Edward Hopper

 

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Patrick AULNAS

Autoportraits

Edward Hopper. Autoportrait (1903)

Edward Hopper. Autoportrait (1903)
Huile sur toile, 36 × 26 cm, Whitney Museum of American Art, New York.

 

 

 

Edward Hopper. Autoportrait (1925-30)

 

Edward Hopper. Autoportrait (1925-30)

Huile sur toile, 64,5 × 51,8 cm, Whitney Museum of American Art, New York.

 

 

Biographie

1882-1967

Edward Hopper naît le 22 juillet 1882 à Nyack, commune de l’État de New York située sur la rivière Hudson. Ses parents, Elizabeth Griffiths Smith et Garret Henry Hopper, sont des commerçants aisés. Avec sa sœur Marion, il fréquente diverses écoles publiques et privées et révèle dès l’âge de cinq ans un talent pour le dessin. Ses parents l’encouragent en lui fournissant du matériel de dessin et des ouvrages pédagogiques illustrés. Dès l’adolescence, il dessine à l'encre et au fusain, peint à l'aquarelle et réalise même des caricatures politiques.

 

 

Maison d’enfance d’Edward Hopper à Nyack

 

Maison d’enfance d’Edward Hopper à Nyack (devenue un musée)

 

 

Il commence ses études artistiques par correspondance en 1899 puis s’inscrit à la New York School of Art and Design où il étudie pendant six ans. Parmi ses professeurs figurent le peintre impressionniste américain William Merritt Chase (1849-1916) et Robert Henri (1865-1929), l’un des chefs de file de l’Ashcan School, qui prônait une peinture réaliste de la vie urbaine. Robert Henri faisait découvrir à ses élèves les maîtres anciens et modernes qu’il vénérait : Rembrandt, Velázquez, Vermeer, Manet, Degas. Pendant ses années d’étude, Hopper peint de nombreux tableaux (paysages, portraits, nus, natures mortes).

Entre 1906 et 1910, Edward Hopper effectue trois séjours en Europe. Outre Paris, il visite plusieurs villes européennes (Amsterdam, Londres, Madrid, Tolède, Berlin, Bruxelles). Paris étant à cette époque le centre de l’innovation picturale occidentale, il peut découvrir les nouveaux courants (impressionnisme, symbolisme, fauvisme) mais aussi les grands maîtres des siècles passés dans les musées européens. Son père était déjà francophile ; il le devient également et continuera à lire en français pendant toute sa vie.

 

 

 

Edward Hopper. Intérieur en été (Summer Interior, 1909)

 

Edward Hopper. Intérieur en été (Summer Interior, 1909)

Huile sur toile, 62 × 74 cm, Whitney Museum of American Art, New York.

 

 

Hopper s’installe définitivement à New York en 1908 et, pour vivre, travaille comme dessinateur publicitaire et illustrateur de livres et de périodiques. Dans la décennie 1910-1920, il participe à plusieurs expositions mais sans véritable succès. En exposant ses toiles, il commence cependant à être connu des critiques d’art. En 1913, il déménage vers un appartement situé à Greenwich Village, sur Washington Square North, où il restera toute sa vie. En 1920, à l’âge de 37 ans, a lieu sa première exposition personnelle au Whitney Studio Club qui expose seize de ses toiles.

 

 

3 Washington Square North à New York

 

Immeuble où ont vécu Hopper et son épouse, 3 Washington Square North à New York

 

 

 

En 1924, il se marie avec Josephine Verstille Nivison (1883-1968), surnommée Jo, peintre, qui avait également suivi les cours de Robert Henri. Jusqu’à leur mort en 1967 et 1968, les deux époux connaîtront une existence presque érémitique dans l’appartement de Washington Square qu’ils quitteront principalement pour passer l’été à Cape Cod, dans le Massachussetts, où ils achèteront une maison. Jo s’efface professionnellement devant son mari et devient son inspiratrice, sa commentatrice, son modèle, sa conseillère. Elle explicite elle-même sa démarche en écrivant : « S’il ne peut y avoir de place que pour l’un d’entre nous, ce ne peut être que lui. » Mais les deux époux sont profondément différents : Edward est introverti et timide, Jo est communicative. Elle en souffre et écrit : « Parfois, parler avec lui était comme jeter un caillou dans un puits, à cette différence près qu’on ne l’entendait pas heurter le fond. » Malgré les conflits, la collaboration professionnelle étroite durera des décennies. Jo ne survivra que dix mois à son mari.

