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Nicolas Poussin. Vénus et Mercure (1626-27). Huile sur toile, 80 × 87,5 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres. « Les anciens dieux romains Vénus et Mercure se reposent à l'ombre d'un groupe d'arbres, observant Éros (le cupidon ailé) se battre avec Anteros (le satyre ou enfant aux pattes de bouc) dans le coin inférieur gauche. Ce tableau représente la lutte entre l'amour sacré et l'amour sensuel, illustrée par les figures en lutte d'Anteros (le dieu de l'amour réciproque) et d'Éros (le dieu du désir).
Le caractère sensuel de l'image, dans son rendu voluptueux de la chair pâle de la femme et de la chair rougeâtre de l'homme, est caractéristique de nombreuses peintures anciennes de Nicolas Poussin (1594-1665), profondément influencé par la peinture vénitienne du XVIe siècle et par l'art de Corrège (actif de 1494 à 1534). À l'origine, cette œuvre était plus grande, mais elle a été coupée en deux fragments vers 1764 en France, peut-être en raison de dommages subis par la partie supérieure de la toile ou de son contenu érotique. Le deuxième fragment, plus petit, se trouve aujourd'hui au Louvre, à Paris. » (Commentaire Dulwich Picture Gallery)
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Nicolas Poussin. La mort de Germanicus (1627). Huile sur toile, 148 × 198 cm, Institute of Arts, Minneapolis. « Le jeune général romain Germanicus vient d'être empoisonné par son père adoptif jaloux, l'empereur Tibère. Sur son lit de mort, Germanicus demande à ses amis de venger son meurtre et à sa femme de supporter courageusement son chagrin. Œuvre majeure de la peinture occidentale, ce tableau tragique propose une leçon de morale sur l'héroïsme stoïque, notamment dans la retenue et la dignité des soldats en deuil.
Cette œuvre, première peinture historique majeure de Poussin, est devenue le modèle d'innombrables scènes de lit de mort au cours des deux siècles suivants. De nombreux thèmes humains majeurs y sont abordés : la mort, la souffrance, l'injustice, le chagrin, la loyauté, la vengeance. Poussin s'est inspiré de l'Antiquité romaine pour la forme et le sujet. La composition, avec des personnages regroupés à l'avant, s'inspire des reliefs des sarcophages romains. Poussin a passé la majeure partie de sa vie à Rome, où il a développé un style classique qui a fortement influencé l'art français et italien.
Ce tableau a été commandé par le cardinal Francesco Barberini. En tant que mécènes éminents, les riches Barberini ont contribué à façonner le paysage artistique de l'époque. La Mort de Germanicus est restée dans la famille Barberini jusqu'en 1958, date à laquelle MIA l'a achetée. » (Commentaire Institute of Arts, Minneapolis)
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Nicolas Poussin. L'inspiration du poète (1627). Huile sur toile, 94 × 70 cm, Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre. Cette scène mythologique est aussi une allégorie de la création poétique. L’eau de la fontaine de Castalie (ou Castalia, naïade de la mythologie grecque), avait la propriété d’apporter l’inspiration à ceux qui la buvaient. On voit donc ici Apollon, dieu des arts, offrir cette eau miraculeuse au poète. A gauche, se trouve Euterpe, muse de la musique et de la poésie lyrique. Un putto (putti au pluriel) s’apprête à couronner le poète inspiré.
