Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie (1773)

 

Joseph Vernet (1714-1789) connut un succès international au 18e siècle avec ses paysages classiques idéalisés et poétisés. Il est surtout célèbre pour la série des ports de France que lui commanda Louis XV et qu’il mit douze ans à réaliser. Mais les paysages de Vernet comportent aussi les lieux idylliques que les peintres ont toujours été tentés d’inventer. Soir d’été en Italie appartient à cette catégorie.

 

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie (1773)

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie (1773)

Huile sur toile, 89 × 133 cm, Musée National d’Art Occidental, Tokyo.

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Contexte historique

Ce tableau fait probablement partie d’une série représentant un paysage à différentes heures de la journée. Il existait une autre peinture, pendant de celle-ci, représentant le matin, mais on ignore sa localisation actuelle.

Le paysage classique continue au 18e siècle à inspirer les artistes. Les commanditaires français, italiens et anglais sont nombreux à s’y intéresser. Brillant successeur de Nicolas Poussin et de Claude Lorrain, Vernet épure le paysage en valorisant l’espace infini qui baigne dans une douce lumière inondant l’ensemble de la composition. L’œuvre de Vernet assure le lien entre classicisme et néoclassicisme, courant qui apparaît à la fin de la vie du peintre.

Pour situer l’œuvre de Vernet, il convient de rappeler qu’un autre courant paysager existait au 18e siècle en France, s’inspirant de la peinture hollandaise et flamande. Plus soucieux des détails réalistes, ce courant influence Watteau, Boucher ou Fragonard, traditionnellement rattachés au style rococo (voir par exemple Fragonard, La balançoire, 1775-1780).

 

Analyse de l’œuvre

 

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

 

Au soir d’une journée d’été en Italie, des femmes se baignent dans une rivière que surplombe une ville. Les parois rocheuses et les arbres encadrant la scène centrale de la rivière, ainsi que le pont la traversant, constituent des éléments récurrents dans les tableaux de Vernet. Ce type de paysage étant une recomposition en atelier, l’artiste peut réutiliser certains motifs dans plusieurs œuvres car il s’inspire de lieux réels sans pour autant s’astreindre à la fidélité. Bien au contraire, l’ambition classique consiste à magnifier le réel. L’art est un lien entre les hommes et la divinité et doit se rapprocher autant que faire se peut d’un idéal de beauté par définition inatteignable.

 

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

 

Mais la liberté de ton s’affirme à la fin du 18e siècle. Au siècle précédent, la nudité ne pouvait concerner que les déesses et les nymphes de l’Antiquité. Cette convention artistique, qui régnait depuis plusieurs siècles, tombe au 18e siècle et les baigneuses de Vernet sont donc des contemporaines. Des hommes pêchent à proximité sans s’intéresser particulièrement à ces femmes nues. L’harmonie est complète entre la nature et les humains et même entre les hommes et les femmes. Ce lieu paradisiaque renvoie au locus amoenus (lieu idyllique) chanté par les poètes antiques et dans lequel les hommes vivaient en harmonie avec la nature et les dieux.

 

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

 

Les principes de composition classique sont parfaitement respectés. La scène centrale des baigneuses est encadrée par un arbre brisé à gauche et par une masse rocheuse et un arbre penché sur la rivière à droite. Ces deux éléments, ainsi que le tout premier plan, sont laissés dans l’ombre de façon à illuminer la scène principale. Les baigneuses, plus vivement éclairées, attirent immédiatement le regard. La lumière du soir éclaire doucement la ville et l’arrière-plan montagneux, légèrement nimbés de brume. Les magistrales leçons de Claude Lorrain dans ce domaine ont bien été assimilées par Vernet.

 

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

Joseph Vernet. Soir d’été, paysage d’Italie, détail

 

Soir d’été, paysage d’Italie constitue ainsi à la fin du siècle des Lumières un témoignage de la pérennité du paysage idéal dont l’unique ambition est de poétiser notre monde.

 

Autres compositions sur le même thème à la fin du 18e siècle

Le paysage arcadien doit être recherché dans le néoclassicisme français et dans la peinture italienne du 18e siècle. Il séduira encore plusieurs générations d’amateurs d’art avant d’être éclipsé par les ambitions réalistes du 19e siècle. Il reste aujourd’hui le moment unique où les plus grands artistes nous ont conté le beau rêve de l’accord parfait de l’homme et de la nature.

Francesco Zuccarelli. Paysage avec femmes à la rivière (1760)

Francesco Zuccarelli. Paysage avec femmes à la rivière (1760). Huile sur toile, 118 × 137 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Le thème du locus amoenus permet ici à Zuccarelli d'élaborer une composition parfaitement équilibrée. Ce paysage idéal où les personnages vivent en parfaite harmonie avec la nature arcadienne constitue un thème éternel et qui ne vieillit pas au fil des siècles, pour peu que l'artiste adapte son tableau aux exigences fugaces de son époque.

Pierre-Henri de Valenciennes. Paysage italien avec Baigneurs (1790)

Pierre-Henri de Valenciennes. Paysage italien avec Baigneurs (1790). Huile sur toile, 54 × 81,6 cm, Museum of Fine Arts, Boston. « [Valenciennes] a cherché à élever la peinture de paysage au niveau envié de la peinture d’histoire – évocation d’évènements mythologiques, antiques ou bibliques. Ici, les baigneurs posent comme des sculptures antiques, évoquant un passé romain idyllique. » (Notice Museum of Fine Arts, Boston)

Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Vue de l'île de Sora (1793)

Jean-Joseph-Xavier Bidauld. Vue de l'île de Sora (1793). Huile sur toile, 113 × 144 cm, musée du Louvre, Paris. « Exposé sous ce titre au Salon de 1793, ce tableau représente en fait le village d'Isola del Liri et le château de Buoncompagni, près de Sora. Il a été peint à la suite d'un prix d'encouragement décerné par la Nation en 1792 pour pallier l'absence des clients habituels des artistes, exilés ou ruinés sous la Révolution. » (Notice musée du Louvre) Les paysages néoclassiques de Bibauld connurent un grand succès et il fut le premier artiste à entrer à l'Académie des Beaux-arts en 1823 dans la spécialité de peintre de paysages.

 

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