte (une roue et une épée) apparaissent en bas du tableau pour permettre de l’identifier. Deux paons aux lignes épurées encadrent la figure de Catherine. Le peintre a placé en haut à droite une fontaine dorée, symbole de paix et d’éternité, en évitant tout réalisme mais en s’inspirant des modèles liturgiques des orfèvres de l’époque.

 

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses, détail

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses, détail

 

La minutie des éléments végétaux représentés, en particulier les roses garnissant la clôture, est une caractéristique du style gothique international, de même que la gestuelle élégante se manifestant par la position des mains des deux figures et l’élongation des doigts. Les anges apparaissent aussi dans la plupart des œuvres similaires mais, pour animer la composition, l’artiste les a traités ici comme des oiseaux virevoltant dans le jardin.

L’attribution de la Madona del Roseto (traduit par La Vierge dans un jardin de roses) reste discutée. Deux peintres sont cités : Stefano da Verona (v. 1374-1438) et plus récemment Michelino da Besozzo (1370-1455). Quoiqu’il en soit, l’originalité de cette composition réside dans sa quasi non-figuration du jardin clos, qui semble n’être qu’un décor, une sorte de tapisserie. Les compositions sur le même thème représentent le jardin avec une clôture et des accessoires divers en recherchant la vérité de la représentation. Le peintre de la Madona del Roseto a seulement évoqué le jardin clos sans accentuer le réalisme de la composition. Bien au contraire, il a cherché à transformer ce jardin en un lieu paradisiaque empruntant ses éléments à la nature terrestre mais dont la structure n’est que suggérée et non représentée.

 

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses (v. 1420), détail

Stefano da Verona. La Vierge dans un jardin de roses, détail

 

Ainsi, la clôture en treillage fleuri est noyée dans l’ensemble des éléments végétaux et n’apparaît nettement qu’en se rapprochant du panneau. La fontaine, en haut à gauche, est stylisée et aucun élément matériel ne la rattache à une installation utilitaire. Le caractère intemporel de ce petit panneau sur fond or est accentué par l’impression de vue aérienne : le spectateur est au-dessus de la Vierge et de sainte Catherine, comme s’il était Dieu observant le paradis terrestre.

Le thème de l’hortus conclusus permettait d’évoquer par l’image le paradis originel (Ancien Testament) avec des figures appartenant au Nouveau Testament (Marie) ou même à la tradition chrétienne postérieure (les saints et saintes). La nature était perçue comme hostile au Moyen Âge. Ses violences et ses caprices rendaient la vie précaire et pouvaient facilement conduire à la famine et à la mort. Une nature paradisiaque appartenait au domaine du divin. Dans l’hortus conclusus, la représentation de la nature comporte simultanément une représentation exacte de la végétation et une idéalisation tenant à la spiritualité du sujet.

Le peintre de La Vierge dans un jardin de roses est parvenu à représenter cette dualité du sentiment de la nature avec une acuité qui élève ce petit panneau au rang des grands chefs-d’œuvre du gothique international.

 

Autres compositions sur le même thème

Voir La Vierge dans un jardin au 15e siècle. 10 chefs-d’œuvre

 

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