« Poussin est l'un des représentants les plus importants du classicisme baroque français. Dans son décor rappelant le Parnasse, Poussin place le jeune et musclé Apollon au centre de la composition. Couronné de lauriers, le dieu de la poésie est assis sur son manteau et tend à un jeune homme une coupe en or contenant une boisson que celui-ci reçoit les bras tendus, un geste qui traduit l’émotion et le dévouement du personnage représenté. Adossée à un rocher, Euterpe, muse de la musique et du chant lyrique, participe à la scène. Sa présence identifie le jeune homme comme un poète lyrique. En signe de gloire future, des putti volants apportent des couronnes de laurier au poète vêtu à l'antique. » (Commentaire Niedersächsisches Landesmuseum)
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Nicolas Poussin. Renaud et Armide (1628-30). Huile sur toile, 80 × 107 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres. « Le sujet du tableau est tiré du poème épique Gerusalemme Liberata (Jérusalem délivrée) écrit en 1581 par Torquato Tasso (1544-1595). Le poème se déroule à l'époque de la première croisade, à la fin du XIe siècle, et raconte l'histoire des combats entre chrétiens et Sarrasins. Dans cette scène, la sorcière sarrasine Armide s'apprête à tuer le croisé Renaud endormi. Mais au moment où elle s'apprête à frapper, elle tombe amoureuse du héros chrétien. Submergée par l'amour, Armide transporte Renaud endormi dans son char volant jusqu'à son palais magique. Là, Renaud oublie les guerres et vit heureux en compagnie de la magicienne, jusqu'à ce que ses compagnons Carlo et Ubaldo viennent le libérer.
Ici, le peintre français Nicolas Poussin (1594-1665) crée un contraste entre la violence de l'action d'Armide et le regard tendre de son visage. Un Cupidon ailé retient le bras d'Armide, représentant le moment précis où sa haine se transforme en passion éternelle. Poussin s'est beaucoup inspiré de ce poème épique et a utilisé plusieurs de ses personnages – Tancrède et Hermine, Carlo et Ubaldo, Renaud et Armide – comme sources d'inspiration dans son œuvre, explorant leurs histoires d'amour et de guerre. » (Commentaire Dulwich Picture Gallery)
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Nicolas Poussin. La peste d'Ashdod (1631). Huile sur toile, 148 × 198 cm, musée du Louvre, Paris. Sujet tiré de la Bible. Les Philistins (peuple antique, ennemi d’Israël dans la Bible) sont frappés par la peste parce qu'ils ont apporté à Ashdod l’Arche d’Alliance prise aux Israélites et l’ont placée dans leur temple. L’idole a été brisée par la colère divine et ses débris gisent devant le peuple.
« L’épisode de la peste d’Asdod (ou Ashdod) est décrit dans la Bible : après une victoire militaire contre les Hébreux, les Philistins emportèrent l’Arche d’Alliance à Asdod et la placèrent dans le temple de Dagon auprès de la statue du dieu (Dagon était un très ancien dieu du nord de la Mésopotamie, attesté dès le IIIe millénaire av. J.-C., adopté par les Philistins au XIIe siècle av. J.-C.). Le lendemain, la statue de Dagon était tombée face contre terre. Elle fut relevée, mais le surlendemain on la trouva de nouveau abattue, cette fois brisée, la tête et les mains du dieu détachées. Puis la maladie frappa la ville, où l’on vit “une multitude de rats” et “une confusion de mourants et de morts” (1 Sam, 5, 1-6). C’est cette “confusion” que Poussin représente, la découverte de la statue brisée, les morts et les mourants au premier plan. L’artiste a soigneusement représenté la tête et les mains coupées de la statue. L’odeur pestilentielle est suggérée par les hommes qui se bouchent le nez au premier plan. L’exégèse biblique fournit quelques clefs de lecture de la composition : d’abord la divinité émergeant de l’eau qui apparaît sur le bas-relief du piédestal de la statue renversée de Dagon. Dans le Grand commentaire, Cornelius a Lapide fait remonter l’étymologie de Dagon au mot hébreu daga signifiant poisson. Dagon serait donc la divinité marine d’un “peuple de la mer”. Le même auteur précise que l’épidémie qui frappa les Hébreux n’était pas une peste mais une dysenterie, ce qui explique l’attitude du personnage que l’on aperçoit assis sur les marches du temple, à l’arrière-plan à droite. Le titre La Peste d’Asdod serait donc incorrect et devrait être corrigé en La Dysenterie d’Asdod, dénomination certes moins noble (cf. Milovanovic, 2015a). » (Commentaire musée du Louvre)
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Nicolas Poussin. L'empire de Flore (1631). Huile sur toile, 132 × 182 cm, Gemäldegalerie, Dresde. Flora (Flora en latin) est une divinité de l’Antiquité romaine qui favorisait les récoltes. Elle fut par la suite associée aux fleurs et à la floraison. Dans le tableau de Poussin, Flore est entourée de jeunes gens dont la mort génère des fleurs. A gauche, Ajax se suicide et son sang fait pousser des œillets. Sur la droite, au premier plan : Crocus et Smilax qui furent métamorphosés en fleurs (crocus et salsepareille). Derrière eux, avec la lance, Adonis vient de se rendre compte de sa blessure à la cuisse qui causera sa mort ; de son sang jailliront les anémones. A ses côtés, portant les mains à sa tête, Hyacinthe : de sa tête sort une guirlande de jacinthes. Flore, au centre, danse et règne sur la brève et fragile vie des fleurs.
