Laurent de La Hyre

 
 

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Autoportrait

Laurent de La Hyre. Autoportrait présumé (1630)

Laurent de La Hyre. Autoportrait présumé (1630)

Détail du tableau Le pape Nicolas V, en 1449, se fait ouvrir le caveau de saint François d'Assise

 

Biographie

1606-1656

Laurent de La Hyre est né dans un milieu bourgeois. Son père, Étienne de La Hyre ou de La Hire (1583-1643), possédait une charge de juré vendeur de vins à Paris. Dans sa jeunesse, ce père s’était intéressé à la peinture et, vers 1600, avait voyagé en Pologne où il avait réalisé plusieurs ouvrages dont il ne reste rien. Revenu à Paris, il continua à peindre en amateur et communiqua ce goût à ses enfants. Né le 27 février 1606, Laurent est initié très tôt au dessin et à la gravure. Il s’est certainement exercé très jeune à la peinture dans le milieu familial.

 

Laurent de la Hyre. Adonis mort (1624-28)

Laurent de la Hyre. Adonis mort (1624-28)

Huile sur toile, 109 × 48 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Vers 1626, il fut l’élève de Georges Lallemant (1575-1636), peintre maniériste français qui possédait un important atelier à Paris. Les réalisations de l’école de Fontainebleau influencèrent également La Hyre dans sa jeunesse, en particulier celles de Francesco Primaticcio (1504-1570), dit Le Primatice en français. Alors que le voyage en Italie pour étudier les grandes œuvres de la Renaissance était un élément essentiel de la formation de la plupart des peintres, Laurent de La Hyre n’alla jamais en Italie. Sa carrière se déroule presque exclusivement à Paris.

Dans la décennie 1630-1640, sa réputation se consolide rapidement. Il reçoit en particulier deux commandes pour le May de Notre-Dame de Paris, tableaux offerts chaque année à la cathédrale par la corporation des orfèvres. C’est ainsi qu’il réalise en 1635 Saint-Pierre guérissant les malades de son ombre et, en 1637, La conversion de Saint Paul, vastes compositions plaçant l’artiste au premier rang de la peinture mythologique et religieuse. Par la suite, La Hyre donnera une place grandissante au paysage idéalisé, comportant architectures et ruines antiques en toile de fond d’un sujet mythologique ou religieux. Apparaissant ainsi comme l’un des initiateurs du paysage classique français, Laurent de La Hyre devint en 1648 l’un des membres fondateurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture.

 

Laurent de la Hyre. Moïse sauvé des eaux (1647-50)

Laurent de la Hyre. Moise sauvé des eaux (1647-50)

Huile sur toile, 69,9 × 89,5 cm, Detroit Institute of Arts.

 

A partir de 1645, la santé de l’artiste se dégrade et il devient obèse. Il continue cependant à peindre jusqu’à ses derniers jours. Ses œuvres ultimes témoignent encore de la plus haute ambition et possèdent la pureté et la puissance expressive des plus grands chefs-d’œuvre. Laurent de La Hyre meurt le 28 décembre 1656. Il est le père de Philippe de la Hire (1640-1718), mathématicien et théoricien de l’architecture, membre de l’Académie des sciences.

 

Œuvre

Laurent de la Hyre. Vierge à l’Enfant (1642)

Laurent de la Hyre. Vierge à l’Enfant (1642)

Huile sur toile, 114 × 92 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Laurent de La Hyre eut des activités multiples. Outre la peinture, il dessina des cartons de tapisseries (Vie de saint Étienne, pour l’église Saint-Étienne-du-Mont à Paris) et réalisa des travaux de décoration (hôtels de Tallemant et de Montoron). Mais c’est surtout par la peinture qu’il s’illustre et s’inscrit dans l’histoire de l’art comme l’un des fondateurs du classicisme français. Déconsidéré après sa mort par des critiques excessives, il fut réhabilité dans la seconde moitié du 20e siècle.

 

Laurent de la Hyre. La Mort des enfants de Béthel (1653)

Laurent de la Hyre. La Mort des enfants de Béthel (1653)

Huile sur toile, 104 × 140 cm, musée des Beaux-arts d’Arras.

