Henri Le Sidaner

 

Cliquer sur les images pour les agrandir.

Pour passer directement d'une image agrandie à l'autre, cliquer au centre droit ou gauche de l'image.

______________________________________________________________________

 

Autoportrait

Henri Le Sidaner. Autoportrait (1892)

Henri Le Sidaner. Autoportrait (1892)

Encre et crayon  sur papier, 19 × 14,5 cm, collection particulière

 

Biographie

1862-1939

Jeunesse à l’Île Maurice et à Dunkerque (1862-1880)

Henri Le Sidaner est né à Port-Louis (Île Maurice) le 7 août 1862. La famille est de souche bretonne (Saint-Malo et l’île de Bréhat) comme l’indique le patronyme du peintre qui signifie en langue bretonne marchand de soie. Les deux parents d’Henri, Jean-Marie Le Sidaner et Amélie Robberechts, sont originaires de Saint-Malo. Jean-Marie est capitaine au long court et occupe à l’Île Maurice le poste d’inspecteur de la branche française de la société d’assurance anglaise Lloyd’s.

En 1872, la famille s’installe en France, à Dunkerque, où Jean-Marie Le Sidaner devient courtier maritime. Sous l’influence d’Amélie, la mère d’Henri, les disciplines artistiques sont appréciées et étudiées. Les quatre sœurs du futur peintre pratiquent la musique avec assiduité. A Dunkerque, Henri est scolarisé au collège Notre-Dame des Dunes où il rencontre Eugène Chigot (1860-1923), qui deviendra peintre. Il suit également les cours de l’école communale de dessin.

 

Les études à Paris (1880-1885)

En 1880, Henri Le Sidaner part étudier à Paris et découvre alors les évolutions récentes de la peinture, l’impressionnisme mais aussi l’œuvre de Manet. La même année, le père d’Henri meurt dans un naufrage dans la Manche. En 1882, Henri Le Sidaner est admis à l’École nationale des Beaux-arts et entre dans l’atelier d’Alexandre Cabanel (1823-1889), l’un des peintres les plus en vue du courant académique et professeur réputé. Il retrouve chez Cabanel son ami Eugène Chigot et se lie également avec Jean Veber (1864-1928) qui deviendra par la suite dessinateur de presse et caricaturiste.

 

 

Henri Le Sidaner. La promenade des orphelines, Berck (1888)

Henri Le Sidaner. La promenade des orphelines, Berck (1888)

Huile sur toile, 126 × 210 cm, musée des Beaux-arts de Dunkerque.

 

La colonie artistique d’Étaples (1885-1894)

L’enseignement académique déçoit Henri Le Sidaner et, en 1885, il part s’installer à Étaples, petite commune de la côte d’Opale, proche du Touquet, qui a attiré de nombreux peintres et sculpteurs à la fin du 19e siècle. Le coût de la vie peu élevé dans cette localité et l’attrait de ses paysages expliquent l’engouement des artistes. Le Sidaner est un des chefs de file de ce mouvement postimpressionniste éclectique, parfois qualifié d’école des peintres d’Étaples ou de colonie artistique d’Étaples. Il restera à Etaples jusqu’à 1893, mais pas de façon permanente car il voyage, en particulier en Italie et aux Pays-Bas en 1892 où il se lie d’amitié avec le peintre norvégien Fritz Thaulow (1847-1906). Ses tableaux de cette époque se rattachent plutôt au courant réaliste (cimetières, scènes de piété, orphelines). En 1887, il a exposé pour la première fois au Salon des artistes français.

 

 

Henri Le Sidaner. Le dimanche (1898)

Henri Le Sidaner. Le dimanche (1898)

Huile sur toile, 112,5 × 192 cm, musée de la Chartreuse, Douai.

