Le Pérugin

 
 
 

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Patrick AULNAS

 Autoportrait

Le Pérugin. Autoportrait extrait des fresques du Collegio del Cambio (1497-1500)

Le Pérugin. Autoportrait présumé.
Détail des fresques du Collegio del Cambio (1497-1500)

Biographie

 v. 1448-1523

Pietro Vannucci, dit Le Pérugin (Il Perugino) est né vers 1448 à Città della Pieve, près de Pérouse, en Ombrie. Son surnom lui vient de la ville de Pérouse (Perugia en italien). Son père, Cristoforo Vanucci, avait de nombreux enfants et la famille n'était pas riche, mais respectée. Son goût pour la peinture est apparu très tôt car, à peine avait-il atteint sa neuvième année qu'il fut mis en apprentissage chez un peintre de Pérouse, Benedetto Bonfigli (1420-1496) puis chez Niccolò da Foligno (1430-1502). Il travaillera ensuite à Pérouse auprès de Piero della Francesca.
A une date indéterminée, il part pour Florence, l'épicentre de la Première Renaissance italienne. Entre 1470 et 1472, il travaille dans l'atelier d'Andrea del Verrochio (1435-1488) où il est le condisciple de Léonard de Vinci. On sait qu'en 1472 il est inscrit à la compagnie de Saint-Luc de la ville, corporation de peintres et de sculpteurs. Au cours de la décennie 1470, il peint de nombreuses scènes religieuses et des Vierges.
En 1478, Pietro Vanucci part pour Rome, où il participera, de 1480 à 1482 à la réalisation des fresques à la Chapelle Sixtine commandées par le pape Sixte IV (1414-1484), auxquelles collaborent également Sandro Botticelli et Domenico Ghirlandaio.

 

Le Pérugin. Chapelle Sixtine. Le baptême du Christ, détail (v. 1482)

Le Pérugin. Le baptême du Christ, détail (v. 1482)
Fresque, Chapelle Sixtine, Vatican.

 

Il revient à Florence en 1486 et, en 1487, est condamné à une amende de dix florins pour coups et blessures. Avec un autre peintre de Pérouse, il a agressé un individu avec des bâtons. Cependant, sa réputation de peintre de grand talent est désormais confirmée et il ouvre deux ateliers, l'un à Florence, l'autre à Pérouse. En 1485, la ville de Florence lui avait décerné le titre de citoyen d'honneur et c'est à partir de cette date qu'il devient pour tous Il Perugino (Le Pérugin).
Il va alors beaucoup produire et il devient difficile de déterminer ce qui est de sa main et ce qui a été peint par les nombreux élèves qui fréquentent ses ateliers. En 1493, Le Pérugin épouse Chiara Fancelli, fille de l'architecte Luca Fancelli. Il utilisera le visage de son épouse dans certaines représentations de la Vierge. A la fin du 15e siècle, Raphaël (1483-1520) devient son élève et le génie du jeune peintre infléchira un peu le style du maître. Scènes religieuses, retables, fresques, mythologie antique vont se succéder pendant vingt ans au début du 16e siècle.

 

Le Pérugin. Le mariage de la Vierge (1500-04)Le mariage de la Vierge (1500-1504)
Huile sur bois, 234 × 185 cm, musée des Beaux-arts, Caen.

 

Giorgio Vasari (*) décrit Le Pérugin comme un artiste au talent exceptionnel mais incroyant et attiré par l'argent.
« Pietro avait peu de religion. Il ne voulut jamais croire à l'immortalité de l'âme, et rien ne pouvait vaincre l'obstination de sa cervelle de marbre. Toute son espérance reposait sur les biens de la fortune, et pour l'argent il aurait été capable de tout.
Il amassa de grandes richesses, bâtit et acheta des maisons à Florence, et acquit une foule de bonnes et solides propriétés à Pérouse et à Castello-della-Pieve.
Il se maria avec une jeune fille d'une beauté extraordinaire, dont il eut plusieurs enfants. On prétend qu'il attachait tant d'importance à la parure de sa femme, que souvent il lui donnait lui-même tous ses soins. »

Pietro Vanucci, dit Le Pérugin, meurt en 1523 à Fontignano, hameau proche de Florence. Il y séjournait pour décorer l'église paroissiale et aurait été atteint de la peste. 

