Elisabetta Sirani

 
 

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Autoportraits

Elisabetta Sirani. Autoportrait (1650-55)

Elisabetta Sirani. Autoportrait (1650-55)

Pierre noire sur papier, 30  × 21,1 cm, Royal Collection Trust, château de Windsor

 

 

Elisabetta Sirani. Allégorie de la peinture. Autoportrait (1658)

Elisabetta Sirani. Allégorie de la peinture. Autoportrait (1658)

Huile sur toile, 95 × 76 cm, musée Pouchkine, Moscou

 

 

Elisabetta Sirani. Autoportrait (v. 1660)

Elisabetta Sirani. Autoportrait (v. 1660)

Craie sanguine et noire sur papier vergé, 23,1 × 15,7 cm, collection particulière

 

Biographie

1638-1665

Elisabetta Sirani est l’aînée des quatre enfants de Margherita Masini (1614-1774) et Giovan Andrea Sirani (1610-1670), peintre de Bologne, marchand d’art et élève de Guido Reni. Elle est née le 8 janvier 1638 à Bologne dans la maison familiale qui comportait également l’atelier de son père. Comme la plupart des femmes peintres de cette époque, c’est donc dans le milieu familial qu’elle fera son apprentissage car les femmes ne pouvaient fréquenter les académies ou les ateliers des peintres, qui étaient réservés aux hommes.

 

Elisabetta Sirani. Moïse sauvé des eaux (1660-65)

Elisabetta Sirani. Moïse sauvé des eaux (1660-65)

Huile sur toile, 112,5 × 130 cm, collection particulière

Analyse détaillée

 

L’historien de l’art Carlo Cesare Malvasia (1616-1693) était un ami de la famille Sirani. Il a rédigé un ouvrage consacré à la vie des peintres de Bologne et intitulé Felsina pittrice, soit Peintres de Bologne (*) dans lequel figure une biographie d’Elisabetta Sirani. Malvasia raconte qu’il a détecté le talent d’Elisabetta et convaincu son père d’assurer sa formation de peintre. Quelle que soit l’exactitude de cette affirmation, Giovan Andrea Sirani apprit l’art de peindre à ses trois filles, Elisabetta, Barbara et Anna Maria. Elisabetta se révéla vite la plus douée et, dès l’âge de dix-sept ans, elle réalisait des portraits.

La formation d’Elisabetta Sirani ne se limita pas à la peinture. La famille vivait dans l’aisance car le père était un artiste apprécié, un marchand réputé et un homme cultivé. Une bibliothèque d’environ 80 ouvrages à caractère littéraire, artistique et scientifique était à la disposition des enfants. Certains livres étant rédigés en latin ou en grec (Métamorphoses d’Ovide, Histoire naturelle de Pline l’Ancien par exemple) Elisabetta dut affronter ces apprentissages linguistiques, ce qui fit d’elle une femme particulièrement érudite pour l’époque. Bien entendu, des traités de technique picturale étaient également disponibles, qui permirent à la jeune artiste de disposer d’une approche théorique venant compléter sa formation pratique dans l’atelier paternel.

Les premières compositions religieuses d’Elisabetta Sirani apparaissent dès le milieu de la décennie 1650 : madones et héroïnes bibliques. Sa période d’activité ne dure que dix ans du fait de sa mort prématurée. Les œuvres de Sirani sont parfaitement répertoriées car elle tenait un carnet comportant la liste de ses travaux et intitulé Nota delle pitture da me Elisabetta Sirani. Outre le descriptif sommaire des œuvres, ce carnet indique les noms de commanditaires, qui peuvent être des aristocrates, des bourgeois ou des religieux.

