Artemisia Gentileschi

 
 

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 Autoportraits 

Gentileschi. Autoportrait en martyre (1615)

Autoportrait en martyre (1615)

Huile sur toile, 32 × 24 cm

Collection particulière

Gentileschi. Autoportrait en joueuse de luth 1615-17)

Autoportrait en joueuse de luth (1615-17)

Huile sur toile, 30 × 28 cm

Curtis Galleries, Minneapolis

Gentileschi. Autoportrait en allégorie de la peinture (1638-39)

Autoportrait en allégorie de la peinture (1630)

Huile sur toile, 96,5 × 73,7 cm

Collection Royale, Windsor

 

 Biographie et œuvre

 1593-1653

 Artemisia Lomi Gentileschi est la fille du peintre maniériste Orazio Gentileschi (1563-1639).

 

Orazio Gentileschi : Annonciation (1623)Orazio Gentileschi : Annonciation (1623). Huile sur toile, 286 × 196 cm, Galleria Sabauda, Turin. On perçoit la double influence de Caravage (ombre et lumière, couleurs fortement contrastantes) et du maniérisme (élégance très étudiée des postures et des gestes).

 

Exceptionnellement douée pour la peinture, Artemisia accède au genre considéré à l’époque comme le plus noble : les scènes religieuses et historiques.

 

Gentileschi. Judith décapitant Holopherne (1620)

Artemisia Gentileschi. Judith décapitant Holopherne (1611-12)

Huile sur toile, 159 × 126 cm, Museo Nazionale di Capodimonte, Naples.

 

Rome (1593-1614)​

Elle naît à Rome en 1593 et apprend le dessin et la peinture dans l’atelier paternel. Orazio fréquente Caravage qui influence sa peinture. La filiation artistique entre Caravage et Artemisia Gentileschi remonte donc à sa première jeunesse. En 1610, à l’âge de dix-sept ans, elle réalise Suzanne et les vieillards, tableau au réalisme et à l’esthétique caravagesque.

 

Gentileschi. Suzanne et les vieillards (1610)Suzanne et les vieillards (1610). Huile sur toile, 170 × 121 cm, Schloss Weissenstein, Pommersfelden. Épisode extrait de la Bible. Une jeune femme, Suzanne, est surprise par deux vieillards alors qu’elle prend son bain. Elle refuse leurs avances et les vieillards l’accusent alors d’adultère. Elle est condamnée à mort. Le prophète Daniel prend sa défense et fait condamner les vieillards.

 

En tant que femme, il lui est impossible d’accéder  à l’Académie de Saint-Luc regroupant les peintres de Rome et diffusant un enseignement artistique. Son père va donc, en 1611, lui fournir un précepteur en la personne d’Agostino Tassi (1566-1644), peintre maniériste. Mais celui-ci tente de séduire Artemisia et la viole. Tassi promet le mariage en mentant sur son état-civil car il est déjà marié. Orazio Gentileschi porte plainte devant le tribunal papal plusieurs mois après le viol. L’éthique religieuse et les pratiques judiciaires de l’époque conduiront à torturer la jeune fille de dix-huit ans pour s’assurer de son innocence. Les valeurs sous-jacentes du christianisme (la femme tentatrice) et la brutalité judiciaire (la question) feront certainement émerger une psychologie que la production artistique d’Artemisia Gentileschi révèle en partie. Le violeur est condamné à un an de prison, sentence que ses protecteurs feront révoquer. La jeune femme continue à peindre pendant cette période très difficile.

 

Gentileschi. Judith décapitant Holopherne (1620)

Judith décapitant Holopherne (1611-12). Huile sur toile, 159 × 126 cm, Museo Nazionale di Capodimonte, Naples. Ancien Testament. Décapitation d’Holopherne par Judith. Pendant le siège de Béthulie, sa ville, par les assyriens, Judith séduit le général assyrien Holopherne puis l’assassine dans son sommeil pour sauver son peuple. Ce tableau, dont il existe plusieurs versions, a souvent été interprété comme une allusion au viol subi plus jeune par Artemisia Gentileschi. Judith aurait les traits d’Artemisia, Holopherne ceux d’Agostino Tassi, le violeur. Certains n’hésitent pas à assimiler la décapitation à une castration symbolique. On peut évidemment gloser à l’infini…

 

