Ingres. La princesse de Broglie (1853)

 
 

Elève de David, Ingres (1780-1867) a cherché à s’affirmer par la peinture historique, les scènes mythologiques, l’inspiration antique. Mais il ne parvint pas vraiment à être reconnu comme un représentant du néo-classicisme. Il se situe dans une sorte de transition entre néo-classicisme, romantisme et réalisme. Ses chefs-d’œuvre se trouvent davantage dans le portrait et le nu que dans la peinture d’histoire.

 

Ingres. Princesse Albert de Broglie (1853)

Ingres. La princesse de Broglie (1851-53)

Huile sur toile, 121 × 91 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

Image HD sur PREZI

 

 

Le modèle et son portrait

Le modèle est la femme du duc Albert de Broglie (1821-1901) qui fut Président du Conseil sous la IIIe République, dans les années 1870. En 1845, il avait épousé Joséphine-Éléonore-Marie-Pauline de Galard de Brassac de Béarn (1825-1860), petite-fille du général d’empire Jean Le Marois. De ce mariage naquirent cinq enfants, dont Victor de Broglie (1846-1906), père du physicien Louis de Broglie (1892-1987), prix Nobel de physique en 1929.

Joséphine de Galard, princesse de Broglie, était réputée pour sa beauté et sa réserve, bien restituées par Ingres dans le portrait. Atteinte de la tuberculose, elle meurt à l’âge de trente-cinq ans. Pour rendre hommage à son épouse décédée, son mari conserva toujours son portrait caché derrière des rideaux. Le portrait reste dans la famille de Broglie jusqu’en 1958. Il est alors acheté par le banquier américain Robert Lehman (1891-1969) par l’intermédiaire de la société Wildenstein. Au décès de Robert Lehman, il est légué à la fondation Lehman qui en fait don au Metropolitan Museum of Art en 1975. Il est désormais exposé à la galerie 957 du musée et présenté dans son cadre d’origine, choisi par Ingres lui-même.

 

Ingres. Princesse de Broglie au MET, New York

Ingres. Princesse de Broglie au MET, New York

 

 

Analyse de La princesse de Broglie d’Ingres

Les portraits de femmes réalisés par Ingres au milieu du 19e siècle présentent des caractéristiques formelles communes. Il s’agit toujours de mettre en évidence l’opulence financière du modèle, de proposer une image indiquant clairement le statut social. Le reste s’ensuit : vêtements, bijoux, accessoires divers, arrière-plan. Ces femmes appartiennent à la haute-bourgeoisie ou à l’aristocratie et leur activité se limite aux mondanités. Elles ne peuvent jouer aucun rôle économique ou politique, fonctions entièrement dévolues aux hommes. Il en résulte que la conception du portrait par l’artiste respecte des contraintes sociologiques sous-jacentes. L’épouse du duc de Broglie représente la maison de Broglie, vieille famille aristocratique, et doit paraître digne, belle et très riche. Ingres reste donc très en retrait sur la psychologie du personnage, qui doit transparaître, mais avec beaucoup de retenue.

 

Ingres. La princesse de Broglie, détail

Ingres. La princesse de Broglie, détail

 

La princesse est donc réservée, sans doute un peu triste. La peintre s’est surtout attaché à rendre la somptueuse robe et les bijoux. Il excelle dans ce domaine. Ce portrait, comme ses équivalents de la même époque, constitue donc une illustration de la mode féminine au début du second empire. La crinoline est un accessoire imposé : la robe « est gonflée par ce jupon fait de crin (d’où son nom), puis en 1850, cerclé de cerceaux » (*). Joséphine de Broglie ne porte pas sa tenue habituelle de la journée, mais une robe du soir qu’elle revêt pour les séances de pose. « Le corsage de ces robes du soir, en pointe devant, est baleiné, pourvu de mancherons bouillonnés, de larges rubans froncés, de franges de soie. Les taffetas, les moires, les failles sont irisées, les unis du goût de l'Impératrice sont à la mode tel le bleu porté par la Princesse de Broglie. » (*) La mode de l’époque était très tyrannique pour les femmes, d’autant que les goûts de l’Impératrice Eugénie s’imposaient à tous.