« Avec ses couleurs vives et intenses et sa composition ingénieuse, le tableau représente la nature et le caractère changeant du monde avec une grande sensualité et beaucoup de poésie. » (Commentaire Gemäldegalerie)
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Nicolas Poussin. Le Triomphe de David (1631-32). Huile sur toile, 117 × 146 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres. « Ce tableau, l'un des premiers chefs-d'œuvre de l'artiste français Nicolas Poussin (1594-1665), représente l'entrée triomphale de David à Jérusalem après sa victoire sur Goliath, le champion des Philistins. Dans cet épisode figurant dans le Livre de Samuel de l'Ancien Testament, le jeune berger David a vaincu le géant Goliath, haut de plus de deux mètres, en lui lançant une pierre avec sa fronde. La foule en liesse qui accueille David à son retour est presque audible et offre à l'artiste l'occasion d'explorer le langage théâtral des gestes humains sous de nombreux angles. Cela va de l'action de grâce solennelle d'un vieil homme à l'abandon joyeux de jeunes femmes les bras levés, en passant par l'incompréhension des petits enfants qui se blottissent et jouent dans les bras de leurs mères.
Une radiographie de la toile a montré que Poussin a retravaillé la composition à plusieurs reprises au cours de la réalisation du tableau, tant au niveau de l'architecture en arrière-plan que des personnages au premier plan, avant de finalement s'arrêter sur cette disposition. » (Commentaire Dulwich Picture Gallery)
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Nicolas Poussin. La danse de la vie humaine (1634-36). Huile sur toile, 83 × 105 cm, Wallace Collection, Londres. Cette scène allégorique est centrée sur la ronde de trois femmes et d’un homme (de dos avec la couronne de lauriers). Au 17e siècle, l’interprétation reposait sur les saisons, chaque danseur ou danseuse en figurant une. L’homme de dos représente l’automne, la femme de droite l’hiver, celle vêtue de blanc et jaune l'été et celle de gauche le printemps. Mais d’autres interprétations sont apparues, n’excluant pas nécessairement la précédente.
Ainsi, de gauche à droite, les trois femmes représentent la richesse (diadème), le travail (tresses nouées), la pauvreté (turban). L’homme qui danse de dos représente l’oisiveté, le loisir. Poussin propose ainsi une allégorie des sociétés humaines où se côtoient effectivement ces différentes conditions. Dans le ciel, Apollon, dieu des arts, domine la ronde des humains, évoquant peut-être l’ambition de l’artiste.
A droite un vieillard ailé, figurant le temps, joue de la lyre. A gauche, une statue représente deux têtes de Bacchus. Le visage âgé regarde vers la danse, tandis que le visage jeune regarde hors de la composition vers l'avenir.
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Nicolas Poussin. Le Triomphe de Neptune (1635-36). Huile sur toile, 97 × 108 cm, Philadelphia Museum of Art, Philadelphie. « Le sujet de cette grande peinture mythologique fait toujours l'objet d'un débat animé : certains y voient la naissance de Vénus, d'autres son cortège triomphal, d'autres encore la procession marine du dieu Neptune. Il existe même un désaccord quant à savoir si Vénus est réellement représentée. La femme au centre pourrait en fait être Galatée, une nymphe marine souvent représentée sur un char en coquille de noix tiré par des dauphins. Comme le montre cette œuvre, Poussin faisait preuve d'une grande habileté pour introduire des significations multiples et une riche ambiguïté dans ses peintures portant sur des thèmes classiques. Ce tableau appartenait autrefois à Catherine la Grande et porte encore une inscription en russe sur le cadre ainsi qu'un numéro d'inventaire du musée de l'Ermitage dans le coin inférieur gauche de la toile. Il a été vendu par le gouvernement soviétique en 1930. » (Commentaire Philadelphia Museum of Art)
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Nicolas Poussin. La Nourriture de Jupiter (1636-37). Huile sur toile, 96 × 121 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres. Mythologie antique. Pour protéger le nouveau-né Jupiter de son père trop vorace, Saturne, sa mère le confia à deux nymphes, Amalthée et Mélissa, qui le nourrirent de miel et de lait de chèvre.