 

 

 

Edward et son épouse Josephine, dite Jo

 

Edward et son épouse Josephine, dite Jo

 

 

 

C’est aussi en 1924 que le succès arrive avec la deuxième exposition personnelle de Hopper à la Frank K. Rehn Gallery de New York où figurent principalement des aquarelles. Toutes ses peintures sont vendues. En 1930 le tout nouveau MoMA (Museum of Modern Art de New York) achète son tableau House by the Railroad (Maison au bord de la voie ferrée).

 

 

 

Edward Hopper. The House by the Railroad (1925)

 

Edward Hopper. Maison au bord de la voie ferrée (The House by the Railroad, 1925)

Huile sur toile, 61 × 73 cm, Museum of Modern Art, New York.

 

 

 

Ce tableau comporte toutes les caractéristiques essentielles du style de Hopper : formes nettes, jeux d’ombre et de lumière, cadrage photographique, ambiance de solitude et d’immobilité qui persiste même en présence de figures humaines. Les années trente consacrent Edward Hopper comme un artiste de premier plan et ses œuvres sont acquises par les musées américains pour des prix élevés. Le succès se poursuit dans les années quarante. Edward Hopper et sa femme ont alors deux lieux de vie : l’appartement de New York et la maison qu’ils ont achetée à Cape Cod dans le Massachusetts, où ils passent leurs étés. Les paysages naturels ou urbains de la région constituent une source d’inspiration permanente pour l’artiste.

 

 

 

La maison d’Edward Hopper et Jo à Truro (Massachussetts)

 

La maison d’Edward Hopper et Jo à Truro (Massachussetts), construite en 1934

 

 

 

Dans les décennies 1950 et 1960, l’apparition de nouvelles formes artistiques orientées vers l’abstraction fait perdre à Edward Hopper la faveur de la critique d’art. Mais l’art abstrait s’étant fréquemment fourvoyé dans des voies sans issue, Hopper reste très apprécié du public et ses œuvres s’échangent aujourd’hui pour des prix considérables.

Edward Hopper meurt à son domicile de New York, à Washington Square, le 15 mai 1967. Il est inhumé au cimetière d’Oak Hill à Nyack, son lieu de naissance. Sa femme Josephine décède dix mois plus tard et est inhumée avec lui. Jo a légué leur collection commune de plus de trois mille œuvres au Whitney Museum of American Art.

 

 

 

Edward Hopper. Summertime (1943)

 

Edward Hopper. Été (Summertime, 1943)
Huile sur toile, 74 × 112 cm, Delaware Art Museum, Wilmington.

 

Œuvre

Edward Hopper n’est pas un peintre prolifique. Il a réalisé 366 toiles et de nombreux dessins conservés principalement par les musées américains. Sa célébrité mondiale dans le grand public résulte du caractère figuratif de son art et de l’adéquation entre son ressenti sur notre société et celui, plus ou moins enfoui, de nombreux occidentaux. Issu du réalisme américain, son style évolue fortement. De son séjour à Paris au début du 20e siècle, il retient surtout l’impressionnisme. Certaines de ses peintures des années 1910 sont marquées par cette influence.

 

 

Edward Hopper. Monhegan Houses, Maine (1916-19)

 

Edward Hopper. Monhegan Houses, Maine (1916-19)

Huile sur toile, 23 × 33 cm, Portland Museum of Art, Maine.

 

 

 

Si l’œuvre de Hopper est diversifié (paysages, portraits, natures mortes, scènes de genre), il se fera connaître avec des scènes urbaines évoquant la solitude, la nostalgie, la mélancolie de l'homme des grandes cités de l'Occident du 20e siècle. Son style très personnel se caractérise par de puissants effets d'ombre et de lumière, des formes géométriques aux contours parfaitement délimités et de grands aplats de couleurs. L'œuvre de ce grand artiste reflète les incertitudes de la classe moyenne occidentale au cours du 20e siècle. Hopper nous suggère que la sortie de l'ancestrale pénurie économique et l'avènement de la consommation de masse ne conduisent pas nécessairement au bonheur. Solitude, angoisse, questionnements multiples redoublent d'intensité lorsqu'il ne s'agit plus de chercher des moyens de vivre mais de trouver des raisons de vivre.