 

Elisabetta Sirani. Ecce Homo (1660-65)

Elisabetta Sirani. Ecce Homo (1660-65)

Huile sur toile, 107 × 83,5 cm, musée d’art d’Olomouc, Tchéquie

 

Vers 1654-1655, Giovan Andrea Sirani, atteint par la goutte et l’arthrose, devint incapable de peindre. Elisabetta, seulement âgée de 17 ou 18 ans, lui succéda à la tête de l’atelier. Cette responsabilité ne l’empêcha pas de continuer à peindre et elle devint une artiste renommée dans la région de Bologne avant que sa réputation n’atteigne Florence et Rome. Mais ces responsabilités la condamnaient à vivre pratiquement recluse dans son atelier. Les commanditaires doutant de la capacité d’une femme à réaliser des tableaux d’une telle qualité, elle reçut de nombreuses visites prestigieuses comme celles des duchesses de Parme, de Bavière et de Braunschweigh ou encore celle du grand-duc de Toscane, Cosme 1er, qui voulait constater par lui-même les capacités de l’artiste. Convaincu, il la remercia en lui offrant une croix incrustée de 56 diamants en paiement d’un tableau. Elle conservait tous les cadeaux reçus dans son atelier pour les montrer aux visiteurs comme témoignage de sa réputation.

 

Elisabetta Sirani. Judith tenant la tête d’Holopherne (1655-65)

Elisabetta Sirani. Judith tenant la tête d’Holopherne (1655-65)

Huile sur toile, 129,5 × 92 cm, The Walters Art Museum, Baltimore

 

Elisabetta Sirani, sociable et modeste, acquit la sympathie de toutes les grandes familles de Bologne et celle des Médicis de Florence. Seulement âgée de vingt ans, en 1658, elle reçut sa première commande publique importante, un tableau représentant Le baptême du Christ pour la chartreuse de Bologne. De nombreuses autres suivirent qui n’ont pas toutes survécu. Son mécène le plus important fut Léopold de Médicis (1617-1675), fils de Cosme II de Médicis et grand collectionneur d’œuvres d’art.

En 1660, Elisabetta Sirani ouvre une école de peinture exclusivement réservée aux femmes. La même année, elle entre à l’Académie de Saint-Luc de Rome, la plus prestigieuse association d’artistes de la péninsule. Elle devint professeur à l’Académie, ce qui signifie qu’elle était considérée comme un maître de l’art de peindre, capable de recruter et de juger des disciples.

Elisabetta Sirani décède subitement le 28 août 1665 à l’âge de 27 ans, probablement d’un ulcère gastrique ou d’une péritonite. L’état de la médecine ne permettant pas de qualifier rigoureusement la cause du décès, une controverse apparut après la mort de l’artiste et une servante fut accusée d’empoisonnement et emprisonnée. Elisabetta Sirani fut inhumée aux côtés de Guido Reni, maître de son père, dans la chapelle du Rosaire de la basilique San Domenico de Bologne.

 

Œuvre

Elisabetta Sirani a réalisé plus de deux cents peintures, des gravures sur cuivre et des centaines de dessins. Elle est la seule femme peintre à avoir pratiqué ces trois disciplines artistiques au 17e siècle. Eu égard à la brièveté de son activité créative (environ une dizaine d’années), cette production considérable suppose un travail acharné et une rapidité d’exécution exceptionnelle. Elisabetta Sirani disposait donc de dons hors du commun. Sa production comporte surtout des portraits, des allégories et des scènes bibliques ou mythologiques. Comme Artemisia Gentileschi, née quarante-cinq ans plus tôt, elle parvient à dépasser les domaines de la nature morte et du portrait, dans lesquels les femmes peintres se trouvaient souvent cantonnées. En accédant à la peinture religieuse et mythologique, elle se place dans le genre le plus prestigieux et y réussit brillamment.

 

Elisabetta Sirani. Le baptême du Christ (1658)

Elisabetta Sirani. Le baptême du Christ (1658)

Huile sur toile, 450 × 350 cm, Église San Girolamo della Certosa, Bologne

 

Comme Gentileschi, elle aborde les sujets où la violence physique, les blessures et le sang permettent d’illustrer les passions que le style baroque cherchait à valoriser ou du moins à montrer sans détour.

 

Elisabetta Sirani. Portia se blessant à la cuisse (1664)

Elisabetta Sirani. Portia se blessant à la cuisse (1664)

Huile sur toile, 101 × 138 cm, collection particulière

 

L’allégorie constitue un autre aspect de son œuvre. Elle puise dans la mythologie antique et utilise souvent son autoportrait pour traiter la figure allégorique.

