François Boucher

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Portrait de François Boucher par Gustav Lundberg (1741)Portrait de François Boucher par Gustav Lundberg (1741)

 

Biographie

1703-1770

François Boucher naît à Paris en 1703 dans le milieu de l’art. Son père, Nicolas Boucher, ornementiste et marchand d’estampes, « de fortune médiocre », l’initia probablement à la décoration. A partir de 1720, il entre au service d’illustrateurs (F. Lemoyne, J.-F. Cars). En 1722, il est chargé de réaliser les dessins d’une nouvelle édition de l’Histoire de France du Père Daniel et, en 1723, il remporte le premier prix de peinture de l’Académie sur le sujet suivant (perdu) : Evilmérodach, fils et successeur de Nabuchodonosor, délivrant Joachim des chaînes dans lesquelles son père le retenait depuis longtemps. Il part alors pour Rome comme étudiant libre, sans avoir reçu de pension royale, et y rencontre Tiepolo dont les grandes compositions décoratives marqueront son talent. La date exacte de ce séjour est mal connue, mais à son retour il épouse Marie-Jeanne Buseau qui lui servira très souvent de modèle. Le 24 novembre 1731, il est agréé à l'Académie comme peintre d'histoire. Il poursuit la publication de gravures et reçoit d’importantes commandes pour la manufacture de Beauvais.

Boucher. Renaud et Armide, 1734Boucher. Renaud et Armide, 1734

Le 30 janvier 1734, il est reçu académicien pour le tableau Renaud et Armide. Il entame alors une longue carrière officielle : professeur en 1737, directeur de l’Académie et premier peintre du roi en 1765. Il reçoit de nombreuses commandes du roi et de Mme de Pompadour à laquelle il doit l’essentiel de ses succès. La marquise de Pompadour (1721-1764) a joué un rôle important en matière artistique tout au long de son « règne », de 1745 à 1764. Elle était secondée par son frère, le marquis de Marigny, directeur des Bâtiments du roi. Elle fut l’inspiratrice de Boucher auprès de qui elle prit d’ailleurs des leçons de peinture et de dessin. Elle lui confia la décoration des demeures – Meudon, Choisy, Bellevue – où elle accueillait Louis XV et l’associa à la prospérité des manufactures royales qui recevaient de nombreuses commandes de la Cour et des Grands. Boucher partagea avec Oudry la direction de la manufacture des tapisseries de Beauvais et devint de 1755 à 1765 inspecteur de la manufacture royale des Gobelins. Lorsque la marquise crée à Vincennes la manufacture des porcelaines de France – qui sera transférée à Sèvres par la suite – elle commande à Boucher des modèles à réaliser en biscuit.

Boucher va déployer une activité débordante jusqu’à sa mort en 1770. Il exposait encore au salon de 1769 : « Le vieil athlète n’a pas voulu mourir sans se montrer encore une fois sur l’arène » écrivit Diderot. Le néo-classicisme, en plein essor après la mort de Boucher, contribua à le discréditer : il fut accusé d’être un corrupteur cherchant « à charmer les yeux du vice ». Il faut cependant signaler que David prit toujours la défense de Boucher, dont il fut l’élève ; son aphorisme est resté célèbre : « N’est pas Boucher qui veut ! »

Sur Mme de Pompadour mécène, voir : La femme des Lumières

 

Œuvre

Boucher traduit remarquablement l’esprit de l’aristocratie sous le règne de Louis XV. C’était l’époque où, selon l’expression nostalgique de Talleyrand, « il faisait bon vivre ». Du moins, la bonne éducation voulait qu’on ne montrât point la souffrance et Boucher fut un maître pour écarter la gravité et promouvoir la frivolité. Il représente ce bonheur de vivre sous diverses formes qui vont de la mythologie, parfois galante, aux scènes pastorales et même aux scènes d’intérieur et au portrait.

 

Les scènes pastorales idéalisent la campagne. Le berger, vêtu en aristocrate, conte fleurette à la bergère devant un paysage qui n’est qu’un décor ornementant la scène. Ce sont en quelque sorte les fêtes galantes de Boucher :

Boucher. Un Automne pastoral,1749 Boucher. Un Été pastoral,1749 Boucher. Le Sommeil interrompu, 1750 Boucher. Le Pont, 1751
Un Automne pastoral (1749) Un Eté pastoral (1749) Le Sommeil interrompu (1750) Le Pont (1751)

 

 Les scènes mythologiques constituent une partie importante de l’œuvre de Boucher. L’influence de Tiepolo se manifeste par l’utilisation de la couleur. La gamme est large et va des coloris chauds aux bleus nacrés et aux verts un peu froids. La mythologie est encore parfois au 18e siècle un simple prétexte à la représentation de la nudité féminine.

