Jacques Stella

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Patrick AULNAS

 

Autoportrait

 

Jacques Stella. Autoportrait (1645-50)

Jacques Stella. Autoportrait (1645-50)
Huile sur toile, 84,5 × 68,5 cm, musée des Beaux-arts de Lyon.

 

Biographie

1596-1657

Jacques Stella, fils du peintre François Stella (1563-1605) et de Claudine de Masso (v. 1579-1660), est baptisé à Lyon le 29 septembre 1596. François Stella, d’origine flamande, était venu s’installer à Lyon à une date inconnue pour devenir peintre d’histoire. Karel van Mander le cite sous le nom de Stellaert dans son Livre des peintres et Félibien lui consacre quelques lignes en évoquant son fils :

« Les ancêtres de Jacques estoient Flamans. Son grand-père, nommé Jean, estoit peintre, et faisoit sa demeure à Malines. S'estant retiré sur la fin de ses jours à Anvers, il y mourut âgé de soixante-seize ans. Il laissa deux filles et un fils nommé François, qui fut aussi peintre. François estant allé à Rome y demeura quelque temps et ensuite vint en France. S'estant arrêté à Lyon, il s'y établit et prit pour femme la fille d'un notaire de la Bresse, avec laquelle il ne vescut pas longtemps, car il mourut âgé de quarante-deux ans l'an 1605. »

Quant à sa mère, elle est la fille d’un notaire lyonnais, Antoine de Masso. Claudine de Masso survivra à son fils de quelques années.

Le décès précoce du père n’a pas permis à celui-ci de devenir véritablement le maître de son fils. Il l’a seulement initié à la technique. On en est réduit à des conjectures à propos des peintres lyonnais chez lesquels Jacques Stella aurait pu faire son apprentissage. Les spécialistes citent Bernard Salomon et Jacques Maury.

 

Jacques Stella. La découverte de Moïse (1623-34)

Jacques Stella. La découverte de Moïse (1623-34)
Huile sur cuivre, 28,5 × 38,5 cm, collection particulière.

 

A la fin de l’année 1616, à l’âge de 20 ans, Jacques Stella part pour l’Italie. Il est à Florence en 1617, logé par le duc Cosme de Médicis, puis à Rome de 1622 à 1634. On sait que son frère François, également peintre, l’a accompagné à Rome car il est souvent mentionné dans les documents historiques concernant l’artiste. Stella réalise pendant son séjour italien de nombreux dessins de scènes de genre et des tableaux principalement religieux et joue un rôle actif à l’Académie de Saint-Luc à Rome. Il devient un peintre reconnu internationalement. Le roi d’Espagne a acquis, par l’intermédiaire de son ambassadeur, des tableaux signés de Stella.

Jacques Stella quitte Rome fin 1634 et se rend d’abord à Lyon où il assiste en janvier 1635 au mariage de sa sœur Madeleine avec Etienne Bouzonnet, orfèvre. Madeleine et Etienne auront cinq enfants, dont Antoinette Bouzonnet-Stella (1641-1676), graveuse et peintre. Jacques Stella ne se mariera jamais mais regroupera plus tard sa mère et toute la fratrie Bouzonnet dans son atelier du Louvre. Les Bouzonnet seront initiés à la peinture et à la gravure par Jacques Stella et signeront leurs œuvres Bouzonnet-Stella.

 

Jacques Stella. Minerve venant trouver les Muses sur le mont Hélicon (1635-40)

Jacques Stella. Minerve venant trouver les Muses sur le mont Hélicon (1635-40)
Huile sur toile, 116 × 162 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Jacques Stella part probablement pour Paris courant 1637. Sa réputation lui procure de nombreuses commandes : cartons de tapisseries, portraits, scènes religieuses. Il est particulièrement apprécié pour ses travaux raffinés sur supports particuliers (métal, minéraux divers). Avec l’appui de Richelieu, il obtient une pension royale de de 1000 livres et un logement au Louvre, qu’il partage avec son frère François. Le peintre n’abandonne pas pour autant sa ville natale puisqu’en avril 1642, une lettre de Nicolas Poussin mentionne son départ pour Lyon « où il restera tout l’été ».

De nombreux travaux de décoration d’édifices laïcs ou religieux ont été attribués à Stella. C’est ainsi qu’avec Nicolas Poussin et Simon Vouet, il décore la chapelle Saint-Louis au château de Saint-Germain-en-Laye, ancienne résidence des rois de France. En 1641-1642, les mêmes artistes sont chargés de la décoration du chœur de l'église Saint-François-Xavier, à Paris, À partir de 1644, il participe à la décoration du palais de Richelieu (actuel Palais-Royal).

