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Patrick AULNAS
Autoportraits
Biographie et œuvre
1593-1653
Artemisia Lomi Gentileschi est la fille du peintre maniériste Orazio Gentileschi (1563-1639).

Orazio Gentileschi : Annonciation (1623)
Huile sur toile, 286 × 196 cm, Galleria Sabauda, Turin.
On perçoit la double influence de Caravage (ombre et lumière, couleurs fortement contrastantes)
et du maniérisme (élégance très étudiée des postures et des gestes).
Exceptionnellement douée pour la peinture, Artemisia accède au genre considéré à l’époque comme le plus noble : les scènes religieuses et historiques.

Artemisia Gentileschi. Judith décapitant Holopherne (1611-12)
Huile sur toile, 159 × 126 cm, Museo Nazionale di Capodimonte, Naples.
Rome (1593-1614)
Elle naît à Rome en 1593 et apprend le dessin et la peinture dans l’atelier paternel. Orazio fréquente Caravage qui influence sa peinture. La filiation artistique entre Caravage et Artemisia Gentileschi remonte donc à sa première jeunesse. En 1610, à l’âge de dix-sept ans, elle réalise Suzanne et les vieillards, tableau au réalisme et à l’esthétique caravagesque.
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Suzanne et les vieillards (1610). Huile sur toile, 170 × 121 cm, Schloss Weissenstein, Pommersfelden. Épisode extrait de la Bible. Une jeune femme, Suzanne, est surprise par deux vieillards alors qu’elle prend son bain. Elle refuse leurs avances et les vieillards l’accusent alors d’adultère. Elle est condamnée à mort. Le prophète Daniel prend sa défense et fait condamner les vieillards.
Artemisia Gentileschi s’inspire d’une toile de Rubens de 1608 sur le même sujet. Deux hommes âgés surprennent une jeune femme s’apprêtant à se baigner. Le doigt sur la bouche, intimant le silence, et la peur de la baigneuse, se manifestant par des gestes appuyés, sont communs aux deux œuvres.
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En tant que femme, il lui est impossible d’accéder à l’Académie de Saint-Luc regroupant les peintres de Rome et diffusant un enseignement artistique. Son père va donc, en 1611, lui fournir un précepteur en la personne d’Agostino Tassi (1566-1644), peintre maniériste. Mais celui-ci tente de séduire Artemisia et la viole. Tassi promet le mariage en mentant sur son état-civil car il est déjà marié. Orazio Gentileschi porte plainte devant le tribunal papal plusieurs mois après le viol. L’éthique religieuse et les pratiques judiciaires de l’époque conduiront à torturer la jeune fille de dix-huit ans pour s’assurer de son innocence. Les valeurs sous-jacentes du christianisme (la femme tentatrice) et la brutalité judiciaire (la question) feront certainement émerger une psychologie que la production artistique d’Artemisia Gentileschi révèle en partie. Le violeur est condamné à un an de prison, sentence que ses protecteurs feront révoquer. La jeune femme continue à peindre pendant cette période très difficile.
Judith décapitant Holopherne (1611-12). Huile sur toile, 159 × 126 cm, Museo Nazionale di Capodimonte, Naples. Ancien Testament. Décapitation d’Holopherne par Judith. Pendant le siège de Béthulie, sa ville, par les assyriens, Judith séduit le général assyrien Holopherne puis l’assassine dans son sommeil pour sauver son peuple. Ce tableau, dont il existe plusieurs versions, a souvent été interprété comme une allusion au viol subi plus jeune par Artemisia Gentileschi. Judith aurait les traits d’Artemisia, Holopherne ceux d’Agostino Tassi, le violeur. Certains n’hésitent pas à assimiler la décapitation à une castration symbolique. On peut évidemment gloser à l’infini…
« Comme pour la plupart des œuvres d'Artemisia Gentileschi, les spécialistes ont tenté d'expliquer Judith décapitant Holopherne comme une réaction personnelle à son procès pour viol en 1612. Mais en réalité, l’inspiration était bien plus visuelle que psychologique. Sa source principale était sans aucun doute la Judith de Caravage (Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome), peinte une dizaine d'années plus tôt. La violence intense du meurtre, l'absence de détails décoratifs et même les bras raides et parallèles de Judith s'inspirent tous de Caravage. Artemisia connaissait probablement aussi Judith décapitant Holopherne d'Adam Elsheimer (Victoria and Albert Museum, Londres), qui appartenait à Rubens. Le petit cuivre d'Elsheimer a peut-être influencé la position du corps et des jambes d'Holopherne, mais il convient de noter que la toile d'Artemisia a été coupée sur la gauche et que ses jambes ont désormais disparu. D'autres éléments expressifs et compositionnels peuvent être liés à l'œuvre de son père Orazio, en particulier sa Judith et sa servante (Wadsworth Atheneum, Hartford). L'apparence juvénile et le rôle important de complice donné à la servante Abra, ainsi que la structure triangulaire, sont dérivés de la toile d'Orazio à Hartford. » (Commentaire Web Gallery of Art)
