Johannes Vermeer

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Patrick AULNAS

 Autoportrait

Vermeer. Détail de L'entremetteuse. Autoportrait présumé (1656)Vermeer. Détail de L'entremetteuse (1656)
Autoportrait présumé.

Biographie

 1632-1675

Johannes (ou Jan) Vermeer naît à Delft en 1632 dans une famille de commerçants. Bien que maître-tisserand, son père n’est pas un modèle de stabilité et exerce simultanément plusieurs activités. Il sera également aubergiste et profitera des opportunités commerciales qu’offre cette activité pour se faire marchand d’art. Des documents de la Guilde de Saint-Luc de Delft attestent de la vente par son intermédiaire de tableaux de peintres locaux. Mais ce père n’est pas un habile commerçant et à sa mort, en 1652, il laisse à Johannes de lourdes dettes.

Outre ce contact avec le milieu de l’art, l’apprentissage artistique du jeune Vermeer commence probablement à la fin des années 1640. Seules des hypothèses permettent de désigner son ou ses maîtres qui ne peuvent appartenir qu’aux peintres de Delft. On a ainsi évoqué Carel Fabritius (1622-1654), Leonard Bramer (1596-1674), Gerard ter Borch (1617-1681) et Evert Van Aelst (1602-1657). Quoiqu’il en soit, fin 1653 Johannes Vermeer est admis comme maître par la Guilde de Saint-Luc de Delft : il pouvait donc justifier à cette date de plusieurs années de formation.

En avril 1653, il avait épousé Catharina Bolnes, de confession catholique. Celle-ci est issue d’une famille aisée de marchands de briques. Mais Vermeer étant calviniste, il doit se convertir, avant le mariage, au catholicisme, pour obtenir l’approbation de Maria Thins, sa future belle-mère. Cette conversion, sincère ou intéressée, suscitera malgré tout deux œuvres de jeunesse : Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (1654-56) et Sainte Praxède (1655). Ce mariage permettra à Vermeer de connaître temporairement la prospérité financière. Le jeune couple s’installe chez Maria Thins, séparée de corps de son mari. Quinze enfants naîtront de cette union, dont quatre mourront en bas-âge.

Vermeer. La Laitière (1660)Vermeer. La Laitière (1660)
Huile sur toile, 45,5 × 41 cm, Rijksmuseum, Amsterdam.
Analyse détaillée

Parallèlement à sa vocation de peintre, Vermeer poursuit l’activité de négoce de tableaux de son père. Il acquiert une solide réputation puisqu’en 1662, il est élu syndic de la Guilde de Saint-Luc de Delft, c’est-à-dire dirigeant de la corporation des artistes locaux. Les commanditaires du peintre sont des notables locaux et il ne semble pas que sa renommée ait excédé de son vivant le cadre provincial.

La situation politique et économique des Provinces-Unies se dégrade en 1672. La République est à la fois la cible de l’armée française de Louis XIV (guerre de Hollande) et de la flotte anglaise. Pour protéger Amsterdam de l’ennemi, les terres situées sous le niveau de la mer sont inondées. S’ensuit une grave crise économique dont le marché de l’art va bien entendu pâtir. Maria Thins, la belle-mère de Vermeer, perd l’essentiel de ses revenus. Non seulement le peintre ne reçoit plus de commandes mais son activité de marchand de tableaux périclite. Il doit se résoudre à emprunter 1 000 florins pour faire vivre sa nombreuse famille. Ruiné, endetté, abattu (déprimé dirions-nous aujourd’hui), le grand artiste s’affaiblit rapidement comme l’a raconté par la suite son épouse. Il meurt à Delft en décembre 1675. Pour honorer la dette de 1 000 florins, Catharina Bolnes devra tout vendre : tableaux, mobilier, maison. 

Œuvre

L’oubli et la redécouverte

Après sa mort, Vermeer reste apprécié de quelques connaisseurs mais il est placé au second rang par les historiens d’art. Pour le 17e siècle, leur conformisme les portait à louer ce qu’appréciaient les dirigeants : les grands maîtres du baroque et du classicisme français. Peu à peu, au cours du 19e siècle, le nom de Vermeer réapparaît, mais il faut attendre 1866 pour que l’historien Étienne-Joseph-Théophile Thoré, dit William Bürger (1807-1869) lui consacre deux articles dans La Gazette des Beaux-arts. Ce démocrate avait en effet compris à quel point l’église et la monarchie imposaient une hiérarchie des genres et faisaient prévaloir les mythes religieux et les scènes historiques souvent violentes. Il fut donc, au 19e siècle, un défenseur du réalisme contre l’académisme. Pour le 17e siècle, il se fit le redécouvreur de l’ancêtre du réalisme : la peinture de genre de Vermeer. Son action fut couronnée de succès ; les musées recherchèrent les Vermeer et le prix des tableaux s’envola.

La peinture de genre hollandaise, l’une des plus poétiques de l’histoire de l’art

Vermeer n’est pas une exception dans la peinture hollandaise du 17e siècle. Il existe un courant consacré aux scènes d’intérieur qui correspond à la demande locale. Un véritable marché de l’art avait en effet émergé et les acheteurs étaient des bourgeois plus ou moins aisés, dont les goûts et les centres d’intérêt différaient profondément de ceux des aristocrates et des ecclésiastiques, commanditaires des tableaux dans l’Europe catholique. Les quelques exemples comparatifs suivants mettent en relief les influences subies de la part de Gabriel Metsu (1629-1667), Gerard Ter Borch (1617-1681), Pieter de Hooch (1629-1684 à 1694).

Vermeer. Influence de Gabriel Metsu

 

Vermeer. Influence de Gerard Ter Borch

 

Vermeer. Influence de Pieter de Hooch

Vermeer apporte des effets de lumière et de perspective plus subtils et plus sophistiqués. On a pu démontrer qu’il utilisait probablement une chambre noire (camera obscura) pour capter une première image photographique du sujet. La chambre noire est un dispositif optique permettant de projeter sur une surface plane la lumière réfléchie par les objets environnants. On obtient sur la surface plane une image inversée de la scène réelle. Le principe est découvert au 10e siècle par un scientifique arabe, Ibn al-Haytham (965-1039).

Chambre obscure. Dessin extrait de l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

La photographie permettra, au 19e siècle, de fixer l’image ainsi obtenue sur un support par un procédé chimique. Cette méthode permettait à Vermeer d’obtenir des effets photographiques de lumière, de flou, de profondeur de champ. Mais au-delà de la technique, le génie de l’artiste est d’abord de poser un regard de poète sur les scènes banales du quotidien.

« Les personnages, comme perdus dans leur intériorité, condensent le calme et le silence ambiants ; la lumière joue sur leurs vêtements, sur les perles, sur les pupilles et rend évident le volume ovoïde des têtes. Toutes les composantes du tableau jouent en complète harmonie, aucune ne détruisant à son profit l'équilibre de celui-ci. Ainsi des scènes de la vie quotidienne peuvent-elles devenir les moyens de dévoilement d'un des univers les plus poétiques de la peinture, où l'immobilité et la consistance des êtres et des choses sont révélées par la magie d'une lumière quasi immanente. » (Encyclopédie Larousse. Article Vermeer)

Qu’aimons-nous tellement chez Vermeer aujourd’hui ?

La quiétude et la poésie

 Vermeer. La Liseuse à la fenêtre (1657-59)Vermeer. La Liseuse à la fenêtre (1657-59)
Huile sur toile, 83 × 64,5 cm, Gemäldegalerie, Dresde.

S’il avait axé son travail sur la thématique de ses débuts (Le Christ dans la maison de Marthe et Marie, 1654-56), il ne serait pas pour nous l’égal de Rubens, Rembrandt ou Vélasquez. Mais il a rapidement abandonné le genre noble de l’époque, les grandes scènes mythologiques et historiques, pour se consacrer aux scènes de genre, c’est-à-dire à des scènes de la vie quotidienne. C’est le silence des scènes d’intérieur qui l’intéresse. S’il peut utiliser les clair-obscur, Vermeer est étranger à une certaine violence baroque. Il est un peintre de la quiétude. Lorsque des artistes comme Caravage ou Rubens nous brutalisent, Vermeer nous parle avec douceur. Mais comme chez tout grand artiste, le regard singulier qu’il porte sur le quotidien le transfigure. Il ne faut pas chercher le reflet exact de la réalité chez Vermeer, mais plutôt une manière de voir.

