Charles Filiger

 

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Portraits

 

Photographie de Charles Filiger dans son atelier à Paris (1888)

Photographie de Charles Filiger dans son atelier à Paris (1888)

 

 

Jan Verkade. Portrait de Charles Filiger (1891)

Jan Verkade. Portrait de Charles Filiger (1891)

Fusain et encre de chine sur papier

Erzabtei St. Martin, Beuron, Bade-Wurtemberg

 

Biographie

1863-1928

Charles Filiger est né à Thann, en Alsace, le  28 novembre 1863. Son père, Martin Filliger, exerce la profession de dessinateur et coloriste dans la manufacture Scheurer-Lauth, spécialisée dans la fabrication d’étoffes et de papiers peints. Le peintre simplifiera plus tard l’orthographe de son patronyme en enlevant un l à Filliger. De 1880 à 1885, Charles Filiger travaille dans une manufacture d’impression dans la région de Thann. Il arrive à Paris en 1885 et fréquente l’académie Colarossi, école de peinture et de sculpture fondée par le sculpteur italien Filippo Colarossi (1841-1906).

La petite ville bretonne de Pont-Aven (Finistère) était à cette époque un centre d'attraction pour beaucoup de peintres français ou étrangers, en particulier américains. Pont-Aven devient ainsi un lieu de création et d'échange pour les peintres de tendance symboliste, cherchant principalement à s’éloigner du réalisme impressionniste.

Filiger se rend pour la première fois à Pont-Aven en 1888, à l’âge de 25 ans, et y rencontre Gauguin, Sérusier et Émile Bernard. Au cours des années suivantes, il séjournera à plusieurs reprises en Bretagne, en particulier avec Gauguin, au Pouldu, commune côtière proche de Pont-Aven. En 1889, Filiger expose deux études pointillistes au Salon des indépendants, puis en 1890 quatre peintures de tendance synthétiste au même salon. L’influence de Gauguin et de Bernard a donc déjà amené chez le peintre une évolution stylistique.

 

 

Charles Filiger. Le jugement dernier (1892-94)

Charles Filiger. Le jugement dernier (1892-94)

Gouache, argent et or sur carton, chaque panneau 42 × 26 cm, Indianapolis Museum of Art.

 

En juillet 1890, Filiger abandonne son atelier parisien et s’installe définitivement au Pouldu, à La Buvette de la Plage, où il retrouve Gauguin et Sérusier. Il restera au Pouldu pendant une quinzaine d’années. Au printemps 1891, au cours d’un séjour à Paris, il rencontre Antoine de la Rochefoucauld et Rémy de Gourmont. En mars 1892, soutenu par la Rochefoucauld, Filiger expose six gouaches au premier salon de la Rose-Croix qui se tient dans la Galerie Durand-Ruel à Paris. La critique est positive et Antoine de la Rochefoucauld décide de lui verser une pension mensuelle de 100 francs.

En 1893, le peintre quitte La Buvette de la Plage pour s’installer dans une ferme proche du Pouldu. Il reçoit des commandes d’illustrations de livres et revues de La Rochefoucauld et de Gourmont et expose à la galerie parisienne Le Barc de Bouteville. En 1894, Gauguin est de retour de Tahiti et rend visite à Filiger pour la dernière fois. Filiger est de plus en plus isolé dans son hameau rural proche du Pouldu. Il se drogue à l’éther et consomme des quantités importantes d’alcool. Ses principales fréquentations artistiques sont les peintres Armand Seguin (1869-1903) et Roderic O'Conor (1860-1940). La Rochefoucauld continue à lui passer des commandes, en particulier son portrait, que le peintre réalisera en 1896. Il participe régulièrement à des expositions à Paris, par exemple à la galerie Laffitte en 1895, chez Durand-Ruel en 1899, à l’Hôtel Valéry en 1900.

 

 

Charles Filiger. Tête d’adolescent (1890-92)

Charles Filiger. Tête d’adolescent (1890-92)

Gouache sur carton, 23,5 × 16,4 cm, collection particulière.

