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Patrick AULNAS
Portraits
Hendrik Hondius l'Ancien. Portrait de Jérôme Bosch (1610)
Gravure sur papier, 20,1 × 12,2 cm, Rijksmuseum, Amsterdam
Jacques de Boucq. Portrait de Jérôme Bosch (v. 1550)
Fusain et sanguine sur papier, 41 × 28 cm, Recueil d’Arras, Bibliothèque municipale d’Arras.
Anonyme. Portrait de Jérôme Bosch (v. 1585)
Huile sur bois, 15,2 × 12,7 cm, Mead Art Museum, Amherst, États-Unis.
Biographie
Vers 1453-1516
Hieronymus van Aken naît vers 1453 à 's-Hertogenbosch ou Den Bosch (traduit en français Bois-le-Duc, bosch signifiant bois), commune située au sud des Pays-Bas (Brabant septentrional). Il a donc emprunté la syllabe finale du nom de sa commune de naissance pour former son pseudonyme d'artiste et il est désormais universellement connu comme Hieronymus Bosch ou Jérôme Bosch pour les francophones. Il était en quelque sorte prédestiné à devenir peintre puisque son grand-père Jan van Aken et son père Anthonis van Aken exerçaient déjà ce métier.

Bosch. Saint Jean-Baptiste dans le désert (1504-05)
Huile sur bois, 48 × 40 cm, Museo Lázaro Galdiano, Madrid.
Sa période de formation se déroule donc dans l’atelier familial dans lequel travaillaient également ses oncles. En 1478, il épouse Aleyt Goyarts Van den Meervenne, la fille d’un bourgeois aisé, de vingt ans son aînée. Il acquiert ainsi une aisance financière qui lui donnera une plus grande liberté de création. En 1480, il apparaît comme peintre dans les archives de sa commune. Les deux époux deviennent membres de la confrérie Notre-Dame de Bois-le-Duc en 1486, suivant en cela une tradition familiale. Cette confrérie se consacrait au culte de la Vierge et à des œuvres de charité. Mais elle est également considérée comme proche d’une secte hérétique Les Frères du Libre-Esprit. On ignore si le peintre fit partie de cette secte, mais selon l’historien d’art allemand Wilhelm Fraenger (1890-1964) son œuvre traduit son influence. Il s’agit là d’une simple interprétation conjecturale de l’œuvre du peintre, sans éléments historiques objectifs.
A cette époque, Bosch travaille pour les grandes familles de Bois-le-Duc, pour la confrérie Notre-Dame et d’autres communautés du même type ainsi que pour les bourgs environnants. Sa réputation va s’étendre rapidement : le duc de Bourogne Philippe le Beau (1478-1506) et le cardinal vénitien Grimani (1461-1523) lui adressent des commandes. La biographie de Bosch comportant beaucoup de lacunes, il n’est pas exclu qu’il ait voyagé en Italie, comme le faisait parfois les peintres de cette époque.
La vie de Jérôme Bosch se poursuit ensuite paisiblement à Bois-le-Duc entre son épouse, son atelier et la confrérie Notre-Dame. Son inspiration si atypique provient donc de lectures comme celle de Jan van Ruysbroeck (1293-1381), clerc brabançon auteur de onze traités mystiques rédigés en néerlandais et suspectés d’hérésie par Jean de Gerson (1363-1429), chancelier de l’Université de Paris.
Jérôme Bosch meurt en 1516 à Bois-le-Duc et il sera vite oublié. Karel Van Mander (1548-1606) le signale dans son Livre des peintres de 1604, mais à partir du classicisme on ne verra en lui qu’un fou ou un extravagant ; cela jusqu’à la première moitié du 20e siècle.
Œuvre
Le hasard n'est pour rien dans la redécouverte de Bosch au 20e siècle. La psychanalyse peut y déceler le langage de l'inconscient, le surréalisme celui d'un visionnaire, etc. Mais de telles interprétations sont beaucoup plus anciennes et ont seulement été accommodées au goût du jour. En 1605, Jose de Sigüenza (1544-1606), historien et théologien espagnol, écrivait déjà : « Les autres cherchent à peindre les hommes tels qu'ils apparaissent vus du dehors ; celui-ci a l'audace de les peindre tels qu'ils sont au-dedans. »

Bosch. Le portement de croix (1515-16)
Huile sur bois, 74 × 81 cm, Museum voor Schone Kunsten, Gand.