« La naissance et l'éducation du dieu romain Jupiter est un récit fait de tromperie et de secrets qui a captivé les poètes de l'Antiquité. Une prophétie avait averti le dieu Saturne qu'un de ses enfants le vaincrait et régnerait à sa place sur l'univers. Il avala donc ses cinq enfants pour éviter ce destin. À la naissance de Jupiter, sa mère Rhéa le sauva en donnant à Saturne une pierre enveloppée dans des langes, puis cacha son nouveau-né dans une grotte du mont Ida, en Crète. Jupiter fut élevé par deux nymphes et nourri de lait de chèvre et de miel. Une fois adulte, Jupiter vainquit son père et força Saturne à recracher ses frères et sœurs.
Le peintre français Nicolas Poussin (1594-1665) situe la scène au sommet du mont Ida. Un berger puissant retient la chèvre Amalthée par les cornes, tandis qu'une nymphe soulève la chèvre pour permettre à Jupiter de boire son lait. La deuxième nymphe derrière eux récolte du miel sur un tronc d'arbre. L'Éducation de Jupiter met en valeur la délicate harmonie formelle et la subtilité des couleurs de Poussin. » (Commentaire Dulwich Picture Gallery)
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Nicolas Poussin. Paysage avec homme buvant (1637-38). Huile sur toile, 63 × 78 cm, National Gallery, Londres. « Un chemin sablonneux serpente à travers un paysage de dunes vers des collines et des montagnes lointaines. Un vieil homme vêtu de bleu, dos vers nous, occupe le premier plan, un sac et une carafe d'eau posés à côté de lui sur le sol. Il semble observer un homme plus jeune qui se penche pour puiser de l'eau dans une mare à l'aide d'un tesson de poterie.
Des arbres encadrent le chemin qui nous attire dans la scène et guide notre regard vers le lointain. La petite ville et les personnages à l'arrière-plan, ainsi que les zones ombragées et ensoleillées, évoquent la campagne romaine, où Poussin se rendait souvent pour faire des études.
Ce tableau n'a pas de source littéraire connue, mais il fait écho à une histoire tirée de la vie du philosophe cynique grec Diogène. En voyant un jeune garçon boire de l'eau avec ses mains, Diogène jeta sa coupe. Il prônait une vie sans possessions ni luxe. » (Commentaire National Gallery)
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Nicolas Poussin. Les bergers d’Arcadie (1638-40). Huile sur toile, 85 × 121 cm, musée du Louvre, Paris. Des bergers d’Arcadie, pays mythique du bonheur dans l’harmonie avec la nature, examinent une tombe comportant l’inscription : ET IN ARCADIA EGO (Moi, j’existe aussi en Arcadie). Moi personnifie la mort. Il faut comprendre que, même en Arcadie, l’immortalité n’existe pas pour les humains. Ils doivent affronter la mort quelle que soit leur félicité terrestre. Le tableau est célèbre car il a fait l’objet de multiples interprétations, même les plus farfelues.
Le musée du Louvre indique l’interprétation du tableau par l’historien Erwin Panowsky.
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Nicolas Poussin. Paysage avec saint Jean à Patmos (1640). Huile sur toile, 102 × 133 cm, Chicago Art Institute, Chicago. Jean l’Evangéliste fut exilé sur l’île de Patmos où il aurait écrit l’Apocalypse à la fin du 1er siècle.
