Trois scènes du mythe d’Adam et Ève (17e siècle)

 
 

Patrick AULNAS

Le mythe d’Adam et Ève a souvent été représenté en peinture. Trois thèmes principaux apparaissent : le paradis terrestre, la Chute par la tentation, l’exclusion du paradis. L’étude ci-après se base sur trois peintures du début de 17e siècle correspondant à ces trois thèmes.

 

 

Brueghel. Le paradis terrestre (1607-08)

Jan Brueghel de Velours. Le paradis terrestre (1607-08)

Huile sur cuivre, 45 × 65 cm, Musée du Louvre, Paris.

 

 

Jan Brueghel de Velours et Pierre Paul Rubens. La chute de l’homme (v. 1615)

Jan Brueghel de Velours et Pierre Paul Rubens. La chute de l’homme (v. 1615)

Huile sur toile, 74,3 × 114,7 cm, Mauritshuis, La Haye.

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Le Dominiquin. Dieu réprimandant Adam et Ève (1623-25)

Le Dominiquin. Dieu réprimandant Adam et Ève (1623-25)

Huile sur cuivre, 95 × 75 cm, musée de Grenoble.

 

La Genèse

Le livre de la Genèse est le premier livre de la Bible (Ancien Testament) qui raconte la genèse de l'humanité.

 

Le paradis initial

La Genèse ne comporte que quelques lignes concernant la création de l’homme et de la femme, qu’il place dans un jardin en Éden (ou jardin d’Éden), c’est-à-dire dans un milieu naturel idéal où l’on vit un bonheur parfait dans la simplicité et l’innocence primitives.

2.7 L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant.

2.8 Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé.

2.21 Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place.

2.22 L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme.

 

La Chute

La chute de l’homme se réfère indirectement à la sexualité. L’homme immortel du paradis initial devient mortel après avoir consommé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien ou du mal. Adam et Ève découvrent alors la honte d’être nus et se couvrent de feuilles de figuiers.

Autrement dit, en langage actuel, l’homme découvre qu’il se reproduit comme un mammifère, le mâle devant transmettre des gamètes à la femelle par l’union sexuelle, qui suppose un phénomène d’attraction, donc le plaisir. Jusqu’au 18e siècle, l’idée que l’homme n’est qu’un mammifère évolué n’avait pas court. Et on s’est beaucoup gaussé au 19e siècle de l’idée que « l’homme descend du singe », vulgarisation sommaire de la problématique.

La question pourtant simple de l’attraction sexuelle homme-femme était donc, jusqu’à une époque toute récente, uniquement traitée sous l’angle moral, la morale découlant de préceptes religieux. Le texte de la genèse considère ainsi la sexualité comme le mal. Et si l’être humain est condamné à faire le mal, c’est tout simplement qu’il a cherché la connaissance. L’éthique sous-jacente est donc claire : la connaissance conduit à faire le mal. Il ne faut pas chercher à comprendre mais seulement croire, obéir aux prescriptions divines.

3.1 Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin?

3.2 La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.

3.3 Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.

3.4 Alors le serpent dit à la femme: Vous ne mourrez point.

3.5 Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.

3.6 La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea.

3.7 Les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures.

 

L’exclusion du Paradis

La désobéissance de l’homme et de la femme doit être sanctionnée. Dieu les fera donc vivre dans la souffrance. Plus question de paradis terrestre. Les humains devront travailler pour vivre et la femme enfantera dans la douleur. Nous sommes voués à la souffrance pour expier une faute originelle. Une remarque très actuelle s’impose : tous les pouvoirs, qu’ils soient religieux ou politiques, ont toujours cherché à culpabiliser les êtres humains afin de les soumettre. Les monothéismes n’échappent pas à la règle.

3.13 Et l'Éternel Dieu dit à la femme: Pourquoi as-tu fait cela? La femme répondit: Le serpent m'a séduite, et j'en ai mangé.

3.14 L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs, tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie.

3.15 Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon.

3.16 Il dit à la femme: J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi.

3.17 Il dit à l'homme: Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre: Tu n'en mangeras point! le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie,

3.18 il te produira des épines et des ronces, et tu mangeras de l'herbe des champs.

3.19 C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre, d'où tu as été pris; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière.