 

Jacques Stella. Salomon recevant la reine de Saba (v. 1650)

Jacques Stella. Salomon recevant la reine de Saba (v. 1650)
Huile sur toile, 98 × 144 cm, musée des Beaux-arts de Lyon.

 

L’activité de Jacques Stella restera intense jusqu’à sa mort le 29 avril 1657, à l’âge de 60 ans. Il est inhumé dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois qui fait face au palais du Louvre. Fait exceptionnel, le logement qu’il occupait au Louvre sera immédiatement attribué après sa mort à « Anthoine Bouzonnet Stella son nepveu, et Claude Bouzonnet Stella sa niepce, frère et sœur, qu’il a rendus capables de mériter par leur intelligence et capacités digne rang parmi les plus vertueux. » (Extrait de la décision royale). Le texte précise que « Claudine (de) Masso, mère dudit défunt Stella demeurera sa vie durant, dans ledit logement. »

 

Œuvre

Il fut l’égal de Nicolas Poussin et de Simon Vouet au 17e siècle, puis délaissé par les historiens jusqu’au 20e siècle. Certaines de ses œuvres furent même attribuées à Poussin. Jacques Stella est aujourd’hui réhabilité et considéré comme un artiste de premier plan du classicisme français. Héritier de Raphaël, ami et concurrent de Poussin, Stella se situe au sommet de la peinture française du 17e siècle par la maîtrise de la composition, la retenue chromatique, l’étendue du registre thématique. Le baroque, apparu à la fin du 16e siècle, n’a aucune influence sur Stella, qui privilégie toujours la douceur expressive et refuse les débordements passionnels mis en évidence par le contraste violent des couleurs. Cette peinture réfléchie, minutieusement construite, à la fois empathique et distanciée, apparaît, à l’égal de celle de Poussin, comme la quintessence de l’art français de l’époque. Elle est parfois rattachée à l’atticisme, sous-courant du classicisme utilisant abondamment les architectures et les ruines antiques et se situant dans la modération expressive et esthétique.

 

Jacques Stella. La Naissance de la Vierge (1644-45)

Jacques Stella. La Naissance de la Vierge (1644-45)
Huile sur panneau de chêne parqueté sur bois, 80 × 147 cm, Palais des Beaux-arts, Lille.

 

L’œuvre de Jacques Stella, extrêmement diversifié, comporte des scènes religieuses et mythologiques, des portraits et des scènes de genre. Stella appartient à la petite élite capable de maîtriser les grandes compositions historiques permettant à un artiste du 17e siècle d’être reconnu comme un grand créateur par la royauté, le haut clergé et l’aristocratie de l’époque, principaux commanditaires.

 

Jacques Stella. La Sainte Famille (après 1650)

Jacques Stella. La sainte Famille (après 1650)
Huile sur cuivre, 45 × 35 cm, musée des Augustins, Toulouse.


Ce peintre pousse l’originalité jusqu’à diversifier à l’extrême les supports : toile, bois, gravure sur cuivre ou bois, minéraux divers, papier. Aussi, peut-il être intéressant de présenter ses travaux en adoptant cette typologie.

 

Jacques Stella. La sainte Famille et saint Jean-Baptiste (1622-34)

Jacques Stella. La sainte Famille et saint Jean-Baptiste (1622-34)
Huile sur ardoise, 31,4 x 23,7 cm, collection particulière.

 

Huiles sur toile

Jacques Stella. Minerve venant trouver les Muses sur le mont Hélicon (1635-40)

Jacques Stella. Minerve venant trouver les Muses sur le mont Hélicon (1635-40). Huile sur toile, 116 × 162 cm, musée du Louvre, Paris. « Le sujet est inspiré des Métamorphoses d’Ovide. La Renommée a prévenu Minerve du prodige survenu sur le mont Hélicon : Pégase a frappé la terre de ses sabots, faisant jaillir la source Hippocrène. Minerve vient alors auprès des Muses sur le mont Hélicon voir cette source sacrée […] Comme l’a bien vu Gilles Chomer, c’est une allégorie de l’Inspiration artistique. Le tableau de Stella s’inscrit dans l’esprit de L’Inspiration du poète de Nicolas Poussin (voir R.F. 1774). Minerve est d’ailleurs accueillie par Calliope, et non par Uranie, comme dans le récit d’Ovide. Calliope est la Muse de la poésie épique mais aussi de l’inspiration divine, comme chez Poussin. Jacques Stella a même inventé une Muse de la peinture. Ayant pour attribut une palette, elle se tient auprès de Calliope, montrant le cheval Pégase à l’arrière-plan. Minerve étant une allégorie de la Raison, la composition de Stella exprime que "l’art de peindre, mis au rang des plus hautes disciplines de l’esprit, soumet son inspiration aux exigences de la raison" (cf. Chomer, 1994). Et Gilles Chomer d’ajouter : "Poussin n’aurait pas désavoué un tel programme." » (Commentaire musée du Louvre)