Gentileschi. Danaé (1612)Danaé (1612). Huile sur cuivre, 41 × 53 cm, Art Museum, Saint Louis. Mythologie grecque. Danaé est la fille d’Acrisios (roi d’Argos) et d’Eurydice. Elle est emprisonnée par son père, mais Zeus parvient à se présenter à elle pour la séduire sous la forme d’une pluie d'or. De cette union naît un fils, Persée, l’un des grands héros de la mythologie grecque. Le mythe de la pluie d’or sur Danaé sera exploité jusqu’au 20e siècle par des peintres en mal d’inspiration (Gustav Klimt, Danaé, 1907)

 

Peu après le procès, Orazio marie sa fille à Pietro Antonio Stiattesi, peintre florentin. Le couple s’installe à Florence et quatre enfants naîtront de cette union, dont trois mourront en bas-âge.

 

Florence (1614-1620)

Artemisia Gentileschi connaîtra le succès à Florence. Elle est la première femme à être admise à l’Académie de dessin. Le Grand-duc Cosme II de Médicis (1590-1621) et sa mère la Grande-duchesse Christine de Lorraine (1565-1637), petite fille de Catherine de Médicis, apprécient son talent. Elle connaît Galilée, le célèbre physicien (1564-1642), avec lequel elle entretiendra longtemps une correspondance. Cette période est féconde.

 

Gentileschi. Sainte Cécile jouant du luth (1616)Sainte Cécile jouant du luth (1616). Huile sur toile, 108 × 79 cm, Galleria Spada, Rome. Cécile aurait vécu à Rome, aux premiers temps du christianisme. Sa légende en fait une vierge qui, mariée de force, continue à respecter son vœu de virginité. On la fête le 22 novembre. Sainte Cécile est la patronne des musiciens ainsi que des brodeurs et brodeuses.

Gentileschi. Judith et sa servante (1618-19)Judith et sa servante (1618-19). Huile sur toile, 114 × 93,5 cm, Galleria Palatina (Palazzo Pitti), Florence. Ancien Testament. La scène de ce tableau fait suite à la décapitation d'Holopherne par Judith (voir ci-dessus). Judith et sa servante retournent vers Béthulie, leur ville. La servante porte dans un panier la tête d'Holopherne.

Gentileschi. Sainte Catherine d’Alexandrie (1620)Sainte Catherine d’Alexandrie (1620). Huile sur toile, 77 × 62 cm, Galerie des Offices, Florence. Au 4e siècle, Catherine d’Alexandrie aurait tenté de convertir au christianisme l’empereur romain Maximien (vers 250-310). Il la met à l’épreuve en lui demandant de convertir cinquante savants. Elle réussit. Il les fait exécuter et propose le mariage à Catherine. Elle refuse. Il la fait torturer puis décapiter.

 

 Mais le mari d’Artemisia s’avère être un irresponsable qui dépense excessivement et accumule les dettes. Elle le quitte et retourne à Rome en 1621.

 

Rome et Venise (1621-1630)

Elle s’installe à Rome de façon indépendante car son père vit désormais à Gênes. Elle se lie d’amitié avec Cassiano dal Pozzo (1588-1657), érudit et mécène, secrétaire du cardinal Francesco Barberini (1597-1679) et ami du peintre français Nicolas Poussin (1594-1665). La jeune artiste a une réputation de portraitiste mais n’est pas retenue pour les commandes de décoration des grands édifices : palais, églises, cathédrales. Aussi part-elle pour Venise entre 1627 et 1630, espérant y trouver des commanditaires.

De cette époque, datent en particulier :

 

Gentileschi. Portrait d'un condottière (1622)Portrait d'un condottière (1622). Huile sur toile, 208 × 128 cm, Palazzo d'Accursio, Bologne. Les condottières sont des officiers mercenaires qui, du 13e au 17e siècle, mettaient leur savoir militaire qui service des puissances politiques moyennant finances.

Artemisia Gentileschi. Vénus endormie (1525-30)Vénus endormie (1525-30). Huile sur toile, 97  144 cm, Virginia Museum of Fine Arts, Richmond. Vénus est la déesse de l’amour dans la mythologie romaine (Aphrodite chez les grecs). Elle apparaît ici avec Cupidon, son fils et dieu de l’amour (Éros chez les grecs). Les Vénus endormies ou allongées prolifèrent dans la peinture occidentale car elles permettaient de représenter la nudité féminine : Titien (Vénus d’Urbino, 1538), Giorgione (Vénus endormie, 1510). S’y ajoute parfois un miroir, comme chez Vélasquez (Vénus à son miroir, 1647-51). Manet détournera le thème en 1863 avec son Olympia.