Un certain regard sur la féminité

 Vermeer. La maîtresse et la servante (1666-67)

Vermeer. La maîtresse et la servante (1666-67)
Huile sur toile, 89,5 × 78,1 cm, Frick Collection, New York.

Quels sont les éléments récurrents dans les scènes d’intérieur de Vermeer ? Sur les trente-sept tableaux attribués au peintre, la musique et les instruments de musique figurent à dix reprises, mais l’instrumentiste est toujours une femme. La lettre (d’amour en général), lue ou écrite, revient à sept reprises et c’est toujours une femme qui lit ou écrit. Les bijoux sont très présents et ce sont essentiellement des perles portées en boucles d’oreilles. Les activités domestiques ne sont évidemment pas omises : dentelière, jeune femme à l’aiguière, laitière. Le thème omniprésent est donc clairement la féminité. Notre complicité avec le regard de Vermeer correspond ainsi aux valeurs de notre temps : l’Occident du début du 21e siècle est l’époque de l’histoire de l’humanité la plus influencée par la féminité.

Loin du grandiose et de la solennité

Vermeer est un peintre intimiste par l'esprit et par la forme. Il affectionne les petits formats quand l’époque vouait un culte au grandiose : La Jeune fille à la perle mesure 44,5 × 39 cm,  La Dentelière 24 × 21 cm, La Laitière 45,5 × 41 cm. Le plus grand format de Vermeer est précisément une scène biblique très banale au 17e siècle, Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (160 × 142 cm). S’il reconnaît le génie des grands maîtres du baroque, le 21e siècle auquel nous appartenons n’a guère d’affinités avec la solennité des gigantesques panneaux mythologiques. Les petits formats de Vermeer correspondent mieux à notre sensibilité. Il ne peint dans sa carrière que deux paysages urbains de modestes dimensions vers 1660 : Vue de Delft (98,5 × 115,7 cm) et La Ruelle (54,3 × 44 cm). Ces paysages sont pourtant parmi les plus célèbres de l’histoire de la peinture.

Vermeer et la littérature

Y-a-t-il une communauté d’esprit entre la littérature et l’œuvre de Vermeer ? Vermeer est-il un peintre « littéraire » ? Une chose est certaine : il intéresse beaucoup les écrivains. Voici trois citations.

 Marcel Proust. La Prisonnière : la mort de Bergotte

« Il mourut dans les circonstances suivantes : Une crise dʼurémie assez légère était cause qu’on lui avait prescrit le repos. Mais un critique ayant écrit que dans la Vue de Delft de Ver Meer (prêté par le musée de La Haye pour une exposition hollandaise), tableau qu’il adorait et croyait connaître très bien, un petit pan de mur jaune (qu’il ne se rappelait pas) était si bien peint, qu’il était, si on le regardait seul, comme une précieuse œuvre d’art chinoise, d’une beauté qui se suffirait à elle-même, Bergotte mangea quelques pommes de terre, sortit et entra à lʼexposition. Dès les premières marches qu’il eut à gravir, il fut pris d’étourdissements. Il passa devant plusieurs tableaux et eut lʼimpression de la sécheresse et de lʼinutilité d’un art si factice, et qui ne valait pas les courants d’air et de soleil d’un palazzo de Venise, ou d’une simple maison au bord de la mer. Enfin il fut devant le Ver Meer, qu’il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu’il connaissait, mais où, grâce à lʼarticle du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu’il veut saisir, au précieux petit pan de mur. « C’est ainsi que jʼaurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. » Cependant la gravité de ses étourdissements ne lui échappait pas. Dans une céleste balance lui apparaissait, chargeant l’un des plateaux, sa propre vie, tandis que l’autre contenait le petit pan de mur si bien peint en jaune. Il sentait qu’il avait imprudemment donné le premier pour le second. « Je ne voudrais pourtant pas, se disait-il, être pour les journaux du soir le fait divers de cette exposition. »

 Hans Koning, écrivain et journaliste néerlandais

« Le Mauritshuis est un petit musée, ancien et tranquille, qui est un cadre parfait pour La Jeune fille au turban. Les jours d'hiver, il arrive qu'il n'y ait aucun visiteur dans la salle où elle est exposée. Au dehors, les rues sont silencieuses ; la lumière qui tombe du ciel bas est celle que Vermeer a connue. Au milieu de toutes les œuvres recherchées du XVIIe siècle qui l'entourent, la jeune fille émerge dans une tache de couleur claire et illumine la salle. »

 Tracy Chevalier. La Jeune fille à la perle. Editions Gallimard


Vermeer. La jeune fille à la perle (1665-67)Vermeer. La jeune fille à la perle (1665-67)
Huile sur toile, 46,5 × 40 cm, Mauritshuis, La Haye.

« L'homme m'observait de ses yeux gris comme la mer. Son visage allongé, anguleux, reflétait la sérénité alors que celui de son épouse était aussi changeant que chandelle au vent. Il ne portait ni barbe ni moustache, d'où cette apparence nette que j'appréciai. Une houppelande noire couvrait ses épaules, sa chemise était blanche et son col de fine dentelle. Son chapeau était enfoncé sur la chevelure couleur de brique défraîchie par les intempéries.

"Que faisiez-vous là Griet ?" demanda-t-il.

Sa question me surprit, mais je n'en laissai rien paraître.

Je coupais des légumes pour la soupe, Monsieur."

J'avais l'habitude de disposer les légumes en cercle, par catégorie, comme les parts d'une tarte. Il y avait cinq parts : choux rouge, oignons, poireaux, carottes et navets. Je m'étais servie d'une lame de couteau pour délimiter chaque part et j'avais placé une rondelle de carotte au centre.

L'homme tapota sur la table. "Est-ce dans cet ordre qu'ils iront dans la soupe ? me demanda-t-il en étudiant le cercle.

-Non, Monsieur." J'hésitais, je n'aurais pu expliquer pour quelle raison je les avais arrangés de la sorte. Je m'étais dit que ça devrait être comme ça, un point c'est tout, mais j'avais trop peur d'avouer ça à un monsieur.

"Je vois que vous avez mis de côté les légumes blancs, reprit-il en montrant les navets et les oignons. Tiens, ceux de couleur orange ne voisinent pas avec ceux de couleur pourpre, pourquoi ça ?" Il ramassa une tranche de chou et un bout de carotte, les secoua dans sa main comme des dés.

Je regardais ma mère, elle hocha discrètement la tête.

"Les couleurs jurent parfois quand elles sont côte à côte, Monsieur."

Il fronça les sourcils, de toute évidence il ne s'attendait pas à cette réponse. "Dites-moi, vous passez beaucoup de temps à disposer les légumes avant de faire la soupe ?

-Oh non ! Monsieur", répondis-je confuse, je ne voulais pas qu'il crût que je gaspillais mon temps. Du coin de l'œil, j'entrevis un mouvement. Ma sœur Agnès nous épiait, tapie derrière le montant de la porte. En entendant ma réponse, elle avait secoué la tête. Il était rare que je mente. Je baissai les yeux.

L'homme tourna légèrement la tête, Agnès disparut. Il laissa retomber les morceaux de carottes et de chou parmi leurs semblables. Le chou se retrouva en partie avec les oignons. J'aurais voulu tendre la main pour le remettre à sa place. Je me retins, ce qu'il devina. Il me mettait à l'épreuve.

"Assez bavardé comme ça", déclara la femme. Si agacée fût-elle par l'attention qu'il me portait, c'est moi qu'elle fustigea du regard. "Nous disons donc à demain ?" Elle se tourna vers l'homme avant de sortir majestueusement de la pièce, suivie par ma mère. L'homme jeta un dernier coup d'œil à ce qui devait être la soupe, puis il me salua de la tête et suivit les femmes. " »

Œuvres complètes (37)

On évalue à environ 45 le nombre de tableaux peints par Vermeer, mais 34 à 37 seulement nous sont parvenus. 34 tableaux sont attribués avec certitude à Vermeer. L’attribution reste controversée pour trois autres tableaux.