 

Retour à Paris et séjour à Bruges (1894-1900)

Il revient vivre à Paris en 1894. Son style s’oriente davantage vers le symbolisme. Il s’intéresse également aux scènes paysagères nocturnes ou crépusculaires permettant d’étudier les effets de lumière, en particulier le clair de lune. A cette époque, Henri Le Sidaner fréquente des artistes ou des intellectuels proches du symbolisme, comme les poètes Émile Verhaeren (1855-1916) et Georges Rodenbach (1855-1898) ou le critique d’art et écrivain Camille Mauclair (1872-1946). En 1895, il expose chez le grand galeriste Georges Petit (1856-1920), en 1897 à la galerie Mancini et en 1898 à la Libre Esthétique à Bruxelles.

De 1898 à 1900, il s’installe à Bruges avec sa compagne Camille Navarre (1877-1958). Ce séjour est considéré comme important dans son évolution car l’artiste trouve au cours de cette période son expression artistique singulière, une peinture intimiste et poétique alliant symbolisme et impressionnisme.

En 1898 est né le premier fils d’Henri Le Sidaner, prénommé Louis (1898-1985).

 

 

Henri Le Sidaner. Canal avec maison blanche, Harfleur (1915)

Henri Le Sidaner. Canal avec maison blanche, Harfleur (1915)

Huile sur toile, 60 × 73 cm, collection particulière.

 

Gerberoy et la maturité artistique (1900-1939)

En 1901, le peintre découvre la petite localité de Gerberoy, dans l’Oise, et y loue une maison. Par la suite, il achètera cette maison et la rénovera peu à peu en attachant une grande importance au cadre paysager. Le parallèle avec Claude Monet et son célèbre domaine de Giverny vient immédiatement à l’esprit. Au fil des décennies, Henri Le Sidaner va en effet créer des jardins tout à fait remarquables, qu’il est possible de visiter :

Les jardins Henri Le Sidaner

Le site de Gerberoy représente une source d’inspiration majeure pour le peintre, qui y consacrera plus d’une centaine de toiles. Henri Le Sidaner alterne alors les séjours entre son domicile de Versailles et Gerberoy. Il voyage également beaucoup. Son succès se confirme.

Le 3 février 1904, Henri Le Sidaner et Camille Navarre se marient à la mairie du 17e arrondissement de Paris. La même année vient au monde le second fils du peintre, Rémy (1904-1989).

La peinture d’Henri Le Sidaner ayant séduit l’univers anglo-saxon, sa célébrité devient internationale. Des expositions dans le monde entier lui sont proposées et il voyage beaucoup. Citons par exemple sa participation au jury du Carnegie Institute à Pittsburgh en 1910 et 1912, la biennale de Venise de 1914 qui lui consacre une salle entière, l’exposition de 1921 au Carnegie Institute à Pittsburgh, celle de 1924 à la galerie d’Art belge à Bruxelles, l’exposition itinérante de 1929 aux Etats-Unis. En 1933, à Paris, la galerie Charpentier lui consacre une exposition particulière, puis une autre en 1939.

La reconnaissance internationale se manifeste également par de nombreuses distinctions : officier de la Légion d’honneur en 1914,  membre associé de l’Académie Royale de Belgique en 1929, membre de l’Académie des Beaux-arts 1930 et président de cette académie en 1937.

 

 

Henri Le Sidaner. Le jardin blanc au crépuscule (1924)

Henri Le Sidaner. Le jardin blanc au crépuscule (1924)

Huile sur toile, 60 × 74 cm, collection particulière.

 

Henri Le Sidaner meurt à Paris d’un infarctus le 16 juillet 1939. Il est inhumé à Versailles. Comme beaucoup de grands artistes, Henri Le Sidaner sera quelque peu oublié après sa mort. Mais cette éclipse ne durera qu’un temps assez bref. Les collectionneurs anglo-saxons ayant toujours apprécié son travail, il est redécouvert à la fin du 20e siècle. Plus d’une centaine de musées possèdent des œuvres du peintre.

 

 

Œuvre

L’œuvre d’Henri Le Sidaner se situe à la confluence des grands courants picturaux de la fin du 19e siècle : réalisme, impressionnisme, néo-impressionnisme ou divisionnisme, symbolisme. Il quittera rapidement le réalisme sentimental qu’il pratique lors de son séjour à Étaples de 1885 à 1894. Dès cette époque, l’impressionnisme et le symbolisme représentent des influences majeures. Son style de la maturité emprunte fréquemment au divisionnisme ou pointillisme, sans pour autant constituer le système très contraignant qu’avait utilisé l’initiateur de cette technique, Georges Seurat (1859-1891).