Boucher. Putti avec oiseaux, 1733

Putti avec oiseaux (1733). Un putto (putti au pluriel) est un nourrisson joufflu et moqueur. On les trouve essentiellement sur les monuments de la Renaissance italienne (sculpture) et dans la peinture à partir du Quattrocento (15e siècle). Inspirés de l’art de la Grèce antique, les putti sont des anges symbolisant l'amour.

Boucher. Renaud et Armide, 1734

Renaud et Armide (1733). L'histoire racontée par ce tableau est tirée d’un épisode de La Jérusalem délivrée du Tasse, ouvrage paru en 1581. Le chevalier croisé Renaud, en route pour Jérusalem, est séduit par Armide, jeune sarrasine, dépitée d’avoir rendu amoureux tous les croisés sauf le jeune Renaud. Grâce à un sortilège, elle parvient à le rendre amoureux et le garde prisonnier de ses charmes, mais elle sera alors partagée entre l’amour qu’elle porte au jeune homme et la fureur d’avoir dû utiliser un charme pour parvenir à ses fins. (Notice musée du Louvre)

Boucher. Léda et le Cygne, 1741

Léda et le Cygne (1741). Mythologie grecque. Zeus prit la forme d’un cygne pour séduire Léda, fille du roi d’Étolie. De ces amours naquirent deux enfants, Hélène et Pollux.

Boucher. Diane sortant du bain, 1742

Diane sortant du bain (1742). Mythologie antique. Diane (Artémis pour les grecs) est la déesse de la chasse et de la lune. Elle est la fille de Jupiter (Zeus) et de Latone (Léto) et la sœur jumelle d’Apollon. En peinture, et jusqu’au 19e siècle, elle semble constituer un argument mythologique plus ou moins admis par l’ordre moral religieux pour représenter la nudité féminine. Nous avons donc de multiples Diane : sortant du bain comme chez Boucher, au bain (Clouet, Rubens, Watteau, Rembrandt), ou encore chasseresse (16e siècle, artiste inconnu).

Boucher. La Lumière du Monde, 1750

La Lumière du Monde (1750). Le tableau a été peint pour orner l’autel de la chapelle privée de Mme de Pompadour dans son château de Bellevue. Il s’agit d’une des premières commandes de la favorite. La Lumière du monde relie le monde divin et les réalités terrestres, symbolisées par la poule et les œufs du premier plan. Peu après l'exposition de cette toile au Salon de 1750, Boucher obtint un logement au Louvre et la charge de Premier peintre du Roi.

Boucher. La Naissance de-Vénus, 1750

La naissance de Vénus (1750). Vénus est la déesse de l’amour dans la mythologie romaine (Aphrodite chez les grecs). La naissance de Vénus est un thème pictural qui remonte à l’antiquité (fresque de Pompéi) et qui abonde jusqu’au 20e siècle (Botticelli, Raphaël, Titien, Rubens, Cabanel, Moreau, Dufy, entre autres)

Boucher. La Toilette de Vénus, 1751

La Toilette de Vénus (1751). Naissance ou toilette, il s’agit toujours de Vénus en tenue légère…

Boucher. Les Forges de Vulcain, 1757

Les Forges de Vulcain (1757). Vulcain est le dieu romain du feu, de la forge, des volcans, des métaux et le patron des forgerons. Fils de Jupiter et de Junon, il est l’époux de Vénus. Il réside sous l’Etna où il forge les traits de foudre pour son père. (Wikipédia)

Boucher. Saint-Pierre tentant de marcher sur les eaux, 1766

Saint Pierre tentant de marcher sur les eaux (1766). Episode biblique. Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc : « Le soir étant venu, la barque était au milieu de la mer, et Jésus était seul à terre. Il vit qu’ils avaient beaucoup de peine à ramer ; car le vent leur était contraire. À la quatrième veille de la nuit environ, il alla vers eux, marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. Quand ils le virent marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme, et ils poussèrent des cris ; car ils le voyaient tous, et ils étaient troublés. Aussitôt Jésus leur parla, et leur dit : Rassurez-vous, c’est moi, n’ayez pas peur ! Puis il monta vers eux dans la barque, et le vent cessa. Ils furent en eux-mêmes tout stupéfaits et remplis d’étonnement. »

 

Les nus féminins de Boucher lui vaudront la réputation de libertin et un ostracisme de la part des néo-classiques dont il ne sortira qu’à la fin du 19ème siècle. Boucher a été oublié pendant un siècle comme Botticelli pendant deux siècles.