Les scènes de genre (26)

Vermeer. L'Entremetteuse (1656)L'entremetteuse (1656). Huile sur toile, 143 × 130 cm, Gemäldegalerie, Dresde. Les scènes de prostitution étaient courantes dans la peinture hollandaise du 17e siècle. Celle-ci se situe probablement dans un lupanar. La prostituée (en jaune) négocie avec un client (en rouge). Derrière lui se trouve l'entremetteuse (en noir) et à gauche un acolyte qui est considéré comme un autoportrait de Vermeer. Cette première scène de genre du peintre succède à des scènes religieuses (voir ci-après). Il fallait s'adapter à la clientèle locale.
« 
Le fait que Vermeer de Delft fût marchand d'art et possédât donc plusieurs œuvres d'autres maîtres n'implique pas nécessairement qu'il s'en soit inspiré pour ses propres créations, même s'il en a utilisé certaines comme décors d'arrière-plan.
Cependant, ce tableau est généralement considéré comme un point de départ pour l'appréciation de l'œuvre de Vermeer. L'intérieur y est peu représenté et l'action plus présente que dans ses tableaux ultérieurs. Le sujet érotique, les dimensions et la splendeur décorative rappellent les Caravagesques d'Utrecht, peints une génération plus tôt. L'effet de clair-obscur et l'harmonie des tons chauds de rouges et de jaunes suggèrent également une affinité avec les œuvres de Rembrandt et de ses disciples du début des années cinquante. Peut-être Maes, qui s'était installé à proximité de Dordrecht vers 1653, a-t-il servi d'intermédiaire. » (Commentaire Web Gallery of Art)

Vermeer. La jeune fille assoupie (1656-57)La jeune fille assoupie (1656-57). Huile sur toile, 87,6 × 76,5 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Ce thème de la femme endormie permet au peintre de rencontrer l'univers intime qui fera sa célébrité. On remarque qu'un certain désordre règne sur la table au premier plan. Certains interprètes se sont demandé s'il s'agissait de rêverie amoureuse, d'amour déçu ou d'ivresse alcoolique. L'interprétation est libre et permet à l'observateur d'associer ses rêves à la création artistique.
« Les écarts de conduite des servantes sans surveillance étaient un thème récurrent chez les peintres hollandais du XVIIe siècle. Pourtant, dans sa représentation d'une jeune servante somnolant près d'un verre de vin, Vermeer métamorphose une scène ordinaire en une exploration de la lumière, de la couleur et de la texture qui transcende toute leçon de morale. Si le verre renversé à gauche (désormais usé par le temps) et le tapis froissé sur la table peuvent suggérer la présence d'un visiteur récemment parti, les radiographies révèlent que Vermeer a choisi de supprimer un personnage masculin qu'il avait initialement inclus dans l'embrasure de la porte, accentuant ainsi l'ambiguïté du tableau. » (Commentaire MET)

Vermeer. L'Officier et la jeune fille riant (1657)L'officier et la jeune fille riant (1657). Huile sur toile, 50,5 × 46 cm, Frick Collection, New York. Nous sommes dans un riche intérieur bourgeois. La femme porte ses vêtements habituels et tient un verre de vin. Une carte de Hollande est affichée sur le mur. L'effet de clair-obscur (jeune fille-officier) a été particulièrement recherché et les historiens pensent que Vermeer a utilisé une chambre noire.
« Dans ce qui pourrait être l'une des premières œuvres de sa maturité, Vermeer transforme le thème de la jeune fille recevant son prétendant, déjà populaire dans l'art hollandais, en une étude saisissante d'un espace baigné de lumière. Le contraste entre la silhouette sombre de l'officier et la lumière projetée sur la femme et le mobilier de la chambre accentue l'illusion de profondeur. La carte de Hollande, au fond de la pièce, orientée avec l'ouest en haut, fut publiée pour la première fois en 1621. On retrouve cette carte et ces chaises dans d'autres tableaux de Vermeer. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Vermeer. La Liseuse à la fenêtre (1657-59)La liseuse à la fenêtre (1657-59). Huile sur toile, 83 × 64,5 cm, Gemäldegalerie, Dresde. Premier opus du thème de la lettre chez Vermeer. Il y en aura plusieurs autres (voir ci-après). Nous sommes vraiment ici dans l'intimisme vermeerien : calme, solitude, personnage absorbé par son univers intérieur. L'observateur du tableau a toute liberté pour interpréter la scène, mais chacun pense d'abord à une lettre d'amour. Le rideau au premier plan est un artifice de composition, courant à l'époque, recherchant l'effet théâtral : le spectateur surprend ce qu'il n'était pas censé voir.
« 
Nous sommes ici confrontés à l'un des aspects les plus marquants de la sensibilité et de l'originalité de Vermeer : l'immobilité, l'absorption intérieure, le détachement du monde extérieur. Elle se concentre entièrement sur la lettre, la tenant fermement, et en assimile le contenu avec une attention extrême.
Dans sa technique, l'artiste reconnaît une fois de plus l'influence de Rembrandt. Il peint par petites touches grasses pour modeler les formes et obtient les effets désirés grâce à des impastos contrastant avec les tonalités plus profondes, à la manière du maître de Leyde. Le tableau est relativement grand, et la petitesse du personnage par rapport à son environnement souligne l'immatérialité et la dépersonnalisation. Vermeer a considérablement modifié la composition au cours de sa réalisation. » (Commentaire Web Gallery of Art)

Vermeer. La Leçon de musique interrompue (1658-61)La leçon de musique interrompue (1658-61). Huile sur toile, 39,4 × 44,5 cm, Frick Collection, New York. L'éclairage latéral caractéristique de Vermeer met en lumière une jeune fille, distraite par un évènement indéterminé, et son professeur de musique. On peut toujours gloser sur les sentiments réciproques et certains y voit l'amour non partagé.
« Assise à une table chargée d'instruments de musique, de partitions et d'un verre de vin rouge, une jeune femme regarde le spectateur tandis qu'un homme debout se penche vers elle. La scène pourrait représenter une leçon de musique interrompue, bien que la pratique musicale fût souvent utilisée comme métaphore visuelle de l'amour dans la peinture hollandaise de l'époque. On suppose que la relation entre les deux personnages est davantage amoureuse qu'éducative. L'aiguière bleue et blanche posée sur la table, ornée d'un couvercle européen en argent, est probablement en porcelaine de Chine, d'où dérive la faïence de Delft, célèbre dans la ville natale de Vermeer. La cage à oiseaux près de la fenêtre est un ajout postérieur. » (Commentaire Frick Collection)

Vermeer. Le verre de vin (1658-61)Le verre de vin (1658-61). Huile sur toile, 66,3 × 76,5 cm, Staatliche Museen, Berlin. La proximité de Vermeer et de Pieter de Hooch apparaît nettement ici. Le sujet de la femme buvant avec des hommes a été traité à plusieurs reprises par ce peintre : voir par exemple : Femme buvant avec deux hommes (1658). On peut interpréter la toile de Vermeer comme une scène de séduction avec un message moralisateur. En effet, la figure allégorique se trouvant sur la fenêtre représente la tempérance. On sent bien sûr des intentions et des méthodes peu scrupuleuses du côté du personnage masculin et une situation de victime de la jeune fille. Critique sociale ? Pratiques masculines courantes à l'époque ?

Vermeer. La jeune fille au verre de vin (1659-60)La jeune fille au verre de vin (1659-60). Huile sur toile, 78 × 68 cm, Herzog Anton Ulrich-Museum, Braunschwei. Nouvel opus sur le même thème que précédemment. Les deux scénographies sont très proches : éclairage latéral, tableau sur le mur du fond, jeune femme assise de profil. Vu avec un regard actuel, l'homme semble tout aussi médiocre et intéressé.
« 
D'après certains, cette scène représenterait simplement une jeune femme à qui l'on apprend à adopter un comportement distingué. Elle semble très fière de son élégance et de la manière dont elle tient le verre de vin. Sa robe de soie rouge délicate était en fait réservée aux occasions spéciales : dans la vie quotidienne, les femmes néerlandaises préféraient porter des vêtements plus confortables au lieu de corsages très serrés.
Le comportement du "professeur", quant à lui, n'est en aucun cas approprié. Il enfreint les règles de distance, et la réputation de la jeune fille semble en péril. Le citron pelé pouvait être interprété par les contemporains comme un symbole d'innocence offensée, même s'il était courant d'ajouter du jus de citron au vin à l'époque. Dans ce contexte, l'image représentée sur la fenêtre, rabattue de façon frappante dans la pièce, évoque la figure emblématique de la Tempérance, qui appelle à la modération. En regardant de plus près, on distingue une femme arborant des armoiries familiales sur des rubans volants, mais Johannes Vermeer n'aura pas choisi le motif au hasard. Il détourne le regard de la jeune fille loin de la figure de la Tempérance pour l'orienter vers nous. Son sourire témoigne-t-il alors de son innocence enfantine ou d'un jeu risqué par rapport aux avances de l'homme ? » (Commentaire Google Arts & Culture)