 

 

Henri Le Sidaner. La table de pierre au crépuscule (1917)

Henri Le Sidaner. La table de pierre au crépuscule (1917)

Huile sur toile, 74 × 93 cm, collection particulière.

 

La thématique évolue également beaucoup, depuis les scènes de genre réalistes des débuts jusqu’aux scènes intimistes suggérant la présence par une symbolique de l’attente : tables servies, fenêtres éclairées donnant sur un jardin ou une place. L’absence de figures humaines exprime moins la solitude que le mystère du temps qui passe. Il s’agit de susciter le rêve par l’élaboration narrative suggérée. Le spectateur du tableau ressent toute la dimension poétique du lieu et peut laisser voguer son esprit vers les évènements passés ou futurs qui pourraient s’y être déroulé. Une forme de spiritualité non religieuse, en lien avec la nature, habite cette œuvre. Cette spiritualité n’est pas seulement un héritage du symbolisme, mais représente le regard singulier l’artiste sur le monde,

Le chromatisme est axé pour chaque tableau sur le choix d’une tonalité d’ensemble, sans contrastes excessifs, aboutissant à une peinture de la sérénité rêveuse, parfois qualifiée de postimpressionnisme sentimental.

 

 

Henri Le Sidaner. Clair de lune sur une place à Cherbourg (v. 1934)

Henri Le Sidaner. Clair de lune sur une place à Cherbourg (v. 1934)

Huile sur toile, 56 × 46 cm, Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam.

 

 

Le Sidaner. L’église Saint-Michel, Étaples (1885)

Le Sidaner. L’église Saint-Michel, Étaples (1885). Huile sur toile, 45 ×55  cm, musée des Beaux-arts, Dunkerque. Le peintre s’est installé à Étaples depuis peu de temps et savoure les espaces naturels et les architectures locales. Il écrira plus tard : « J’ai le souvenir le plus émouvant du jour et de l’heure où je subis l’impression inoubliable de mon arrivée à Etaples, de ce bain dans l’air et la lumière. Tout cela est encore en moi. » (Cité par le site Henri Le Sidaner. Au temps des intimistes)

Henri Le Sidaner. La promenade des orphelines, Berck (1888)

Le Sidaner. La promenade des orphelines, Berck (1888). Huile sur toile, 126 × 210 cm, musée des Beaux-arts de Dunkerque. Henri Le Sidaner s’intéresse à la vie des humbles et aux malheurs qu’ils ont pu rencontrer. On a parlé de réalisme sentimental à propos de ces scènes de genre où paysage et figures se conjuguent pour évoquer une émotion, bien souvent proche de l’apitoiement. L’artiste emprunte aux impressionnistes la luminosité, mais le registre chromatique est volontairement limité : ocres, blancs, bleus pâles, gris.

Le Sidaner. La communion in extremis (1889)

Le Sidaner. La communion in extremis (1889). Huile sur toile, 114 × 148 cm, musée de la Chartreuse, Douai. « Dans des tons pastel et rosés, ceux de l’enfance, Le Sidaner peint une scène dramatique et pathétique. Une jeune fille vêtue de blanc est assise dans un fauteuil capitonné d’un oreiller. Elle a revêtu sa robe de communiante, un long voile blanc, a les mains jointes et les yeux clos. Elle s’apprête à recevoir l’extrême onction d’un vieux prêtre qui se penche vers elle. A ses côtés, sa mère, une paysanne, agenouillée, se cache le visage dans ses mains. Son père, derrière elle, tient son chapeau dans ses mains et baisse la tête. Le prêtre est accompagné d’un enfant de chœur, agenouillé. Au mur, une horloge, des images pieuses, un crucifix. Sur une table, deux cierges sont allumés. Des lys entourent une statuette de la vierge. Ils rappellent tout à la fois le culte marial et la mort qui attend la jeune fille.
Cette scène pieuse et tragique participe au réalisme sentimental qui traverse certaines œuvres de l’époque. » (Commentaire base Musenor)