 

 

 

Edward Hopper. Les oiseaux de nuit (Nighthawks, 1942)

 

Edward Hopper. Les oiseaux de nuit (Nighthawks, 1942)

Huile sur toile, 84 × 152 cm, Art Institute of Chicago.

 

 

 

Chacun peut construire son propre récit à partir des tableaux d’Edward Hopper. Ils sont propices à des narrations variées et subjectives. Cette caractéristique rapproche les œuvres de ce peintre du 20e siècle des scènes de genre des siècles antérieurs, celles de Vermeer par exemple, qui pouvaient aussi faire rêver l’observateur. Elle les distingue des scènes mythologiques ou religieuses du passé dont l’interprétation ne peut dévier du récit religieux connu de tous. Hopper est ainsi le grand spécialiste de la scène de genre occidentale placée dans un paysage urbain, mais avec pour ambition de suggérer l’intériorité, comme il l’exprime parfaitement lui-même : « Le grand art est l'expression extérieure de la vie intérieure de l'artiste, et cette vie intérieure se traduira par sa vision personnelle du monde. »

Au fil du temps, ses tableaux deviendront de plus en plus épurés, tout en conservant une intensité dramatique forte mais contenue.

 

 

 

Edward Hopper. Rooms by the sea (1951)

 

Edward Hopper. Chambres au bord de la mer (Rooms by the sea, 1951)

Huile sur toile 74 × 101 cm, Yale University Art Gallery, New Haven, Connecticut.

 

 

 

Edward Hopper restera probablement dans l’histoire de l’art un peintre emblématique de l’Occident du 20e siècle, influencé stylistiquement par le cinéma et la photographie et nous racontant dans chacun de ses tableaux tout le tragique de l’incommunicabilité entre humains dans une société axée sur la communication tous azimuts.

 

 

 

Edward Hopper. Pont du Carrousel in the Fog (1907)

Edward Hopper. Pont du Carrousel dans la brume (1907). Huile sur toile, 59 × 72 cm, Whitney Museum of American Art, New York. Séjournant à Paris, le jeune Edward Hopper (25 ans) tente l’approche impressionniste, alors couramment admise dans le milieu artistique. Mais les leçons de Robert Henri, qui préconisait de peindre la réalité urbaine et non une idéalisation, ont également été entendues. Une grue charge des matériaux dans une charrette et des silhouettes d’ouvriers au travail apparaissent.

Edward Hopper. Intérieur en été (Summer Interior, 1909)

Edward Hopper. Intérieur en été (Summer Interior, 1909). Huile sur toile, 62 × 74 cm, Whitney Museum of American Art, New York. Hopper a réalisé un certain nombre de nus dans sa jeunesse. Dans Intérieur en été, une femme à demi-nue, assise sur le sol à côté d’un lit, semble totalement abattue. La peintre ne s’attarde pas sur la chambre sommairement meublée mais évoque par des formes simples un univers bourgeois conventionnel. Il cherche à créer un climat de solitude et de mélancolie. Une chambre confortable dans les États-Unis du début du 20e siècle ne conduit pas nécessairement au bonheur. Cette femme désespérée recherche autre chose.

Edward Hopper. Gloucester Harbour (1912)

Edward Hopper. Port de Gloucester (Gloucester Harbour, 1912). Huile sur toile, 67 × 97,3 cm, Whitney Museum of American Art, New York. Gloucester est une commune côtière du Massachusetts, fondée en 1623. Elle a hérité du nom de la commune anglaise éponyme. Hopper semble influencé par les tendances européennes de l’époque (fauvisme, cubisme). Il néglige la perspective, jugée datée, et enchevêtre les volumes : bateaux, toitures se chevauchent dans un ensemble visuels privilégiant les couleurs froides.

Edward Hopper. Monhegan Houses, Maine (1916-19)

Edward Hopper. Monhegan Houses, Maine (1916-19). Huile sur toile, 23 × 33 cm, Portland Museum of Art, Maine. Monhegan est une petite île très peu peuplée située dans l’État du Maine, à une vingtaine de kilomètres du continent. L'île attire les artistes à la fin du 19e siècle et devient célèbre. Rockwell Kent, Edward Hopper, George Bellows y ont séjourné. Surtout influencé par l’impressionnisme, Hopper restitue sa lecture subjective du paysage en éclairant la toile avec les murs blancs de la maison centrale contrastant fortement avec le bleu de l’océan.