Vermeer. La Laitière (1660)La laitière (1660). Huile sur toile, 45,5 × 41 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. Ce tableau est un des plus célèbres de Vermeer et le seul dont le sujet soit une servante. La simplicité de la scène fait toute son humanité et propulse ce petit tableau au rang des chefs-d'œuvre. Tout être humain, à quelque culture qu'il appartienne, peut en effet saisir au premier coup d'œil ce dont il s'agit. Le regard poétique de l'artiste sur la réalité quotidienne la transforme et lui donne une portée universelle.
Analyse détaillée

Vermeer. La leçon de musique (1662-64)La leçon de musique (1662-64). Huile sur toile, 73,3 × 64,5 cm, Royal Collection, Buckingham Palace, Londres. Autre titre : Une dame au virginal. Deux instruments apparaissent, le clavecin et la viole de gambe, dans un riche intérieur bourgeois avec éclairage latéral. La mise en relation de la musique et de l'amour était fréquente dans la peinture du 17e siècle et l'on peut éventuellement interpréter ce tableau avec cette grille de lecture. Mais le professeur est ici très professoral.
« L'inscription sur le couvercle du virginal, MUSICA LETITIAE CO[ME]S / MEDICINA DOLOR[IS], signifie La musique est une compagne dans le plaisir et un baume dans la douleur. Elle suggère que l'artiste explore la relation entre l'homme et la jeune femme, sans toutefois pouvoir déterminer à quel stade elle est parvenue. La présence de deux instruments de musique évoque des plaisirs partagés et une harmonie potentielle, également suggérée par l'expression de ravissement de l'homme lorsqu'il écoute la jeune femme ou chante tandis qu'elle joue du virginal. Que l'amour soit le thème central se déduit non seulement des tableaux de contemporains de Vermeer, tels que Metsu, mais aussi de la présence, dans Une dame au virginal, du tableau de la Charité romaine (Cimon et Péron) de Dirck van Baburen, accroché au mur à droite, à l'arrière-plan.» (Commentaire Royal Collection)

Vermeer. La femme à la balance (1662-65)La femme à la balance (1662-65). Huile sur toile, 42,5 × 38 cm, National Gallery of Art, Washington. Outre l'intimisme émotionnel propre à Vermeer, cette toile a sans doute une dimension allégorique. Le tableau accroché à l'arrière-plan représente le Jugement dernier, c'est-à-dire le moment où, pour les chrétiens, seront soupesés les bienfaits et les péchés. La relation est évidente. Il est également possible d'opposer la spiritualité du tableau mural aux préoccupations matérielles de la femme attirée par des bijoux. Nous sommes en territoire calviniste...
« 
La Femme à la balance illustre superbement le sens exquis de la stabilité et du rythme chez Johannes Vermeer. Une femme vêtue d'une veste bleue bordée de fourrure se tient sereinement à une table dans un coin de la pièce. La balance qu'elle tient dans sa main droite est en équilibre, suggérant son état d'esprit. Un grand tableau du Jugement dernier, encadré de noir, est accroché au mur du fond. Un tissu bleu chatoyant, des boîtes ouvertes, deux rangs de perles et une chaîne en or reposent sur la robuste table. Une douce lumière pénètre par la fenêtre et illumine la scène. La femme est si pensive que le spectateur hésite presque à interrompre son moment de contemplation.
La juxtaposition visuelle de la femme et du Jugement dernier est renforcée par des parallèles thématiques : juger, c'est peser. Cette scène revêt une dimension religieuse qui semble liée aux instructions de saint Ignace de Loyola dans ses Exercices spirituels, selon lesquelles les fidèles, avant de méditer, doivent examiner leur conscience et peser leurs péchés comme s'ils étaient confrontés au Jugement dernier. Seule une telle introspection peut conduire à des choix vertueux sur le chemin de la vie. La Femme à la balance nous exhorte ainsi, de manière allégorique, à mener une vie tempérante et modérée. La femme est en équilibre entre les trésors terrestres de l'or et des perles et un rappel visuel des conséquences éternelles de ses actes.

Vermeer a souligné ce message par la finesse de sa composition et de son éclairage. La main qui tient la balance, par exemple, se trouve juste devant le coin sombre du cadre, tandis que le plateau se détache sur le mur de plâtre nu – un effet que Vermeer a créé par une subtile manipulation de l'espace. On remarque, par exemple, que le bas du cadre du Jugement dernier est légèrement plus haut à gauche de la femme que derrière elle, créant ainsi l'espace nécessaire à la balance. » (Commentaire NGA)

Vermeer. La femme au luth (1662-1665)La femme au luth (1662-1665). Huile sur toile, 51 × 46 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. La joueuse de luth, dont seul le visage est éclairé dans la pénombre de la pièce, est distraite par un évènement extérieur. Il s'agit encore pour le peintre d'introduire une légère touche narrative dans une composition intimiste. « Que se passe-t-il à l'extérieur ? » se dit spontanément le spectateur du tableau. Son intérêt est ainsi mobilisé. Cette utilisation du regard était déjà de mise dans La leçon de musique interrompue (ci-dessus) et sera reprise fréquemment par Vermeer, en particulier dans la célèbre Jeune fille à la perle (ci-dessous)
« Une jeune femme jette un coup d'œil par la fenêtre tout en accordant son luth. Des recueils de chansons ouverts et une viole de gambe posée au sol indiquent qu'elle se prépare à jouer en duo. Aux Pays-Bas, les jeunes gens aisés étudiaient la musique et les concerts amateurs offraient une occasion privilégiée de se fréquenter. La carte d'Europe en arrière-plan reflète la décoration des maisons néerlandaises de l'époque, témoignant de la fierté nationale liée à la prééminence du pays en matière de navigation et de cartographie. » (Commentaire MET)

Vermeer. La Femme en bleu lisant une lettre (1662-65)La Femme en bleu lisant une lettre (1662-65). Huile sur toile, 46,6 × 39,1 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. La fenêtre à gauche, source de l'éclairage, n'est pas visible ici. Le cadrage est plus rapproché. On retrouve une carte affichée au mur, à l'arrière-plan, comme dans plusieurs autres tableaux du peintre. L'utilisation du bleu dominant est atypique chez Vermeer. Le dépouillement de cette composition et sa puissance émotionnelle la place parmi les chefs-d'œuvre.
« Savourant un moment de calme et d'intimité, cette jeune femme est absorbée par la lecture d'une lettre à la lumière du matin. Elle porte encore son vêtement de nuit bleu. Toutes les autres couleurs de la composition sont secondaires par rapport à son bleu lapis-lazuli éclatant. Vermeer a rendu les effets de la lumière avec une précision extraordinaire. Son traitement de la peau de la femme en gris pâle et des ombres sur le mur en bleu clair est particulièrement novateur. » (Commentaire Rijksmuseum)

Vermeer. La jeune femme à l'aiguière (1662-65)La jeune femme à l'aiguière (1662-65). Huile sur toile, 45,7 × 40,6 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Composition très colorée associant les rouges, bleus, ocres, blancs. Le peintre saisit l'instant où la jeune femme entrouvre la fenêtre, source de la lumière, tout en tenant à la main une aiguière en laiton. Grâce et distinction du personnage, sobre élégance du lieu, froide luminosité bien maîtrisée font de cette toile un des grands tableaux de l'artiste.
« Debout à une fenêtre ouverte, une femme commence sa journée par une toilette dans un pichet et un bassin en argent doré, sa robe et ses cheveux protégés par des linges de lin. Première œuvre de Vermeer à intégrer une collection américaine, ce tableau témoigne de l’intérêt de l’artiste pour les thèmes domestiques, offrant un aperçu presque voyeuriste de la vie privée d’une femme avant qu’elle ne se présente en société. » (Commentaire MET)