Le Sidaner. Portrait d'un homme en buste de trois-quarts (1891)

Le Sidaner. Portrait d'un homme en buste de trois-quarts (1891). Dessin au crayon noir et rehauts blancs sur papier vergé, 59,8 × 45,8 cm, musée de la Chartreuse, Douai. Le jeune artiste se confronte à l’art du portrait avec ce personnage non identifié. Il saisit la dimension psychologique du modèle : assurance, autorité.

Le Sidaner. Le départ de Tobie (1894)

Le Sidaner. Le départ de Tobie (1894). Huile sur toile, 81 × 116 cm, collection particulière. Le livre de Tobie fait partie de l’Ancien Testament. Après de multiples péripéties, le jeune Tobie parvient à guérir la cécité de son père avec du fiel de poisson. Le Sidaner, qui n’était pas croyant, avait une sensibilité spiritualiste affirmée le conduisant vers le symbolisme. Le peintre revisite un sujet souvent abordé au cours des siècles antérieurs, sans hésiter à placer dans sa composition une figure traditionnelle avec l’auréole de la sainteté, qui avait peu à peu disparu à partir du 16e siècle. Sans doute s’agit-il de l’ange gardien qui accompagnera Tobie et d’une réaffirmation de l’importance d’une symbolique signifiante.

Henri Le Sidaner. Le dimanche (1898)

Le Sidaner. Le dimanche (1898). Huile sur toile, 112,5 × 192 cm, musée de la Chartreuse, Douai. « Ce tableau de format horizontal représente 12 jeunes filles vêtues de blancs, dans un jardin, sous une lumière d’un bleu pâle. Dans l'esprit du courant symboliste, il s'agit peut-être d'une vision séraphique. » (Commentaire base Musenor).
Les séraphins sont des anges. Par son style éthéré, le tableau évoque les qualités attribuées aux anges : immatérialité, pureté, suavité.

Le Sidaner. Canal à Bruges, hiver (1899)

Le Sidaner. Canal à Bruges, hiver (1899). Huile sur toile, 75 × 74 cm, Art Gallery of New South Wales, Sydney. Le peintre séjourne à Bruges en 1898 et 1899. C’est là qu’il trouve le contenu sémantique qu’il utilisera par la suite : le silence des villes, les mystères qui se cachent derrière les murs, la présence humaine suggérée pas une fenêtre éclairée, les jardins désertés mais accueillants. Plus qu’un style spécifique, c’est ce discours pictural intimisme qui caractérise Le Sidaner.

Le Sidaner. Roses et glycine sur la maison (1907)

Le Sidaner. Roses et glycine sur la maison (1907). Huile sur toile, 81 × 65 cm,  Kawamura Memorial DIC Museum of Art, Sakura, Japon. Le Sidaner a trouvé l’expression artistique qui le rendra célèbre : l’harmonie de l’homme et de la nature. Une belle demeure communie avec une végétation omniprésente tout en protégeant les humains, dont la présence est suggérée par la fenêtre illuminée. L’homme a su utiliser la nature pour embellir son cadre de vie, mais il ne l’a pas altérée. Elle est un cocon dans lequel les réalisations humaines trouvent délicatement une place qui leur était réservée.

Le Sidaner. Saint-Paul depuis la rivière, soleil matinal en hiver (1906-07)

Le Sidaner. Saint-Paul depuis la rivière, soleil matinal en hiver (1906-07). Huile sur toile, 116 × 90 cm, Walker Art Gallery, Liverpool. « Le Sidaner était fasciné par l'image du vaste dôme de la coupole de la cathédrale Saint-Paul semblant flotter au-dessus de la ville de Londres. Bien qu’il ait été grandement influencé par la peinture de Monet, Le Sidaner a rarement travaillé à l’air libre comme les impressionnistes, préférant au contraire, comme pour cette composition, élaborer de petits croquis et les agrandir sur la toile de l’atelier. Le Sidaner a toujours été plus intéressé par la création d’un état d'esprit que par la vérité. » (Commentaire Walker Art Gallery)

Le Sidaner. L’église du Tréguier (1914)

Le Sidaner. L’église du Tréguier (1914). Huile sur toile, 60 × 73 cm, musée des Beaux-arts, Rennes. L’artiste séjourne en Bretagne et peint la place de l’église du Tréguier, petite localité des Côtes-d’Armor. La technique divisionniste ou pointilliste est utilisée avec un registre chromatique restreint aux tons chauds.

