Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Le parc à Mortefontaine (1806)

Jean-Joseph-Xavier Bidauld (1758-1846) est l’un des plus célèbres peintres de paysages du courant néoclassique français. Après avoir été influencé par les paysagistes hollandais, il séjourne en Italie de 1785 à 1790 et trouve alors son style définitif inspiré de Nicolas Poussin. Il restera toujours fidèle au paysage classique, ne comprenant pas dans sa vieillesse que l’avenir se situait à l’exact opposé avec l’émergence du naturalisme.

 

Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Le parc à Mortefontaine (1806)

Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Le parc à Mortefontaine (1806)

Huile sur toile, 87,6 × 128,3 cm, Indianapolis Museum of Art.

Image HD sur GOOGLE ART PROJECT et Indianapolis Museum of Art

 

Le paysage néoclassique français

Un regain d'intérêt pour l'Antiquité apparaît en France à la suite des découvertes archéologiques importantes faites à Pompéi, Herculanum et Paestum vers le milieu du 18e siècle. Le retour à l'Antique était une tendance présente dès le début du siècle en Allemagne et en Angleterre mais la France avait fait preuve d'originalité en choisissant le rococo. Elle sera rattrapée par le goût de l'antiquité à partir de 1760 environ. Ce néoclassicisme touche d'abord l'architecture puis se propage à la peinture. Le goût des ruines antiques sera particulièrement célébré par Hubert Robert.

Dans le dernier quart du 18e siècle et au début du 19e, l'art du paysage va évoluer en France vers le paysage néoclassique avec des artistes comme Joseph Vernet (1714-1789), Pierre-Henri de Valenciennes (1750-1819), Jean-Joseph-Xavier Bidauld (1758-1846). Nicolas Poussin (1594-1665) et Claude Lorrain (1600-1682) redeviennent les grands modèles. Bidauld se situe clairement dans la lignée de Poussin. Ses paysages parfaitement équilibrés sont fréquemment peuplés de figures antiques qui donnent un sens au tableau. Son art ne peut manquer d’évoluer au début du 19e siècle sous l’impulsion du courant romantique, déjà bien présent en Angleterre et en Allemagne. Mais Bidauld, premier paysagiste à entrer à l’Académie des Beaux-arts de Paris, refusera obstinément le naturalisme de l’École de Barbizon et s’opposera à son entrée au salon officiel. La peinture de paysage ne pouvait être pour lui la simple reproduction de la nature. Elle était, comme pour les classiques du 17e siècle, la recherche d’une beauté idéale transcendant la réalité observée.

 

Analyse : Le parc à Mortefontaine de Jean-Joseph-Xavier Bidauld

 

Mortefontaine. Le débarquement des promeneurs

Mortefontaine. Le débarquement des promeneurs

 

Le parc de Mortefontaine se trouve dans le département de l’Oise, en lisière de la forêt d’Ermenonville. Ce site vallonné comporte plusieurs étangs et était un lieu apprécié des artistes. Watteau s’en inspira pour les paysages de certaines de ses fêtes galantes, comme le Pèlerinage à l’île de Cythère (1717) et, plus tard, Corot nous laissera un émouvant Souvenir de Mortefontaine (1864).

Le tableau de Bidauld représente un exemple particulièrement intéressant du néoclassicisme déjà influencé par le romantisme. La composition d’ensemble respecte tous les préceptes académiques du classicisme qui avaient été élaborés au 17e siècle sous l’impulsion de Charles le Brun. La symétrie est marquée par la présence des deux massifs d’arbres encadrant l’étang. Le dessin très apparent conduit à des formes parfaitement délimitées : arbres, barque au premier plan. Le traitement de la lumière est essentiel : elle traverse les arbres et se reflète sur les pelouses et la surface de l’eau pour transformer l’étang en miroir restituant minutieusement l’image des embarcations, des cygnes et des arbres. La retenue chromatique exigée des peintres classiques limite la palette aux nuances de vert, de brun et de gris. La maitrise technique du peintre donne à la composition une apparence photographique proche de certaines peintures hyperréalistes contemporaines. Les touches précises et parfaitement lissées contribuent à cette impression de perfection un peu glacée. Il s’agit bien pour Bidauld de proposer un paysage idéalement beau.

