Gothique international

 
 
 

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Environ 1360-1450

Dans la seconde moitié du 14e siècle un style artistique présentant des caractéristiques communes se développe dans différentes régions d'Europe : Italie, Flandre, Bourgogne, Bohême (Tchéquie actuelle), Angleterre. Bien entendu, ce style ne se revendique pas comme international. Le mot, appliqué à une période de l'histoire où les nations apparaissent à peine – la fin du Moyen Âge – a d'ailleurs une résonance un peu anachronique. Ce sont les historiens de l'art qui ont choisi ce vocable en découvrant par leurs recherches l'unification stylistique de la peinture de cette époque. Ainsi, l'historien français Louis Courajod (1841-1896) considère qu'une « gothicité universelle » apparaît à la fin du 14e siècle.

 

Maitre du Jardin de Paradis de Francfort. Le Jardin de Paradis (v. 1410)

Maître du Jardin de Paradis de Francfort. Le Jardin de Paradis (v. 1410)

ÉTUDE DÉTAILLÉE

 

 

Caractéristiques du Gothique international

  • Les thèmes religieux restent largement prédominants : Annonciation, Couronnement de la Vierge, Adoration des Mages, Fuite en Égypte par exemple. Mais certaines miniatures proposent des scènes de genre (Les Très Riches Heures du Duc de Berry).
  • L'accent est mis sur l'élégance, le raffinement des personnages lorsqu'ils appartiennent à la noblesse ou au clergé. Ils ne sont pas représentés avec réalisme mais nettement idéalisés car il s'agit de mettre en évidence leur appartenance à une élite : gentilshommes et gentes dames paraissent dans leurs plus beaux atours. Bien entendu, les commanditaires des œuvres appartenant à ces catégories sociales, il était nécessaire pour les artistes de les valoriser par l'image. On s'oriente vers plus de réalisme lorsque le peuple – ceux qui travaillent de leurs mains – est représenté. Il en va de même pour les animaux.
  • La scène picturale du Gothique international demeure une image conventionnelle accumulant de nombreux détails sans souci de se rapprocher de ce que peut percevoir du réel la vision humaine. Il faudra attendre la Première Renaissance (Masaccio, Campin, Van Eyck) et la découverte des lois de la perspective pour que la peinture s'oriente vers le réalisme optique.

 

Pisanello. Portrait d'une jeune princesse (v. 1435-40)

Pisanello. Portrait d'une jeune princesse (v. 1435-40)

 

Pourquoi une unification internationale à cette époque ?

  • Le 14e siècle est le dernier qui puisse être rattaché au Moyen Âge. Une nouvelle période de l'histoire s'ouvre au 15e siècle avec la Renaissance. Les structures féodales, caractéristiques du Moyen Âge, commencent à s'effriter, faisant émerger des cours luxueuses autour des plus puissants suzerains (Milan, Avignon, Paris, Prague, Dijon). La noblesse qui se réunit dans ces villes cherche à asseoir son prestige : l'un des moyens utilisés est la création artistique et le mécénat. A la fin du 14e siècle, le rôle économique de la grande bourgeoisie enrichie dans le commerce et la banque lui permettra d'accéder également au mécénat artistique et de dynamiser encore le processus créatif. L'Église, qui avait régné presque seule sur l'art du Moyen Âge, trouve désormais à ses côtés d'autres commanditaires dont les goûts et les aspirations diffèrent.
  • Le Gothique international avait été appelé art courtois par certains auteurs du 20e siècle. Le terme convient bien car on retrouve dans le gothique international le descriptif idéalisé du cérémonial courtois (hommage du vassal au suzerain dans sa court*) et de l'amour courtois (séduire une femme selon des règles codifiées) de la fin du Moyen Âge. L'élégance appuyée et la profusion de couleurs de ce style pictural visent à idéaliser les cérémonials des cours européennes. Etant toutes imprégnées de la même culture et des mêmes aspirations, il n'est pas surprenant que la production artistique financée par ces cours comporte des dominantes communes.
  • Les échanges se développent à la fin du Moyen Âge car l'autarcie économique qui avait caractérisé le système féodal commence à laisser place à un commerce plus actif. Les artistes eux-mêmes voyagent et vont s'employer auprès de ceux qui les appellent pour créer un retable ou un livre d'heures. Une certaine prédilection pour les œuvres de petit format favorise d'ailleurs la mobilité : les retables peuvent être portatifs, les manuscrits enluminés ou les tapisseries de petite taille ne posent pas de problème de transport. Les élites prennent goût à la collection de beaux objets, suscitant ainsi de multiples échanges.