Boucher. L'Odalisque brune, 1749

L’Odalisque brune (1749) serait un portrait de l’épouse de Boucher, Marie-Jeanne Buseau. Diderot, qui s’y connaissait en matière de galanterie, écrira pourtant la tirade suivante à propos du salon de 1767 et de l’exclusion d’un Jupiter et Antiope. « Car enfin, n’avons-nous pas vu au Salon, il y a sept à huit ans, une femme toute nue, étendue sur des oreillers, jambes deçà, jambes delà, offrant la tête la plus voluptueuse, le plus beau dos, les plus belles fesses, invitant au plaisir, et y invitant par l’attitude, la plus facile, la plus commode, à ce qu’on dit même la plus naturelle, ou du moins la plus avantageuse. Je ne dis pas qu’on en eût mieux fait d’admettre ce tableau et que le comité n’eût pas manqué de respect au public et outragé les bonnes mœurs. Je dis que ces considérations l’arrêtent peu, quand l’ouvrage est bon. Je dis que nos académiciens se soucient bien autrement du talent que de la décence. N’en déplaise à Boucher qui n’avait pas rougi de prostituer lui-même sa femme d’après laquelle il avait peint cette figure voluptueuse, je dis que, si j’avais eu voix dans ce chapitre-là, je n’aurais pas balancé à lui représenter que, si grâce à ma caducité et à la sienne, ce tableau était innocent pour nous, il était très propre à envoyer mon fils, au sortir de l’Académie, dans la rue Fromenteau qui n’en est pas loin, et de là chez Louis ou chez Keyser ; ce qui ne me convenait nullement. »

Boucher. L'Odalisque blonde, 1751

L’Odalisque blonde (1751) est Marie-Louise O'Murphy ou Morfi, (1737-1814), fille d'un savetier irlandais, qui devient la maîtresse de Louis XV en 1752, à l'âge de 14 ans, par l'entremise de la marquise de Pompadour. Elle était hébergée au Parc-aux-cerfs, pavillon où Louis XV logeait très confortablement ses « petites maîtresses », c'est-à-dire celles qui n'étaient pas présentées à la cour. François Boucher la prend alors comme modèle, à la demande du roi. On l'appela par la suite Mademoiselle de Morphyse ou la belle Morphyse et sa biographie fut reconstituée pour des raisons mondaines. Elle devint fictivement la fille de Daniel O'Murphy de Boisfaily, officier du roi de France, d'origine irlandaise. En 1755, afin d'offrir un avenir à la jeune fille et pour s'attirer les faveurs de l'Église, le roi décide de cesser sa liaison avec elle. On trouve un officier auvergnat Jacques de Beaufranchet, seigneur d'Ayat, qui consent à l'épouser moyennant finances.

Pour plus de détails : voir La femme des lumières

 

 

Les scènes d’intérieur constituent l’aspect le plus réaliste de l’œuvre. Le Déjeuner (1739) représente la famille de l’artiste entourée d’un mobilier de style rococo. La Toilette (1742) représente une femme élégante qui attache son bas pendant qu’une servante lui montre un bonnet en quête d’approbation.

Boucher. Le Déjeuner, 1739 Boucher. La Toilette,1742
Le déjeuner (1739) La Toilette (1742)

 

Boucher a réalisé un certain nombre de portraits, mais il n’est pas vraiment un portraitiste. Aucune approche psychologique dans les visages : il s’agit toujours du même visage arrondi d’une ingénue au regard indécis. Si l’on n’apprend rien sur le caractère de la marquise de Pompadour avec Boucher, on reste admiratif devant la somptuosité du rendu des couleurs et de la lumière dans les plis des robes. Jeanne Poisson devenue grande dame tenait d’abord à ce qu’on le remarque. Elle avait trouvé en François Boucher le grand peintre qui fixerait son image pour l’histoire.

Boucher. Portrait de la Marquise de Pompadour, 1756 Boucher. Portrait de la Marquise de Pompadour, 1759 Boucher. Portrait de la fille de l'artiste, 1760 Boucher. Jeune Fille au Bouquet de Roses Boucher. Madame Bergeret, 1766

Portrait de la marquise

de Pompadour (1756)

Portrait de la marquise

de Pompadour (1759)

Portrait de la fille

de l’artiste (1760)

Jeune fille au bouquet

de roses

Portrait de Mme

Bergeret (1766)

 Sur le portrait de Mme de Pompadour (1756), voir : La femme des Lumières

François Boucher peintre officiel de Louis XV et de sa favorite, la marquise de Pompadour, paiera post mortem l'impopularité du souverain. Pour les esprits conformistes, il était le peintre de l'ancien régime et de la corruption des mœurs ; il sera encore catalogué comme « le favori de la favorite » au milieu du 20e siècle. Il est aujourd'hui considéré comme un des plus grands peintres du 18e siècle, dont il traduit à merveille l'esprit comme le disaient déjà les Goncourt : « Le joli, c'est l'âme du temps, et c'est le génie de Boucher. »

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