Le premier angle d'analyse est donc celui d'un peintre de l'intériorité ; une intériorité troublée, tourmentée, inquiète. L'emprise de la religion sur les esprits de l'époque, le manichéisme chrétien, se traduisent par des évocations de paradis et d'enfer. Le démon se manifeste sous forme de figures diverses considérées comme plus ou moins monstrueuses et il peut même se cacher dans les objets environnants. L'œuvre de Bosch est donc d'abord et avant tout très située historiquement : elle nous offre une image du monde intérieur des hommes de cette période charnière de l'histoire, qui s'extrait lentement du Moyen Âge tout en laissant encore pour longtemps dans l'esprit des hommes des figures naïves et une dichotomie religieuse simpliste entre le bien et le mal.
La seconde approche consiste à privilégier l'expression artistique. Bosch est à la fois un dessinateur et un coloriste de génie. Cela n'a pas échappé aux amateurs d'art de son époque ; l'archiduc d'Autriche et le roi d'Espagne étaient des admirateurs de Bosch. En observant les détails, reproduits ci-dessous, du Jardin des délices, il est aisé de constater les innovations majeures dans l'utilisation de la couleur par rapport aux « primitifs flamands ». Ce ne sont que nuances de gris, d'ocre, de rose, de verts, effets de transparence, mais aussi contrastes entre fonds sombres et objets éclatants.
On a souvent rapproché Bosch des peintres surréalistes ; ces derniers utilisent en effet les techniques picturales avec le même état d'esprit : Max Ernst, L'antipape (1941-42) ; Salvador Dali, Swans Reflecting Elephants (1937). Il s'agit d'offrir par l'image un accès à une dimension plus ou moins obscure de la réalité humaine (rêves, fantasmes, inconscient, etc.). Si, au sortir du Moyen Âge, l'intériorité humaine avait une forte dimension religieuse, elle ne se limitait pas à cela. Les démons de Bosch et les monstres de Dali sont cousins. Ainsi, au-delà de son inspiration religieuse initiale, l'œuvre de Jérôme Bosch touche à l'universel parce qu'elle évoque le plus intime de l'être humain.
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Epiphanie (1475-80). Huile sur bois, 74 × 54 cm, Museum of Art, Philadelphia. Ou Adoration des mages. Jésus est présenté aux mages. Selon la tradition chrétienne, trois mages auraient suivi une étoile vers le lieu de naissance de Jésus-Christ. Arrivés près de Jésus, ils lui offrent l’or, l’encens et la myrrhe.
« [...] Ce style de jeunesse est particulièrement bien illustré dans la charmante Épiphanie de Philadelphie. L'attitude digne des Rois mages contraste avec le geste impulsif de l'Enfant Jésus, tandis que le vieux Joseph se tient discrètement à l'écart, ôtant sa capuche comme gêné par la présence de ces étrangers richement vêtus. Derrière la grange, deux bergers observent la scène avec une curiosité timide. À cette époque, la maîtrise de la perspective par Bosch était apparemment encore perfectible. La relation spatiale entre l'étable et les personnages au premier plan est particulièrement ambiguë, bien que les murs délabrés et le toit de chaume aient été peints avec un souci du détail remarquable. Au loin, en haut à droite, on aperçoit un pâturage où paissent des vaches et les tours scintillantes d'une ville. » (Commentaire Web Gallery of Art)
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Le Christ portant sa croix, avers (1480). Huile sur bois, 57 × 32 cm, Kunsthistorisches Museum, Vienne.

Le Christ portant sa croix, revers (1480)
« Ce panneau double face formait à l'origine le volet gauche d'un petit retable. Bosch a transposé la scène à son époque pour confronter le spectateur à la perversité du monde. Toute l'expression du mal est transmise par les grimaces des acolytes, conférant ainsi une nouvelle dimension psychologique à l'œuvre. L'enfant avec son trotteur et son moulin à vent, au revers du panneau, a fait l'objet de diverses interprétations : l'Enfant Jésus ou une allégorie de l'ignorance ; en tout cas, le contraste entre son innocence et la dépravation de la scène de la Passion est saisissant. » (Commentaire Kunsthistorisches Museum)
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Crucifixion (1480-85). Huile sur bois, 74,7 × 61 cm, Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles. Les personnages au pied de la croix sont la Vierge Marie, l'apôtre Jean, le donateur agenouillé et Saint-Pierre tenant les clefs. Il s'agit d'un tableau de jeunesse assez proche de celui de Gérard David portant le même titre, mais l'atmosphère est plus apaisée chez Bosch.