Jacques Stella. Clélie passant le Tibre (v. 1640)

Jacques Stella. Clélie passant le Tibre (v. 1640). Huile sur toile, 137 × 101 cm, musée du Louvre, Paris. « Le sujet est tiré de la Vie de Publicola de Plutarque (chap. xxv) : Clélie est au nombre des vingt otages (dont dix jeunes filles) remis par le consul romain Valerius Publicola à Porsenna, roi des Étrusques, afin de garantir une trêve. Mais Clélie encouragea ses compagnes à fuir en traversant le Tibre, elle-même à cheval, les autres jeunes filles à la nage. Tite-Live rapporte également l’épisode, mais en indiquant que Clélie traversa le fleuve à la nage (Histoire romaine, II, 13). Publicola remit Clélie aux Étrusques, craignant que sa fuite ne mît la trêve en péril. Mais Porsenna, frappé par le courage de la jeune fille, lui rendit la liberté, lui offrant même l’un de ses chevaux, "couvert d’un riche harnais", en signe de respect et d’admiration. Au XVIIIe siècle, Clélie était devenue un modèle de "femme forte" par son courage et sa détermination. Comme l’a indiqué Alain Mérot, Jacques Stella s’est sans doute inspiré d’un tableau célèbre de Nicolas Poussin, peint vers 1633 pour le maréchal de Créqui, un Bain de femmes qui appartint ensuite à Jacques Stella lui-même (cf. Mérot, 1998a, et Laveissière, 2006). Le tableau de Poussin est aujourd’hui perdu, mais il est connu par la gravure d’Edme Jeaurat exécutée en 1708. La composition, d’une grande sensualité, montrait des jeunes filles dénudées prenant un bain, dans des attitudes diverses. Stella reprend pour sa Clélie le principe d’une composition frontale fondée sur la répétition et la grâce des formes féminines, harmonisant des plages de couleurs atténuées, dans une atmosphère froide dominée par les bleus et les gris. Clélie est assise en croupe sur le cheval, le sein dénudé, aidant l’une de ses compagnes à monter derrière elle. » (Commentaire musée du Louvre)

Jacques Stella. Vulcain forgeant les flèches de l’Amour (1644-45)

Jacques Stella. Vulcain forgeant les flèches de l’Amour (1644-45). Huile sur toile, 69,5 × 57,5 cm, collection Motais de Narbonne. Vulcain, dieu romain du feu, de la forge, des métaux et des volcans, est le fils de Jupiter et de Junon et l’époux de Vénus. Il réside sous l’Etna où il forge les traits de foudre pour son père. Mais c’est Vénus et son fils Cupidon qui apparaissent au premier plan sur le tableau de Stella. Vulcain travaille à sa forge en arrière-plan. Vénus étant réputée tromper abondamment Vulcain, le caractère sarcastique de l’image ne doit pas être méconnu : Vénus examine attentivement une flèche de l’amour forgée par le besogneux Vulcain.

Jacques Stella. Le Mariage de la Vierge (1640-45)

Jacques Stella. Le Mariage de la Vierge (1640-45). Huile sur toile, 363 × 455 cm, musée des Augustins, Toulouse. Episode de la tradition chrétienne au cours duquel Marie, mère de Jésus-Christ, épouse Joseph, dans la ville de Jérusalem. Ce thème est abondamment utilisé par les peintres à partir de Giotto (1267-1337) jusqu’au 17e siècle. Le texte biblique ne fait que de brèves allusions à l’épisode du mariage de la Vierge avec Joseph. L’Évangile selon saint Luc évoque « une jeune fille vierge accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. » (Luc 1-27) Il faut se référer à des textes ultérieurs pour disposer d’un descriptif plus précis du mariage de Marie et de Joseph. Ainsi le Protoévangile de Jacques (2e siècle) et la Légende dorée de Jacques de Voragine (13e siècle) construisent un récit du mariage de la Vierge devant le temple de Jérusalem. Plusieurs prétendants veulent épouser Marie et chacun d’entre eux porte une baguette. Mais seule celle de Joseph est fleurie car il a été choisi par Dieu. C’est ce récit qui a fait l’objet de très nombreuses interprétations iconographiques.
Le musée des Augustins présente l’œuvre sous l’intitulé suivant : « Tableau - carton de tapisserie - partie d'un ensemble de peintures - ensemble dispersé ».