Vermeer. La dame au collier de perles (1662-65)La dame au collier de perles (1662-65). Huile sur toile, 55 × 45 cm, Staatliche Museen, Berlin. Une jeune femme observe l'effet d'un collier de perles dans son miroir. Vermeer joue avec le clair-obscur. Le personnage en pleine lumière devant la fenêtre contraste avec le premier plan sombre. On retrouvera la veste jaune bordée d'hermine dans Jeune femme écrivant une lettre et dans La maîtresse et la servante (ci-dessous).
« Une jeune femme se tient debout devant une table et regarde dans un miroir pour ajuster son collier de perles. La lumière se déverse dans la pièce par une fenêtre à vitraux. La couleur jaune du rideau et de la veste garnie de fourrure ainsi que le mur blanc nu (un pur chef-d'œuvre de peinture aux délicates nuances colorées) créent une sensation aiguë de couleur, qui est en outre accentuée par la teinte bleu-noir sombre qui domine au premier plan. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Vermeer. Jeune femme écrivant une lettre (1665-66)Jeune femme écrivant une lettre (1665-66). Huile sur toile, 45 × 40 cm, National Gallery of Art, Washington. Certains historiens pensent que le modèle est Catharina, l'épouse de Vermeer. Elle est somptueusement vêtue d'une veste de satin bordée de fourrure d'hermine et semble réfléchir en regardant vers l'observateur du tableau. Vermeer maîtrise parfaitement, à ce moment de sa carrière, la thématique intimiste en utilisant des couleurs chaudes et un éclairage tamisé.
« Johannes Vermeer était avant tout un peintre de la lumière. Dans ce tableau exquis, une lumière diffuse illumine délicatement la table, le visage de la femme et sa somptueuse jaquette jaune citron. Les détails des perles ornant son coffret à bijoux, de ses boucles d'oreilles et de ses rubans de satin dans les cheveux rehaussent encore la composition. Le regard ouvert de la femme interpelle le spectateur, suggérant qu'il pourrait s'agir d'un portrait plutôt que d'une simple représentation d'une jeune femme à son bureau. » (Commentaire NGA)

Vermeer. Le Concert (1664-67)Le concert (1664-67). Huile sur toile, 69 × 63 cm, Isabella Stewart Gardner Museum, Boston. La jeune femme joue du clavecin et l'homme de dos du luth. Le tableau sur le mur à droite est L'Entremetteuse de Dirck van Baburen (1595-1624) peintre néerlandais du courant baroque. Ce tableau de Vermeer a été volé en 1990 au musée Isabella Stewart Gardner de Boston et n'a pas été retrouvé depuis.
« Chez Vermeer, une telle profusion d'éléments décoratifs est plutôt inhabituelle, ce qui a incité les critiques à proposer diverses interprétations de la scène. Certains y voient une maison close (de Mirimonde), d'autres une scène d'intérieur où la dame de droite serait la personnification de la tempérance (I. L. Moreno) ! Quoi qu'il en soit, l'amateur en quête de pur plaisir esthétique sera conquis par la perfection de la composition, la finesse du dessin des personnages et des accessoires, ainsi que par la maîtrise de la lumière diffuse qui enveloppe les protagonistes. Dans cette œuvre, Vermeer surpasse largement ses contemporains de Hooch, Jan Steen, Metsu et bien d'autres, par son harmonie, sa grandeur et sa virtuosité artistique. » (Commentaire Web Gallery of Art)

Vermeer. La maîtresse et la servante (1666-67)La maîtresse et la servante (1666-67). Huile sur toile, 89,5 × 78,1 cm, Frick Collection, New York. Une jeune femme est interrompue dans son travail d'écriture par une servante qui lui tend une lettre. Les paroles de la servante semblent susciter l'inquiétude de sa maîtresse. Pour le reste, l'imagination du spectateur peut travailler librement. L'éclairage vient toujours de la gauche mais aucune fenêtre n'est visible ici. La composition est totalement centrée sur les deux personnages avec un arrière-plan monocolore.
« Ce tableau est l'une des plus grandes scènes d'intérieur de Vermeer et a probablement été commandé pour un emplacement précis, par exemple un dessus de cheminée. La servante tend à la maîtresse de maison un papier plié, sans doute une lettre, qui semble l'inquiéter, comme l'indique son geste vers le menton, abandonnant sa plume en plein élan d'écriture. Ces ambiguïtés narratives sont typiques des scènes d'intérieur de Vermeer. Sur la table se trouvent un nécessaire à écrire et une boîte, peut-être pour le courrier. La femme assise porte un collier de perles, une grosse perle pendante, et des rangs de perles fines dans les cheveux. Compte tenu du prix exorbitant de ces gemmes naturelles à l'époque, les bijoux pourraient avoir été faits de fausses perles, dont la fabrication était alors florissante. La veste jaune, apparemment bordée de lynx, pourrait être une autre illusion de luxe ; une veste jaune doublée de fourrure de lapin teinte figurait parmi les possessions de l'épouse de Vermeer après sa mort. Un examen récent a révélé quatre figures grossièrement esquissées sous la peinture de fond sombre, suggérant qu'un motif figuratif (comme dans une tapisserie) était initialement prévu. » (Commentaire Frick Collection)

Vermeer. L'Astronome (1668)L'astronome (1668). Huile sur toile, 50 × 45 cm, musée du Louvre, Paris. Avec Le géographe (ci-après), il s'agit des deux seuls tableaux ayant pour sujet un homme seul. La composition reste parfaitement vermeerienne avec la lumière venant de la gauche, la draperie au premier plan et le tableau au mur à l'arrière-plan. On trouve évidemment aussi les instruments propres à la spécialité : globe céleste, compas, astrolabe partiellement recouvert par la draperie, livres. L'intérêt pour les questions astronomiques était grand à l'époque : Galilée (1564-1642) avait fait progresser les connaissances.
« Globe céleste de J. Hondius (1600) et manuel d’astronomie de Metius (1621) ouvert sur le chapitre consacré aux étoiles, avec gravure d’un astrolabe à roue de l’invention de Metius. Compas et astrolabe du XVIe siècle. Modèle parfois identifié, sans preuve, avec le savant Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723), encore trop peu connu en 1668-1669.
Au fond, un Moïse sauvé des eaux, tableau de P. Lely de sa période hollandaise (avant 1643) et peut-être de la collection même de Vermeer et faisant allusion ici à la Providence divine, en contrepoint de l’activité (vaine ou au contraire sage ?) de l’astronome. Soit le thème du savant au travail, cher à la tradition hollandaise (voir Rembrandt, Dou) et proche aussi de saint Jérôme et des ermites en prière ou en méditation. » (Commentaire musée du Louvre)

Vermeer. Le géographe (1669)Le géographe (1669). Huile sur toile, 53 × 46,6 cm, Städelsches Kunstinstitut, Francfort-sur-le-Main. Le peintre a choisi le même modèle que pour L'astronome (ci-dessus) et les deux compositions présentent beaucoup de similitudes (même armoire, même draperie). La signature de Vermeer est nettement visible en haut à droite.
« Le géographe, baigné de lumière, s'arrête un instant. Il a peut-être auparavant utilisé une boussole pour mesurer les distances sur la carte. Ses outils – le globe terrestre et la carte des côtes européennes accrochée au mur – témoignent des dernières avancées cartographiques. Les Pays-Bas étaient à la pointe de ce domaine. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si l'océan Indien, si vital pour cette nation maritime commerçante, est représenté sur le globe. Le tableau n'est cependant ni un portrait ni une anecdote. Vermeer cherchait à saisir par la peinture l'instant précis où le géographe, absorbé par sa contemplation mentale du monde, scrute l'horizon. » (Commentaire Städelsches Kunstinstitut, Francfort-sur-le-Main)

Vermeer. La lettre d'amour (1669-70)La lettre d'amour (1669-70). Huile sur toile, 44 × 38,5 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. Le spectateur indiscret surprend une servante venant de remettre une lettre d'amour à sa maîtresse qui jouait du luth. Pour produire cette impression d'indiscrétion, le peintre a axé sa composition sur l'effet de profondeur. Tout au fond, à travers l'ouverture d'une porte, la scène se dessine. Le dallage au sol accentue l'effet.
« Vermeer choisit un point de vue inhabituel pour ce tableau. Depuis un espace sombre au premier plan, on aperçoit une autre pièce où se déroule une scène domestique. Une femme élégamment vêtue lève les yeux, semblant espérer, vers une servante qui vient de lui remettre une lettre. Derrière elles, la marine qui orne le mur fait sans doute allusion au sujet de la lettre : au XVIIe siècle, la mer était souvent comparée à l'amour, et l'amant à un navire. » (Commentaire Rijksmuseum)

Vermeer. La dentelière (1669-70)La dentelière (1669-70). Huile sur toile, 23,9 × 20,5 cm, musée du Louvre, Paris. Ce tableau fait partie de ceux qui éliminent presque tout l'environnement pour se concentrer sur le personnage (voir ci-dessus La maîtresse et la servante). Seule la jeune fille absorbée par son minutieux travail de dentelière intéresse le peintre. L'arrière-plan ne comporte aucune carte ou tableau comme il est fréquent dans les œuvres de Vermeer.
« Le motif de la dentellière au travail est traditionnellement un signe de vertu domestique, teintée de moralisme religieux (le livre, à droite, est sans doute une petite Bible ou un livre de prières). Soit une femme d’intérieur et de haut niveau social (aucune preuve qu’il s’agisse de l’épouse du peintre) et non une dentellière professionnelle. À gauche, un sac à couture ressemblant à un coussin d’où s’échappent des fils de couleur, fort bien rendus, vision rapprochée presque trouble renforçant le rendu très précis du deuxième plan. La lumière arrive de la droite, ce qui est plutôt rare chez Vermeer. » (Commentaire musée du Louvre)