 

Terme utilisé en vieux français pour désigner la résidence du suzerain.

 

Les grands centres du Gothique international

 

Italie

L'Italie morcelée du 14e siècle

L'Italie du 14e siècle est divisée en de nombreuses seigneuries rivales. Peu à peu, les plus puissantes s'imposent et certaines grandes familles de l'aristocratie gouvernent de façon héréditaire : les Este à Ferrare, les Della Scala à Vérone, les Visconti à Milan, les Gonzague à Mantoue. Ces familles s'entourent d'une cour et cherchent à briller par les fêtes et la création artistique (architecture, sculpture, peinture).

 

Giovanni da Milano. Rencontre de Joachim et Anne à la Porte dorée (1365)Giovanni da Milano. Rencontre de Joachim et Anne à la Porte dorée (1365). Fresque, Chapelle Rinuccini, Santa Croce, Florence. La chapelle Rinuccini de la basilique Santa Croce à Florence est dédiée à la Vierge. Giovanni da Milano, peintre lombard, dont on ignore presque tout, y réalisa un programme de fresques sur des épisodes de la vie de la Vierge dont un détail est présenté ci-contre. Anne et Joachim, les parents de la Vierge, n'avaient pas d'enfants après vingt ans de mariage. La rencontre à la Porte Dorée à Jérusalem symbolise le moment où Anne est enfin enceinte de la Vierge. Le mythe de l'immaculée conception en résulte.

Maître du château de la Manta. Fontaine de Jouvence (v. 1420)Maître du château de la Manta. Fontaine de Jouvence (v. 1420). Fresque, Château de la Manta, Saluces. Cet artiste non identifié doit son nom aux fresques qu'il a réalisées dans le château de la Manta, près de Saluces, dans le Piémont. Plusieurs hypothèses ont été faites sur son identité : Jacques Iverny, peintre originaire d'Avignon ou Giacomo Jaqueiro (v. 1375-1453), peintre italien. La fontaine de jouvence est un mythe d'origine biblique symbolisant le rajeunissement. Sur la fresque, des vieillards fatigués arrivent, se baignent dans la fontaine et ressortent jeunes et plein d'allant. Le graphisme des personnages et de la fontaine est particulièrement apparent, comme s'il s'agissait d'un dessin colorié. L'ensemble de la composition illustre parfaitement l'esprit narratif du Gothique international : il s'agit de raconter en images une belle légende.

Lorenzo Monaco. L'Adoration des Mages (v. 1422)Lorenzo Monaco. L'Adoration des Mages (v. 1422). Tempera sur bois, 115 × 177 cm, Galerie des Offices, Florence. Probablement créé pour l'église de Sant'Egidio de Florence, ce panneau a été exécuté par Lorenzo Monaco (1370-1424), peintre et moine bénédictin au monastère Sainte Marie des Anges de Florence. Il travaille également comme miniaturiste. Son style gothique transparaît nettement dans les personnages longilignes, la profusion de détails et les couleurs brillantes (or et lapis-lazuli).