Edward Hopper. The House by the Railroad (1925)

Edward Hopper. Maison au bord de la voie ferrée (The House by the Railroad, 1925). Huile sur toile, 61 × 73 cm, Museum of Modern Art, New York. « Une lueur de fin d'après-midi imprègne Maison au bord de la voie ferrée, qui représente une grande maison victorienne, dont la base et le jardin sont masqués par les rails d'un chemin de fer. Les rails créent une barrière visuelle qui semble bloquer l'accès à la maison, isolée dans un paysage vide. La juxtaposition de la maison et de la voie ferrée peut être interprétée comme une confrontation entre l’immobilité de la tradition et la mobilité désormais possible dans l'Amérique du début du vingtième siècle. Cette thématique évoque également l'atmosphère à la fois calme et pesante qui allait devenir la caractéristique principale de l'œuvre de cet artiste […]
En 1929-30 Maison au bord de la voie ferrée a été présenté à Paintings by 19 Living Americans, première exposition du Museum of Modern Art consacrée exclusivement à l'art américain. Le tableau, acquis par le MoMA en 1930, fut l'une des premières œuvres à entrer dans la collection du musée. » (Commentaire MoMA)

Edward Hopper. Light at Two Lights (1927)

Edward Hopper. Lumière à Two Lights (Light at Two Lights, 1927). Aquarelle et graphite sur papier, 35 × 51 cm), Whitney Museum of American Art, New York. « Les phares étaient l'un des sujets favoris d'Edward Hopper. Il a commencé à les dessiner en tant qu'étudiant et a ensuite peint un certain nombre de phares dans le Maine, dont celui figurant sur cette aquarelle, le Cape Elizabeth Light, également connu sous le nom de Two Lights. En 1927, Hopper achète une voiture et passe l'été à Cape Elizabeth, juste au sud de Portland. Là-bas, il a réalisé plusieurs compositions du phare en utilisant le crayon, l'huile et l'aquarelle. Travaillant sur place, il s'est concentré sur la représentation des formes austères de la structure ainsi que des conditions climatiques changeantes. Ici, Hopper représente le phare sous un ciel bleu lumineux, la maison du gardien ajoutant une note de fantaisie décorative à l’édifice ne comportant aucun ornement. » (Commentaire Whitney Museum of American Art)

Edward Hopper, Prospect Street, Gloucester (1928)

Edward Hopper. Prospect Street, Gloucester (1928)
Aquarelle sur papier, 35 × 50 cm, collection particulière.

 

Edward Hopper. Sun on Prospect Street (Gloucester, Massachusetts) (1934)

Edward Hopper. Sun on Prospect Street (Gloucester, Massachusetts) (1934)
Huile sur toile, 71 × 92 cm, Cincinnati Art Museum.

 

Comme beaucoup d’artistes, Hopper pouvait reprendre une composition rapidement réalisée. « Hopper a peint cette huile de 1934 à partir d'une aquarelle qu'il a réalisée en 1928 à Gloucester, Massachusetts, un port de pêche qui avait attiré des artistes depuis le milieu du XIXe siècle. Ici, Hopper a remplacé la fraîcheur aérienne de l'aquarelle par la lumière vive et impitoyable qui imprègne ses toiles et accentue leur vide enveloppant. Il a éliminé des détails humanisants tels que les petits carreaux des fenêtres et les rideaux présents dans l’aquarelle, amplifiant ainsi la place du vide et renforçant la géométrie abstraite de la composition. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Edward Hopper. Fenêtres de nuit (Night Windows, 1928)

Edward Hopper. Fenêtres de nuit (Night Windows, 1928). Huile sur toile, 74 × 86 cm, Museum of Modern Art, New York. « S'occupant de ses affaires personnelles dans son appartement, la femme anonyme de Fenêtres de nuit ignore le regard du spectateur. Le tableau met en évidence les opportunités voyeuristes de la ville américaine moderne et la contradiction qu'elle engendre entre l'accès à la vie personnelle d’autrui et la solitude et l'isolement urbains. La ville nocturne est un sujet fréquent dans l'œuvre de Hopper de la fin des années 1920 au début des années 1930. Ici, la composition autour de trois fenêtres permet de dramatiser la scène en opposant l'intérieur éclairé et la nuit noire, juxtaposition que l'artiste décrit comme "une sensation visuelle commune" ». (Commentaire MoMA)