 

Contexte historique

Aussi naïf que puisse nous paraître ce récit, il fut considéré pendant des siècles comme la vérité historique. L’homme avait été créé avec un peu de terre et la femme à partir d’une côte de l’homme. Les trois monothéismes (juif, chrétien, musulman) ont longtemps admis que la Genèse figurant au début de l’Ancien Testament représentait la réalité de l’origine de l’espèce humaine. Comme tous les épisodes mythologiques, celui-ci provient de vieilles légendes à connotation religieuse transmises d’abord oralement puis rédigées tardivement. La Genèse figure initialement dans la Torah, le texte le plus ancien des trois monothéismes. La plupart des spécialistes s’accordent sur l’époque de sa rédaction par des rabbins : le 5e siècle avant Jésus-Christ.

C’est Augustin d’Hippone, dit saint Augustin (354-430), qui le premier, chercha à montrer avec des arguments se parant de rationalité que le récit biblique des origines de l’homme correspondait à la réalité. Cette position devint celle de l’Église chrétienne et, au 17e siècle, des penseurs réfléchissaient encore à cette question avec le plus grand sérieux. Ainsi le poète anglais John Milton (1608-1674) adhère totalement à la position de saint Augustin dans son ouvrage le plus célèbre, Le paradis perdu. Il faut attendre le 18e siècle pour que des philosophes comme Voltaire commencent à tourner en dérision la jolie fable d’Adam et Ève considérés comme les premiers humains.

Pour apprécier les peintures du début du 17e siècle sur ce thème, il faut donc se replacer par l’esprit dans le contexte d’irrationalité et d’extrême ingénuité des hommes de l’époque. La religion chrétienne était religion d’État dans les pays européens et toutes ses prescriptions apparaissaient comme vérité révélée. Il n’était pas question d’imaginer un autre scénario que celui de la Genèse pour expliquer l’origine de l’homme.

 

Analyse des œuvres

1. La Terre ou Le paradis terrestre de Jan Brueghel l’Ancien fait partie d’une série de quatre tableaux représentant les quatre éléments (La terre, l’air, l’eau et le feu), commandée par le cardinal-archevêque de Milan, Federico Borromeo (1564-1631). Le paradis de Brueghel se caractérise par sa luxuriance végétale et par le nombre considérable d’animaux représentés. Nous sommes dans une forêt profonde au printemps éternel. Au milieu des arbres gigantesques et des fleurs abondantes, le peintre a également voulu proposer un échantillon des espèces animales connues de lui. L’homme n’apparaît qu’en arrière-plan, dans une clairière, où Dieu lui montre l’arbre de la connaissance du bien et da mal, dont il ne faut surtout pas manger les fruits. La densité de population animale n’entraîne aucune agressivité puisque le paradis initial est un modèle de quiétude. Conformément à la tradition flamande, chaque animal est représenté avec une grande minutie : formes, couleurs, mouvements sont été parfaitement étudiés.

Voilà donc l’image que les humains du 17e siècle se formaient du paradis dans lequel vivaient Adam et Ève avant la Chute. La panthère joue avec le lion, mais n’agresse pas le cerf se trouvant derrière elle. Il n’est pas question de se demander comment se nourrit tout ce beau monde puisqu’au paradis le problème ne se pose pas. Il fallait la candeur et l’irrationalité enfantines caractérisant nos ancêtres pour accepter que cette ancienne légende représente une réalité lointaine, d’ailleurs placée dans le temps à seulement quelques milliers d’années en arrière par les exégètes de la Bible.

 

2. Pour La Chute de l’homme, Jan Brueghel a délégué à Rubens certaines parties du tableau. Selon le Mauritshuis, Rubens a peint Adam et Eve, l'arbre de la connaissance, le cheval et le serpent. La composition d’ensemble, le paysage et les autres animaux sont de Brueghel. On retrouve la même luxuriance que dans Le paradis terrestre, mais l’anecdote biblique est ici mise en évidence au premier plan. Le serpent promet à Ève qu’elle ne mourra pas si elle mange le fruit de l’arbre de la connaissance. Elle se laisse tenter, le cueille et le propose à Adam. La femme tentatrice représente le mal dans l’éthique des monothéismes juif, chrétien et musulman. Les deux premiers humains vivent encore dans la pureté originelle et leur nudité ne suscite chez eux aucun désir charnel. Mais la scène représente le dernier instant avant leur Chute. La désobéissance les conduira un instant plus tard à ne plus être aptes à vivre dans le paradis et ils en seront chassés.