 

Elisabetta Sirani. La libéralité (v. 1657)

Elisabetta Sirani. La libéralité (v. 1657)

Huile sur toile, 135 × 95 cm, musée des Beaux-arts de Nîmes

 

Peut-être parce qu’aucune formation académique ne l’avait contrainte, Elisabetta Sirani utilisait une technique inhabituelle. Elle esquissait la composition avec des croquis rapides, puis les perfectionnait à l’aquarelle avant de les terminer à l’huile. Elle disposait d’une grande facilité et d’une vitesse d’exécution rare, qui coïncidaient avec la sprezzatura (nonchalance affectée) que Baldassare Castiglione préconisait au début du 17e siècle : « L’art véritable est celui qui ne semble pas être art. » Son jeune âge et sa réputation de « Virtuosa del Penello » firent d’Elisabetta Sirani une célébrité et une attraction de la peinture italienne de la seconde moitié du 17e siècle. Outre son talent exceptionnel, elle représente l’un des plus beaux exemples d’accession d’une femme à un statut professionnel prestigieux, contre toutes les résistances de l’époque.

 

Huiles

Elisabetta Sirani. L’Enfant Jésus et saint Antoine de Padoue (v. 1656)

Elisabetta Sirani. L’Enfant Jésus et saint Antoine de Padoue (v. 1656). Huile sur toile, 208 × 147 cm, collection particulière. Antoine de Padoue (1195-1231) est un prêtre franciscain d’origine portugaise mort près de Padoue en Italie. Prédicateur et thaumaturge, il fut canonisé en 1232. Il est souvent représenté avec l’Enfant Jésus et la fleur de lys, symbole de pureté. Elisabetta Sirani a une vingtaine d’années lorsqu’elle peint ce tableau traitant de la proximité d’Antoine de Padoue et du Christ dans un rapport quasi-maternel qui est en général réservé à la Vierge Marie. Selon les spécialistes, Giovanni Andrea Sirani a collaboré à la figure du Christ et au manteau du saint.

 

Elisabetta Sirani. La libéralité (v. 1657)

Elisabetta Sirani. La libéralité (v. 1657). Huile sur toile, 135 × 95 cm, musée des Beaux-arts de Nîmes. « C'est sans doute pour une importante personnalité de Bologne qu’Elisabetta peignit La Libéralité, figure allégorique liée à la richesse et au pouvoir. La source iconographique provient du traité d'iconologie de Ripa. L'artiste l’a adaptée à un type de représentations : les figures féminines à mi-corps, très prisées à Bologne, depuis que Guido Reni les avait multipliées avec succès.
Elisabetta Sirani a développé ensuite la composition autour d'une belle forme serpentine oblique accrochant la lumière. Cependant, le frémissement qui anime le tableau résulte surtout de l'extraordinaire fluidité de la touche et de la richesse chromatique induite par le rendu des vêtements et des draperies.
Elisabetta partageait les préoccupations picturales des artistes bolonais de sa génération : la recherche d'une synthèse entre la pureté des contours et la liberté de la touche. De la sorte, l'ovale du visage et son traitement porcelainé, légèrement froid, très différent de celui des autres parties du tableau, témoignent de l'idéal de beauté classique auquel se référait la femme peintre. Cependant, elle se montre en même temps sensible au colorisme vénitien et à celui de la peinture florentine du XVIIe siècle, auxquels elle associe habilement des effets de lumière, faisant de cette allégorie, une splendide déclinaison picturale sur le thème de la forme et de la couleur. » (Commentaire musée des Beaux-arts de Nîmes)

 

Elisabetta Sirani. Le baptême du Christ (1658)

Elisabetta Sirani. Le baptême du Christ (1658). Huile sur toile, 450 × 350 cm, Église San Girolamo della Certosa, Bologne. Ce tableau est le pendant de celui exécuté par le père de l’artiste six ans auparavant, qui avait pour thème La Cène. Selon la tradition chrétienne, le Christ a été baptisé dans le fleuve Jourdain par Jean le Baptiste encore appelé saint Jean-Baptiste.  « Par rapport au classicisme de Giovan Andrea, l’artiste représente dans une grande peinture à l'huile (450 × 350 cm) une scène vivante et complexe de style baroque, du point de vue compositionnel et formel, pleine de personnages qui gravitent autour des figures centrales de saint Jean-Baptiste et du Christ placés sur les eaux du Jourdain. Cette solution animée semble s'inspirer de l'observation de la vie domestique et quotidienne et comporte une sensibilité tout à fait féminine, conférant à l'œuvre un caractère intime très différent du ton officiel du classicisme paternel. » (Commentaire Benedetta Campo)

 

Elisabetta Sirani. Allégorie de la musique (1659)

Elisabetta Sirani. Allégorie de la musique (1659). Huile sur toile, collection particulière. Il s’agit en réalité d’un autoportrait permettant d’illustrer le concept de musique. Le visage et le style vestimentaire sont très proches de ceux de l’Allégorie de la peinture figurant en haut de page et considérée comme un autoportrait de l’artiste.