Jacques Stella. Le jugement de Pâris (1650)

Jacques Stella. Le jugement de Pâris (1650). Huile sur toile, 63,5 × 96,6 cm, Wadsworth Atheneum, Hartford, Connecticut. Mythologie grecque. Pâris, fils du roi de Troie Priam, gardait les troupeaux sur le mont Ida. Trois déesses apparaissent : Aphrodite, Héra et Athéna. Elles cherchent un juge, sur les conseils de Zeus, pour les départager dans un concours de beauté. Héra promet à Pâris la souveraineté sur l’Asie et l’Europe, Athéna, la gloire des guerriers, et Aphrodite la main de la plus belle des femmes. Ce fut à cette dernière que Pâris offrit la pomme d’or (la pomme de la discorde) qui devait revenir à la plus belle. Mais, jalouses de n'avoir point été choisies, Athéna et Héra témoignèrent à l’avenir, d'une haine farouche à l'égard du Troyen Pâris et protégèrent les Grecs.

Jacques Stella. Salomon recevant la reine de Saba (v. 1650)

Jacques Stella. Salomon recevant la reine de Saba (v. 1650). Huile sur toile, 98 × 144 cm, musée des Beaux-arts de Lyon. Selon la légende, la reine de Saba est une souveraine du Moyen Orient réputée belle et sage. L’épisode de sa visite à Salomon, roi d’Israël, figure dans l’Ancien Testament (Livre de Rois). Attirée par la réputation de sagesse de Salomon, la reine de Saba se rend en Israël munie de présents somptueux. Pendant son séjour elle serait devenue la femme de Salomon. Revenue dans son pays, un fils naît, qu’elle enverra plus tard à Jérusalem pour y être élevé auprès de Salomon, son père. Il semble que par cette œuvre Jacques Stella ait cherché à rivaliser avec Nicolas Poussin, qui avait peint l’année précédente un tableau de même format intitulé Le jugement de Salomon.

Jacques Stella. L'Embaumement du Christ (v. 1655)

Jacques Stella. L'Embaumement du Christ (v. 1655). Huile sur toile, 50,5 × 61,2 cm, Musée des Beaux-arts de Montréal. « Fils d'un peintre flamand, Stella est né à Lyon, alors centre artistique provincial, ville étape sur le principal itinéraire de Paris à Rome. Stella se rend à Florence et Rome, où il se bâtit une réputation de peintre et de dessinateur d‘estampes. Une amitié profonde avec Poussin marque durablement son art. En 1634, il remonte à Paris où il gagne les faveurs du cardinal de Richelieu. Nommé peintre du roi, il est logé au Louvre. Il reçoit des commandes de collectionneurs parisiens éminents. Ses compositions classiques aux personnages idéalisées, ressemblant à des "poupées", recèlent en détails anecdotiques étonnamment réalistes. Stella est un représentant plus accessible, moins intellectuel, de l’esthétique de Poussin en France. Le sujet rare de cette œuvre tardive, exécutée dans un style poussiniste sombre, est tiré de l’Évangile selon saint Jean. La composition est à la fois puissante et émouvante. L’axe oblique du corps du Christ, figure magnifique et poignante, avance vers le spectateur, créant une plus grande proximité et éveillant la compassion tragique du croyant. » (Commentaire Musée des Beaux-arts de Montréal)

Jacques Stella. La mort de saint Joseph (v. 1655-57)

Jacques Stella. La mort de saint Joseph (v. 1655-57). Huile sur toile, 66 × 82 cm, Musée de Grenoble. « Né dans une famille de peintres de Lyon, Jacques Stella se rend en Italie en 1616 où il fait la connaissance de Nicolas Poussin, devenant à la fois son disciple et son ami. Rentré en France en 1635, il est nommé peintre du roi par le cardinal de Richelieu et reçoit dès lors de nombreuses commandes officielles. Il rapporte dans la capitale la leçon de Poussin, celle d’un art mesuré et équilibré, nourri de références à l’Antiquité, tranchant résolument avec les compositions tourbillonnantes et les séductions chromatiques de la peinture de Vouet qui domine la capitale depuis 1627. La venue de Poussin lui-même entre 1640 et 1642 contribue au succès de cette peinture, plus intellectuelle que sensuelle, qui va dès lors incarner ce moment d’équilibre de l’art français désigné sous le nom d’atticisme parisien. Ce tableau de Stella, petite œuvre de dévotion privée que l’on situe dans les années 1655-1657, en est une illustration exemplaire. On y voit saint Joseph, vieillard au visage blafard étendu sur son lit de mort, veillé à la fois par le Christ, qui se désigne comme le chemin vers la Vie éternelle, et par la Vierge, très proche des Vierges de douleur des Pietà de la Renaissance. Ce sujet, emprunté à un évangile apocryphe du IVe siècle, l’Histoire de Joseph le charpentier, et offrant au croyant un exemple de dignité humaine à l’heure du trépas, sera remis à l’honneur par la Réforme catholique. Les gestes mesurés et dignes, les visages graves à l’émotion retenue, les coloris vifs, harmonieusement répartis sur la surface du tableau, les drapés disciplinés et la composition en frise, empruntés aux bas-reliefs antiques, concourent à l’impression d’équilibre qui se dégage de l’œuvre. Les références aux peintures de Poussin sont nombreuses, en particulier dans le rideau drapé et la position du saint dans le lit funèbre, qui sont directement empruntés à La Mort de Germanicus, que Stella a pu voir lorsqu’il était à Rome. Cette œuvre, offerte par les Amis du musée en 1998, complète à merveille le fonds de peintures françaises du règne de Louis XIII qui est une des richesses de la collection de Grenoble. » (Commentaire Musée de Grenoble)