La coiffure en bandeaux est omniprésente. Les bijoux obéissent également à une mode stricte. « Depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, les femmes, comme la Princesse de Broglie, mêlent aux traditionnels bijoux "à la française", des bijoux "à l’étrusque" : à son cou, une bulle en or et à sa main, un anneau torsadé sont tous deux copiés des bijoux de la collection Campana. » (*) La collection du marquis Giovanni Pietro Campana (1808-1880) comportait des bijoux grecs, étrusques, romains et gallo-romains et constituait une référence pour l’élite du 19e siècle. Elle a été en grande partie acquise par le musée du Louvre en 1861.

 

Ingres. La princesse de Broglie, détail

Ingres. La princesse de Broglie, détail

 

Ces portraits d’Ingres, les derniers grands portraits classiques de l’histoire de l’art occidental, présentent toutes les caractéristiques et tout le charme de l’académisme du 19e siècle : dessin très soigné (Ingres était un grand dessinateur), touche parfaitement lissée, remarquable maîtrise des techniques picturales acquises depuis la Renaissance. A peine vingt ans plus tard naîtra l’impressionnisme. L’esthétique de la représentation laissera alors la place à l’esthétique de la perception.

 

(*) Magali Simon, Mode féminine et contexte culturel dans l’œuvre d’Ingres

 

 

Autres portraits féminins d’Ingres

Ingres ayant vécu 87 ans, son œuvre a subi des évolutions majeures. Entre le portrait de Madame Rivière (1806), en pleine période néo-classique, et les portraits du milieu du siècle, toujours respectueux des règles académiques, l’artiste a changé de style.


Ingres. Madame Rivière (1806)Ingres. Madame Rivière (1806). Huile sur toile, 117 × 82 cm, musée du Louvre, Paris. A cette époque, le néoclassicisme est à son apogée et le goût de l’antique domine. « Madame Rivière est assise, à demie allongée dans une méridienne de velours bleu. Son buste et son visage sont vus de face. Ses jambes sortent hors du cadre. Un grand arc de cercle passe depuis son bras gauche, reposant sur un coussin, et rejoint sa main droite. Un parcours de courbes et de contre courbes utilise le mouvement du corps de la jeune femme et les multiples remous des drapés. » (Notice musée du Louvre)


Ingres. Louise de Broglie, Comtesse d’Haussonville (1845)

Ingres. Louise de Broglie, Comtesse d’Haussonville (1845). Huile sur toile, 132 × 92 cm, The Frick Collection, New York. Louise de Broglie, comtesse d'Haussonville (1818-1882), est une femme du monde et historienne. Arrière-petite-fille de Jacques Necker et de Suzanne Curchod, petite-fille de Germaine de Staël, elle voit le jour au château de Coppet, en Suisse, quelques mois après la mort de sa grand-mère. « Selon une lettre écrite par l'artiste, le portrait achevé "a suscité une tempête d'approbation dans la famille et parmi les amis." Ingres semble avoir surpris la jeune femme dans l'intimité de son boudoir, appuyée contre une cheminée décorative, alors qu'elle vient de quitter sa tenue de soirée et de poser ses jumelles d'opéra. » (Notice The Frick Collection)

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Ingres. Portrait de la baronne de Rothschild (1848)Ingres. Portrait de la baronne de Rothschild (1848). Huile sur toile, 141,9 × 101 cm, collection particulière. Betty de Rothschild (1805-1886) est la femme du banquier James Mayer de Rothschild (1792-1868). Il s’agit de l’une de femmes les plus riches d’Europe et de l’un des plus importants mécènes des arts.


Ingres. Madame Moitessier (1856)Ingres. Madame Moitessier (1856). Huile sur toile, 120 × 92 cm, National Gallery, Londres. Inès de Foucauld de Pontbriant (1821-1897) était l’épouse de Paul Sigisbert Moitessier, riche banquier du Second Empire, et tante de Charles de Foucauld (1858-1916). Elle tint sous la Troisième République un salon politique pour Louis Buffet, neveu de son mari et plusieurs fois ministre.


 

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