Gentile da Fabriano. L'adoration des Mages (1423)

Gentile da Fabriano. L'adoration des Mages (1423). Tempera sur bois, 300  282 cm, Galerie des Offices, Florence. Gentile da Fabriano (1370-1427) a surtout travaillé en Toscane. L'Adoration des Mages est son chef-d'œuvre et se trouvait initialement dans la basilique Santa Trinita de Florence. Selon la mythologie chrétienne, trois mages (astronomes) auraient suivi une étoile vers le lieu de naissance de Jésus-Christ. Arrivés près de Jésus, ils lui offrent l'or, l'encens et la myrrhe. Palla di Noferi Strozzi (1372-1462), riche banquier et homme politique italien, a commandé ce retable pour la chapelle de sa famille dans l'église de Santa Trinita à Florence. L'utilisation abondante de l'or et la multiplicité des détails, y compris des animaux exotiques (singes), est caractéristique du Gothique international. Les scènes de la prédelle (Nativité, Repos pendant la fuite en Egypte et Présentation au Temple) comportent déjà des innovations propres à la Renaissance : le ciel bleu au lieu du fond or traditionnel.

Pisanello. Portrait d'une jeune princesse (v. 1435-40)Pisanello. Portrait d'une jeune princesse (v. 1435-40). Huile sur bois, 43 × 30 cm, musée du Louvre, Paris. Antonio Puccio, dit Pisanello (environ 1395-1455) est un des derniers représentants du Gothique international. Il travailla principalement à Venise, Vérone et Rome. « Pour l'identification de cette jeune princesse, ce sont les noms de Marguerite de Gonzague, Ginevra et Lucia d'Este qui, à l'heure actuelle, reviennent le plus souvent. Elle porte à la fois la devise de Leonello d'Este, seigneur de Ferrare (un vase enchaîné par une anse) et trois couleurs (rouge, vert et blanc), adoptées notamment par les Gonzague, marquis de Mantoue à cette date. » (Notice musée du Louvre)

 

 

France et Angleterre

La France en 1365

La guerre de Cent ans (1337-1453) opposant l'Angleterre à la France marque cette période. Il s'agit d'une querelle dynastique ayant pour objectif la domination sur certaines portions du territoire français. La France se trouve divisée, certaines régions étant sous domination anglaise. Cette guerre n'étant ni continue (de nombreuses trêves ont lieu) ni étendue à tout le pays, il existe des havres de paix où l'art peut encore se développer.

 

Jean de Beaumetz. Le Calvaire avec un moine chartreux (1389-95)Jean de Beaumetz. Le Calvaire avec un moine chartreux (1389-95). Tempera sur bois, 60 × 48 cm, musée du Louvre, Paris. Jean de Beaumetz (v. 1335-1396) a travaillé à Valenciennes, Paris et Dijon. Dans cette ville il devient le peintre du duc de Bourgogne et dirige l'atelier de peinture de la chartreuse de Champmol. A sa mort, Jean Malouel le remplace. Ce panneau « fait partie d'une série de 26 tableaux destinés aux cellules des moines et du prieur de la chartreuse de Champmol, près de Dijon, et commandés par le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, à son peintre en titre, Jean de Beaumetz, en 1388. Un autre Calvaire avec un moine chartreux est conservé au musée de Cleveland. » (Notice musée du Louvre)

Maître du Diptyque Wilton. Diptyque Wilton, extérieur (v. 1395)Maître du Diptyque Wilton. Diptyque Wilton, extérieur (v. 1395). Tempera sur bois, 53 × 37 cm (chaque panneau), National Gallery, Londres. Ce diptyque comporte deux panneaux peints de chaque côté. Il a probablement été commandé par le roi Richard II d'Angleterre (1367-1400) à un peintre inconnu. Le cerf blanc est l'emblème de Richard II et l'écu du panneau de gauche représente les armes de Richard II.