 

Huiles sur bois

Jacques Stella. La Vierge, l'Enfant et saint Jean-Baptiste (1642)

Jacques Stella. La Vierge, l'Enfant et saint Jean-Baptiste (1642). Huile sur bois, 54,4 × 40,1 cm, musée des Beaux-arts de Lyon. Ce thème est abondamment traité depuis le 16e siècle. Jean-Baptiste est alors considéré comme le cousin et le camarade d’enfance de Jésus. Les artistes de la Renaissance présentaient les trois personnages devant un paysage (par exemple, Raphaël, La Madone à la prairie, 1506). Stella choisit une scène d’intérieur avec banc de pierre et lourdes tentures, mais il conserve la douceur maternelle de la Vierge et le bleu et le rouge de ses vêtements.

Jacques Stella. La Naissance de la Vierge (1644-45)

Jacques Stella. La Naissance de la Vierge (1644-45). Huile sur panneau de chêne parqueté sur bois, 80 × 147 cm, Palais des Beaux-arts, Lille. « Peintre officiel de Richelieu, Stella s’inscrit dans la tradition de Raphaël. Sa peinture mêle rigueur de l’esprit antiquisant et délicatesse d’une palette claire et lumineuse. Le panneau fut commandé par Anne d’Autriche pour son oratoire au palais Royal, s’inscrivant dans un décor dédié à la vie de la Vierge. » (Commentaire Palais des Beaux-arts de Lille)
Dans la tradition chrétienne, les parents de Marie, mère du Christ, sont Joachim et Anne. Anne étant stérile, Joachim se retire au désert où il jeûne 40 jours. Un ange vole vers Anne et lui annonce qu'elle aura un enfant, puis fait la même annonce à Joachim. La naissance de Marie est ainsi considérée comme miraculeuse.

Jacques Stella. Présentation de la Vierge au Temple (v. 1646)

Jacques Stella. Présentation de la Vierge au Temple (v. 1646). Huile sur bois, 71 × 47,8 cm, musée du Grand Siècle, Saint-Cloud. « La Présentation de la Vierge du Temple atteste la dévotion particulière, privée et personnelle de la reine-régente (*) pour la Vierge Marie, mère du Christ, qui s’inscrit dans le contexte de la réforme catholique. La dévotion mariale n’a en effet cessé de progresser dans la Chrétienté, malgré la réforme protestante. Le 10 février 1638, Louis XIII signait un édit de consécration du royaume de France à la Vierge Marie : " nous mettons particulièrement nostre Personne, nostre Etat, nostre Couronne, et tous nos Sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Saincte Trinité, par son intercession, et de toute la Cours céleste, par son autorité et exemple ". Ce vœu solennel de Louis XIII exprime la piété royale, en remerciement de la grossesse de la reine Anne d’Autriche, qui donne enfin un héritier à la Couronne, Louis Dieudonné, " donné par Dieu ", le futur Louis XIV. Le Nouveau Testament ne livre aucune mention des épisodes de l’enfance de la Vierge Marie, lesquels s’inspirent d’écrits apocryphes chrétiens. La présentation de Marie au Temple est ainsi tirée des chapitres VII et VIII du proto-Evangile de Jacques (depuis le IIe siècle), du chapitre V de l’Evangile du pseudo-Matthieu (entre le Ve et le VIIe siècle) et de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Née par miracle de Joachim et Anne, alors qu’ils étaient déjà d’un âge avancé, Marie est présentée, à l’âge de trois ans, au Temple de Jérusalem. Cet événement devient une fête sous le règne de Justinien, le 20 novembre 543, étendue à toute l’Eglise par Sixte V en 1585. La présentation de Marie devient le symbole de la consécration et de la disponibilité de la Sainte Vierge à Dieu. Pour le cardinal Pierre de Bérulle, fondateur de l’Oratoire en France, Dieu consacre Marie " à son Temple, pour marque et figure qu’elle sera bientôt consacrée au service d’un temple plus auguste et plus sacré que celui-là ". Stella n’a pas représenté une enfant de trois ans, mais une petite fille plus âgée, aux longs cheveux blonds roux bouclés, avec beaucoup de naturel. Marie, les bras croisés, comme dans presque toutes les représentations médiévales, a gravi seule l’escalier qui la conduit jusqu’au grand prêtre et à l’autel. La vivacité et la fraîcheur de sa figure et de sa posture inclinée tranchent avec l’aspect hiératique des autres personnages, que ce soit Anne et Joachim à gauche, ou le grand prêtre, lesquels s’inscrivent dans une composition claire et structurée, selon une perspective ascendante. La mise en page s’appuie sur une architecture à l’antique, dans le goût de l’atticisme parisien, tendance française qui réunit l’idéal classique, l’expression juste, la sobriété des moyens et le recours à l’antique le plus épuré. La Présentation de la Vierge du Temple répond à ce courant. L’œil gravit les degrés de l’escalier, élément majeur de la composition, où le peintre n’a pas hésité à signer " Stella f.(ecit) " et remonte jusqu’à la jeune Marie, qui se fait proche, humaine et simple. » (Commentaire musée du Grand Siècle)