« La composition illustre une sorte de procédure d'intercession hiérarchique. Le donateur agenouillé prie pour son salut. Il est accompagné de son protecteur, saint Pierre, reconnaissable à la clé qu'il tient à la main. Se tournant vers saint Jean l'Évangéliste, saint Pierre présente son protégé. Saint Jean se tourne ensuite vers la Vierge Marie, lui demandant d'intercéder auprès de son Fils, ce qu'elle fait par la prière. Le Christ figure sur la croix comme un signe de rédemption, son sacrifice ayant rendu possible le salut du genre humain. La scène se déroule sur le lieu de torture des condamnés, aux abords d'une ville brabançonne visible au loin. Au centre, un gibet brisé gît au sol, entouré d'ossements et de corbeaux. Des personnages empruntent des chemins menant à un moulin à gauche et à un château à droite. » (Commentaire Web Gallery of Art)
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Triptyque du Chariot de foin (v. 1500), Prado. Huile sur bois, 135 × 190 cm, musée du Prado, Madrid. Triptyque allégorique sur le thème de la tentation du mal. Panneau de gauche : le péché originel (paradis terrestre puis épisode du fruit défendu, puis Adam et Eve chassés du paradis terrestre). Panneau central : le chariot de foin symbolise la vie avec ses tentations et ses violences. Le style de Bosch se manifeste pleinement ici avec une multitude de petits personnages, parfois démoniaques, exprimant cupidité, luxure et violence, bref le péché selon les critères religieux. Panneau de droite : l'enfer et la damnation vus par Bosch.
« Bosch montre comment l'homme, indépendamment de sa classe sociale ou de son origine, est tellement possédé par le désir de jouir et d'acquérir des biens matériels qu'il se laisse tromper ou séduire par le diable. L'artiste propose donc de renoncer aux biens terrestres et aux plaisirs des sens afin d'éviter la damnation éternelle. Le tableau offre un exemple différent de ceux couramment utilisés à l'époque, en ce sens qu'il ne s'agit pas de faire le bien, mais plutôt d'éviter le mal et de s'en tenir à cette règle tout au long de sa vie. Dans ce triptyque fermé, Bosch a représenté le thème du Pèlerinage de la Vie en couleurs vives, et non en grisaille ou en semi-grisaille comme dans la version de Rotterdam. Il montre un colporteur vêtu de haillons, courbé sous le poids de son panier sur le dos et se défendant avec son bâton contre un chien menaçant. Malgré sa faiblesse, il a réussi à repousser une attaque de bandits et à laisser derrière lui les deux bergers qui dansent au son de la cornemuse, symbole de la luxure. Dans son pèlerinage sans destination, dont il ignore la direction, il a su éviter les dangers du chemin et sait qu'il doit poursuivre sa route, sans savoir ce qui l'attend une fois le pont franchi. Dans le dessin préparatoire, Bosch avait représenté une croix derrière le pont, qu'il élimina dans la phase finale d'exécution, la remplaçant par un crucifix sur un petit autel dissimulé dans un arbre bas, sous lequel un berger jouant de la cornemuse est assis, à l'insu de tous. Tous les personnages lui tournent le dos et tous ont oublié Dieu, comme dans La Charrette de foin. » (Commentaire musée du Prado)
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Le jardin des délices, ouvert (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 195 cm (centre), 220 × 97 cm (chaque aile), musée du Prado, Madrid. Voici l'œuvre la plus célèbre et la plus complexe de Jérôme Bosch. Le thème global est le même que celui du Triptyque du chariot de foin. Le panneau de gauche représente le paradis terrestre, celui du centre un jardin de plaisirs terrestres et celui de droite, l'enfer.
Le jardin des délices, fermé (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 97 cm (chaque aile), musée du Prado, Madrid. Il s’agit d’une grisaille (ombrages de gris et de brun) représentant un globe transparent. Des interprétations bibliques diverses ont été données (création du monde, déluge) ; elles importent peu. Il s’agit sans doute d’une allégorie de la terre et du ciel tels que pouvaient les imaginer les hommes imprégnés de religiosité de cette époque

Le jardin des délices, panneau central (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 195 cm, musée du Prado, Madrid. Voici précisément les délices terrestres de l’humanité. Conformément à la morale chrétienne, les délices présentent un danger, surtout lorsqu’il s’agit d’érotisme. Comme ces hommes et femmes sont nus, ils évoquent principalement ce que les chrétiens appelaient le péché de chair. Bref, le message global est celui de la « chute » et du « rachat ». La vie terrestre est dangereuse et peut mener à l’enfer (panneau de gauche) si l’homme « succombe au péché ».