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Danaé (1612). Huile sur cuivre, 41 × 53 cm, Art Museum, Saint Louis. Mythologie grecque. Danaé est la fille d’Acrisios (roi d’Argos) et d’Eurydice. Elle est emprisonnée par son père, mais Zeus parvient à se présenter à elle pour la séduire sous la forme d’une pluie d'or. De cette union naît un fils, Persée, l’un des grands héros de la mythologie grecque. Le mythe de la pluie d’or sur Danaé sera exploité jusqu’au 20e siècle par des peintres en mal d’inspiration (Gustav Klimt, Danaé, 1907)
« Artemisia Gentileschi excellait dans la représentation des textures, comme en témoignent les cheveux dorés de cette figure allongée, les tissus somptueux et les pièces de monnaie métalliques qui tombent sur la peau nue. Ces effets sensuels conviennent parfaitement à l'histoire grecque antique de Danaé, une jeune femme que son père avait enfermée pour l'empêcher de tomber enceinte. Un oracle avait prédit qu'elle donnerait naissance à un fils qui tuerait son propre père. Zeus, roi des dieux, réussit à contrecarrer ce plan en se transformant en pluie dorée, ce qui lui permit d'entrer dans la chambre fermée où Danaé était retenue captive. Après avoir repris sa forme divine, il séduisit Danaé. Peint alors que Gentileschi n'avait que 19 ans, ce tableau reflète le savoir-faire acquis auprès de son père Orazio, pour peindre des tons de peau délicats et des surfaces somptueuses. » (Commentaire Art Museum, Saint Louis)
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Peu après le procès, Orazio marie sa fille à Pietro Antonio Stiattesi, peintre florentin. Le couple s’installe à Florence et quatre enfants naîtront de cette union, dont trois mourront en bas-âge.
Florence (1614-1620)
Artemisia Gentileschi connaîtra le succès à Florence. Elle est la première femme à être admise à l’Académie de dessin. Le Grand-duc Cosme II de Médicis (1590-1621) et sa mère la Grande-duchesse Christine de Lorraine (1565-1637), petite fille de Catherine de Médicis, apprécient son talent. Elle connaît Galilée, le célèbre physicien (1564-1642), avec lequel elle entretiendra longtemps une correspondance. Cette période est féconde.
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Sainte Cécile jouant du luth (1616). Huile sur toile, 108 × 79 cm, Galleria Spada, Rome. Cécile aurait vécu à Rome, aux premiers temps du christianisme. Sa légende en fait une vierge qui, mariée de force, continue à respecter son vœu de virginité. On la fête le 22 novembre. Sainte Cécile est la patronne des musiciens ainsi que des brodeurs et brodeuses.
L’attribution de l’œuvre a été longtemps incertaine mais un certain consensus existe aujourd’hui pour l’attribuer à Artemisia Gentileschi. La sainte n’est qu’un prétexte pour représenter une jeune musicienne en tenue du 17e siècle dans une robe jaune éclairant fortement une composition à l’arrière-plan sombre.
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Judith et sa servante (1618-19). Huile sur toile, 114 × 93,5 cm, Galleria Palatina (Palazzo Pitti), Florence. Ancien Testament. La scène de ce tableau fait suite à la décapitation d'Holopherne par Judith (voir ci-dessus). Judith et sa servante retournent vers Béthulie, leur ville. La servante porte dans un panier la tête d'Holopherne.
« Ce sujet macabre était très populaire. Il fut un temps où, à Florence, il symbolisait le fier républicanisme de la ville. À l'époque où Gentileschi réalisa cette œuvre, probablement pour Cosme II de Médicis, Florence était devenue un grand-duché et le baroque, avec toute sa cruauté monumentale et réaliste, régnait en maître. » (Commentaire Web Gallery of Art)
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Sainte Catherine d’Alexandrie (1620). Huile sur toile, 77 × 62 cm, Galerie des Offices, Florence. Au 4e siècle, Catherine d’Alexandrie aurait tenté de convertir au christianisme l’empereur romain Maximien (vers 250-310). Il la met à l’épreuve en lui demandant de convertir cinquante savants. Elle réussit. Il les fait exécuter et propose le mariage à Catherine. Elle refuse. Il la fait torturer puis décapiter.