 

 

Jan Brueghel de Velours et Pierre Paul Rubens. La chute de l’homme, détail (1615)

Jan Brueghel de Velours et Pierre Paul Rubens. La chute de l’homme, détail (1615)

 

Avec la grâce de la féminité, l’Ève de Rubens ondule devant Adam, en toute innocence selon le dogme religieux. Les artistes de l’époque ne pouvant représenter la nudité féminine qu’en l’associant à la mythologie religieuse, nous sommes évidemment en présence d’un prétexte artistique pour transgresser les interdits. Il est permis de douter que le regard de la petite élite cultivée qui avait accès à ces tableaux ne soit que religieux. Tout dépend du degré de candeur de chacun.

Pour cet acte deux des aventures d’Adam et Ève, Brueghel a repris la végétation et la faune de l’acte un avec le même souci de réalisme. Outre l’abondance végétale et animale, caractéristique du paradis pour l’artiste, les deux tableaux ont une dimension narrative. Les trois petits personnages lointains du Paradis Terrestre (Dieu, Adam et Ève) ne sont plus que deux dans La chute de l’homme. Mais il s’agit désormais d’un plan rapproché mettant en évidence leur désobéissance. Un Adam musclé d’une innocence absolue se laisse convaincre par une femme lascive, poussée à la désobéissance par un serpent. La femme est ainsi l’instrument du mal et, par sa faute, il faudra quitter l’univers paradisiaque représenté par le paysage. Voilà du moins le récit biblique. Les européens du 17e siècle étaient tellement imprégnés de cette conception qu’ils ne pouvaient regarder la nudité d’Ève qu’avec l’ambiguïté morale introduite par la Genèse dans les rapports sexuels entre hommes et femmes.

 

3. Avec La réprimande d'Adam et Ève, troisième tableau d’un style tout à fait différent, Le Dominiquin représente la sanction divine : Adam et Ève sont chassés du paradis par un Dieu à l’index menaçant. Les postures des deux protagonistes sont particulièrement expressives. Ève, honteuse, désigne le serpent qui l’a induite vers la faute. Adam, pas très courageux, accuse sa compagne. Dans une attitude infantile, tous deux s’excusent par le regard et semblent terrifiés par la menace divine. Le paradis du Dominicain est particulièrement sobre par rapport à celui de Brueghel de Velours, qui était un grand paysagiste. Le règne animal ne comporte, outre le serpent, qu’un mouton, un lion et un cheval. Adam et Ève ont déjà, et pour l’éternité, le pagne de feuilles qui couvre désormais les parties de notre corps considérées à cette époque comme « honteuses » par la religion.

 

 

Le Dominiquin. Dieu réprimandant Adam et Ève, détail (1623-25)

Le Dominiquin. Dieu réprimandant Adam et Ève, détail1 (1623-25)

 

Le groupe comportant Dieu le père entouré de chérubins a été inspiré par la célèbre fresque de Michel-Ange peinte sur la voûte de la Chapelle Sixtine au Vatican, La création d’Adam (1510). Chez Michel-Ange, le geste de la main de Dieu conduit à la création de l’homme. Chez Le Dominicain, il constitue une menace d’exclusion du paradis terrestre, qui sera mise à exécution. Au-dessus de Dieu, deux anges s’interrogent sur la signification de la scène et l’un d’eux demande à l’autre le silence car une tragédie se prépare.

 

 

Le Dominiquin. Dieu réprimandant Adam et Ève, détail (1623-25)

Le Dominiquin. Dieu réprimandant Adam et Ève, détail2 (1623-25)

 

Le Dominicain était un dessinateur exceptionnel dont le talent apparaît dans l’expressivité des figures. Il était aussi un grand coloriste qui inspira les classiques français, en particulier Nicolas Poussin. La réprimande d'Adam et Ève comporte principalement des harmonies de couleurs froides. Seules quelques étoffes apportent un contrepoint violet ou orange.

Le tableau du musée de Grenoble est une huile sur cuivre de grandes dimensions. Il existe à la National Gallery of Art de Washington une huile sur toile reprenant une partie de la composition de Grenoble :

 

 

Le Dominiquin. La réprimande d'Adam et Ève (1626)

Le Dominiquin. La réprimande d'Adam et Ève (1626)

Huile sur toile, 122 × 172 cm, National Gallery of Art, Washington.