  

Huiles sur supports minéraux (ardoise, pierre)

Jacques Stella. La sainte Famille et saint Jean-Baptiste (1622-34)

Jacques Stella. La sainte Famille et saint Jean-Baptiste (1622-34). Huile sur ardoise, 31,4 x 23,7 cm, collection particulière. « C’est au cours de ses années passées à Florence que Stella a probablement été initié à cet art si particulier qu’est la peinture sur ardoise. Cette technique est désignée en italien par le terme lavagna, du nom de la petite ville de la région de Gênes où était extrait ce matériau. Mais c’est à Rome que s’est développé, au début du XVIe siècle, l’usage de la pierre comme support, dont Sebastiano del Piombo notamment nous a laissé de somptueux témoignages […]
La maîtrise de son art permet à Stella de mettre à profit les propriétés plastiques du support minéral, afin de renforcer le sentiment religieux. Habitué des cadres architecturaux ou pastoraux, il laisse ici le fond en réserve, donnant à ses figures une grande présence. La scène, caractérisée par un intense recueillement, se détache du fond, ressortant presque en trois dimensions, tandis que l’éclat et la vivacité des coloris sont encore renforcés par l’ardoise, qui n’absorbe que très peu la peinture à l’huile. Celle-ci s’appliquant directement sur le support, sans préparation, il en résulte une matière très délicate, malgré la couche protectrice du vernis, à la merci de la moindre éraflure. » (Commentaire Revue Connaissance des arts)

Jacques Stella. Sémiramis appelée aux armes (1637)

Jacques Stella. Sémiramis appelée aux armes (1637). Huile sur ardoise, 36 × 53 cm, musée des Beaux-arts de Lyon. Sémiramis est, selon la légende, reine de Babylone. Elle est devenue l’archétype de la femme puissante et dominatrice par son goût des conquêtes. Jacques Stella représente un épisode situé pendant une révolte de Babylone. La reine Sémiramis se coiffait lorsqu’on lui apprend l’évènement. Elle jure de ne pas continuer avant d’avoir maté la rébellion. 

Jacques Stella. La Vierge à l’Enfant avec saint François et saint Jean-Baptiste (v. 1635)

Jacques Stella. La Vierge à l’Enfant avec saint François et saint Jean-Baptiste (v. 1635). Huile sur marbre, 38,2 × 42,6 cm, collection particulière. « Longtemps délaissé par les historiens d’art, Stella est pourtant l’un des grands peintres du XVIIème siècle français. Son art est puissant et sobre, et ses compositions solidement équilibrées sont peuplées de figures sculpturales et dépouillées qui attestent sa connaissance de l’Antique. La facture lisse et porcelainée de ses dernières œuvres, les couleurs fondues dans une lumière froide et abstraite, firent de Stella un des plus importants représentants de l’atticisme parisien des années 1640, et un modèle du néo-classicisme.
Comme souvent lorsqu’il peint sur pierre, Stella tire parti du matériau, dont il utilise les propriétés plastiques. Stella, dans notre tableau, laisse le fond en réserve pour donner plus de présence à ses figures. On peut rapprocher notre œuvre des nombreuses Sainte Famille peintes par Stella dans la seconde moitié des années 1630 et au début des années 1640, dont la Sainte Famille avec saint Jean et l’agneau est un parfait exemple. » (Commentaire Galerie Didier Aaron)

Jacques Stella. Jésus-Christ ressuscité apparaissant à sa mère (1640-45)