« Sainte Catherine est identifiable grâce à la partie de la roue à pointes qui fut l'instrument (inefficace) de son martyre. Cette œuvre audacieuse, à la manière de Caravage, fait preuve d'une grande virtuosité dans le rendu du voile qui recouvre la poitrine de la sainte, et dans les diagonales marquées qui renforcent le regard tourné vers le ciel de Catherine. » (Commentaire Web Gallery of Art)
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Mais le mari d’Artemisia s’avère être un irresponsable qui dépense excessivement et accumule les dettes. Elle le quitte et retourne à Rome en 1621.
Rome et Venise (1621-1630)
Elle s’installe à Rome de façon indépendante car son père vit désormais à Gênes. Elle se lie d’amitié avec Cassiano dal Pozzo (1588-1657), érudit et mécène, secrétaire du cardinal Francesco Barberini (1597-1679) et ami du peintre français Nicolas Poussin (1594-1665). La jeune artiste a une réputation de portraitiste mais n’est pas retenue pour les commandes de décoration des grands édifices : palais, églises, cathédrales. Aussi part-elle pour Venise entre 1627 et 1630, espérant y trouver des commanditaires.
De cette époque, datent en particulier :
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Portrait d'un condottière (1622). Huile sur toile, 208 × 128 cm, Palazzo d'Accursio, Bologne. Les condottières sont des officiers mercenaires qui, du 13e au 17e siècle, mettaient leur savoir militaire qui service des puissances politiques moyennant finances.
« L'identité du modèle est inconnue. Il porte une armure de parade, ainsi qu'une fraise et des manchettes amidonnées, ornées sur la poitrine d'une croix dont les extrémités sont terminées par des trèfles. Il arbore une écharpe verte richement bordée. La croix et l'écharpe indiquent que l'homme appartient à l'ordre des Saints Maurice et Lazare.
Le tableau se distingue par la grande qualité de son exécution et son niveau d'inventivité. Il s'agit de l'un des rares portraits signés et datés de l'artiste. Le tableau a été réalisé à Rome. » (Commentaire Web Gallery of Art)
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Vénus endormie (1625-30). Huile sur toile, 97 × 144 cm, Virginia Museum of Fine Arts, Richmond. Vénus est la déesse de l’amour dans la mythologie romaine (Aphrodite chez les Grecs). Elle apparaît ici avec Cupidon, son fils et dieu de l’amour (Éros chez les Grecs). Les Vénus endormies ou allongées prolifèrent dans la peinture occidentale car elles permettaient de représenter la nudité féminine : Titien (Vénus d’Urbino, 1538), Giorgione (Vénus endormie, 1510). S’y ajoute parfois un miroir, comme chez Vélasquez (Vénus à son miroir, 1647-51). Manet détournera le thème en 1863 avec son Olympia.
« L'œuvre de Gentileschi, se caractérisant par de forts contrastes entre la lumière et l'obscurité et par des compositions inhabituelles et audacieuses, a été influencée à la fois par le style pictural de son père et par celui du célèbre Michelangelo Merisi da Caravaggio. Ses sujets traitent souvent, sous forme de portraits puissants, des figures féminines tirées de la Bible, de la mythologie ou de l'histoire antique – Judith, Suzanne, Cléopâtre et Danaé, par exemple – représentées de manière dramatique comme des héroïnes. Dans cette œuvre, cependant, Gentileschi a créé une image somptueuse de Vénus, la déesse de l'amour, endormie sous une tenture de velours. Sa couverture est peinte à l'outremer, un pigment coûteux fabriqué à partir de lapis-lazuli en poudre. Derrière elle, Cupidon brandit un éventail en plumes de paon pour éloigner les insectes qui pourraient la déranger ou la réveiller. En haut à gauche, on aperçoit un paysage montagneux avec un petit temple circulaire, qui rappelle celui dédié à Vénus près de la villa de l'empereur romain Hadrien à Tivoli, juste à l'extérieur de Rome. » (Commentaire Virginia Museum of Fine Arts)
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Esther et Assuérus (1628-35). Huile sur toile, 208 × 274 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Ancien Testament. Le roi de Perse, Assuérus, a épousé Esther, une jeune et belle juive, sans connaître sa religion. Elle apprend que le grand vizir, Aman, prépare un complot pour tuer tous les Juifs. Elle décide de se rendre elle-même au palais alors qu’il est interdit, même pour la reine, de s’y présenter sans avoir été convoqué. Le roi, d’abord furieux, est pris de compassion devant Esther qui s’évanouit : « Qu'y a-t-il, reine Esther ? lui dit le roi. Dis-moi ce que tu désires, et, serait-ce la moitié du royaume, c’est accordé d’avance ! ». Grâce à elle, le complot sera déjoué et Aman condamné.