 

Mortefontaine. La lumière à travers les arbres

Mortefontaine. La lumière à travers les arbres

 

Mais cet artiste était coutumier des personnages de la mythologie antique venant animer ses paysages et leur donner une signification. En cela, il était le successeur de Nicolas Poussin. Rien de tel ici. Ce sont des figures contemporaines et des cygnes qui donnent vie au paysage. Sur la rive droite, deux couples et un lecteur solitaire décalent le paysage classique vers le romantisme, ou peut-être le rousseauisme, puisque Bidauld ne pouvait ignorer que le parc d’Ermenonville tout proche avait accueilli le tombeau de Jean-Jacques.

 

Mortefontaine. La surface de l’eau

Mortefontaine. La surface de l’eau

 

Le Parc à Mortefontaine représente l’un des derniers exemples historiques du somptueux paysage classique tel qu’il fut imaginé par Nicolas Poussin et Claude Lorrain. La rigueur de la composition, la maîtrise technique, le traitement exemplaire de la lumière font de ce tableau un voyage nostalgique dans une nature idéalisée jusqu’à la perfection. La peinture de paysage choisira ensuite une toute autre direction.

 

Quelques autres paysages néoclassiques


Joseph Vernet. La ville et le port de Toulon (1756)Joseph Vernet. La ville et le port de Toulon (1756). Huile sur toile, 165 × 263 cm, Musée du Louvre, Paris. Vernet reçut de Louis XV une commande de 24 tableaux des ports de France, mais ne parvint à en réaliser que 15. « Ce tableau de la série des Ports de France est la deuxième vue de Toulon peinte par Vernet, conformément aux instructions officielles réclamant deux tableaux pour chaque port. Ce fut pour l'artiste un tour de force que de concilier l'aspect documentaire requis avec sa vision personnelle et de se renouveler à chaque fois. » (Notice musée du Louvre)


Pierre-Henri de Valenciennes. Cicéron découvrant le Tombeau d'Archimède (1787)Pierre-Henri de Valenciennes. Cicéron découvrant le Tombeau d'Archimède (1787). Huile sur toile, 119 × 162 cm, musée des Augustins, Toulouse. Pierre-Henri de Valenciennes composait ses paysages en atelier mais il prenait des esquisses à l'huile sur le vif. Il s'agit donc ici d'un paysage imaginaire mais réalisé en agençant des éléments proches de la réalité observée. L'anecdote antique permet de  souligner le caractère néoclassique.


Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Vue de l'île de Sora (1793)Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Vue de l'île de Sora (1793). Huile sur toile, 113 × 144 cm, musée du Louvre, Paris. « Exposé sous ce titre au Salon de 1793, ce tableau représente en fait le village d'Isola del Liri et le château de Buoncompagni, près de Sora. Il a été peint à la suite d'un prix d'encouragement décerné par la Nation en 1792 pour pallier l'absence des clients habituels des artistes, exilés ou ruinés sous la Révolution. » (Notice musée du Louvre)


Hubert Robert. Tombeau de J.J. Rousseau dans le parc d'Ermenonville (1802)Hubert Robert. Tombeau de J.J. Rousseau dans le parc d'Ermenonville (1802). Huile sur toile, 53,3 × 54,8 cm, collection particulière. Le marquis de Girardin, qui avait accueilli Rousseau (1712-1778) à Ermenonville, demanda à Hubert Robert de collaborer à l'aménagement de son parc. Le peintre a réalisé plusieurs vues du parc avec, sur l'île des Cygnes, le tombeau de Jean-Jacques entouré de peupliers. En 1794, la dépouille de l'écrivain fut transférée au Panthéon, mais l'île des Cygnes demeura dans l'imaginaire le refuge idéal des âmes sensibles.


 

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