« Bien que français de naissance et de formation, Nicolas Poussin a passé la majeure partie de sa carrière à Rome, où il s'est plongé dans l'étude de l'art antique et a peint, pour une élite cultivée, des œuvres d'inspiration classique. Son art a longtemps été considéré comme l'incarnation des idéaux du classicisme du XVIIe siècle. Dans ce tableau, saint Jean, l'un des quatre évangélistes qui ont rédigé les Évangiles du Nouveau Testament, est allongé à côté de son attribut, l'aigle. Il est ici représenté comme un vieil homme puissant, probablement après s'être retiré sur l'île grecque de Patmos à la fin de sa vie pour écrire son évangile et le livre de l'Apocalypse. Pour suggérer la gloire disparue du monde antique, Poussin a soigneusement construit un décor idéalisé pour le saint, avec un obélisque, un temple et des fragments de colonnes. Les formes artificielles et naturelles ont été ajustées selon les principes de la géométrie et de la logique afin de transmettre l'ordre mesuré de la scène. Même le profil de saint Jean est en harmonie avec le paysage classique. Ce tableau faisait peut-être partie d'une série prévue sur les quatre évangélistes. Pour compléter cette œuvre, Poussin a réalisé une œuvre complémentaire, Paysage avec saint Matthieu (1640 ; Gemäldegalerie, Berlin). » (Commentaire Chicago Art Institute)
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Nicolas Poussin. Moïse sauvé des eaux (1647). Huile sur toile, 120 × 195 cm, musée du Louvre, Paris. Récit biblique. Le pharaon ayant donné l’ordre d’éliminer tous les nouveau-nés mâles du peuple hébreu, la mère de Moïse cache l’enfant durant trois mois puis l’abandonne dans une corbeille sur le Nil, près de la rive. La fille du pharaon qui se baignait avec des courtisanes, trouve l’enfant et décide de l’adopter.
Les contemporains admiraient l’extrême beauté du tableau, comme l’indique le musée du Louvre : « Le tableau a été peint pour Jean Pointel en 1647 (cf. Félibien (A.), 1666-1688). On sait, d’après la correspondance de Poussin, qu’il a été jugé si beau que Chantelou en était jaloux. Poussin peignait pour celui-ci la deuxième série des Sept Sacrements. L’artiste lui écrivit le 24 novembre 1647 : “Si le tableau de Moïse trouvé dans les eaux du Nil que possède Mr Pointel vous a donné dans l’amour [sic]. Est-ce un témoignage pour cela que je l’ai fait avec plus d’amour que les vôtres ? […] Le bien juger est très difficile si l’on n’a pas en cet art grande théorie et pratique jointes ensemble. Nos appétits n’en doivent point juger seulement mais la raison” (cf. Correspondance Poussin, [1639-1665] éd. 1911). »
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Nicolas Poussin. Paysage avec une femme se lavant les pieds (1650). Huile sur toile, 114 × 175 cm, musée des Beaux-arts du Canada, Ottawa. Paysage avec un horizon allant vers l’infini, mais comportant au premier plan une anecdote : un intrus épie la femme se lavant les pieds.
« Ce titre banal vient du premier commentateur du tableau, le théoricien de l'art André Félibien, un ami et défenseur de l'artiste. Un homme, caché dans les arbustes, épie une jeune femme et sa tutrice. Poussin puise souvent dans la mythologie le sujet de ses paysages, mais ce récit reste inconnu. Pourtant, il a peint l'œuvre avec un tel sérieux qu'il nous incite à croire la situation investie de sens. Poussin évoque la tradition de la peinture de paysage vénitienne qui venait d'être réévaluée à Rome. Cette œuvre mature de l'artiste, empreinte de réserve et de discipline, est un important contre-courant dans l'art du XVIIe siècle. » (Commentaire musée des Beaux-arts du Canada)
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Nicolas Poussin. Paysage par temps calme (1651). Huile sur toile, 97 × 131 cm, Getty Center, Los Angeles. Ce magnifique paysage est le pendant d’un paysage de tempête créé la même année par Poussin. Le calme se trouve aussi dans les choix de composition : quasi-symétrie, animaux paisibles, surface miroitante de l’étang, arrière-plan très légèrement brumeux. Le maître du classicisme sait à la perfection suggérer une émotion.