Edward Hopper. Chop Suey (1929)

Edward Hopper. Chop Suey (1929). Huile sur toile 81,3 × 96,5 cm, collection particulière. Deux femmes, typiquement vêtues à la mode des années 20, se font face dans une salle de restaurant mais semblent perdues dans leur monde intérieur. Il en va de même du couple en arrière-plan. Les jeux d’ombre et de lumière, qui occupent toujours une place essentielle chez Hopper, sont particulièrement soignés dans Chop Suey. Le tableau a été vendu par Christie’s en 2018 pour 91,875 millions de dollars. Il provenait de la collection privée de l’homme d’affaires américain Barney A. Ebsworth, qui venait de mourir. Ebsworth l’avait acheté 170 000 dollars en 1970.

Edward Hopper Early Sunday Morning (1930)

Edward Hopper. Tôt un dimanche matin (Early Sunday Morning, 1930). Huile sur toile, 89 × 153 cm, Whitney Museum of American Art, New York. « Tôt un dimanche matin est l'une des peintures les plus emblématiques d'Edward Hopper. Bien qu'il ait décrit ce travail comme "presque une traduction littérale de la Septième Avenue", Hopper a réduit la rue de New York à l'essentiel. Le lettrage des panneaux de fenêtre est illisible, l'ornement architectural est dessiné de manière sommaire et la présence humaine est simplement suggérée par les rideaux qui différencient légèrement les appartements. Les longues ombres matinales du tableau n'apparaîtraient jamais sur une rue nord-sud telle que la Septième Avenue. Pourtant, ces mêmes contrastes d'ombre et de lumière, et la succession de verticales et d'horizontales, créent en début de journée l'atmosphère chargée, presque théâtrale, d'immeubles vides dans une rue peu peuplée. Bien que Hopper soit connu comme le peintre réaliste américain par excellence du vingtième siècle, et que ses peintures soient fondamentalement représentatives, cette œuvre montre son goût pour les formes simplifiées, les surfaces reconstituées et les compositions soigneusement construites. » (Commentaire Whitney Museum of American Art)

Edward Hopper. The Long Leg (1935)

Edward Hopper. The Long Leg (1935). Huile sur toile, 51 × 77 cm, The Huntington Art Gallery, San Marino, California. « Les peintures d'Edward Hopper sont caractérisées par l'isolement, la mélancolie et la solitude. The Long Leg représente un voilier près du phare de Long Point à Provincetown, Massachusetts, vers 3 heures de l'après-midi. Le bateau navigue contre le vent dans une série en zigzag en tirant des bords. Bien que le tableau représente une scène de loisir, personne n'est visible sur le bateau ni dans le paysage. L'observation précise de la lumière et du comportement du bateau par Hopper le rattache à la tradition du réalisme américain, mais la composition austère et réductrice et l’ambiance d'isolement reflètent l'esprit abstrait et impersonnel du modernisme. » (Commentaire The Huntington Art Gallery)

Edward Hopper. Essence (1940)

Edward Hopper. Essence (Gaz, 1940). Huile sur toile, 67 × 102 cm, Museum of Modern Art, New York. « Cette œuvre résulte d'une représentation composite de plusieurs stations-service vues par l'artiste. La lumière à la fois naturelle et artificielle éclairant au crépuscule cette station-service et son unique personnage crée une atmosphère dramatique latente. Mais il ne s’agit pas pour Hopper de représenter fidèlement une scène de la vie quotidienne ; il résume ainsi son objectif : "la transcription la plus exacte possible de mes impressions les plus intimes de la nature" – dans ce cas, la solitude d'une route de campagne américaine. » (Commentaire MoMA)

Edward Hopper. Girlie Show, Strip-tease (1941)

Edward Hopper. Girlie Show, Strip-tease (1941)
Huile sur toile, 81,3 × 96,5 cm, collection particulière.

 

Edward Hopper. Étude pour Girlie Show-1 (1941)

Edward Hopper. Étude pour Girlie Show-1 (1941)
Dessin sur papier, 56,4 × 38,3 cm, Whitney Museum of American Art, New York.