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4. Ces trois tableaux, parmi beaucoup d’autres sur ce thème, permettent de comprendre comment les adeptes des trois monothéismes, c’est-à-dire une petite partie des 650 millions d’humains du début du 17e siècle, voyaient leurs origines. Le texte de la Genèse est particulièrement allusif, mais l’illustration picturale suppose une concrétisation qui ne peut se réaliser qu’à partir d’une image intériorisée par l’artiste. Le paradis terrestre de Brueghel se situe dans une forêt au climat humide alors que celui du Dominicain ressemble à un paysage méditerranéen. L’Adam de Rubens est un barbu aux cheveux roux alors que celui du Dominicain a des cheveux noirs. La vision des artistes est ainsi directement inspirée par la réalité qu’ils côtoient chaque jour. Ces peintres pensaient représenter des scènes ayant réellement eu lieu puisque telle était la croyance unanimement acceptée à l’époque. Mais, au lieu d’abstraire la représentation, ils transposaient des éléments de leur environnement sur le tableau en y ajoutant quelques espèces animales connues d’eux par l’image, comme le lion.

Les hommes du 17e siècle, formatés par l’approche religieuse du monde, ne voyaient aucun infantilisme dans ces créations picturales. Il faudra attendre les siècles suivants, et surtout le 20e, pour que la belle légende d’Adam et Ève soit perçue pour ce qu’elle est : un mythe.

 

Quelques représentations du mythe d’Adam et Ève depuis le 14e siècle

Il existe un très grand nombre de représentations du paradis terrestre et d’Adam et Ève dans les traditions artistiques inspirées du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Mais seul l’art occidental d’inspiration chrétienne sera envisagé ci-après. Le sujet est particulièrement évocateur pour tous les chrétiens, c’est-à-dire pour la quasi-unanimité des européens et des américains jusqu’au 19e siècle. Il est très intéressant d’un point du vue pictural puisqu’il permet de composer un paysage animé, le portrait des protagonistes ou encore une narration en un seul ou plusieurs tableaux. Certains artistes, comme Gustav Klimt ou Fernand Léger utilisent encore cette légende au 20e siècle, avec l’ambition plutôt provocatrice de rompre avec l’image traditionnelle. Ces provocations d’artistes doués apparaissent aujourd’hui assez puériles.

 

Bertram von Minden. Retable de Grabow, ouvert (1379-83)

Bertram von Minden. Retable de Grabow, ouvert (1379-83). Tempera sur bois, 266 × 726 cm, Kunsthalle, Hambourg. Bertram von Minden, dit Maître Bertram, (v. 1340-1415) est un des peintres allemands faisant évoluer la peinture vers le gothique international. Le retable de Grabow, son œuvre majeure, a été réalisé pour l'église Saint-Pierre de Hambourg. Les quatre volets extérieurs comportent au total vingt-quatre scènes bibliques, depuis la création du monde par Dieu jusqu'à la vie de Jésus.

Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail (1379-83)

Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail 1 (1379-83). Les trois scènes ci-dessus représentent Dieu créant les végétaux, puis les oiseaux et enfin l'homme (Adam). Le visage de Dieu est assez expressif, mais surtout, ses postures maniérées mettent en évidence la parfaite aisance de cette création...

Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail (1379-83)

Bertram von Minden. Retable de Grabow, détail 2 (1379-83). La création d'Eve à partir d'une côte d'Adam, selon la légende biblique.

Albrecht Dürer. Adam et Ève (1507)

Albrecht Dürer. Adam et Eve (1507). Huile sur bois, chaque panneau 209 × 81 cm, Musée du Prado, Madrid. Dürer, de retour d'Italie, compose une image idéalisée de la nudité. L'influence italienne est marquée par la minceur des personnages par rapport à ceux de sa gravure de 1504. Il s'agit des nus grandeur nature les plus anciens de l'art nordique. Un certain maniérisme caractérise la gestuelle, dû probablement à la volonté d'accentuer « l'innocence ». Mais Eve accepte la pomme offerte par le serpent...