 

Elisabetta Sirani. Portrait d’une dame en Pandora ou Artemisia (v. 1660)

Elisabetta Sirani. Portrait d’une dame en Pandora ou Artemisia (v. 1660). Huile sur toile, 92 × 75 cm, collection particulière. Portait à mi-corps pouvant être interprété comme une représentation d’Artemisia Gentileschi, femme peintre baroque (1593-1653), ou de Pandora, personnage de la mythologie grecque. Pandora ou Pandore est la première femme créée par la volonté de Zeus qui voulait se venger des hommes pour le vol du feu par Prométhée. Pandore accepta d’épouser Épiméthée, le frère de Prométhée. Elle apporta avec elle une boite mystérieuse contenant tous les maux de l’humanité (maladie, vieillesse, etc.) et céda à la tentation de l’ouvrir. Mille calamités s’abattirent alors sur les hommes. Cette fameuse boite de Pandore était une jarre dans la mythologie grecque. Elisabetta Sirani a donc représenté son personnage avec cet accessoire.

 

Elisabetta Sirani. Portrait de Béatrice Cenci (1662)

Elisabetta Sirani. Portrait de Béatrice Cenci (1662). Huile sur toile, 64,5 × 49 cm Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome. Béatrice Cenci (1577-1599) est la fille de Francesco Cenci, un aristocrate romain au tempérament violent qui avait cherché à abuser de sa fille. Les autorités, bien que prévenues, restaient inactives. La famille décida d’assassiner Francesco, ce qui fut fait le 9 septembre 1598. Les membres de la famille furent arrêtés, condamnés et exécutés en 1599. Béatrice Cenci est devenue par la suite en Italie un symbole de la résistance à l’aristocratie.

 

Elisabetta Sirani. Saint Joseph et l’Enfant Jésus (v. 1662)

Elisabetta Sirani. Saint Joseph et l’Enfant Jésus (v. 1662). Huile sur toile, collection particulière. Le thème de Joseph avec le Christ enfant est beaucoup plus rare que celui de la Vierge à l’Enfant. Il intéresse les artistes du 17e siècle et Guido Reni, qui avait été le maître de Giovan Sirani, le père d’Elisabetta, avait traité le sujet en 1623. Il ne fait pas de doute que le tableau de Reni a influencé Sirani, qui reprend le saint Joseph barbu, grisonnant et manifestant avec l’enfant une grande proximité et une douceur presque maternelle.

 

Elisabetta Sirani. Vierge à l’enfant (1663)

Elisabetta Sirani. Vierge à l’enfant (1663). Huile sur toile, 86 × 70 cm, National Museum of Women in the Arts, Washington. « Dans la Vierge à l'Enfant, Elisabetta Sirani représente Marie non comme une reine des cieux majestueuse, mais comme une toute jeune mère.
Portant le turban habituel des paysannes de Bologne, Marie regarde avec admiration le bébé dodu qui s’agite sur ses genoux. Dans ses bras, l'Enfant-Jésus se penche en arrière pour couronner sa mère avec une guirlande de roses et elle baisse la tête pour la recevoir. La touche virtuose de Sirani est nettement visible sur la manche blanche de la Vierge, peinte de manière épaisse pour souligner sa texture rugueuse provenant d’un tissage artisanal.
Les seuls ornements de la Vierge sont son foulard à motifs bleus et un gland doré au coin de l'oreiller sur lequel repose l'Enfant-Jésus. Ce motif pailleté et la guirlande de fleurs se détachent nettement sur le fond uni et sombre choisi par Sirani. La signature de l'artiste et la date apparaissent en lettres d'or le long de la couture horizontale de l'oreiller. » (Commentaire National Museum of Women in the Arts)