 
Gentileschi. Esther et Assuérus (1628-35)

Esther et Assuérus (1628-35). Huile sur toile, 208 × 274 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Ancien Testament. Le roi de Perse, Assuérus, a épousé Esther, une jeune et belle juive, sans connaître sa religion. Elle apprend que le grand vizir, Aman, prépare un complot pour tuer tous les Juifs. Elle décide de se rendre elle-même au palais alors qu’il est interdit, même pour la reine, de s’y présenter sans avoir été convoqué. Le roi, d’abord furieux, est pris de compassion devant Esther qui s’évanouit : « Qu'y a-t-il, reine Esther ? lui dit le roi. Dis-moi ce que tu désires, et, serait-ce la moitié du royaume, c’est accordé d’avance ! ». Grâce à elle, le complot sera déjoué et Aman condamné.

 

 

Naples et l’Angleterre (1630-1653)

Toujours à la recherche de commandes, Artemisia Gnetileschi part pour Naples en 1630. Elle obtient un certain succès dans cette ville et réalise des peintures pour les cathédrales. Son père Orazio était devenu peintre de la cour de Charles 1er d’Angleterre et vivait à cette époque à Londres. Artemisia est réclamée par le souverain qui est un grand collectionneur de tableaux. Elle va rejoindre son père à Londres en 1638. Orazio Gentileschi meurt brutalement en 1639. Sa fille reste encore quelques années en Angleterre. La suite de sa vie est assez mal connue. Elle quitte Londres au plus tard en 1642. En 1649, elle se trouve à Naples et continue à peindre activement. Elle meurt dans cette ville en 1653.

 

Gentileschi. Loth et ses filles (1635-38)Loth et ses filles (1635-38). Huile sur toile, 230,5 × 183 cm, Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio. Ancien Testament. Loth est le neveu d’Abraham. Deux anges ont demandé à Loth de se réfugier dans une grotte avec ses deux filles  afin de fuir le peuple de Sodome. L’aînée, s’inquiétant de ne pas trouver d’hommes dans le pays, enivre son père pour s’accoupler avec lui, sans qu’il le sache, et incite sa cadette à faire de même. L'aînée donnera naissance à Moab, et la cadette à Ben-Ammi.

 

Artemisia Gentileschi a connu pendant sa vie un succès artistique remarquable. Si les commanditaires lui préfèrent des hommes pour la décoration des grands édifices, c’est qu’il était rarissime de trouver une femme pour effectuer ce travail. Se faire accepter constituait déjà une prouesse. Cette grande artiste sera oubliée après sa mort. Sa réhabilitation commencera en 1916 avec l’essai de l’historien de l’art Roberto Longhi (1890-1970) intitulé Gentileschi père et fille. Le mouvement féministe s’intéressera également à elle à la fin du 20e siècle et des romans lui seront consacrés.

Elle est aujourd’hui considérée comme une artiste majeure du courant caravagesque.

 

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Artemisia Gentileschi

Orazio Gentileschi 

Commentaires (5)

MAREST Christine
  • 1. MAREST Christine | 24/06/2012
Intéressant malgré quelques erreurs et manque.
rivagedeboheme
  • 2. rivagedeboheme (site web) | 24/06/2012
Merci pour votre commentaire. Pour les manques, il y en a certainement beaucoup. Mais quelles sont les erreurs ? N'hésitez pas à me les signaler.
Tourbillon
  • 3. Tourbillon | 30/04/2016
Et bien, par exemple, pour le tableau "Judith décapitant Holopherne", vous avez confondues les deux versions existantes d'Artemisia. Vous dites que le tableau a été peint en 1620, alors qu'il s'agit de la version de 1612-1613. Pourtant, les informations correspondent bien à l'image (c'est effectivement cette version qui est au musée national de Capodimonte et les dimensions sont exacte), ce qui porte à confusion ^^.
rivagedeboheme
  • 4. rivagedeboheme (site web) | 30/04/2016
Exact. J'ai donc corrigé la date. Merci pour votre lecture attentive.
P. AULNAS
Bazorg
  • 5. Bazorg | 11/02/2018
Une petite vidéo qui traite du même sujet avec légèreté et émotion ;-)
https://www.youtube.com/watch?v=sctCOMuXn_A

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