Vermeer. Une jeune femme assise au virginal (1670)Une jeune femme assise au clavecin (1670). Huile sur toile, 25 × 20 cm, collection particulière. Ce tableau constitue une première approche d'un thème qui sera repris un peu plus tard : voir ci-après, Une dame assise au clavecin.
« Ce tableau tendrement enchanteur laisse apparaître la joie tranquille d'une jeune femme en harmonie avec sa musique. Tandis que ses doigts effleurent doucement le clavier de son virginal, elle se penche légèrement en avant sur sa chaise, doucement et sans intention de bouger, tout en gratifiant le spectateur d'une expression empreinte de sympathie, comme si elle souhaitait partager avec lui les sonorités suaves de son instrument. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Vermeer. Une dame écrivant une lettre à sa servante (1670-71)Une dame écrivant une lettre et sa servante (1670-71). Huile sur toile, 72,2 × 59,7 cm, National Gallery of Ireland, Dublin. Dans une riche demeure bourgeoise, une femme rédige une lettre qu'elle remettra à sa servante jouant le rôle de messagère. Le peintre oppose les attitudes des deux femmes, l'une occupée et dominante, l'autre patientant en regardant par la fenêtre. L'éclairage de la scène, remarquablement réussi, relève du registre habituel de Vermeer, tout comme le tableau (une scène biblique) à l'arrière-plan. Certains ont glosé sur les rapports entre la scène biblique et la scène du tableau. Nous sommes en terre protestante et la Bible a une importance toute particulière qu'il est toujours possible de commenter.
« L'œuvre de Vermeer témoigne d'une maîtrise artistique sans précédent dans son illusion de réalité. Ses personnages, souvent calmes et immobiles, contribuent à l'atmosphère solennelle et mystérieuse de ses tableaux. Cette toile est l'une des compositions les plus ingénieuses de la dernière période de Vermeer. Tandis qu'une servante regarde par la fenêtre, sa maîtresse écrit une lettre. Au premier plan, sur le sol, gisent un sceau rouge, un bâton de cire à cacheter et un objet qui est probablement un manuel de correspondance, fréquemment utilisé à l'époque. » (Commentaire National Gallery of Ireland)

Vermeer. Une femme jouant de la guitare (1669-72)Une femme jouant de la guitare (1669-72). Huile sur toile, 53 × 46,3 cm, Kenwood House, Londres. Une jeune guitariste regarde probablement une personne placée à la gauche du tableau. Le vêtement de satin jaune bordé de fourrure d'hermine a été utilisé à plusieurs reprises par Vermeer (voir par exemple La maîtresse et la servante ci-dessus). Le tableau placé derrière la jeune femme est une œuvre, propriété de Vermeer, du paysagiste néerlandais Pieter van Asch (1603-1678). Une hypothèse a été faite concernant l'identité du modèle : il pourrait s'agir de Marie, l'une des filles du peintre.
« Avec La Dentellière (Louvre, Paris), ce tableau constitue l'un des chefs-d'œuvre de Vermeer, et assurément un triomphe de la fin de sa carrière. L'artiste avait alors atteint une maîtrise parfaite de la lumière et des couleurs, ainsi qu'une totale liberté d'expression technique, grâce à des touches plus libres, affranchies des contraintes de texture et de matière. Le modèle, loin d'être replié sur lui-même, rayonne de plaisir et d'empathie, le visage illuminé par la musique. Jamais Vermeer n'a su se libérer avec autant de maîtrise et exprimer sa vision artistique avec autant de brio. Le paysage sur le mur du fond semble être peint dans le style de Hackaert. » (Commentaire Web Gallery of Art)

Vermeer. Une dame debout au virginal (1670-73)Une dame debout au clavecin (1670-73). Huile sur toile, 51,7 × 45,2 cm, National Gallery, Londres. Il s'agit d'une composition typique de Vermeer avec éclairage latéral gauche, tableaux accrochés au mur et jeune femme regardant vers le premier plan. Le tableau le plus visible représente Cupidon (Eros chez les grecs), fils de Vénus et dieu de l'amour. Ce tableau placé derrière une jeune femme rêveuse générait certainement dans les esprits de l'époque, formatés par la culture gréco-latine, des associations d'idées.
« La jeune femme au clavier capte nous regarde. La chaise vide suggère qu'elle attend quelqu'un, et le grand tableau représentant Cupidon nu, dieu de l'amour, accroché au mur derrière elle, pourrait indiquer qu'elle attend son amant. Les scènes musicales étaient un genre apprécié dans la Hollande du XVIIe siècle. Elles étaient souvent associées à des rencontres amoureuses, parfois ouvertement grivoises, parfois d'apparence innocente. Ici, le style du tableau représentant Cupidon s'inspire d'une illustration de livre sur le thème de l'amour fidèle.
On a beaucoup spéculé sur le fait que ce tableau et un autre de Vermeer, Une dame assise au virginal (également conservé à la National Gallery), auraient pu former un diptyque. Les deux œuvres présentent de nombreuses similitudes, mais aussi un contraste apparent. L'une pourrait représenter la fidélité, l'autre une conception vénale et mercantile de l'amour. » (Commentaire National Gallery)

Vermeer. Une dame assise au virginal (1670-75)Une dame assise au clavecin (1670-75). Huile sur toile, 51,5 × 45,5 cm, National Gallery, Londres. Dans un bel intérieur bourgeois, le regard d'une jeune femme au clavecin est attiré vers le spectateur. Cet artifice de composition avait déjà été utilisé à plusieurs reprises par Vermeer. On retrouve également, accroché au mur, le tableau de Dirck van Baburen L'Entremetteuse, déjà utilisé dans Le concert (voir ci-dessus). Une viole de gambe au premier plan semble attendre un instrumentiste pour un duo. Le coloriste Vermeer conserve sa maîtrise mais le personnage est un peu figé et n'a pas la spontanéité que l'on trouve dans les œuvres plus anciennes.
« Il semble faire sombre à l'extérieur de cette élégante pièce : un rideau bleu masque la partie supérieure de la fenêtre, mais le bas de la vitre est noir. La lumière qui scintille dans les pupilles dilatées de la femme assise au clavier provient de l'avant du tableau, un effet inhabituel chez Vermeer.
De manière significative, le tableau accroché au mur représente une courtisane avec un client. Il est mis en évidence, et c'est important car les scènes musicales de ce genre pouvaient être interprétées de différentes manières. Certaines étaient considérées comme des scènes grivoises, tandis que d'autres étaient tout à fait convenables. Vermeer avait tendance à les entretenir le doute, mais ici, le tableau en arrière-plan propose un indice inhabituellement fort, qui nous incite à nous demander si la pianiste a d'autres préoccupations que la musique.
Ce tableau a peut-être été réalisé pour contraster avec Une jeune femme debout au virginal (également dans la collection de la National Gallery), qui semble illustrer un exemple de fidélité amoureuse. » (Commentaire National Gallery)

  

Les portraits (2)

Vermeer. Portrait d'une jeune femme (1665-74)Portrait d'une jeune femme (1665-74). Huile sur toile, 44,5 × 40 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Ce portrait, stylistiquement proche de La jeune fille à la perle (ci-dessous), n'a pas rencontré la même faveur auprès du public. Il lui manque sans doute la mystérieuse sensualité qui émane du second.
« Une douce lumière illumine le visage d'une jeune femme vêtue de vêtements et de bijoux fantaisie qui auraient paru exotiques aux spectateurs néerlandais du XVIIe siècle. À l'instar de la célèbre Jeune Fille à la perle de Vermeer (vers 1665 ; Mauritshuis, La Haye), ce tableau n'était vraisemblablement pas un portrait de commande, mais plutôt une "tronie", représentation d'un personnage intrigant, souvent paré d'un costume extravagant. » (Commentaire MET)