Jacques Stella. Jésus-Christ ressuscité apparaissant à sa mère (1640-45). Huile sur pierre (albâtre), 31 × 40 cm, musée du Louvre, Paris. « En 1932, Émile Mâle classe cette scène touchante, "chère à la piété catholique" mais n’apparaissant pas dans les textes bibliques, dans son chapitre sur la "persistance de l’esprit du Moyen Âge" (cf. Mâle, 1932). Sylvain Laveissière ajoute que cette scène, décrite dans La Légende dorée de Jacques de Voragine, est acceptée par Ignace de Loyola et sainte Thérèse d’Avila mais condamnée par l’abbé de Saint-Cyran et Jean-Jacques Olier (cf. Laveissière, 2006). La composition participe donc d’une sensibilité plutôt italienne que française au sein de la Réforme catholique, même si elle a probablement été peinte après le retour de Stella à Paris en 1635. La peinture est datée vers 1640 par Sylvain Laveissière, vers 1645 par Jacques Thuillier (cf. Laveissière, 2006 ; Thuillier, 2006). Stella s’est fait une spécialité de peintre sur des supports précieux, tirant ici parti des veines de l’albâtre pour donner plus de force et de mouvement à la scène représentée. L’œuvre a été peinte sur une plaque d’albâtre collée sur une feuille d’ardoise. Elle a été restaurée par Henri Linard en 1960 puis par Franziska Hourrière en couche picturale entre 1983 et 1986. » (Commentaire musée du Louvre)

 

Huiles sur cuivre

Jacques Stella. Le Christ en croix et sainte Madeleine (v. 1625)

Jacques Stella. Le Christ en croix et sainte Madeleine (v. 1625). Huile sur cuivre, 33 × 24 cm, musée du Louvre, Paris. Ce support et ce petit format sont des caractéristiques de la peinture de Stella, peintre précieux s’adressant à des amateurs d’art pour leur collection privée. Le tableau a sans doute été peint au cours du séjour romain de l’artiste.

Jacques Stella. Sainte Cécile (1626)

Jacques Stella. Sainte Cécile (1626). Huile sur cuivre, 67,6 × 55,4 cm, musée des Beaux-arts de Rennes. La légende de sainte Cécile fut notamment relatée par Jacques de Voragine dans La Légende dorée. Elle aurait vécu à Rome, à la fin du deuxième siècle. Selon la légende, elle est issue d'une famille noble romaine mais, très jeune, voue sa vie à Dieu, fait vœu de virginité et meurt en martyre. La sainte est représentée par Stella jouant de l’orgue dans la partie terrestre du tableau, les yeux tournés vers le ciel. Dans la partie céleste, un orchestre d’anges musiciens communique par l’intermédiaire de la musique avec Cécile.

Jacques Stella. La découverte de Moïse (1623-34)

Jacques Stella. La découverte de Moïse (1623-34). Huile sur cuivre, 28,5 × 38,5 cm, collection particulière. « Inconnu jusqu’à présent, ce charmant petit cuivre est comparable aux premières œuvres de la carrière de Jacques Stella, donc de la période romaine juste après le départ de l’artiste pour Florence, vers 1623-1634.
Les paysages sont rares dans la production du peintre. Cependant, nous proposons de comparer notre tableau à Sainte Cécile, signé et daté de 1626, également sur cuivre, conservé au Musée des Beaux-Arts de Rennes, France. On y retrouve cette perspective arborée avec la présence d’architectures avec leurs façades aux accents chromatiques très italiens. En outre, le type de figures féminines aux couleurs douces vêtues de draperies aux fins reflets dorés caractérise le style du peintre au début de sa période romaine. (Commentaire Sotheby’s)

Jacques Stella. La Sainte Famille (après 1650)

Jacques Stella. La sainte Famille (après 1650). Huile sur cuivre, 45 × 35 cm, musée des Augustins, Toulouse. La Sainte Famille est le nom donné par les chrétiens à la famille formée par Jésus de Nazareth et ses parents, Marie et Joseph. « L'enfant nu, soutenu par sa mère à genoux, à laquelle il tend les bras, est debout sur son berceau. Saint Joseph, en manteau brun et tunique violette, est assis derrière eux et les regarde en exposant un lange à la flamme d'une cheminée devant laquelle un ange prépare un plat. Dans le fond, étagère chargée d'objets de ménage et paysage bleu en avant duquel est une colonne cannelée. (Description de H. Rachou, base Joconde)

  

Dessins et estampes

Jacques Stella. Achille à Scyros (1635-40)