 

Elisabetta Sirani. Madeleine pénitente (1663)

Elisabetta Sirani. Madeleine pénitente (1663). Huile sur toile, 113,5 × 94 cm, musée des Beaux-arts et d’Archéologie, Besançon. Marie-Madeleine est un personnage du Nouveau Testament, disciple de Jésus-Christ. Mais un sermon du pape Grégoire prononcé en 591 l’assimila à Marie de Béthanie, également présente dans le récit biblique, mais qui est une « pécheresse ». Sermon de Grégoire : « Elle, celle que Luc appelle la femme pécheresse, celle que Joseph appelle Marie de Béthanie, nous croyons que c’est Marie, de qui sept démons furent chassés selon Marc. » Cette réputation lui est restée, d’où la pénitence.
Elisabetta Sirani traite le sujet avec une originalité exceptionnelle. Madeleine fait pénitence dans une grotte ornée d’un crucifix. Avec un visage extatique, elle tient à la main un fouet, symbole de contrition et de punition. La nudité et les cheveux défaits soulignent son abandon. En peinture, le crâne était utilisé dans les vanités, natures mortes allégoriques renvoyant à la mort et à la vacuité des passions humaines.

 

Elisabetta Sirani. Saint Jean-Baptiste au désert (1664)

Elisabetta Sirani. Saint Jean-Baptiste au désert (1664). Huile sur toile, 75,5 × 62 cm, National Galleries of Scotland, Édimbourg. L'Évangile selon Matthieu indique que Jean-Baptiste a vécu une vie d'ascète, « caché dans le désert », se nourrissant de « sauterelles et de miel sauvage ». Jean fut appelé le Baptiste car il pratiquait le baptême par immersion dans le Jourdain pour laver les âmes de leurs péchés. Il eut de nombreux disciples et fut surtout celui qui annonça la venue du Christ : « Moi, je vous baptise avec de l'eau, pour vous amener à la repentance, mais vient celui plus fort que moi, et je ne suis pas digne de porter ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit saint et le feu ». Elisabetta Sirani représente Jean-Baptiste enfant dans un environnement naturel, ce qui est plus rare que la figure de Jean-Baptiste adulte au désert, sujet traité fréquemment à partir du 15e siècle (voir par exemple le chef-d’œuvre de Gérard de Saint-Jean, Saint Jean-Baptiste au désert, 1480-95). La présence de l’agneau renvoie à la venue future du Christ, l’agneau de Dieu.
« Daté de 1664, ce tableau est décrit par le biographe des artistes bolonais, Carlo Cesare Malvasia, comme ayant été peint pour un “Cavaliere” florentin non identifié, l’année précédant la mort d’Elisabetta. » (Commentaire National Galleries of Scotland)

 

Elisabetta Sirani. Portia se blessant à la cuisse (1664)

Elisabetta Sirani. Portia se blessant à la cuisse (1664). Huile sur toile, 101 × 138 cm, collection particulière. Portia Catonis (ou encore Porcia, Porcie), est la fille de Caton d’Utique et la femme de Brutus (1er siècle av. J.-C.). Brutus est le sénateur romain qui assassina Jules César. Selon Plutarque, Portia vit Brutus qui réfléchissait à un complot contre César et lui demanda de quoi il s’agissait. Brutus ne répondit pas. Portia pensa qu’il ne faisait pas confiance à une femme qui pourrait parler sous la torture. Pour lui prouver son courage, elle s’infligea une blessure à la cuisse avec un  couteau et endura la douleur pendant plusieurs jours. Brutus fut convaincu par cette épreuve et ne lui cacha plus rien.
Elisabetta Sirani, confrontée à la méfiance masculine envers ses capacités artistiques, parvient à illustrer par un thème antique le ressenti des femmes et le courage qu’elles doivent montrer pour gagner la confiance des hommes. La composition oppose le monde de la femme traditionnelle, avec quatre femmes en arrière-plan se livrant aux activités typiquement féminines de l’époque tout en bavardant, et le défi lancé par Portia pour s’affirmer, apparaissant avec force au premier plan. La position de Portia, jambe découverte, tranche avec celle des autres femmes, tout comme ses somptueux vêtements et ses bijoux, que l’artiste a visiblement voulu traiter avec un soin particulier pour associer luxe et pouvoir. Portia conquiert un autre statut par un acte transgressif.