Vermeer. La jeune fille à la perle (1665-67)La jeune fille à la perle (1665-67). Huile sur toile, 46,5 × 40 cm, Mauritshuis, La Haye. La Joconde du nord doit son universelle célébrité au dialogue instantané qu'elle instaure avec l'observateur. Avec beaucoup de travail et de génie, le peintre nous laisse entendre qu'il saisit tout simplement un instant mystérieusement interrogatif, un instant de surprise d'où émane la vie et la sensualité la plus naturelle. La perle, symbole de chasteté et de pureté dans la tradition biblique, est également associée à Vénus ou Aphrodite, déesse de l'amour et de la séduction dans la mythologie antique. Cette ambiguïté n'a certainement pas échappé au peintre, qui en joue à merveille pour aboutir à une œuvre intemporelle, suprêmement picturale parce que parvenant à l'indicible.
« La Jeune Fille à la Perle est le tableau plus célèbre de Vermeer. Il ne s’agit pas d’un portrait, mais d’un "tronie", un personnage imaginaire. Les tronies représentent certains types, ou personnages, comme cette jeune fille vêtue d’une robe exotique, portant un turban oriental et, à son oreille, une perle d’une taille peu vraisemblable.
Johannes Vermeer était le maître de la lumière. On peut le voir ici dans la douceur du visage de la jeune fille, les éclats de lumières sur ses lèvres humides et, bien sûr, dans la perle qui brille. » (Commentaire Mauritshuis)

 

Les paysages (2)

Vermeer. La ruelle (1657-61)La ruelle (1657-61)Huile sur toile, 54,3 × 44 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. Ce paysage urbain s'inspire des quartiers tranquilles de Delft. Les personnages sont tous absorbés dans leurs occupations quotidiennes. Une impression de quiétude se dégage de cette scène extérieure comme de la plupart des scènes de genre de Vermeer. La perspective frontale est traitée en superposant plusieurs plans : la rue au premier plan, la maison de briques au second puis le ciel et les maisons plus lointaines. La ruelle vient accentuer l'effet de profondeur. La signature du peintre figure à gauche sur le mur blanc.
« Ce tableau est atypique dans l'œuvre de Vermeer et remarquable pour son époque, représentant des maisons ordinaires. La composition est aussi saisissante qu'équilibrée. Les vieux murs, avec leurs briques, leur badigeon et leurs fissures, semblent presque palpables. La scène se situe au 40-42 de la Vlamingstraat à Delft. La tante de Vermeer, Ariaentgen Claes, a vécu dans la maison de droite avec ses enfants, de 1645 environ jusqu'à sa mort en 1670. » (Commentaire Rijksmuseum)

Vermeer. Vue de Delft (1660-61)Vue de Delft (1660-61). Huile sur toile, 98,5 × 117,5 cm, Mauritshuis, La Haye. Ce paysage urbain célébrissime en France, sans doute à la suite de l'appréciation élogieuse de Marcel Proust (« le plus beau tableau du monde »), correspond à la tradition italienne des vedute qui sera popularisée par Canaletto au 18e siècle. La ville natale du peintre est idéalisée par le choix artistique qui valorise la lumière atmosphérique et son reflet dans l'eau. Le ciel représente plus de la moitié de la surface du tableau comme chez Jacob van Ruisdael, peintre de Haarlem dont Vermeer connaissait sans doute certaines œuvres.
« C'est le paysage urbain le plus célèbre du siècle d'or de la peinture néerlandaise. Les jeux d'ombres et de lumière, le ciel nuageux impressionnant et les reflets subtils à la surface de l'eau font de ce tableau un chef-d'œuvre absolu.
Le spectateur contemple Delft depuis le sud. On y perçoit à peine un souffle d'air, et la ville dégage une atmosphère tranquille. Johannes Vermeer dépeint cette quiétude dans sa composition en créant trois bandes horizontales : l'eau, la ville et le ciel. Il a également peint les bâtiments en les embellissant quelque peu. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Analyse détaillée

 

Les allégories (2)

Vermeer. L'Art de la peinture (1665-66)L'Art de la peinture (1665-66)Huile sur toile, 120 × 100 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne. Un artiste, Vermeer évidemment, peint une femme dans son atelier. Le modèle a été déguisé en Clio, muse de l'Histoire dans la mythologie grecque, qui porte une couronne de lauriers et dont l'attribut est la trompette, symbole de la renommée. Clio a pour fonction de chanter le passé et donc la gloire des héros et des cités grecques antiques. Vermeer compose ici une scène théâtrale où le spectateur découvre le peintre au travail derrière un rideau au premier plan. Une carte des Pays-Bas est affichée sur le mur du fond.
« En représentant le peintre dans son atelier, Vermeer élève la peinture de genre au rang d'allégorie de l'art pictural. Son modèle, Clio, muse de l'histoire, inspire le peintre et proclame la gloire de la peinture dans les anciens Pays-Bas, gloire qu'elle immortalise dans le Livre de l'Histoire. Le modèle du sculpteur, le carnet de croquis et la toile naissante sur le chevalet évoquent l'unité des arts. La carte représentant les dix-sept provinces des Pays-Bas, avant leur division en Nord et Sud, désigne le pays dont la renommée s'est toujours forgée grâce à l'art pictural. » (Commentaire Kunsthistorisches Museum)

Vermeer. L'Allégorie de la foi (1671-74)

L'Allégorie de la foi (1671-74)Huile sur toile, 114 × 89 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Vermeer transpose sur la toile l'allégorie de la foi figurant dans un livre très célèbre à l'époque, Iconologia, de l'italien Cesare Ripa (1555-1622). Ce recueil, paru en 1522, présente par ordre alphabétique des allégories (la Paix, la Liberté, la Foi, etc.). L'auteur le destine aux artistes (poètes, peintres, sculpteurs) afin, selon lui, de les aider à représenter les vices, les vertus et les sentiments humains. Si le talent de peintre de Vermeer est bien au rendez-vous (couleurs, lumière), cette composition ne correspondant pas à son registre habituel a quelque chose de figé et d'artificiel quand le reste de l'œuvre se caractérise précisément par son humanité et sa vérité. Le grand tableau de l'arrière-plan est une reproduction de la Crucifixion du peintre néerlandais Jacob Jordaens (1593-1678)
« Ce tableau, réalisé à une époque où les célébrations publiques de la messe étaient interdites aux Provinces-Unies, recourt au langage complexe de l'allégorie pour représenter le triomphe de l'Église catholique. Une femme, figurant l'Église elle-même, pose un pied sur un globe terrestre, tandis qu'au premier plan, la pierre angulaire de l'église écrase le serpent du mal. Vermeer s'était converti au catholicisme avant son mariage, et cette œuvre, qui inclut une table chargée d'un calice, d'un missel et d'un crucifix, pourrait également faire référence à la célébration de la messe dans des "églises cachées" au sein de maisons privées. La scène de la Crucifixion à l'arrière-plan est inspirée d'un tableau de la collection de Vermeer, réalisé par l'artiste flamand Jacob Jordaens. » (Commentaire MET)

 

Les scènes religieuses et mythologiques (2)

Vermeer. Diane et ses compagnes (1653-56)

Diane et ses compagnes (1653-56). Huile sur toile, 98,5 × 105 cm, Mauritshuis, La Haye. Diane (Artémis pour les grecs) est la déesse de la chasse et de la lune. Elle est la fille de Jupiter (Zeus) et de Latone (Léto) et la sœur jumelle d'Apollon. En peinture, et jusqu'au 19e siècle, elle constitue un argument mythologique plus ou moins admis par l'ordre moral religieux pour représenter la nudité féminine. Mais la Diane de Vermeer est d'une irréprochable sagesse.
« 
Vermeer est surtout connu pour ses petits tableaux représentant des intérieurs paisibles avec quelques personnages. Mais au début de sa carrière, il a peint quelques scènes bibliques et mythologiques de plus grande envergure, dont celle-ci.
La déesse Diane se repose avec ses nymphes. Déesse de la chasse et de la nuit, elle est représentée par un chien à ses pieds et la lune sur son front. L'atmosphère onirique de la scène est caractéristique de l'œuvre de Vermeer. » (Commentaire Mauritshuis)

Vermeer. Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (1654-56)

Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (1654-56)Huile sur toile, 160 × 142 cm, National Gallery of Scotland, Édimbourg. Marthe de Béthanie, son frère Lazare de Béthanie et sa sœur Marie de Béthanie sont des disciples du Christ. L'Évangile selon saint Luc comporte un épisode où Marthe et Marie offrent l'hospitalité à Jésus-Christ. Les deux sœurs sont aussi mentionnées comme des témoins de la résurrection du Christ. Cette toile de jeunesse est stylistiquement d'inspiration italienne.
« Il s'agit assurément du plus grand tableau de Vermeer et de l'un des plus anciens qui nous soient parvenus. C'est également sa seule œuvre connue à thème biblique. L'Évangile selon saint Luc relate la visite du Christ chez les sœurs. Le Christ loue la disponibilité de Marie à écouter son enseignement, contrairement à Marthe, absorbée par les tâches ménagères. Le jeu subtil d'ombres et de lumière, la caractérisation des personnages et la large application de la matière picturale s'inspirent probablement du travail des artistes d'Utrecht, eux-mêmes influencés par l'art de Caravage. Compte tenu de ses dimensions inhabituelles et de son sujet, il est probable que ce tableau ait été réalisé sur commande. » (Commentaire National Gallery of Scotland)

 

Les tableaux dont l’attribution à Vermeer est controversée (3)

Vermeer. Sainte Praxède (1655)Sainte Praxède (1655)Huile sur toile, 102 × 83 cm, collection particulière. Sainte Praxède aurait vécu au temps de l'empereur Marc-Aurèle (121-180). Issue d'une famille de l'aristocratie romaine, elle venait, avec sa sœur Prudentienne, au secours des chrétiens persécutés. Selon la légende, elle survécut à un massacre alors que tous mouraient autour d'elle. Sa sœur mourut en martyre. Sur le tableau, Praxède soigne les chrétiens torturés. L'attribution à Vermeer est plus que douteuse malgré une signature (qui peut être fausse).

Vermeer. La Fille au chapeau rouge (1665-66)

La jeune fille au chapeau rouge (1665-66)Huile sur bois, 23 × 18 cm, National Gallery of Art, Washington. Ce tableau est un tronie, mot néerlandais indiquant un genre en vogue aux Pays-Bas au 17e siècle. Ces compositions, intermédiaires entre les scènes de genre et les portraits, cherchaient à saisir un état d'esprit ou une expression exagérée du personnage représenté. Il s'agit ici d'une étude de l'expression du visage. Certains spécialistes pensent que ce tableau est un faux Vermeer. Avec La jeune fille à la flûte (ci-après), il s'agit des deux seules œuvres de Vermeer peintes sur bois.
« La Jeune Fille au chapeau rouge est l'une des plus petites œuvres de Johannes Vermeer, peinte sur panneau plutôt que sur toile, son support de prédilection. La jeune fille, tournée sur sa chaise, interpelle le spectateur par son regard direct. La Jeune Fille au chapeau rouge est représentée avec une spontanéité et une simplicité remarquables. L'utilisation exquise de la couleur par l'artiste est la caractéristique la plus frappante de cette toile, tant pour ses effets de composition que pour son impact psychologique. Vermeer a concentré les deux couleurs principales dans deux zones distinctes : un rouge vibrant pour le chapeau et un bleu somptueux pour la robe. Il a ensuite utilisé l'intensité de la cravate blanche pour unifier l'ensemble. » (Commentaire NGA)

Vermeer. La Jeune fille à la flûte (1665-70)La jeune fille à la flûte (1665-70). Huile sur bois, 20,2 × 18 cm, National Gallery of Art, Washington. « Autrefois attribuée avec prudence à Johannes Vermeer, La Jeune Fille à la flûte a plus probablement été peinte par un collaborateur de son atelier. Bien que le caractère général et l'apparence de l'œuvre soient proches de ceux de Vermeer, notamment de La Jeune Fille au chapeau rouge, sa qualité est en deçà des standards du maître. La Jeune Fille à la flûte témoigne d'une connaissance des procédés picturaux singuliers de Vermeer – comme l'utilisation de pigments inhabituels et l'application caractéristique des rehauts – mais d'un manque de maîtrise et d'expérience dans leur reproduction.
Les deux tableaux sont si proches conceptuellement qu'il est probable que l'artiste de La Jeune Fille à la flûte se soit inspiré de La Jeune Fille au chapeau rouge. Il ne s'agit pas de portraits, mais d'études informelles explorant les effets de la lumière et des expressions faciales. Les deux femmes fixent le spectateur du regard, dissimulées sous des chapeaux remarquables qui projettent des ombres marquées sur une grande partie de leurs visages. Chacune porte une robe d'un bleu profond et occupe un espace restreint, délimité par une tapisserie à motifs et une chaise ornée de têtes de lion. Alors que le modèle de La Fille au chapeau rouge semble regarder le spectateur d'un rapide mouvement de tête et d'un regard interrogateur, son homologue de La Fille à la flûte se penche en avant dans une posture frontale plus statique. » (Commentaire NGA)

 

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Johannes Vermeer

Gabriel Metsu

Gerard ter Borch

Pieter de Hooch

 

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Commentaires

  • Gabrielle Clerc

    1 Gabrielle Clerc Le 26/08/2025

    Magnifique présentation de l'oeuvre de Vermeer de Delft qui permet d'admirer longuement chaque tableau séparément. J'apprécie tout particulièrement la qualité des couleurs dont le rendu est fidèle à l'intention du peintre.
    Bravo et merci à Rivage de Bohème pour son respect de l'artiste.
  • Delaunay

    2 Delaunay Le 13/11/2022

    Merci infiniment. Générosité et exigence : ce n’est pas souvent, par les temps qui courent. Une question : y a-t-il une raison pour que la lumière vienne toujours de la gauche ?
  • LEGARE

    3 LEGARE Le 29/08/2021

    Bravo et merci pour cette étude complète sur Vermeer J’ai lu avec beaucoup de plaisir le livre de Tracy Chevalier : La Jeune fille à la perle Cependant je ne trouve pas de réponse à la question suivante Qu’en est-il de cette relation Maître et servante décrite dans le livre ? L’auteure s’est-elle inspirée de faits réels ( autant que ce soit possible) ou simplement de l’imaginaire ?
  • Gorge

    4 Gorge Le 21/11/2018

    Super biographie merci
  • chantal riviere

    5 chantal riviere Le 25/10/2018

    Vermeer m'inspire je viens de faire l'esquisse de la jeune fille à la perle ,je me lance!!!
    merci pour cette biographie je suis conquise.
  • Ludo

    6 Ludo Le 18/02/2017

    Merci pour cette biographie détaillée et les notices des oeuvres de Vermeer. A noter l'exposition Vermeer et les maîtres de la peinture de genre à voir au Louvre : http://www.moreeuw.com/histoire-art/exposition-vermeer-louvre-paris.htm
  • margot

    7 margot Le 27/09/2015

    je remercie la personne qui a écrit cette biographie très bien construite et complète
  • Bertille

    8 Bertille Le 05/11/2014

    Bonjour, je voulais dire bravo et remercier celui ou celle qui a écrit cet article, car il est très complet et m'a été très utile, mais je voudrais juste faire remarquer à l'auteur qu'il y eu 11 survivants parmi les 15 enfants de Vermeer, et non pas 11 enfants et 7 survivants. Voila, et merci pour ce super article.
    rivagedeboheme

    rivagedeboheme Le 06/11/2014

    Merci pour vos compliments. Pour le nombre d'enfants, vous avez raison. Je corrige.
  • Lafille

    9 Lafille Le 17/10/2014

    BONJOUR, j'aimerais savoir quel est le courant artistique de ce très bon peintre s'il vous plait?
    rivagedeboheme

    rivagedeboheme Le 18/10/2014

    Deux courants principaux se développent au 17e siècle (voir panorama du 17e sur le site): le baroque et le classicisme. Vermeer ne peut pas être rattaché strictement à l’un de ces courants, mais il subit évidemment leur l’influence. Dans les peintures religieuses de ses débuts, l’influence italienne classique est plus perceptible que l’influence baroque. Mais il devient un maître de la peinture de genre et abandonne les thèmes historiques et mythologiques qui constituent l’essentiel de la production baroque et classique. Historiquement Vermeer appartient à « l’âge d’or de la peinture hollandaise » qui se caractérise par une créativité exceptionnelle dans tous les genres (histoire et religion, paysage, scènes de genre) mais comportant des influences stylistiques diverses.
  • Guichard Lucas

    10 Guichard Lucas Le 14/10/2014

    Merci pour cette magnifique biographie, qui grâce à, eu 20/20.
  • Naguere

    11 Naguere Le 11/02/2013

    J'aime beaucoup (ci-dessus) les commentaires des écrivains sur la peinture. Pour la peinture du XVIIIe, je verrais bien des extraits des Salons de Diderot. Et toute la peinture de Chardin (appréciée par Frédéric II de Prusse !!!).
    rivagedeboheme

    rivagedeboheme Le 12/02/2013

    Oui, tout à fait d'accord. Il faut trouver les textes...

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