Henri Le Sidaner. Canal avec maison blanche, Harfleur (1915)

Le Sidaner. Canal avec maison blanche, Harfleur (1915). Huile sur toile, 60 × 73 cm, collection particulière. « Flamboyant dans une lumière crépusculaire, Canal avec maison blanche, Harfleur est un superbe exemple de la capacité d’Henri le Sidaner à distiller les effets de lumière et d'atmosphère sur la toile […] L’absence de personnages est une situation récurrente dans l’œuvre de Le Sidaner, qui préfère suggérer la présence par l’absence. Les paysages urbains calmes de l'artiste ont une qualité intemporelle, presque surnaturelle… » (Commentaire catalogue Sotheby’s)

Henri Le Sidaner. La table de pierre au crépuscule (1917)

Le Sidaner. La table de pierre au crépuscule (1917). Huile sur toile, 74 × 93 cm, collection particulière. « Ce tableau a été peint à l’apogée des prouesses artistiques de l’artiste et diffuse une tonalité tendre et atmosphérique. Le mystère discret qui l’imprègne provient de ses racines symbolistes. La table agrémentée d’une nature morte semble attendre, alors que le crépuscule descend sur la cour et que les lumières se mettent à scintiller à l’intérieur de la maison. L'artiste médite sur le thème de la lumière et de la couleur, les tasses jaunes au premier plan reflètent l’éclairage des fenêtres tandis que les roses sur la table sont le contrepoint de celles du fond. La nature morte soigneusement construite, située à l'extérieur, est typique de l’œuvre de Le Sidaner à cette époque, de même que l'absence totale de figures : " Il considérait que l'harmonie silencieuse des choses suffisait à évoquer la présence de ceux qui les habitaient. En effet, de telles présences se font sentir tout au long de ses œuvres. Sans doute sont-elles désertes, mais jamais vides. "  (Camille Mauclair, Henri Le Sidaner, Paris, 1928, p. 12) » (Commentaire catalogue Sotheby’s)

Le Sidaner. Matin doré (1920)

Le Sidaner. Matin doré (1920). Huile sur toile, 73 × 60 cm, collection particulière. « Peint en 1920, Matin doré montre le talent exceptionnel d’Henri Le Sidaner dans la représentation des effets optiques de couleur et de lumière […] Le présent tableau est un bel exemple de cette atmosphère, représentant la petite place d’un charmant village, doucement illuminée par le lever du soleil. Construisant sa composition à l’aide d’une gamme éblouissante de tons chauds et froids, l'artiste capte habilement les effets tachetés des faisceaux dorés jouant sur la façade des bâtiments et sur la rivière sinueuse et il capture la fugacité du soleil qui jette ses rayons sur la morosité nocturne. Le célèbre critique d’art Camille Mauclair a qualifié ce moment enchanté de la journée de "moment de Sidaner". Il s’agit de ce bref instant, à l’aube ou au crépuscule, au cours duquel la lumière a le pouvoir exceptionnel de créer cet effet chatoyant. » (Commentaire catalogue Bonhams)

Le Sidaner. Petite table au crépuscule (1921)

Le Sidaner. Petite table au crépuscule (1921). Huile sur toile, 100 × 81 cm, Ohara Museum of Art, Japon. La tonalité froide de la composition permet de suggérer la nuit qui descend doucement sur la cité. Les reflets de la lumière sur la surface de l’eau avaient été utilisés dès les débuts de l’impressionnisme par Monet et Renoir. Le Sidaner associe ici cette lumière naturelle déclinante avec la lumière artificielle de la fenêtre éclairée, qui signale la présence humaine, sans pour autant la montrer.