 

Laurent de La Hyre est rattaché à un courant qualifié atticisme par les historiens de l’art. Le mot provient du terme Attique, qui désignait le territoire de la cité antique d’Athènes. L’atticisme est un courant du classicisme français utilisant abondamment les architectures et les ruines antiques et se situant dans la modération expressive et esthétique. Son chef de file est le peintre Eustache le Sueur (1616-1655). L’atticisme s’oppose au courant baroque, héritier du baroque italien né à la fin du 16e siècle, dont Caravage fut l’un des grands initiateurs et qui entend exprimer par l’image l’exacerbation des passions. Il a pour principal représentant en France Simon Vouet (1590-1649).

L’atticisme attribue une place prépondérante au dessin et impose une composition rigoureusement construite autour d’un sujet emprunté à la mythologie ou à la religion. Les figures idéalisées n’expriment pas la passion brutale, même dans la tragédie. La sérénité est obtenue par le cadre antique (architecture, ruines) la retenue chromatique (pas de contrastes violents des couleurs), la lumière douce. La touche doit être parfaitement lissée afin d’atteindre un idéal de représentation : le travail de l’artisan reste sous-jacent et ne doit jamais apparaître. Ces préceptes apparaissent comme l’exact opposé de ceux qui dominaient la peinture baroque (clair-obscur agressif, expressionnisme passionnel, contraste des couleurs).

 

Laurent de la Hyre. L’Apparition du Christ aux pèlerins d’Emmaüs (1656)

Laurent de la Hyre. L’Apparition du Christ aux pèlerins d’Emmaüs (1656)

Huile sur toile, 162,5 × 178,5 cm, Musée de Grenoble.

 

Au-delà du rattachement à un quelconque courant, les exemples ci-après montrent clairement que le vocabulaire classique caractérise les tableaux de La Hyre : personnages bibliques ou mythologiques, nature arcadienne, ruines antiques avec chapiteaux et colonnes souvent brisés symbolisant le passage du temps. Les rigoureuses contraintes de composition produisent des œuvres poétiques, d’une délicatesse non dénuée de mélancolie. Les tableaux de La Hyre, comme ceux de tous les classiques – et néoclassiques au 18e et 19e siècles – sont évidemment des rêves de perfection, une invitation au voyage au pays de l’harmonie.

 

Laurent de la Hyre. Adonis mort (1624-28)

Laurent de la Hyre. Adonis mort (1624-28). Huile sur toile, 109 × 48 cm, musée du Louvre, Paris. « Sans doute une des toutes premières œuvres connues de La Hyre, contemporaine de son apprentissage au contact des décors de l'Ecole de Fontainebleau.
Si le combat du chasseur et du sanglier est fréquemment représenté dans la peinture des 16e et 17e siècles, et plus souvent encore l'arrivée de Vénus sur les lieux du drame, il est exceptionnel de voir Adonis déjà mort ou sur le point de rendre l'âme, accompagné seulement par son chien. Pourtant, malgré l'absence de figures accessoires renvoyant au récit ovidien, en dépit surtout du naturalisme de la représentation anatomique et du réalisme de la vision d'une forêt généreuse, très éloignés des conventions de la peinture d'histoire, l'interprétation du sujet ne fait aucun doute, avec la lance jetée à terre et l'animal veillant Adonis. Les premiers biographes de La Hyre nous disent sa vive passion pour la chasse ce qui explique peut-être un rendu de la nature davantage inspiré des paysages des environs de Paris que d'une antiquité imaginaire. » (Notice Base Joconde)

Laurent de la Hyre. La tuile (av. 1630)

Laurent de la Hyre. La tuile (av. 1630). Huile sur toile, 127 × 109 cm, musée du Louvre, Paris. Initialement intitulé Les joueuses de dés, cette composition de jeunesse reste maniériste et appartient à l’époque « brune » de l’artiste. « Allégorie de la toute-puissance du hasard : une tuile vient frapper mortellement celle des trois jeunes filles que le jeu de dés a désignée comme devant mourir la première et qui rit parce qu'elle n'en croit rien. » (Notice base Joconde)

Laurent de la Hyre. Le pape Nicolas V, en 1449, se fait ouvrir le caveau de saint François d'Assise (1630)

Laurent de la Hyre. Le pape Nicolas V, en 1449, se fait ouvrir le caveau de saint François d'Assise (1630). Huile sur toile, 221 × 164 cm, musée du Louvre, Paris. « Dans la crypte de la basilique d'Assise, Nicolas V vit saint François debout sur sa tombe et découvrit un de ses pieds stigmatisés d'où le sang coulait encore : le corps de saint François était resté intact. » (Commentaire musée du Louvre).