Jacques Stella. Achille à Scyros (1635-40). Dessin à la sanguine sur papier, 15,5 × 20,5 cm, musée des Beaux-arts de Quimper. « Le sujet de ce dessin a été identifié par Roseline Bacou avec un épisode peu connu de l'épopée homérique. Caché par sa mère Thétis dans l'île de Scyros, chez le roi Lycomède, afin d'échapper à la guerre de Troie, Achille est reconnu par Ulysse parti à sa recherche. Celui-ci, déguisé en marchand, offre aux filles de Lycomède une corbeille de bijoux parmi lesquels il a dissimulé une épée. Achille, déguisé en femme, se trahit en saisissant l'épée. Cette pièce est caractéristique du classicisme savant de Stella très influencé par son ami Poussin.
L'annotation ancienne figurant au revers, rédigée par l'un des propriétaires du dessin (peut-être Jean-Marie de Silguy ?), comprend, outre des indications biographiques, une appréciation élogieuse de Stella qu’ "il ne faut pas confondre avec Verdier qui est bien loin de lui". » (Commentaire Sophie Barthélémy, musée des Beaux-Arts de Quimper).

Jacques Stella. Cinq hommes poussant un bloc de pierre (v. 1640-50)

Jacques Stella. Cinq hommes poussant un bloc de pierre (v. 1640-50). Encre brune, pinceau et lavis gris, sur traces de craie noire, 16,5 × 25,4 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Dans cette représentation vivante du travail manuel, Stella saisit les efforts de cinq hommes déplaçant un bloc de pierre à l’aide de deux longues perches utilisées comme levier. L’authenticité de la vignette est rehaussée par l’économie de moyens de l’artiste. Employant de la craie noire et du lavis gris, Stella a laissé des zones de la feuille en réserve, ou non travaillées, pour transmettre la chute éclatante du soleil sur les hommes et sur la face supérieure du bloc. » (Commentaire MET)

Jacques Stella. Le baptême du Christ (1620-57)

Jacques Stella. Le baptême du Christ (1620-57). Encre brune, lavis brun, pierre noire, plume, 23,8 × 17,2 cm, musée du Louvre, Paris. Selon la tradition chrétienne, le Christ a été baptisé dans le fleuve Jourdain par Jean le Baptiste qui est considéré comme un prophète par les chrétiens et les musulmans.

Jacques Stella. Saint Jean (1620-57)

Jacques Stella. Saint Jean (1620-57). Gravure sur bois sur papier vergé, 27,7 × 19,1 cm, National Gallery of Art, Washington. Jean l’Évangéliste est un des douze apôtres du Christ dans la religion chrétienne. Pour échapper aux persécutions romaines, il s’exila à Patmos (île grecque). Selon la légende, lorsqu’il fut arrêté, il subit deux épreuves : immersion dans l’huile bouillante et absorption d’un poison provenant de serpents venimeux. Il sortit vainqueur des deux épreuves et mourut à Ephèse.

 

Les jeux et plaisirs de l’enfance.

« C’est l’année même de la mort du peintre Jacques Stella (1596-1657) que sa nièce Claudine Bouzonnet Stella (1636-1697), âgée de 21 ans, publia cette suite de burins représentant des jeux d’enfants, commentés chacun de six vers, qu’elle grava à merveille d’après les dessins de son oncle. Mariette précise que quelques planches sont de la main de François de Poilly et de Jean Couvay.

L’inventaire après décès de Claudine fait apparaître, sous le n° 9, un "petit livre de dix pouces de haut, couvert de parchemin, où sont reliées cinquante-six feuilles de papier bleu dans lesquelles sont cinquante-deux dessins de la main de [son] oncle, représentant les jeux de l’enfance" […]

La nudité des enfants fait écho à une tradition datant de l’Antiquité. C’est à l’époque hellénistique que se développa cette sémantique des putti, que l’on retrouve dans la peinture, les décors sculptés, les recueils d’emblèmes et d’ornements, notamment ceux d’Otto Venius et de Christoph Jamnitzer… Cette suite connut un véritable succès auprès des faïenciers de Marseille, des peintres en décoration, et même de grands maîtres comme Goya et plus récemment Andy Warhol. »

(Commentaire Christie’s)

 

Jacques Stella. La paume (1657)

Jacques Stella. La paume (1657). Estampe d’après gravure sur cuivre, 18,5 × 23,5 cm, collection particulière.

Jacques Stella. L’escrime (1657)

Jacques Stella. L’escrime (1657). Estampe d’après gravure sur cuivre, 18,5 × 23,5 cm, collection particulière.

Jacques Stella. L’escarpolette (1657)

Jacques Stella. L’escarpolette (1657). Estampe d’après gravure sur cuivre, 18,5 × 23,5 cm, collection particulière.

 

 

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(*) Anne d’Autriche (1601-1666), mère de Louis XIV (1638-1715)

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