Le jardin des délices, p. central, détail 1 (v. 1500). Les détails montrent que l’érotisme (considéré comme un danger) est omniprésent. Le soin minutieux apporté à la réalisation apparaît dans la complexité des nuances et des effets.

Le jardin des délices, p. central, détail 2 (v. 1500)

Le jardin des délices, p. central, détail 3 (v. 1500). Particulièrement surréaliste avec plus de quatre siècles d’avance.
Le jardin des délices, p. central, détail 4 (v. 1500)
Le jardin des délices, aile gauche (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 97 cm, musée du Prado, Madrid. Le paradis terrestre. Au premier plan, Adam, Dieu, et Eve. Dieu vient de créer Eve à partir d’une côte d’Adam (selon la Bible). Ambiance sereine.
Le jardin des délices, aile gauche, détail 1 (v. 1500). Ces détails figurent la nature « innocente » d’avant la chute. Bosch utilise magistralement des nuances de gris, d’ocre, de rose et de blanc.
Le jardin des délices, aile gauche, détail 2 (v. 1500)
Le jardin des délices, aile droite (v. 1500). Huile sur bois, 220 × 97 cm, musée du Prado, Madrid. L’enfer, tel qu’un artiste imaginatif pouvait se le représenter. Les spécialistes tentent de fournir une interprétation symbolique de certains détails, mais il ne s’agit que d’interprétations.
Le jardin des délices, aile droite, détail 1 (v. 1500). Ces détails mettent en évidence des êtres humains aux prises avec des créatures sorties de l’imagination du peintre ou des hantises de l’époque. Les humains sont effrayés, se contorsionnent, souffrent. Tout sauf la sérénité. Le monde intérieur de Bosch est dominé par la tentation et la culpabilité telles que définies par le christianisme.
Le jardin des délices, aile droite, détail 2 (v. 1500)
Le jardin des délices, aile droite, détail 3 (v. 1500)
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Saint Jean l'Evangéliste à Patmos (1504-05). Huile sur bois, 63 × 43,3 cm, Staatliche Museen, Berlin. Jean l’Évangéliste est un des douze apôtres du Christ dans la religion chrétienne. Selon la tradition il serait l’auteur d’un des quatre Evangiles canoniques (Evangile selon Saint-Jean). Mais cette attribution est mise en doute par les historiens. Pour échapper aux persécutions romaines, il s’exila à Patmos (île grecque). Selon la légende, lorsqu’il fut arrêté, il subit deux épreuves : immersion dans l’huile bouillante et absorption d’un poison provenant de serpents venimeux. Il sortit vainqueur des deux épreuves et mourut à Ephèse.
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La tentation de saint Antoine (v. 1505). Huile sur bois, 70 × 51 cm, Musée du Prado, Madrid. Antoine d’Egypte ou Antoine l’Ermite aurait vécu aux 3e et 4e siècles après J.-C. en Egypte. Il décide de suivre l’enseignement du Christ et se retire sur le mont Qolzum en Thébaïde (Egypte méridionale) pour vivre en ermite. Il est considéré comme le fondateur de l’érémitisme chrétien (vie en ermite).
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Triptyque de la tentation de saint Antoine (1505-06). Huile sur bois, 131,5 × 119 cm (centre), 131,5 × 53 cm (chaque aile), Museu Nacional de Arte Antiga, Lisbonne. Ce triptyque peut donner lieu à des interprétations fines en rapport avec les croyances populaires et les préjugés religieux de l’époque. Cet aspect n’a plus d’intérêt que pour les historiens. Le panneau de gauche représente saint Antoine attaqué par des diables (en haut, dans le ciel) puis à nouveau saint Antoine affaibli et soutenu par deux moines et un laïc (en bas). Au centre du panneau central, à genoux, en bleu, saint Antoine prie en regardant le spectateur du tableau. Il est toujours au milieu des hommes et des dangers représentés par des créatures diverses sorties de l’imagination du peintre. Le panneau de droite montre un saint Antoine retiré du monde et qui médite avec un livre pieux à la main. L’ensemble de l’œuvre baigne dans une atmosphère pessimiste où le mal (tel que définit par la religion) est omniprésent. L’inconscient de Bosch semble affleurer et il est très conflictuel.