Laurent de la Hyre. Saint-Pierre guérissant les malades de son ombre (1635)

Laurent de la Hyre. Saint-Pierre guérissant les malades de son ombre (1635). Huile sur toile, 319 × 231 cm, Cathédrale Notre-Dame de Paris. Il s’agit du May de 1635. Chaque année, de 1630 et 1707, la corporation des orfèvres commandait un tableau à un artiste pour l’offrir aux premiers jours de mai à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ces œuvres sont qualifiées de May de Notre-Dame. Celui-ci est actuellement accroché dans le transept Nord de la cathédrale.
« Le saint passe parmi les malades qui sont allongés devant lui, devant des portiques de marbre. Au premier plan, à droite, une femme est étendue, la poitrine dévêtue, tenant son enfant appuyé contre la hanche. Derrière elle, un vieillard se redresse sur un bâton auquel s’appuie un enfant. D’après l’article de Pierre-Marie AUZAS (in La Gazette des Beaux-Arts, 1949) » (Commentaire du site web de Notre-Dame de Paris)

Laurent de la Hyre. Thésée et Aethra (1635-40)

Laurent de la Hyre. Thésée et Aethra (1635-40). Huile sur toile, 140 × 118,5 cm, Szépművészeti Múzeum, Budapest. Il s’agit d’une illustration d’une des multiples péripéties du héros mythologique grec Thésée. Thésée est le fils d’Égée et d’Aethra. Lorsqu’Égée arriva à Trézène, Aethra, fille du roi local, passa la nuit avec lui. Thésée naquit de cette union. Pour preuve de sa relation avec elle, Égée cacha son épée et ses sandales sous un rocher avant de quitter Trézène (la rigueur probatoire n’est pas le point fort de la mythologie). La Hyre se place plus tard dans le temps, lorsque Thésée et sa mère Aethra soulève la pierre afin de retrouver les objets cachés par Égée.

Laurent de la Hyre. La conversion de Saint Paul (1637)

Laurent de la Hyre. La conversion de Saint Paul (1637). Huile sur toile, 340 × 220 cm, Cathédrale Notre-Dame de Paris. Après celui de 1635 (voir ci-dessus), La Hyre reçut la commande du May de 1637, actuellement accroché dans la chapelle Sainte-Anne.
« Saul était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur. Il alla trouver le grand prêtre et lui demanda des lettres pour les synagogues de Damas, afin de faire prisonniers et de ramener à Jérusalem tous les adeptes de la Voie de Jésus, hommes et femmes, qu’il découvrirait. Comme il était en route et approchait de Damas, une lumière venant du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? » Il répondit : « Qui es-tu, Seigneur ? — Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. » Ses compagnons de route s’étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva et, bien qu’il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. Ils le prirent par la main pour le faire entrer à Damas. Pendant trois jours, il fut privé de la vue et il resta sans manger ni boire. Actes des Apôtres (chap. 9, versets 1 à 9) » (Commentaire du site web de Notre-Dame de Paris)

Laurent de la Hyre. Mercure confiant Bacchus aux nymphes de Nysa (1638)