 

Edward Hopper. Étude pour Girlie Show-2 (1941)

Edward Hopper. Étude pour Girlie Show-2 (1941)
Dessin sur papier, 33,8 × 38,3 cm, Whitney Museum of American Art, New York.

 

Le travail de Hopper est basé sur le dessin. Il n’a rien d’un impressionniste qui capte sur le motif, avec pinceaux et peinture, une scène paysagère. Il effectue souvent des relevés préparatoires sur le terrain puis prépare son travail en atelier avant d’aboutir à la composition définitive. On voit ici la recherche de la posture définitive du modèle (Jo, évidemment). Le pas est plus allongé sur la deuxième étude et la femme devient plus aérienne et plus élancée sur la peinture finale.

Edward Hopper. Les oiseaux de nuit (Nighthawks, 1942)

Edward Hopper. Les oiseaux de nuit (Nighthawks, 1942). Huile sur toile, 84 × 152 cm, Art Institute of Chicago. « Edward Hopper a dit que Nighthawks a été inspiré par "un restaurant sur l'avenue Greenwich à New York où deux rues se rencontrent", mais l'image – avec sa composition soigneusement construite et son absence de récit – a une qualité intemporelle et universelle qui transcende son lieu particulier. Considérée comme l'une des images les plus célèbres de l'art du XXe siècle, la peinture représente le repas en pleine nuit de trois clients perdus dans leurs pensées. L’utilisation par Hopper des possibilités expressives de la lumière jouant sur des formes simplifiées donne à la peinture toute sa beauté. Les ampoules fluorescentes venaient d'apparaître au début des années 1940, entourant le repas nocturne d’une lueur étrange, comme un phare au coin d’une rue sombre. Hopper a éliminé toute référence à une porte d’entrée et le spectateur, attiré par la lumière, reste extérieur à la scène située derrière une vitre ininterrompue. Les quatre noctambules anonymes et peu communicatifs semblent aussi séparés et éloignés du spectateur qu'ils le sont les uns des autres. (Le modèle de la femme aux cheveux roux est en réalité la femme de l'artiste, Jo.) Hopper niait avoir délibérément introduit dans telle ou telle de ses peintures une symbolique de solitude humaine et de vide urbain ; mais en ce qui concerne Nighthawks, il a affirmé : "Inconsciemment, probablement, je peignais la solitude d'une grande ville." » (Commentaire Art Institute of Chicago)

Edward Hopper. Summertime (1943)

Edward Hopper. Été (Summertime) (1943). Huile sur toile, 74 × 112 cm, Delaware Art Museum, Wilmington. Une femme solitaire sur un arrière-plan de bâtiment massif et austère peut susciter toutes sortes d’interprétations. Qu’attend cette femme sortant d’un immeuble dans une robe que la lumière du soleil d’été rend transparente ? Chacun peut imaginer librement ce qu’elle a fait dans ce bâtiment, les personnes qu’elle a rencontrées, de même que les raisons de son attente sur la première marche de l’escalier. Le modèle est, comme toujours, Jo, l’épouse de Hopper. La féminité, mise en évidence par la lumière et le port altier, contraste avec l’architecture rigide et austère. Elle est belle, élégante, et son personnage introduit la vie dans un univers ensoleillé et glacé, mais une vie suspendue car aucune action n’est présente ni même envisagée.

Analyse détaillée

Edward Hopper. Rooms for tourists (1945)

Edward Hopper. Chambres pour touristes (Rooms for tourists, 1945). Huile sur toile, 76 × 101 cm, Yale University Art Gallery, New Haven, Connecticut. « Les peintures de bâtiments d'Edward Hopper sont des compositions dans lesquelles la présence humaine est suggérée mais non apparente. Dans Chambres pour touristes, Hopper représente l'extérieur d'une pension à Provincetown, Massachusetts. Il a fait des dessins préparatoires du bâtiment, puis s'y est rendu à plusieurs reprises la nuit pendant qu'il travaillait à sa peinture. Le contraste entre l'intérieur chaleureux et éclairé à l’électricité et l’extérieur où règne l'obscurité de la nuit induit un sentiment de fugacité et d’instabilité inhérent aux arrivées et aux départs impersonnels de la pension. » (Commentaire Yale University Art Gallery)

Edward Hopper. Soleil au premier étage (1945)

Edward Hopper. Soleil au premier étage (Second Story Sunlight, 1945). Huile sur toile, 127 × 101,6 cm, Whitney Museum of American Art, New York. La traduction littérale serait Deuxième histoire de la lumière du soleil. Les intitulés français varient (Soleil au balcon, Soleil au premier étage). La mode occidentale des séjours au soleil ne pouvait manquer d'intéresser la peinture réaliste. Hopper traite le sujet avec le regard désabusé et légèrement ironique qui lui est habituel. On retrouve la maison isolée dans la campagne avec deux personnages solitaires qui semblent s'étonner d'être là à ne savoir que faire. La société des loisirs n'est pas une société du bonheur.