 

En 1901, La Rochefoucauld cesse de verser à Charles Filiger la mensualité de 100 francs qu’il recevait depuis une dizaine d’années. Dès lors, l’artiste dispose pour tout revenu d’une rente trimestrielle de 400 francs provenant de l’héritage de son père, lui permettant tout juste de survivre. Charles Filiger entame une vie errante en Bretagne : Rochefort-en-Terre, Malansac, Elven, Le Pouldu, maison d’aliénés de Lesvellec, hospice de Malestroit, Rohan, Gouarec, Arzano, Quimperlé, etc.

En 1913, il s’installe à l’hôtel du Menhir, à Trégunc, tenu par la famille Le Guellec. L’abbé Guillerm, un cousin de l’hôtelier, s’intéresse à ses œuvres et se lie avec l’artiste. Un accord est conclu en 1915 entre la famille du peintre et la famille Le Guellec pour que celle-ci prenne en charge Charles Filiger jusqu’à sa mort. La même année, le peintre suit la famille Le Guellec qui s’établit à Plougastel-Daoulas, tout près de Brest.

En 1920, Filiger exposera encore six gouaches au Salon des indépendants. L’abus d’alcool altère rapidement son état de santé, tant physique que psychologique. Début 1928, on le retrouve dans une rue de Plougastel-Daoulas avec les poignets tailladés. Transporté à l’hôpital de Brest, il y meurt le 11 janvier. Il sera inhumé dans le caveau de la famille Le Guellec à Plougastel-Daoulas.

 

Œuvre

Charles Filiger n’est jamais parvenu à s’imposer de son vivant et sera oublié après sa mort. S’il expose fréquemment dans les dix dernières années du 19e siècle, il erre ensuite à travers la Bretagne rurale, faisant parfois des séjours dans des asiles d’aliénés. L’un des plus grands peintres de l’époque, Paul Gauguin, avait pourtant compris toute l’originalité de l’art de Filiger et avait intercédé en sa faveur en 1890 afin qu’il participe au Salon des XX à Bruxelles. Mais le départ de Gauguin pour la Polynésie ne lui permettra plus de soutenir Filiger. Celui-ci meurt oublié et apparaît ainsi aujourd’hui comme l’un des nombreux artistes incompris – maudits disait-on – de l’histoire de l’art, redécouverts longtemps après leur disparition.

 

 

Charles Filiger. Homme nu assis devant un paysage (1892)

Charles Filiger. Homme nu assis devant un paysage (1892)

Gouache sur carton, 30,9 × 23,5 cm, collection particulière.

 

C’est André Breton (1896-1966) qui redécouvre Charles Filiger après la seconde guerre mondiale, du fait de l’intérêt qu’il porte à l’œuvre de Gauguin. L’artiste oublié retrouve alors une notoriété dans un petit cercle de connaisseurs. En 1990, une exposition consacrée au peintre est organisée au musée d’Art Moderne de Strasbourg. En 2006, au musée des Beaux-arts de Quimper, une seconde exposition est axée sur les rapports entre André Breton et l’œuvre de Filiger. En 2019, la Galerie Malingue, à Paris, présente près de 80 œuvres de Charles Filiger.

Charles Filiger doit être rattaché au courant symboliste qui comporte des variantes comme le synthétisme ou le nabisme. S’il commence par des tentatives pointillistes vers 1889-90, l’influence de Gauguin, Sérusier et Émile Bernard le conduit rapidement à trouver sa voie. L’art de peindre n’est pas pour lui la recherche impressionniste des nuances infinies du ressenti de l'artiste face au réel, mais tout simplement la recherche d’absolu. Il admire les primitifs italiens et sa peinture a des rapports avec les fresques de Giotto ou même avec celles plus tardives de Fra Angelico.

 

 

Charles Filiger. Christ au tombeau (1892-95)

Charles Filiger. Christ au tombeau (1892-95)

Gouache rehaussée d’or et d’argent sur carton, 19 × 35 cm, musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye.