Laurent de la Hyre. Mercure confiant Bacchus aux nymphes de Nysa (1638). Huile sur toile, 112,5 × 153 cm, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg. « Bacchus, dieu de la viticulture et de la vinification, est le fils de Zeus, dieu du tonnerre, et de Sémélé, reine de Thèbes. Sémélé voulant voir Zeus en chair et en os, il lui apparut dans un éclair et elle fut consumée par la flamme après avoir donné naissance à un fils. Zeus plaça l'enfant dans sa cuisse et, après un certain temps, Bacchus naquit une seconde fois. Zeus ordonna alors à Mercure d'emmener l’enfant chez les nymphes afin qu'elles le nourrissent et l'élèvent. C'est précisément ce moment que l'artiste a représenté. L'œuvre de La Hyre a été sensiblement influencée par le classicisme français, comme en témoignent la clarté et l'équilibre de la composition, l'organisation ordonnée de l'espace et l'harmonie des volumes. En outre, la modélisation souple des figures, une chaude lumière dorée et des tons veloutés indiquent l’influence de la peinture vénitienne. Les œuvres de La Hyre combinent ainsi les legs de deux grandes écoles de peinture en un style personnel inimitable, caractérisé par des touches souples et libres et une palette légère et radieuse. » (Commentaire musée de l’Ermitage)

Laurent de la Hyre. Vierge à l’Enfant (1642)

Laurent de la Hyre. Vierge à l’Enfant (1642). Huile sur toile, 114 × 92 cm, musée du Louvre, Paris. Placée dans des ruines antiques, cette Vierge à l’Enfant est parvenue, après plusieurs siècles d’évolution de la peinture, à devenir une simple figure maternelle. Rien ne rappelle la religion, mais tout l’évoque pour les observateurs de l’époque. Le rendu de la pierre, la lumière atténuée, le chromatisme retenu, seulement ponctué par le bleu et le rouge de la tunique de la Vierge signent l’œuvre d’un grand classique en pleine possession de ses moyens.

Laurent de la Hyre. L’enlèvement d’Europe (1644)

Laurent de la Hyre. L’enlèvement d’Europe (1644). Huile sur toile, 119 × 151 cm, The Museum of Fine Arts, Houston. Mythologie grecque. Europe est la fille du roi de Tyr, ville de Phénicie (actuel Liban). Zeus, métamorphosé en taureau, la rencontre sur une plage de Sidon. Europe s'approche de lui et est alors emmenée sur l'île de Crète. Sous un platane, elle s’accouple à Zeus (redevenu humain pour la circonstance !). Des enfants naissent et les péripéties divines se poursuivent.
La Hyre représente la phase de l’enlèvement par Zeus (le taureau). Le thème inspirait les artistes de l’époque. Rembrandt l’avait déjà traité en 1632 et Claude Lorrain le reprendra en 1667, tous deux en accordant une place prépondérante au paysage, contrairement à La Hyre.

Laurent de la Hyre. Laban cherchant ses idoles dans les bagages de Jacob (1647)

Laurent de la Hyre. Laban cherchant ses idoles dans les bagages de Jacob (1647). Huile sur toile, 95 × 133 cm, musée du Louvre, Paris. « D’après la Bible, Livre de la Genèse. Le sujet biblique est mis en scène dans un paysage classique : Jacob a quitté clandestinement son oncle, Laban, avec ses deux épouses, Léa et Rachel, filles de Laban. Rachel ayant dérobé les idoles de son père, celui-ci rattrape les fuyards, mais recherche ses idoles en vain. » (Commentaire musée du Louvre).

Laurent de la Hyre. Moïse sauvé des eaux (1647-50)

Laurent de la Hyre. Moise sauvé des eaux (1647-50). Huile sur toile, 69,9 × 89,5 cm, Detroit Institute of Arts. Cet épisode biblique figure dans l’Ancien Testament. Le pharaon ayant donné l’ordre d’éliminer tous les nouveau-nés mâles du peuple hébreu, la mère de Moïse cache l’enfant durant trois mois puis l’abandonne dans une corbeille sur le Nil, près de la rive. La fille du pharaon, qui se baignait avec des courtisanes, trouve l’enfant et décide de l’adopter. Ce thème, très abondamment traité depuis le Moyen Âge, restait prisé au milieu du 17e siècle puisque Nicolas Poussin et Sébastien Bourdon l’utilisèrent également à la même époque.