Maître du Diptyque Wilton. Diptyque Wilton, intérieur (v. 1395)Maître du Diptyque Wilton. Diptyque Wilton, intérieur (v. 1395). Tempera sur bois, 53 × 37 cm (chaque panneau), National Gallery, Londres. Les panneaux intérieurs comportent une scène terrestre et une scène céleste. A gauche, le roi Richard II, agenouillé, et trois saints. De gauche à droite, Edmond le Martyr, Édouard le Confesseur et Jean le Baptiste qui porte l'Agneau de Dieu. A droite, la Vierge, tenant l'Enfant Jésus, est entourée d'anges et porte l'auréole autour de la tête, survivance d'une convention picturale du Moyen Âge désignant la sainteté. Les deux panneaux sont conçus pour établir un dialogue entre le divin et l'humain : regards, postures des personnages et spécificité chromatique (couleurs vives à droite symbolisant l'éclat du divin, très atténuées à gauche car – péché originel oblige – l'homme est déchu selon le dogme chrétien).

Jean Malouel. Grande Pietà ronde (v. 1400)Jean Malouel. Grande Pietà ronde (v. 1400). Tempera et or sur bois, diamètre 64,5 cm, musée du Louvre, Paris. « Les armoiries peintes à l'arrière du tableau permettent de penser que cette Pietà a pu être peinte pour le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi (1363-1404), par Jean Malouel, au service de la cour de Bourgogne de 1397 à 1415. [...] Malouel a conçu pour cette représentation de la Pietà une composition adaptée à la forme de son panneau : les personnages épousent subtilement la découpe circulaire et l'action se concentre sur le groupe principal, constitué par Dieu le Père, le Christ, la Vierge et saint Jean l'Evangéliste. L'œuvre s'avère d'une grande richesse expressive, chaque personnage exprimant un sentiment différent : les anges par exemple dont certains soutiennent avec le Père le Christ mort, présentent trois visages empreints de souffrance et de désespoir. La Vierge s'accroche au corps abandonné de son fils, tandis que saint Jean regarde la scène avec tristesse. Cette Pietà est aussi une représentation de la Sainte Trinité puisqu'elle associe Dieu le Père, la colombe du Saint-Esprit et le Christ. Le chromatisme est d'un raffinement remarquable, le rouge-rosé du manteau de saint Jean se retrouvant dans les vêtements des anges, tandis que les bleus profonds du manteau de la Vierge et de celui de Dieu le Père se répondent avec quelques nuances. » (Notice musée du Louvre)

Maître de Boucicaut. Livre d'Heures du maréchal de Boucicaut-1 (1405-08)Maître de Boucicaut. Livre d'Heures du maréchal de Boucicaut-1 (1405-08). Manuscrit, 27,5 x 19 cm, ​​Musée Jacquemart-André, Paris. Ce manuscrit a été commandé par Jean II Le Meingre, dit Maréchal Boucicaut (1364-1421) et son épouse Antoinette de Turenne (1380-1416) à un artiste inconnu appelé aujourd'hui Maître de Boucicaut. Jean Le Meingre, Maréchal de France, était un militaire et un homme d'une grande piété. Son livre d'heures comporte des miniatures d'une finesse de trait exceptionnelle comportant des effets de lumière et de perspective. La miniature ci-contre a pour thème la fuite en Égypte de la Saint Famille (Joseph, Marie et leur fils Jésus). Le registre chromatique et le sens de la composition de l'artiste sont exceptionnels : il cherche un effet de profondeur en détaillant un paysage montagneux avec un gigantesque soleil sur un fond bleu profond à l'arrière-plan.

Maître de Boucicaut. Livre d'Heures du maréchal de Boucicaut-2 (1405-08)Maître de Boucicaut. Livre d'Heures du maréchal de Boucicaut-2 (1405-08). Manuscrit, 27,5 x 19 cm, ​​Musée Jacquemart-André, Paris. La miniature montre le maréchal Boucicaut priant à genoux devant sainte Catherine d'Alexandrie. Un ange tient le blason du maréchal. Sainte Catherine est plus grande que Boucicaut afin de symboliser la hiérarchie entre le sacré et le profane. Cette miniature est encadrée par une délicate frise végétale.