 

Pour qui connaît les profondeurs de la Bretagne, cela ne doit pas étonner. Comme ses lointains prédécesseurs italiens, Filiger dispose des modèles de statuaire religieuse, souvent frustes, qui parsèment les églises et les chapelles bretonnes. Comme ses lointains prédécesseurs, il trouve également dans les scènes religieuses l’inspiration pouvant satisfaire sa soif d’absolu. Le peintre ayant collaboré à la revue L’Ymagier, celle-ci va représenter une autre source d’inspiration lorsqu’il vivra très isolé dans de petites localités bretonnes. Cette revue, fondée par Rémy de Gourmont et Alfred Jarry, est axée sur la reproduction d’estampes, de dessins, de lithographies qui peuvent constituer les points de départ d’une recherche picturale.

Techniquement, la caractéristique principale de l’œuvre de Filiger est l’utilisation presque systématique de la gouache, ce qui le rapproche aussi de la tempera des primitifs italiens. Ses gouaches sur papier ou carton, de petit format, comportent des paysages, quelques portraits, des scènes religieuses et, à la fin de sa vie, des recherches rythmiques et chromatiques à caractère géométriques, souvent qualifiées de Notations chromatiques.

Ce sont incontestablement les scènes religieuses qui représentent la partie la plus originale du travail du peintre. En revisitant des thèmes très anciens comme la Sainte Famille, la déploration sur le Christ mort, le Christ dans son tombeau, le Jugement dernier, il les investit d’une dimension esthétique et historique nouvelle. Esthétiquement, il s’agit d’une recherche symboliste comportant une profondeur visionnaire exceptionnelle, probablement liée à la personnalité de l’artiste, qui vivait à la limite de la folie et exclusivement pour son œuvre. On songe évidemment au parcours de Van Gogh. Historiquement, Charles Filiger montre que les sujets religieux les plus communément traités depuis le 13e siècle peuvent toujours être renouvelés. Il suffit pour cela de la perception singulière d’un artiste capable de placer une Vierge et un Christ avec auréole, d’une totale contemporanéité, dans un paysage breton de type nabi, suggérant ainsi à l’observateur la permanence à travers des siècles d’histoire de l’art d’un concept oublié : la beauté.

 

 

Charles Filiger. Sainte Famille (1891)

Charles Filiger. Sainte Famille (1891)

Gouache rehaussée d’or sur carton, 31 × 25,5 cm, collection particulière.

 

Charles Filiger. Paysage pointilliste (1888-89)

Charles Filiger. Paysage pointilliste (1888-89). Gouache sur papier, 12,5 × 23,8 cm, collection particulière. Ayant pu observer à Paris les travaux des impressionnistes et leurs évolutions, Filiger commence par quelques productions de type pointilliste.

Charles Filiger. La Maison du Pen-Du, paysage parabolique, (v.1890)

Charles Filiger. La Maison du Pen-Du, paysage parabolique, (v.1890). Gouache, 25 × 37,5 cm. Ce paysage est parabolique, au sens d’allégorique. Mais la parabole religieuse, à laquelle le Christ avait souvent recours, selon la Bible, pour imager son discours, n’apparaît pas clairement ici. Il reste un paysage à découpage horizontal, comme le précédent ci-dessus. Quant à la maison du Pen-Du (terme parfois écrit pendu et traduit en anglais hanged man), il s’agit en réalité d’une expression bretonne comportant le mot noir (du) et probablement un patronyme (les Pen sont nombreux en Bretagne).

Charles Filiger. Paysage breton (1890-91)

Charles Filiger. Paysage breton (1890-91). Gouache sur carton, 48 × 32 cm, collection particulière. L’influence nabi apparaît en rapprochant ce paysage de certaines compositions de Sérusier, par exemple La barrière (1889). Les deux artistes fréquentaient assidûment Pont-Aven à cette époque et s’étaient rencontrés.