Edward Hopper. Rooms by the sea (1951)

Edward Hopper. Chambres au bord de la mer (Rooms by the sea, 1951). Huile sur toile 74 × 101 cm, Yale University Art Gallery, New Haven, Connecticut. « A l’âge de la maturité, Edward Hopper a passé la plupart de ses étés à Cape Cod, Massachusetts. C’est là qu’il a imaginé et construit un atelier ensoleillé et isolé, à Truro, sur une falaise surplombant la mer. La vue de Rooms by the Sea ressemble à ce que Hopper aurait vu par la porte arrière de son atelier. Mais la description qu'il a donnée de ce tableau dans son carnet – The Jumping Off Place – suggère que l'image est plus une métaphore de la solitude et de l'introspection qu'une représentation du lieu réel. Comme toutes les images les plus saisissantes de Hopper, cette scène semble à la fois réaliste, abstraite et surréaliste. » (Commentaire Yale University Art Gallery)

Edward Hopper. A Woman in the Sun (1961)

Edward Hopper. Une femme au soleil (A woman in the sun, 1961). Huile sur toile, 102 × 155 cm, Whitney Museum of American Art, New York. « En vieillissant, Edward Hopper abandonne de plus en plus les détails visuels et se concentre sur la psychologie de ses personnages. Dans Une femme au soleil, une femme nue se tient dans le rayon de lumière rasante provenant d'une fenêtre. La pièce a été réduite à ses éléments architecturaux les plus simples. Les quelques détails réalistes qui subsistent – une paire d'escarpins noirs, un lit en bois et des tableaux vaguement représentés sur le mur – ne font qu'accentuer l’austérité de la scène et de la figure. Le décor photographique, presque cinématographique, suggère un récit, incitant le spectateur à imaginer les événements qui ont pu se produire avant la présente scène et ce qui va se passer ensuite. L'épouse de Hopper, Josephine Nivison Hopper, a servi de modèle pour cette figure comme elle l'a fait pour de nombreuses femmes apparaissant dans ses peintures. Elle avait soixante-dix-huit ans au moment de ce tableau, mais Hopper l'a transformée, comme le reste de la scène. » (Commentaire Whitney Museum of American Art)

Edward Hopper. Sun in an empty room (1963)

Edward Hopper. Soleil dans une pièce vide (Sun in an empty room, 1963). Huile sur toile, 73 × 100 cm, collection particulière. La tendance au dépouillement caractérise l’évolution de Hopper dans sa vieillesse. Soleil dans une pièce vide comporte des murs intérieurs sur lesquels se reflète la lumière du soleil et une ouverture vers l’extérieur permettant d’éviter l’enfermement et de diversifier le chromatisme. La composition suggère le départ, l’abandon, l’attente dans une atmosphère paisible et mélancolique. Les occupants de cet appartement sont partis. Notre société de la fugacité ne laisse que peu de place à la permanence. Mais ces interprétations subjectives n’épuisent pas le sujet. Hopper quitte de plus en plus le réalisme pour s’orienter vers une peinture à la limite de l’abstraction.

Edward Hopper. Deux comédiens (1965)

Edward Hopper. Deux comédiens (Two comedians, 1965). Huile sur toile, 73,7 × 101,6 cm, collection particulière. Pour son dernier tableau, Hopper choisit l’allégorie des adieux. Ses deux comédiens ne sont autres que lui-même et son épouse Jo faisant leur dernier tour de piste. Il a 83 ans et Jo 82. Ils mourront en 1967 et 1968. Les deux Pierrot lunaires nous saluent une dernière fois en se tenant la main sur la scène du théâtre de la vie. L’arrière-plan nocturne préfigure le retour prochain vers l’immensité de l’univers.

 

 

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Edward Hopper