Le Sidaner. Le café du port, Le Croisic (1923)

Le Sidaner. Le café du port, Le Croisic (1923). Huile sur toile, 140 × 94 cm, collection particulière. « Le Café du port, Le Croisic est en fait la moitié d’une œuvre portant le même titre, que Le Sidaner réalisa pour une exposition aux Galeries Georges Petit, aux côtés des œuvres d’Ernest Laurent et d’Henri Martin. Non satisfait de la composition, il décida à la dernière minute de ne pas inclure cette grande toile mais en exposa dix-huit autres. Édouard Sarradin a déclaré à propos de l’exposition: " Trois talents, on pourrait le dire, se sont unis dans la grande salle de Georges Petit. Cela constituait une exposition à la fois magnifique et exquise " (cité par Yann Farinaux, Le Sidaner, 2013, p. 174). Il continua à travailler sur Le Café du port, Le Croisic et l’œuvre achevée le ravit tellement qu’il la conserva toute sa vie.
La grande toile a été divisée en deux en 1965 après sa vente, et l’œuvre actuelle est la moitié droite de la composition précédente, qui est illustrée dans son intégralité dans le catalogue raisonné (voir fig. 1). La composition complète était assez exceptionnelle pour Le Sidaner, car elle incluait un trio de fêtards (pour lequel l’artiste avait habillé son fils Louis en marin), à la différence de ses compositions sereines. En l’absence de la moitié gauche, la relation entre la peinture actuelle et les autres scènes de tables ou les scènes paisibles de l’artiste devient plus évidente. Une conception particulière du mystère l’imprègne, résultat des racines symbolistes de l’artiste. La table joliment agencée attend que le crépuscule tombe sur le port et que les lumières de l’intérieur de la maison se mettent à scintiller. L’œuvre actuelle a été peinte à l'apogée de ses capacités artistiques : " C’est une période de grande expression créatrice, où l’artiste atteint un sommet dans son art " (ibid., p. 37) » (Commentaire catalogue Sotheby’s)

Henri Le Sidaner. Le jardin blanc au crépuscule (1924)

Le Sidaner. Le jardin blanc au crépuscule (1924). Huile sur toile, 60 × 74 cm, collection particulière. « Après de nombreuses années de recherche, le désir ardent de Le Sidaner de trouver un endroit à la campagne en dehors de Paris, où il pourrait concevoir son propre jardin, se réalisa enfin en 1904. Rémy Le Sidaner note que " vers le tournant du siècle, Henri Le Sidaner était pris d'une ambition brûlante. Il souhaitait créer son propre jardin, où le paysage serait conçu par lui-même et où il pourrait réaliser ses effets de lumière préférés. Il en a parlé à Auguste Rodin, qui lui a conseillé la région de Beauvais. Un céramiste vivant à Beauvais, du nom de Delaherche, a recommandé le village de Gerberoy  " (R. Le Sidaner, cité dans Yann Farinaux, Le Sidaner, 1989, p. 14). En 1904, Le Sidaner achète une charmante maison à Gerberoy, qu'il a visitée pour la première fois en 1901, et il entreprend immédiatement d'agrandir la maison et le parc. Il conçoit lui-même avec beaucoup de soin tous les aspects de l’extension.
Gerberoy, dont tout le charme apparaît dans le présent travail, a fourni une inspiration à l’artiste tout au long de sa carrière artistique. Ce sujet de prédilection a permis à l’artiste de mettre en valeur l’aménagement magistral de cet environnement luxuriant et de la diversité des plantations qu’il offrait, aux côtés d’un jeu de lumière toujours présent et merveilleusement enchanteur. Les critiques ont souvent décrit le travail de Le Sidaner en termes de musicalité et de silence. Toujours dans une " tonalité mineure ", les subtiles harmonies présentes dans sa peinture sont perçues comme l’évocation d’une humeur mélancolique exacerbée, se traduisant comme le note Paul Signac, par l’absence de personnages : " Son œuvre affiche un goût prononcé pour les atmosphères tendres, douces et silencieuses. Peu à peu, il est même allé jusqu'à supprimer toute présence humaine de ses tableaux, comme s’il craignait que la moindre forme humaine puisse perturber leur silence étouffé " (P. Signac, cité dans Yann Farinaux, Le Sidaner, 1989, page 31). » (Commentaire catalogue Sotheby’s)