Laurent de la Hyre. Paysage joueur de flûte (v. 1650)

Laurent de la Hyre. Paysage joueur de flûte (v. 1650). Huile sur toile, 106,5 × 131,5 cm, Palais des Beaux-arts, Lille. Ce paysage atypique dans l’œuvre de La Hyre s’inspire de la peinture flamande et en particulier de Paul Bril, selon le palais des Beaux-arts de Lille. Thème important de la peinture de paysage depuis le début du 16e siècle, le paysage arcadien est un lieu idyllique où les hommes et les dieux vivent en parfaite harmonie avec la nature. La Hyre utilise la technique ancienne de la perspective atmosphérique (éclaircissement progressif vers l’horizon) pour donner de la profondeur à sa composition. L’inspiration flamande conduit à un réalisme des détails qui n’appartient pas au classicisme français : paysan conduisant son troupeau, rochers surplombant la rivière, arbre mort.

Laurent de la Hyre. Le sacrifice d’Abraham (1650)

Laurent de la Hyre. Le sacrifice d’Abraham (1650). Huile sur toile, 96,7 × 121,7 cm, musée des Beaux-arts de Reims. « Il s’agit d’un thème tiré de l’Ancien Testament (Genèse XXII, 9-13). L’artiste illustre tous les mystères du récit biblique : les mains liées d’Isaac, l’autel en pierre, le couteau du sacrifice, et le bélier. Le paysage se présente comme le décor théâtral du moment dramatique mais sa gamme colorée, tout en harmonies et en nuances subtiles, tend à en atténuer le caractère dramatique. Il y a dans le groupe central, au-delà de la tache claire du corps du jeune homme, une symphonie colorée d’une extrême délicatesse. Ces tons pastel expriment une vision apaisée de l’histoire biblique, et en même temps une maîtrise parfaite de l’art du coloris. » (Commentaire musée des Beaux-arts de Reims)

Laurent de la Hyre. La Mort des enfants de Béthel (1653)

Laurent de la Hyre. La Mort des enfants de Béthel (1653). Huile sur toile, 104 × 140 cm, musée des Beaux-arts d’Arras. Il s’agit d’une illustration d’un épisode assez confus de l’Ancien Testament (Deuxième Livre des Rois). Élisée est un prophète ou un apprenti prophète qui chemine de ville en ville et qui habituellement a plutôt tendance à faire le bien. Or, approchant de Béthel, sur une route montante, de jeunes garçons de la ville se moquent de lui : « Allez le chauve, grimpe ! Allez le chauve, grimpe ! ». Il les maudit au nom de Yahvé. Deux ourses sortent alors de la forêt et déchirent quarrante-deux de ces enfants. Il s’agirait, selon certains exégètes de la Bible, d’une mise à l’épreuve d’Élisée par le Seigneur.
La composition magistrale de Laurent de la Hyre se situe après cet épisode, lorsque les mères découvrent les cadavres de leurs enfants. Un âne emporte un cadavre, une mère porte son enfant mort, une autre s’est évanouie. Le paysage idéal servant de cadre à la scène l’investit d’une sérénité esthétique qui poétise la confrontation avec la mort. La munificence du paysage, avec en contrepoint chromatique une utilisation tout en retenue de couleurs vives pour les seuls vêtements, place ici La Hyre au niveau des plus grands paysagistes du classicisme français, aux côtés de Poussin et de Lorrain.

Laurent de la Hyre. Paysage avec la Justice et la Paix s’embrassant (1654)

Laurent de la Hyre. Paysage avec la Justice et la Paix s’embrassant (1654). Huile sur toile, 55 × 76 cm, Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio. Le titre du tableau est inscrit sur le socle de pierre placé derrière les figures (Iustitia et Pax / Osculatae sunt). A cette époque, l’artiste s’oriente délibérément vers la peinture paysagère, le sujet ne constituant qu’un prétexte indispensable pour figurer dans le genre noble de la peinture historique et religieuse. La lumière en contre-jour, venant de l’horizon, était une des grandes réussites de Claude Lorrain. On la retrouve ici et il est facile de trouver des tableaux de Claude très proches, par exemple Le jugement de Pâris (1645-46), ce qui hisse La Hyre au niveau des plus grands paysagistes.