Henri Bellechose. Le retable de saint Denis (v. 1416)Henri Bellechose. Le retable de saint Denis (v. 1416). Tempera et or sur toile marouflée sur panneau, 162 × 211 cm, musée du Louvre, Paris. «  Le Retable de saint Denis a été commandé, avant 1416, pour la chartreuse de Champmol aux portes de Dijon sans doute au peintre en titre de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, Henri Bellechose, un des derniers représentants du style gothique international. [...] Encore fidèle à l'esthétique médiévale notamment par l'omniprésence des ors, ce retable surprend néanmoins par certains accents réalistes qui témoignent de préoccupations nouvelles : la figure du bourreau est d'une vigueur plastique et d'une caractérisation physionomique sans précédents. La variété du coloris, renforcée par le riche fond d'or, est également remarquable, dominée par le bleu intense des manteaux du Christ et des saints. Le Christ crucifié placé au centre est présenté par Dieu le Père et le Saint-Esprit, tandis que deux épisodes de la vie de saint Denis sont figurés de part et d'autre de la Croix. À gauche, la dernière communion reçue par saint Denis de la main du Christ même et, à droite, le martyre de saint Denis, qui fut décapité avec ses deux disciples, Rustique et Éleuthère. Selon Grégoire de Tours, saint Denis fut évangélisateur des Gaules et premier évêque de Paris (vers 250). Décapité à Montmartre, il est souvent représenté avec l'attribut de son martyre, tenant sa tête qu'il aurait ramassée après sa décollation. » (Notice musée du Louvre)

 
Mai.jpgFrères de Limbourg. Les Très Riches Heures du duc de Berry (v. 1416). Manuscrit, 21 × 29 cm, musée Condé, Chantilly. Ce chef-d'œuvre fait l'objet d'une page distincte (cliquer sur le titre).

Maître de Bedford. Livre d'Heures du duc de Bedford (1423-30)Maître de Bedford. Livre d'Heures du duc de Bedford (1423-30). Manuscrit, 26 × 18 cm, British Library, Londres. L'artiste inconnu appelé aujourd'hui Maître de Bedford doit son nom à l'un de ses commanditaires, Jean de Lancaster, duc de Bedford (1389-1435). Le Livre d'Heures de Bedford compte 289 feuillets comportant 38 miniatures. La miniature ci-contre représente la construction de la Tour de Babel dans un style typiquement Gothique international qui en fait un petit chef-d'œuvre : couleurs vives, multiples détails, paysage imaginaire.

 

 

Saint-Empire romain germanique

Le Saint-Empire romain germanique en 1378

Le Saint-Empire romain germanique est une confédération de principautés gouvernées par des rois ou des princes. L'appellation vise à entretenir la fiction d'une continuité avec l'Empire romain d'Occident qui avait sombré au 5e siècle. L'empereur est désigné par un collège de Princes-électeurs émanant des entités confédérées. Les rivalités ne sont pas rares entre les différentes composantes de l'Empire et des guerres intestines peuvent survenir.

 

Bertram von Minden. Retable de Grabow, ouvert (1379-83)Bertram von Minden. Retable de Grabow, ouvert (1379-83). Tempera sur bois, 266 × 726 cm, Kunsthalle, Hambourg. Bertram von Minden, dit Maître Bertram, (v. 1340-1415) est un des peintres allemands faisant évoluer la peinture vers le gothique international. Le retable de Grabow, son œuvre majeure, a été réalisé pour l'église Saint-Pierre de Hambourg. Les quatre volets extérieurs comportent au total vingt-quatre scènes bibliques, depuis la création du monde par Dieu jusqu'à la vie de Jésus.

Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail 1 (1379-83)Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail 1 (1379-83). Les trois scènes ci-dessus représentent Dieu créant les végétaux, puis les oiseaux et enfin l'homme (Adam). Le visage de Dieu est assez expressif, mais surtout, ses postures maniérées mettent en évidence la parfaite aisance de cette création...

Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail 2 (1379-83)Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail 2 (1379-83). La création d'Eve à partir d'une côte d'Adam (selon la légende biblique).

Conrad von Soest. Retable de Bad Wildungen, Crucifixion (1403-04)Conrad von Soest. Retable de Bad Wildungen, Crucifixion (1403-04). Tempera sur bois, 158 × 267 cm, église de Bad Wildungen. Conrad von Soest (v. 1370-1422) est l'un des principaux représentants du Gothique international dans l'ouest de l'Allemagne (Westphalie, Hesse). Ce retable comporte, en position ouverte, treize tableaux, dont une crucifixion au centre. Ce qui caractérise cette scène est la présence de plusieurs groupes de personnes richement vêtues à la mode du 15e siècle. Il émane de l'ensemble de la composition un lyrisme doux qui contraste avec la dramatisation qui domine la plupart des crucifixions. Au premier plan, les trois Maries entourent la figure de la Vierge, qui s'est effondrée. Sur la droite, les officiers romains (en costume 15e siècle) semblent deviser calmement.

Maître Francke. L'Homme de Douleurs (v. 1420)Maître Francke. L'Homme de Douleurs (v. 1420). Tempera sur chêne, 42,5 × 31,5 cm, Museum der Künste Bildenden, Leipzig. Maître Francke (v. 1380-1440), appelé également frère Francke, est un moine dominicain et peintre qui vécut principalement au monastère Saint-Jean de Hambourg. Cet Homme de douleurs est une de ses œuvres les plus émouvantes. Dans un cadre décoré avec des rosettes métalliques un grand ange soutient le Christ souffrant. Celui-ci pose sur nous un regard d'une infinie tristesse et semble nous questionner. Le peintre a habilement joué avec deux contrastes : chromatique (ailes noires des anges et corps clair du Christ), signifiant (regard de l'ange et regard du Christ).

Maître du Jardin de Paradis de Francfort. Le Jardin de Paradis (v. 1410)Maître du Jardin de Paradis de Francfort. Le Jardin de Paradis (v. 1410). Technique mixte sur bois, 26,3 × 33,4 cm, Städelsches Kunstinstitut und Städtische Galerie, Francfort-sur-le-Main. Cet artiste non identifié, appelé aussi Maître du Haut-Rhin, travaillait en Rhénanie et plus particulièrement à Strasbourg. Le Jardin de Paradis comporte tous les éléments emblématiques du Gothique international : couleurs pures, élégance un peu maniérée des gestes, visages idéalisés (les adultes ont des visages d'enfants). L'atmosphère est évidemment très paisible. La Vierge est représentée lisant et l'Enfant Jésus jouant au premier plan. A droite, l'Archange saint Michel porte des ailes. Les personnages baignent dans un jardin luxuriant totalement idéalisé, mais les espèces végétales sont reconnaissables (muguet par exemple au premier plan). Cette association de détails réalistes fondus dans un ensemble cherchant l'idéal caractérise tout particulièrement ce style international.

ÉTUDE DÉTAILLÉE

Maître du Jardin de Paradis de Francfort. La Madone aux fraisiers (v. 1420)Maître du Jardin de Paradis de Francfort. La Madone aux fraisiers (v. 1420). Tempera sur bois, 145,5 × 87 cm, Kunstmuseum Solothurn, Soleure, Suisse. La Vierge, assise dans un jardin tend une rose blanche à l'Enfant Jésus. La tête de la Vierge est entourée d'une auréole dorée, survivance tardive de la peinture du Moyen Âge. Le jardin est à fois idéalisé et composé d'espèces végétales reconnaissables : rosiers sur le treillage à l'arrière-plan, muguet, violettes et perce-neige au premier-plan.

   

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Lorenzo Monaco Gentile da Fabriano Pisanello
Maître de Boucicaut Frères de Limbourg Maître de Bedford

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