Le Sidaner. La fontaine, Saint-Paul de Vence (1925)

Le Sidaner. La fontaine, Saint-Paul de Vence (1925). Huile sur toile, 40 × 32 cm, collection particulière. En 1925, Saint-Paul-de-Vence n’était encore qu’une petite commune que le tourisme n’avait pas transformée. Dans un style divisionniste associant tons chauds et tons froids, Le Sidaner met en valeur, au premier plan, la fontaine majestueuse de la place du village au crépuscule. La fenêtre éclairée indique à la fois la présence humaine et l’évanescence du jour.

Le Sidaner. La rue de l’Église, Villefranche-sur-Mer (v. 1928)

Le Sidaner. La rue de l’Église, Villefranche-sur-Mer (v. 1928). Huile sur toile, 71 × 60 cm, Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid. « Située au cœur de la Côte-d’Azur, entre Monaco, Nice et Cannes, Villefranche-sur-Mer est une ville d’environ sept mille habitants, réputée pour sa magnifique rade […] Une des rues les plus pittoresques de Villefranche est cette rue de l’Église, au bout de laquelle se trouve l’église Saint-Michel, de style baroque italien […] L’image dégage une impression d’intimité, avec les fenêtres et les balcons ornés de pots donnant sur la rue étroite. L'espace représenté comporte un aspect décoratif, comme un décor théâtral, avec les larges marches d’escalier, le rythme des bandes parallèles des maisons et les balcons qui conduisent le regard du spectateur au fond, vers la façade de l’église illuminée par le soleil et le bleu du ciel contrastant avec les tons chauds qui dominent le tableau. L'ascension de cette figure penchée et inclinée suggère un itinéraire spirituel allant des ténèbres à la lumière. » (Commentaire Guillermo Solana, Museo Thyssen-Bornemisza)

Henri Le Sidaner. Clair de lune sur une place à Cherbourg (v. 1934)

Le Sidaner. Clair de lune sur une place à Cherbourg (v. 1934). Huile sur toile, 56 × 46 cm, Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam. « Le Sidaner crée son premier paysage urbain nocturne vers 1900. Dans cette œuvre, peinte plus de trente ans plus tard, il représente toujours des fenêtres sur des façades violet foncé dans le même style postimpressionniste. Son sujet le distingue des impressionnistes, qui peignaient rarement des scènes du soir ou de la nuit. » (Commentaire Museum Boijmans Van Beuningen)

Le Sidaner. La maison de Jean-Jacques (1936)

Le Sidaner. La maison de Jean-Jacques (1936). Huile sur toile, 65 × 55 cm, collection particulière. « Le philosophe, écrivain et théoricien politique né en Suisse, Jean-Jacques Rousseau, a vécu entre 1736 et 1742 dans cette maison de Chambéry avec Madame de Warrens, son amie et bienfaitrice. À Chambéry, il a acquis une profonde connaissance de la nature. Ses éloges de la nature reviennent dans ses écrits ultérieurs, notamment Émile (1762) et Du Contrat social (1762). Le présent tableau souligne l’admiration partagée par Henri Le Sidaner pour la campagne paisible : " Il n’y a presque personne dans ses paysages, ses jardins, ses places et ses rues ; l’impression dominante est celle de la tranquillité et du calme intérieur " (Ingrid Mössinger et Karin Sagner, Henri Le Sidaner, un impressionniste magique, Chemnitz, 2009, p. 39) » (Commentaire catalogue Sotheby’s)

 

Pour visionner d'autres œuvres sur GOOGLE ARTS & CULTURE, cliquer sur le nom du peintre :

Henri Le Sidaner

 

Ajouter un commentaire