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Triptyque du Jugement dernier, ouvert (1504-08). Technique mixte sur bois, 163 × 128 cm (centre), 167 × 60 cm (chaque aile), Akademie der bildenden Künste, Vienne. Selon les religions juive, chrétienne et musulmane, il s’agit du jour au cours duquel la divinité, après avoir ressuscité les morts, va classer les humains en damnés et justes. Les uns et les autres auront ensuite un sort distinct. Ce thème naïf, très populaire au Moyen Âge, permettait au peintre d’exercer sa créativité par de multiples scènes plus ou moins apocalyptiques. Les humains, dans le bas monde, sont nus et de petite taille. Les anges et les apôtres appartiennent à la cour céleste et sont représentés sur des nuages. Au centre, le juge suprême. C’est le panneau central qui figure ici le jugement dernier. Le panneau de gauche représente le paradis terrestre (le jardin d’Eden) et celui de droite l’enfer.

Triptyque du Jugement dernier, fermé (1504-08). Huile sur bois, Akademie der bildenden Künste, Vienne. Comme de coutume, il s’agit d’une grisaille (dégradés de gris et d’ocre avec ombres afin de simuler une sculpture). A gauche, saint Jacques le Majeur, l’un des douze apôtres, en pèlerinage. A droite saint Bavon faisant l’aumône au pauvres.
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Triptyque de l’Adoration des mages, ouvert (v. 1510). Huile sur bois, 138 × 72 cm (centre), 138 × 34 cm (chaque aile), musée du Prado, Madrid. Le panneau central est une Adoration des mages à rapprocher de l’Epiphanie de 1475-80. Comme toujours chez Bosch, des personnages mystérieux entourent la scène principale et évoquent le danger. De même, des cavaliers en armes apparaissent à l’arrière-plan. Le panneau de gauche représente le donateur Pieter Bronckhorst (à genoux) avec saint Pierre et celui de gauche son épouse Agnes Bosshuyse (à genoux) avec sainte Agnès. Les trois panneaux constituent une scène unique scindée en triptyque, ce qui différencie cette œuvre des autres triptyques de la même époque qui comportent trois scènes distinctes.

Triptyque de l’adoration des mages, fermé (v. 1510). Huile sur bois, 138 × 72 cm, musée du Prado, Madrid. Il s’agit d’une messe de saint Grégoire traitée en grisaille. Ce thème a souvent été traité à partir du Moyen Âge. Le pape Grégoire le Grand (540-604) célèbre la messe et le Christ, homme de douleur, apparaît sur l’autel. Selon la tradition chrétienne, il s’agirait de prouver à une personne présente que le Christ est réellement présent au moment du rite de la communion. Pour les chrétiens, le pain et le vin échangés au moment de la communion symbolisent le corps du Christ. Il existe toute une affabulation religieuse sur le caractère « réel » de la présence de Jésus-Christ à ce moment-là.
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Le portement de croix (1515-16). Huile sur bois, 74 × 81 cm, Museum voor Schone Kunsten, Gand. Ce tableau permet à Bosch d’opposer le temporel et le spirituel, le profane et le sacré, la sérénité à l’agitation. Le Christ portant sa croix montre un visage paisible car il appartient au divin. Les personnages qui l’entourent expriment des sentiments orientés vers l’agressivité ; ils appartiennent à l’humanité pécheresse.
« Le Portement de Croix fait partie des œuvres tardives du maître et elle est une composition des plus intrigantes au sein de l’art occidental. La perception de l’espace est inexistante. Un fouillis de visages malveillants se presse autour de la tête du Christ. L’élaboration du tableau est toutefois assez stricte. La tête du Christ se trouve exactement à l’intersection de deux diagonales. La première est formée par la poutre de la croix, avec en haut à gauche le personnage de Simon de Cyrène et en bas à droite le mauvais larron. La deuxième diagonale relie l’empreinte du visage du Christ sur le suaire de Véronique, en bas à gauche, et le bon larron, en haut à droite. Ce dernier est harcelé par un vulgaire charlatan ou pharisien et par un cénobite malveillant – une allusion de Bosch au fanatisme religieux de son époque. Les têtes grotesques évoquent les masques portés pendant les mystères de la Passion ainsi que les caricatures de Léonard de Vinci. En revanche, le doux modelé du visage de Jésus exprime la sérénité. Il est l’Homme de douleurs qui, abandonné de tous, triomphe du Mal sur Terre. Cette représentation s’inscrit parfaitement dans l’optique des confréries, dont Bosch aussi fait partie. Bien que la paternité de l’œuvre soit controversée, le tableau demeure incontestablement une des créations les plus hallucinantes de l’histoire de l’art occidental. » (Commentaire Museum voor Schone Kunsten)
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Jérôme Bosch