 

Elisabetta Sirani. Portrait d’Anna Maria Marsigli en Charité (1665)

Elisabetta Sirani. Portrait d’Anna Maria Marsigli en Charité (1665). Huile sur toile, 96 × 78 cm, Cassa di Risparmio, Bologne. Le modèle est une aristocrate de Bologne représentée avec ses enfants. Il s’agit d’une allégorie de la vertu théologale de charité qui prescrit l’amour de Dieu et du prochain. Ses attributs traditionnels sont les enfants, que leur mère doit protéger et nourrir.

 

Elisabetta Sirani. Ecce Homo (1660-65)

Elisabetta Sirani. Ecce Homo (1660-65). Huile sur toile, 107 × 83,5 cm, musée d’art d’Olomouc, Tchéquie. Jésus Christ a été battu et couronné d’épines. Il doit être crucifié. Ponce Pilate, préfet de Judée, le présente à la foule en disant : Ecce homo (Voici l’homme). Le musée d’Olomouc souligne la parenté stylistique avec les compositions de Guido Reni : atmosphère générale, jeu des couleurs et ferveur emphatique.

 

Elisabetta Sirani. Moïse sauvé des eaux (1660-65)

Elisabetta Sirani. Moïse sauvé des eaux (1660-65). Huile sur toile, 112,5 × 130 cm, collection particulière. Le pharaon ayant donné l’ordre d’éliminer tous les nouveau-nés mâles du peuple hébreu, la mère de Moïse cache l’enfant durant trois mois puis l’abandonne dans une corbeille sur le Nil, près de la rive. La fille du pharaon qui se baignait avec des courtisanes, trouve l’enfant et décide de l’adopter.
La richesse chromatique est exceptionnelle : rose clair, gris bleu, verts profonds, ocres et rouges. La composition oppose la lumière intense, qui éclaire la fille du Pharaon et le nouveau-né, et l’ombre profonde de l’arrière-plan qu’une trouée vers l’horizon vient atténuer. Ce jeu de clair-obscur, caractéristique du baroque, constitue ici l’armature de la composition. Les visages ont été totalement idéalisés et une nature morte au premier plan vient confirmer l’influence maniériste déjà apparente avec les couleurs.

Analyse détaillée

 

Elisabetta Sirani. Cléopâtre et la perle (1655-65)

Elisabetta Sirani. Cléopâtre et la perle (1655-65). Huile sur toile, 95 × 75 cm, The Flint Institute of Arts, Flint. La reine d’Égypte Cléopâtre (69-30 av. J.-C.) a donné lieu à de multiples représentations picturales qui ne visent pas en général la fidélité. Celle d’Elisabetta Sirani a l’allure d’une riche italienne du 16e siècle. Le fond noir induit une focalisation sur la figure et l’illumine fortement.
L’anecdote représentée est relatée par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle. Cléopâtre fait le pari avec son amant Marc-Antoine qu’elle engloutirait dix millions de sesterces en un seul repas. La reine organisa un banquet et demanda aux serviteurs de poser devant elle une coupe remplie de vinaigre. Elle ôta une des perles qu’elle portait aux oreilles et la plongea dans le vinaigre. Quand elle fut dissoute, elle avala le vinaigre.

 

Elisabetta Sirani. Cléopâtre (1655-65)