« À la fin des années 1640 et au début des années 1650, à l'apogée de sa maturité artistique, Nicolas Poussin passe de la peinture narrative historique à la peinture de paysage. Paysage par temps calme n'illustre pas une histoire, mais évoque plutôt une ambiance. La composition ordonnée et la lumière claire et dorée contribuent à la tranquillité absolue, tandis que les couleurs éclatantes, semblables à des pierres précieuses, et les touches fluides animent cette scène de nature apaisante. Les séances de croquis de Poussin dans la campagne romaine avec son ami et collègue, le peintre paysagiste Claude Lorrain, expliquent en partie son observation fraîche du ciel parsemé de nuages et des chèvres qui paissent.
Poussin a peint un pendant à ce tableau, L’Orage, aujourd'hui conservé dans un musée de Rouen. Ensemble, leurs effets météorologiques contrastés incarnent la relation changeante et imprévisible de la nature avec l'homme. Poussin a peint ces œuvres pour le marchand parisien Jean Pointel, un ami et grand collectionneur de ses peintures de paysages. » (Commentaire Getty Center)
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Nicolas Poussin. La Sainte Famille avec saint Jean et sainte Élisabeth dans un paysage (1651). Huile sur toile, 94 × 122 cm, musée du Louvre, Paris. La Sainte Famille est le nom donné par les chrétiens à la famille formée par Jésus de Nazareth enfant et ses parents, la Vierge Marie et Joseph. Ici, sainte Elisabeth, assise sur le sol, cousine de Marie, et son fils Jean-Baptiste accompagnent la Sainte Famille. Jean-Baptiste désigne du doigt un phylactère où est inscrite la parole qu’il prononcera en baptisant le Christ : ECCE AGNUS DEI QUI TOLLIT PECCATA MUNDI (Voici l’agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde).
« L’étude scientifique de la composition effectuée au laboratoire du C2RMF a mis en évidence la très large utilisation par Poussin du lapis-lazuli, ici sommairement broyé, présent en grains d’assez grande taille, qui a été employé pour le ciel, mais aussi pour l’architecture et même pour plusieurs drapés. Faut-il évoquer la commanditaire probable du tableau, épouse du surintendant des Finances, Nicolas Fouquet, pour justifier cette largesse inhabituelle et coûteuse du lapis ? Il est bien difficile de trancher. On peut néanmoins relever la singularité aussi bien technique que stylistique de cette composition dans l’œuvre de Poussin. » (Commentaire musée du Louvre)
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Nicolas Poussin. La fuite en Egypte (1657). Huile sur toile, 216 × 146 cm, musée des Beaux-Arts de Lyon. « Nicolas Poussin représente ici un passage célèbre de l'Évangile selon saint Matthieu au cours duquel le roi Hérode ayant appris par les Mages la naissance à Bethléem du “roi des Juifs”, ordonne la mise à mort de tous les enfants de la ville de moins de deux ans. Joseph est averti en songe par un ange qu’il doit fuir en Égypte avec l’enfant et sa mère pour échapper au massacre.
L’artiste élabore sa composition autour d’une diagonale délimitant à gauche l’espace sacré (céleste) et à droite l’espace profane (terrestre). Au centre, la Sainte Famille chemine dans un paysage de la campagne romaine, guidée par un ange. Chaque regard désigne une direction ou un dialogue particulier : Joseph questionne l’ange, Marie se retourne comme nostalgique du passé, l’âne avance dans l’ombre vers l’avenir incertain, alors que Jésus, au centre de la composition interpelle le spectateur. Les diagonales du tableau convergent vers le geste protecteur de la Vierge, soulignant ainsi que la fuite en Égypte constitue l’une des sept Douleurs éprouvées par Marie, annonciatrice de la Passion du Christ. » (Commentaire MBA Lyon)
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Nicolas Poussin. La Lamentation sur le Christ mort (1657-58). Huile sur toile, 94 × 130 cm, National Gallery of Ireland, Dublin. Thème récurrent de la peinture occidentale appelé aussi Déploration du Christ. Le Christ est mort, allongé, et des personnages le pleurent.