 

Laurent de la Hyre. Noli me tangere ou L'Apparition du Christ à sainte Madeleine (1656)

Laurent de la Hyre. Noli me tangere ou L'Apparition du Christ à sainte Madeleine (1656). Huile sur toile, 188,2 × 204,4 cm, Musée de Grenoble.

Analyse détaillée

 

Laurent de la Hyre. L’Apparition du Christ aux pèlerins d’Emmaüs (1656)

Laurent de la Hyre. L’Apparition du Christ aux pèlerins d’Emmaüs (1656). Huile sur toile, 162,5 × 178,5 cm, Musée de Grenoble.

« Datées de 1656, ces deux œuvres ultimes de l’artiste, L’Apparition du Christ à sainte Madeleine et L’Apparition du Christ aux pèlerins d’Emmaüs, commandées par le monastère de la Grande Chartreuse, maison mère de l’ordre, tout comme Le Christ mort sur la Croix de Philippe de Champaigne, sont comme l’aboutissement de sa carrière. Dépouillées de tout artifice, elles recueillent toute la science d’un artiste passé maître dans l’art des compositions rigoureuses et de l’expression des sentiments. Ces deux tableaux se présentent comme une sorte de diptyque, même s’ils étaient destinés à orner des chapelles différentes. Leurs thèmes, qui mettent en scène deux épisodes de la vie du Christ après sa résurrection, se répondent admirablement, tout comme leur traitement chromatique qui distribue savamment dans l’espace les zones de bleu et d’orange. La composition oblique de la scène nocturne répond à la distribution horizontale de son pendant diurne. Dans les deux cas, l’artiste porte une attention particulière au paysage, qui n’est pas ici un simple accessoire mais bien une composante essentielle de l’histoire. L’Apparition du Christ à sainte Madeleine, dont le récit est tiré de l’Évangile de Jean, raconte la rencontre de Madeleine avec Jésus, qu’elle prend pour un jardinier, alors qu’elle se rend à son tombeau au matin de Pâques. Elle découvre le tombeau vide et un ange vêtu de blanc que l’artiste situe dans un site montagneux qui n’est pas sans rappeler le massif de la Grande Chartreuse, avec ses conifères et ses rochers sombres. La composition de cette œuvre rappelle en tous points celle proposée par Le Sueur en 1651 pour le couvent des Chartreux de Paris et qui est également conservée à Grenoble (DG 2000-5-1). On y voit en particulier le même geste du Christ repoussant Madeleine de la main, le Noli me tangere (Ne me touche pas) qui donne souvent son titre à ce thème. L’Apparition du Christ aux pèlerins d’Emmaüs, tirée de l’Évangile de Luc, met en scène la rencontre de Jésus avec deux disciples sur le chemin d’Emmaüs. Après s’être arrêtés dans une auberge, ceux-ci le reconnaissent enfin, au moment où il rompt le pain et le bénit. Là encore le paysage est un véritable morceau de bravoure. L’architecture grandiose, aux pavements de marbre et à l’escalier monumental, s’inscrit dans un magnifique écrin de verdure. La rigueur presque mathématique des compositions, le raffinement des coloris, l’expression mesurée des sentiments servent admirablement l’atmosphère dépouillée et ascétique propre à la dévotion des Chartreux. Saisies à la Révolution dans le monastère de la Grande Chartreuse, ces deux œuvres sont entrées au musée en 1799. » (Valérie Lagier, conservateur en chef du musée de Grenoble, commentaire sur le site du musée)

 

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Laurent de la Hyre

Commentaires (1)

RIOUX Jean-Paul
  • 1. RIOUX Jean-Paul | 02/02/2019
Madame bonjour,
Ce message pour vous dire que j'apprécie beaucoup votre site.
A propos du tableau de Laurent de La Hyre Thésée et Aethra, vous mentionnez le musée de Budapest.D'après le catalogue du musée de Caen (peintures françaises des XVIIème et XVIIIème siècles) ce tableau n'est pas signé. Par contre sur le même thème, il en existe une version au musée de Caen datée et signée. Elle avait été repérée par P.Rosenberg dans une collection D'Annemasse
Bien cordialement.
Jean-Paul Rioux

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