Charles Filiger. Tête d’adolescent (1890-92)

Charles Filiger. Tête d’adolescent (1890-92). Gouache sur carton, 23,5 × 16,4 cm, collection particulière. L’artiste transpose au portrait la manière synthétiste ou nabi, consistant à marquer fortement les contours d’un trait noir pour se démarquer de l’impressionnisme qui diluait les formes dans un nuage vaporeux. L’économie de moyens (deux couleurs), le refus du réalisme et l’expressivité remarquable donnent à cette composition un caractère intemporel et la rapproche du primitivisme ou de l’art naïf.

Charles Filiger. Sainte Famille (1891)

Charles Filiger. Sainte Famille (1891). Gouache rehaussée d’or sur carton, 31 × 25,5 cm, collection particulière. Cette remarquable composition avait été considérée par Émile Bernard comme un « chef-d’œuvre de foi, de pureté d’âme et d’art ». Antoine de La Rochefoucauld l’acheta et évoqua à son propos Giotto, van Eyck et les icônes byzantines. C’est sans doute la capacité de traiter le même sujet que Giotto ou Fra Angelico avec une esthétique contemporaine qui impressionne. Le ressenti de l’observateur est alors proche de celui des admirateurs des fresques religieuses aux 13e et 15e siècles. Le raccourci historique est saisissant.

Charles Filiger. Saint Jean-Baptiste (v. 1891-92)

Charles Filiger. Saint Jean-Baptiste (v. 1891-92). Gouache sur carton, 39 × 23.5 cm, collection particulière. Selon la tradition chrétienne, le Christ a été baptisé dans le fleuve Jourdain par Jean le Baptiste ou saint Jean-Baptiste. Ce thème, fréquemment traité depuis la Renaissance, est repris par Filiger avec une candeur totalement déroutante pour l’époque. Ce Jean-Baptiste, adolescent longiligne, au nimbe en forme de guirlande, représente sans doute la pureté pour le peintre. L’homosexualité de Filiger, évidemment non assumée, explique peut-être cette idéalisation de l’image des garçons, que Caravage, par exemple, avait aussi pratiquée en transformant les voyous des rues de Rome en héros antique ou Amour victorieux.

Charles Filiger. Homme nu assis devant un paysage (1892)

Charles Filiger. Homme nu assis devant un paysage (1892). Gouache sur carton, 30,9 × 23,5 cm, collection particulière. On retrouve ici la fascination de Filiger pour le corps masculin, hors de tout aspect religieux, dans une composition d’inspiration synthétiste. L’influence de Gauguin, que Filiger a beaucoup fréquenté jusqu’à son départ pour Tahiti en 1891, est évidente.

Charles Filiger. Paysage du Pouldu (v. 1892)

Charles Filiger. Paysage du Pouldu (v. 1892). Gouache sur papier, 26 × 38,5 cm, musée des Beaux-arts de Quimper. « Cette gouache est emblématique à plus d’un titre : véritable chef-d’œuvre du peintre Charles Filiger, elle a fait partie de la collection de Marie Henry, dite Marie Poupée, propriétaire de l’auberge La Buvette de la plage au Pouldu qui loge Gauguin, Meijer de Haan, Sérusier et Filiger dans une véritable communauté d’esprit artistique. C’est également la première œuvre de Filiger à entrer en 1984 dans les collections du musée des Beaux-arts de Quimper. Que peut ressentir le spectateur devant un tel dessin ? Inquiétante étrangeté ? Immersion dans la couleur ? Vertige devant un art presque magique ?
Filiger s’est placé à la fenêtre du premier étage d’une maison en haut d’une colline qui domine la côte du Pouldu. Les champs s’étendent en pente douce vers la mer, encadrée par le promontoire rocheux de la maison du douanier et une côte dominée par un arbre soumis à tous les vents.
On retrouve l’esprit des estampes japonaises dans cette gouache composée en aplats de couleurs suivant des bandeaux horizontaux superposés. Les contrastes de la gamme chromatique attirent l’œil, notamment le rose des champs qui entre en opposition ou en harmonie, selon le point de vue, avec le bleu de l’arrière-plan. Mais l’arrière-plan existe-t-il ? S’agit-il du bleu du ciel ou celui de la mer ? Ce bateau de pêcheur semble presque léviter dans les cieux.
Quant à l’arbre, traité d’une manière japonisante, ses formes torturées, menaçantes et presque spectrales renforcent l’impression de déséquilibre et de vertige qui domine la composition. » (Commentaire musée des Beaux-arts de Quimper)