« Nicolas Poussin a passé la majeure partie de sa vie professionnelle à Rome. Il a peint des sujets historiques, mythologiques et bibliques. Bien que sobres dans leurs mouvements, ses tableaux sont chargés de drame et d'intensité émotionnelle, et il a su utiliser la lumière, la couleur, les gestes et les expressions à bon escient. Il est connu pour avoir réalisé des modèles des personnages de ses tableaux, qu'il disposait dans une boîte à perspective. En déplaçant les côtés de la boîte, il déterminait ensuite comment et où la lumière devait tomber dans la composition.
Ce tableau, voilé de ténèbres et empreint d'une atmosphère solennelle, est l'une des dernières œuvres de l'artiste. Il représente le moment sombre qui suit l'embaumement du corps du Christ, sur le point d'être inhumé. Joseph d'Arimathie s'agenouille à l'entrée du tombeau tandis que saint Jean soulève la tête du Christ sur ses genoux. Marie-Madeleine embrasse la main du Christ ; derrière elle se trouve la femme connue comme “l’autre Marie”. La Vierge, accablée de chagrin, baisse les yeux et essuie ses larmes avec son manteau bleu. Le récipient et le bassin font référence à l'onction avec “de la myrrhe et de l'aloès pour préserver le corps” (Jean 19:39). À l'arrière-plan, un arbre portant de nouvelles pousses fait allusion à la résurrection du Christ. » (Commentaire National Gallery of Ireland)
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Nicolas Poussin. Les quatre saisons, l'automne (1660-64). Huile sur toile, 116 × 160 cm, musée du Louvre, Paris. La représentation des quatre saisons est l’occasion pour Poussin de créer les plus beaux paysages classiques. Le cycle de saisons, quatre toiles pour quatre saisons, permet aussi d’introduire la temporalité dans le domaine pictural. Ces compositions, d’une richesse très rare, allient paysages, activités humaines et mythologie ou religion.
L’histoire de la grappe de Canaan, extraite de l’Ancien Testament, permet à Poussin d’illustrer l’automne, époque des vendanges et des dernières récoltes. Dieu donna à Moïse le pays de Canaan et lui conseilla d’y envoyer des hommes pour l’explorer. Dans la vallée d’Eschcol, ils coupèrent une grappe de raisin qu’ils portèrent à deux à l’aide d’une perche. Revenus de leur exploration, les envoyés de Moïse montrèrent à tous les fruits du pays de Canaan et dirent : « A la vérité, c’est un pays où coule le lait, le miel, et en voici les fruits. » L’automne correspond aussi au soir, comme l’indiquent les ombres très allongées des personnages. Mais L’Automne demeure un tableau très lumineux dans lequel Poussin atténue les couleurs chaudes de L’Été pour obtenir une ambiance vespérale.
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Nicolas Poussin. Les quatre saisons, l'été (1660-64). Huile sur toile, 116 × 160 cm, musée du Louvre, Paris. Les saisons de Poussin représentent l’homme et la nature, les travaux et les jours, sans omettre une dimension mythologique. L’été est la saison de la récolte, des fruits mûrs, de la chaleur, de la maturité de l’homme. Le peintre illustre cette saison par un épisode de l'Ancien Testament concernant Ruth et Booz. Ruth est pauvre et travaille pour Booz, un riche fermier. Booz est attiré par elle et apprécie sa modestie (on la voit ici agenouillée devant Booz). Il finira par l'épouser et elle lui donnera pour fils Obed, père de Jessé et grand-père du roi David. En poursuivant l'arbre généalogique, on arrive à Jésus-Christ. La scène a été placée au moment de la moisson et au milieu de la journée. Sur la gauche, les femmes préparent le repas. An centre, Ruth, agenouillée devant Booz, lui demande si elle peut glaner les épis restant sur le sol. A droite, l’homme tenant une lance est l’intendant du domaine, adoptant une posture respectueuse face à son maître Booz. Les couleurs chaudes dominent largement avec en contrepoint le bleu du ciel et de certains vêtements. Les personnages principaux, Booz et Ruth, vont se marier et représentent ainsi l’âge mûr.
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