« Peintre la plus célèbre du XVIIe siècle, Gentileschi a travaillé à Rome, Florence, Venise, Naples et Londres. Ce tableau, l'un de ses plus ambitieux, représente l'héroïne juive Esther, qui s'est présentée devant son mari, le roi Assuérus de Perse, afin d'empêcher le massacre du peuple juif, rompant ainsi avec le protocole de la cour et risquant la mort. Plutôt qu'une reconstitution historique, c'est le théâtre contemporain qui a inspiré Gentileschi pour concevoir cette scène dramatique dans laquelle Esther s'évanouit juste avant que le roi n'accède à sa demande. Un serviteur d'origine africaine retenant un chien avait été peint par l'artiste et reste partiellement visible sous le pavement de marbre à gauche du genou du roi. » (Commentaire MET)
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Naples et l’Angleterre (1630-1653)
Toujours à la recherche de commandes, Artemisia Gentileschi part pour Naples en 1630. Elle obtient un certain succès dans cette ville et réalise des peintures pour les cathédrales. Son père Orazio était devenu peintre de la cour de Charles 1er d’Angleterre et vivait à cette époque à Londres. Artemisia est réclamée par le souverain qui est un grand collectionneur de tableaux. Elle va rejoindre son père à Londres en 1638. Orazio Gentileschi meurt brutalement en 1639. Sa fille reste encore quelques années en Angleterre. La suite de sa vie est assez mal connue. Elle quitte Londres au plus tard en 1642. En 1649, elle se trouve à Naples et continue à peindre activement. Elle meurt dans cette ville en 1653.
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Loth et ses filles (1635-38). Huile sur toile, 230,5 × 183 cm, Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio. Ancien Testament. Loth est le neveu d’Abraham. Deux anges ont demandé à Loth de se réfugier dans une grotte avec ses deux filles afin de fuir le peuple de Sodome. L’aînée, s’inquiétant de ne pas trouver d’hommes dans le pays, enivre son père pour s’accoupler avec lui, sans qu’il le sache, et incite sa cadette à faire de même. L'aînée donnera naissance à Moab, et la cadette à Ben-Ammi.
« Ce sujet faisait généralement partie d'une série d'images bibliques sur la séduction, avec pour thème sous-jacent le pouvoir des femmes d'égarer les hommes. Artemisia Gentileschi a toutefois atténué l’aspect sexuel de l'histoire, donnant à ses personnages plus de dignité et une interaction psychologique plus profonde.
Bien qu'elle ait travaillé à Rome, Florence et Venise, au moment où elle a peint Lot et ses filles, Artemisia Gentileschi dirigeait son propre atelier à Naples, qui connaissait un grand succès. Elle était admirée et imitée par de nombreux peintres, dont Bernardo Cavallino, à qui ce tableau a été attribué à une époque. Ses personnages puissants, ses couleurs riches et ses compositions dramatiques lui ont valu une renommée et des commandes dans toute l'Europe. » (Commentaire Google Art & Culture)
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Artemisia Gentileschi a connu pendant sa vie un succès artistique remarquable. Si les commanditaires lui préfèrent des hommes pour la décoration des grands édifices, c’est qu’il était rarissime de trouver une femme pour effectuer ce travail. Se faire accepter constituait déjà une prouesse. Cette grande artiste sera oubliée après sa mort. Sa réhabilitation commencera en 1916 avec l’essai de l’historien de l’art Roberto Longhi (1890-1970) intitulé Gentileschi père et fille. Le mouvement féministe s’intéressera également à elle à la fin du 20e siècle et des romans lui seront consacrés.
Elle est aujourd’hui considérée comme une artiste majeure du courant caravagesque.
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Artemisia Gentileschi
Orazio Gentileschi