Charles Filiger. Christ en buste entre deux anges et la Vierge (v. 1892-93)

Charles Filiger. Christ en buste entre deux anges et la Vierge (v. 1892-93). Gouache sur papier rehaussé d’or sur papier, 15,7 × 13,8 cm. « D’origine alsacienne, Charles Filiger se détourne d’une carrière prédestinée comme dessinateur dans une fabrique de tissus pour s’adonner à sa passion, la peinture. L’exposition au café Volpini est une révélation, il achète même l’album de zincographies de Gauguin. Après son installation chez Marie Henry en 1890, il abandonne toute pratique naturaliste ou pointilliste pour se plonger dans l’énergie synthétiste. Il multiplie les petites scènes d’inspiration religieuse comme ce Christ en buste entre deux anges et la Vierge ou Saint Jean-Baptiste. Cette reviviscence de la tradition médiévale des maîtres-verriers ou des dessinateurs d’images populaires parcourt ces gouaches rehaussées d’or patiemment élaborées qui témoignent d’un mysticisme tourmenté.
Dans des cercles ou des carrés à pans coupés, Filiger a dessiné plusieurs têtes de Christ les yeux clos, la tête inclinée, accompagné, comme ici, de plusieurs anges et de la Vierge.
Dans un esprit très synthétiste, le cadrage est resserré, les personnages semblant déborder du cadre. Les couleurs éclatantes de la couronne d’épines mettent en exergue ce Christ de douleur entouré par des figures aux visages inexpressifs. » (Commentaire musée des Beaux-arts de Quimper)

Charles Filiger. Le jugement dernier (1892-94)

Le jugement dernier, avec cadre (1892-94)
Gouache, argent et or sur carton, chaque panneau 42 × 26 cm, Indianapolis Museum of Art.

 

Charles Filiger. Le jugement dernier (1892-94)

Charles Filiger. Le jugement dernier, sans cadre (1892-94)

 

Charles Filiger. Le jugement dernier, détail

Charles Filiger. Le jugement dernier, détail (1892-94)

 

« Les artistes de l'école de Pont-Aven ont souvent représenté des thèmes religieux chrétiens. Dans cette composition en deux parties du Jugement dernier, Filiger a présenté les âmes justes à gauche et les damnées à droite.
Sur le panneau de gauche, l'Ange de la Rédemption plane au-dessus d'une falaise typique de la Bretagne, rendue par des bandes de couleur. A droite, les figures des damnés sont traitées avec de longues lignes verticales. Le panneau central n'a jamais été achevé.
L'accent mis par Filiger sur les détails et son utilisation méticuleuse de l'or et de l'argent le distinguent de la plupart des artistes de l’école de Pont-Aven. Il s'est inspiré des peintres italiens du Moyen Age. » (Commentaire Indianapolis Museum of Art)

La principale originalité sémantique de la composition réside dans la proximité figurative du bien et du mal. Les damnés et les justes de Jérôme Bosch (voir Le jugement dernier, 1504-08) ne subissaient pas du tout le même sort et cela se voyait. Chez Filiger, au contraire, le bien et le mal ne se distinguent pas au premier regard. En réalité, le paradis et l’enfer sont proches et aucune flamme éternelle ne vient tourmenter les âmes damnées. Nous avons perdu nos certitudes et il nous est difficile de distinguer le bien et le mal. Dieu serait-il injuste en séparant arbitrairement les âmes ?