Elisabetta Sirani. Cléopâtre (1655-65). Huile sur toile, collection particulière. Adelina Modesti développe à propos de ce tableau le thème de la femme forte (en français dans le texte) dans l’œuvre de Sirani. « Un exemple récemment retrouvé d'une telle femme forte est la Cléopâtre (1664) d’Elisabetta dans une collection privée italienne, qui met en valeur la virtuosité de l'artiste, sa maîtrise technique ­– orchestration dramatique des couleurs et fort clair-obscur. Elisabetta a soigneusement disposé la lumière pour qu'elle tombe sur le corps dénudé de Cléopâtre (seins, bras et visage), ainsi que pour capter la lumière réfléchie sur la coupe en verre tenue dans la main gauche de la reine et sur le vase à l'arrière-plan droit. Cela témoigne de la maîtrise du médium et du pinceau par Elisabetta (ses contemporains le considéraient comme une "Virtuosa del pennello"), capable de représenter de manière réaliste la transparence du verre. Les mains de Cléopâtre, dans leur pose élégante, sont également magnifiquement et gracieusement rendues. Elles tiennent la grande perle baroque (une de ses boucles d'oreilles) et la coupe dans laquelle elle est sur le point de tomber. Son bras droit révèle un repentir, montrant comment l'artiste a repensé ses compositions au fur et à mesure de son travail. Elisabetta était connue pour ces images emblématiques de femmes puissantes, dans lesquelles elle mettait en évidence la figure digne de l'héroïne, tant thématiquement que visuellement, en excluant souvent le protagoniste masculin, "héros" à travers lequel l’identité de ces femmes avait été définie, comme ici le général romain Marc-Antoine, amant absent de Cléopâtre. »

 

Elisabetta Sirani. Judith tenant la tête d’Holopherne (1655-65)

Elisabetta Sirani. Judith tenant la tête d’Holopherne (1655-65). Huile sur toile, 236 × 183 cm, Lakeview Museum of Arts and Sciences, Peoria. Récit biblique (Ancien Testament). Pendant le siège de Béthulie, sa ville, par les assyriens, Judith séduit le général assyrien Holopherne puis l’assassine dans son sommeil pour sauver son peuple. L’artiste n’accorde que peu d’importance au malheureux Holopherne pour mettre en évidence la vengeance de Judith, qui apparaît somptueusement vêtue. Ces vêtements illustre sans doute la vision orientaliste assez naïve de l’époque, mais le traitement des étoffes est tout à fait remarquable.

 

Elisabetta Sirani. Judith tenant la tête d’Holopherne (1655-65)

Elisabetta Sirani. Judith tenant la tête d’Holopherne (1655-65). Huile sur toile, 129,5 × 92 cm, The Walters Art Museum, Baltimore. Récit biblique (Ancien Testament). Pendant le siège de Béthulie, sa ville, par les assyriens, Judith séduit le général assyrien Holopherne puis l’assassine dans son sommeil pour sauver son peuple. « Le contraste entre la physionomie brutale d'Holopherne et la beauté de l'héroïne souligne le message moral du triomphe final de la vertu sur le mal. La peintre bolonaise Elisabetta Sirani s’est inspirée du style de Guido Reni (1575-1642), admiré pour ses représentations féminines idéalisées, comme sa Madeleine pénitente (Walters 37.2631). Cette peinture se rapproche de son style mais s’inspire également de celui de son père Giovanni Andrea Sirani. » (Commentaire Walters Art Museum)

 

Elisabetta Sirani. Melpomène muse de la tragédie (1655-65)

Elisabetta Sirani. Melpomène muse de la tragédie (1655-65). Huile sur toile, 87 × 71 cm, collection particulière. Dans la mythologie grecque, Malpomène est la muse du chant et de la tragédie. Elle a pour attribut le masque de la tragédie que les comédiens grecs utilisaient sur scène. Nous retrouvons toujours dans ces figures allégoriques le même visage, inspiré de celui de l’aritiste.

 

Dessins

Elisabetta Sirani. La Sainte Famille avec Sainte Elisabeth et Saint Jean Baptiste (1550-60)

Elisabetta Sirani. La Sainte Famille avec Sainte Elisabeth et Saint Jean Baptiste (1550-60). Dessin sur papier, 31 × 23,5 cm, National Galleries of Art, Washington.

 

Elisabetta Sirani. La Charité (1655-65)

Elisabetta Sirani. La Charité (1655-65). Lavis brun, pierre noire sur papier, 18,6  × 15 cm, musée du Louvre, Paris. Ce dessin peut être rapproché du Portrait d’Anna Maria Marsigli en Charité (1665), ci-dessus.

 

Elisabetta Sirani. Mater Dolorosa (1655-65)

Elisabetta Sirani. Mater Dolorosa (1655-65). Dessin sur papier, Royal Collection Trust, château de Windsor.

 

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Elisabetta Sirani

 

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(*) Felsina est le nom étrusque de la ville de Bologne à sa fondation en 534 avant J.-C. Les romains l’appelleront ensuite Bononia.

 

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