Michel-Ange.Chapelle Sixtine. La chute (1509-10)

Michel-Ange. Chapelle Sixtine. La chute (1509-10). Fresques de la voûte, chapelle Sixtine, Vatican. L'illustration de Michel-Ange est particulièrement dynamique et narrative : à gauche, Adam et Ève cèdent à la tentation (le serpent est féminin !) et à droite, ils sont chassés du paradis terrestre. Ne pas oublier que tous les hommes de l'époque étaient imprégnés de ces légendes et considéraient qu'elles reflétaient la réalité (pas de darwinisme). La puissance d'une telle image en était décuplée.

Cranach l'Ancien. Adam et Ève (1538-39)

Cranach l'Ancien. Adam et Ève (1538-39). Huile sur bois, 49 × 39 cm, Národní Galerie, Prague. A partir de 1508, il existe une cinquantaine de versions de ce thème qui fut un grand succès commercial pour l’atelier de Cranach. Les personnages deviennent plus graciles au fil du temps et Ève prend des poses aguichantes et pleines d'assurance pour proposer la fameuse pomme à ce balourd d'Adam. Nous pouvons y voir de l'ironie, mais, au 16e siècle, il s'agissait bien de morale : la femme tentatrice !

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Nicolas Poussin. Le Printemps ou Le Paradis terrestre (1660-64)

Nicolas Poussin. Le Printemps ou Le Paradis terrestre (1660-64). Huile sur toile, 118 × 160 cm, musée du Louvre, Paris. Entre et 1660 et 1664, Nicolas Poussin réalise pour le duc de Richelieu quatre tableaux représentant les quatre saisons. Le printemps, saison de la renaissance de la nature, est associé au paradis terrestre et à la jeunesse. Adam et Ève, sous la surveillance de Dieu trônant sur un nuage, sont soumis à la tentation du péché. Ève montre à Adam les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Poussin a choisi de placer la scène tôt le matin, avec une lumière atténuée et une variation chromatique sur le vert.

Johann Wenzel Peter. Adam et Ève au Paradis Terrestre (1800-29)

Johann Wenzel Peter. Adam et Ève au Paradis Terrestre (1800-29). Huile sur toile, 247 × 336 cm, Pinacothèque vaticane. Le peintre autrichien Johann Wenzel Peter (1745-1829) représente encore au 19e siècle le paradis terrestre à la manière de Brueghel de Velours, sous forme d’un paysage surchargé d’animaux. Sa spécialité étant précisément la peinture animalière, il étudie avec minutie chaque animal pour obtenir un paradis plus crédible. Darwin (1809-1882) n’avait encore sévi.

Thomas Cole. L’expulsion du jardin d’Eden (1828)

Thomas Cole. L’expulsion du jardin d’Eden (1828). Huile sur toile, 101 × 138 cm, Museum of Fine Arts, Boston. Le peintre américain Thomas Cole écrivait à cette époque à son mécène Robert Gilmor qu’il recherchait une forme supérieure de peinture de paysage. Il s’agira de scènes porteuses d’un message moral basé sur la religion chrétienne. L’expulsion du jardin d’Eden oppose le paradis terrestre, espace lumineux à la végétation luxuriante, au monde terrestre d’après la chute symbolisé par des escarpements rocheux sombres à la végétation détruite. Un porche rocheux illuminé sépare les deux mondes. Les deux petites figures d’Adam et Ève ont quitté la terre paradisiaque et marchent désormais au bord de l’abîme. Ils ont péché…

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Gustav Klimt. Adam et Ève (1917-18)

Gustav Klimt. Adam et Ève (1917-18). Huile sur toile, 73 × 60 cm, Österreichische Galerie Belvedere, Vienne, Autriche. Gustav Klimt, peintre symboliste de la Sécession germanique, utilise le mythe chrétien d’Adam et Ève dans une composition qui se voulait à l’époque provocatrice par la mise en évidence de l’érotisme.

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Fernand Léger. Adam et Ève (1934)

Fernand Léger. Adam et Ève (1934). Huile sur toile, 130,7 × 97,5 cm, Musée national Fernand Léger, Biot. Fernand Léger, peintre du mouvement cubiste au début du 20e siècle, propose une version d’Adam et Ève se voulant évidemment disruptive. On appréciera ou pas cette tentative très tardive d’adapter au 20e siècle la légende biblique de la création de l’homme et de la femme.

 

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