 

Charles Filiger. Christ au tombeau (1892-95)

Charles Filiger. Christ au tombeau (1892-95). Gouache rehaussée d’or et d’argent sur carton, 19 × 35 cm, musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye. Le tombeau du Christ est transplanté en terre bretonne puisque l’on aperçoit par l’ouverture un paysage typiquement breton avec phare. Les italiens de la Renaissance, qui ne connaissaient rien du Moyen-Orient, n’hésitaient pas un seul instant à placer le Christ dans un paysage florentin. Filiger reprend sans doute à dessein cette pratique picturale pour investir sa composition d’une spontanéité créative presque renaissante. La licence artistique l’autorise à montrer le corps du Christ intact, malgré les stigmates de la crucifixion. Dans l’esprit des symbolistes, l’art est une recréation du monde à partir de ses mystères et de sa dimension spirituelle enfouie, qu’il incombe à l’artiste d’exprimer par le texte ou l’image.

Charles Filiger. Déploration sur le corps du Christ (1893-95)

Charles Filiger. Déploration sur le corps du Christ (1893-95). Gouache rehaussée d’or sur carton, 21,3 × 29 cm, collection particulière. Thème récurrent de la peinture occidentale appelé aussi Lamentation sur le corps du Christ. Le Christ est mort, allongé, et des personnages le pleurent. La gouache de Filliger ne distingue pas la vie de la mort. Le Christ a les yeux ouverts et nous regarde comme s’il se reposait. La position du corps, adossé à un rocher et la tête reposant sur l’épaule, est tout sauf naturelle. Il s’agit pour l’artiste de donner son interprétation d’une scène bien connue avec un Christ, très jeune homme imberbe, ressemblant à celui de l’art byzantin ou paléochrétien : voir par exemple, Christ rédempteur (6e siècle), mosaïque de la basilique San Vitale de Ravenne.

Charles Filiger. Le Cheval blanc de l’Apocalypse (1894-95)

Charles Filiger. Le Cheval blanc de l’Apocalypse (1894-95). Gouache avec rehauts d’or sur carton, 37,5 × 50,5 cm, collection particulière. L’Apocalypse est dans la tradition chrétienne la révélation de la fin du monde que suivra l’avènement du royaume de Dieu. Les quatre cavaliers de l’Apocalypse figurent de façon allégorique les évènements de la fin du monde. Le cavalier blanc est souvent considéré comme une allégorie du Christ prêchant l’Évangile. Pour Filiger, il s’agit bien de cela puisque son cavalier ressemble en tout point au Christ de ses autres compositions religieuses. La fin du monde est évoquée par la tête de mort au premier plan et par le paysage d’arrière-plan.

Charles Filiger. Portrait d’Antoine de la Rochefoucauld (1896)

Charles Filiger. Portrait d’Antoine de la Rochefoucauld (1896). Gouache et rehauts d’or sur carton, 40 × 22,5 cm, collection particulière. Antoine de la Rochefoucauld (1862-1959) est un peintre et collectionneur d’art qui devint le mécène de Charles Filiger. Il l’imposa au premier Salon de la Rose-Croix en 1892 et lui versa une pension pendant de nombreuses années.

Charles Filiger. Architecture symboliste aux deux taureaux verts (1910-15)

Charles Filiger. Architecture symboliste aux deux taureaux verts (1910-15). Gouache sur papier, 27,7 × 21 cm, musée des Beaux-arts de Quimper. A cette époque, Filiger commence à réaliser des compositions géométriques au compas et à la règle. Celle-ci s’inspire de l’architecture religieuse et comporte sans doute une symbolique cachée.

Charles Filiger. Notation chromatique (v. 1915-28)

Charles Filiger. Notation chromatique (v. 1915-28). Gouache sur carton, collection particulière. A la fin de sa vie, le peintre réduit ses compositions à un visage central ou un animal encadré par un ensemble de figures géométriques. Cette recherche d’un langage formel très contraignant le rapproche des explorations plus ou moins heureuses de l’abstraction géométrique, qui se développait après la première guerre mondiale.

 

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Charles Filiger

 

Approfondissement

Le dossier de presse de la Galerie Malingue (exposition du 27/03/2019 au 22/06/2019) comporte de nombreuses informations sur Charles Filiger :

Charles Filiger, dossier de presse

 

Le site de référence sur Charles Filiger recense les travaux d’André Cariou, historien de l’art, et comporte beaucoup de détails biographiques :

Charles Filiger

 

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