Œuvre

Lorsque le jeune Pietro Vannucci est l'élève de Benedetto Bonfigli aux alentours de 1460, les innovations de la peinture florentine ne se sont pas encore imposées dans la capitale de l'Ombrie. Les deux villes ne sont distantes que d'une centaine de kilomètres, et si cela représente beaucoup au 15e siècle, le problème n'est pas là. Le Gothique se maintient car les artistes de l'époque ont été formés à cette école et maîtrisent parfaitement ce style. En changer suppose apprentissage et difficultés à vaincre. Voici ce que peignait Bonfigli en 1455 :

 

Benedetto Bonfigli. Annonciation (1455)

Benedetto Bonfigli. Annonciation (1455)
Tempera et or sur bois, 51 × 36,5 cm, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

 

On comprend qu'informé de ce qui se passait à Florence, Pietro n'ait pas pu résister au voyage. Devenir le condisciple de Léonard de Vinci chez les peintres florentins le projetait dans un autre monde, celui que configuraient artistes, écrivains et philosophes et qui est encore la base de notre modernité. Très doué, Pietro Vannucci va rencontrer un immense succès chez ses contemporains et y répondre par une production parfois surabondante et répétitive, sans doute, mais qui a fait passer la peinture ombrienne du Moyen Âge à la Renaissance. On le considère ainsi comme le chef de file de l'école ombrienne, le mot école ne signifiant guère plus qu'une variante géographiquement située de la peinture de la Renaissance. A la fin du 15e siècle, il est le grand peintre de Pérouse, où il a ouvert un atelier, tout en disposant d'une réputation de premier plan à Florence. Agostino Chigi (1466-1520), riche banquier de Sienne et grand mécène, écrit que Le Pérugin est « le meilleur maître d'Italie ». Sa peinture est accessible, simple dans la composition, paisible. Beaucoup moins novateur que son contemporain Léonard de Vinci (1452-1519), on l'a qualifié de « plus traditionnel des peintres modernes ». Certes, mais il faut bien observer chaque œuvre de ce très grand peintre pour sentir, comme le dit si bien le professeur Ernst Gombrich, que « certains des chefs-d'œuvre de Pérugin, pris isolément, nous font entrevoir un univers d'une sérénité et d'une harmonie supra-terrestres. » (Histoire de l'Art, éditions Phaidon)

Le Pérugin. L'adoration des Mages (v. 1470-76)L'adoration des Mages (v. 1470-76). Huile sur toile, 241 × 180 cm, Galleria Nazionale dell'Umbria, Perugia. Cette huile sur toile est l'une des premières commandes reçues par le peintre après son apprentissage. Elle était destinée à servir de retable dans une église de Pérouse et est désormais conservée à la Galerie nationale de l'Ombrie à Pérouse. Selon la tradition chrétienne, trois mages auraient suivi une étoile vers le lieu de naissance de Jésus-Christ. Arrivés près de Jésus, ils lui offrent l'or, l'encens et la myrrhe. A droite, sous l'auvent, Joseph et la Vierge avec Jésus. L'un des mages est agenouillé. Le paysage à l'arrière-plan est caractéristique des compositions du Pérugin et il le reprendra souvent. L'ensemble reste très conventionnel et les personnages proches du style gothique. Comparer avec le style de l'Adoration des mages de 1521-22 (qui est une fresque). 

Le Pérugin. Chapelle Sixtine. La remise des clefs à saint Pierre (v. 1482)

Chapelle Sixtine. La remise des clefs à saint Pierre (v. 1482). Fresque, 335 × 550 cm, Chapelle Sixtine, Vatican. Le Pérugin a réalisé au moins six fresques à la Chapelle Sixtine mais il n'en subsiste que trois. Ce sont des compositions très vastes qui nécessitent un travail collectif sous la direction du maître. On sait que Pinturicchio (1454-1513), son élève, a collaboré à ces fresques. Cette scène représente Jésus qui remet deux clefs à Saint-Pierre, l'une pour le salut des âmes, l'autre ouvrant la porte du Paradis. Une vaste esplanade avec son pavement et un temple à l'arrière-plan permettent de produire un remarquable effet de perspective. Cette perspective parfaitement centrée dans une composition symétrique est une des caractéristiques du style de Pérugin.
« Cette fresque du Pérugin, est une des plus belles réalisations du cycle de la Chapelle Sixtine et est considérée comme un chef-d’œuvre du Pérugin. La scène est dominée au premier plan par l’épisode de la remise des "clefs du Royaume des Cieux" à saint Pierre, agenouillé aux pieds du Christ, (Matthieu 16, 13-20), symbole de la souveraineté et donc des pouvoirs conférés au premier vicaire du Christ sur la terre. Derrière se dresse la masse imposante du Temple de Jérusalem, représenté de façon renaissance par une construction octogonale en coupole, flanquée de part et d’autre de deux arcs de triomphe rappelant ceux de Constantin à Rome. Au deuxième plan, deux autres épisodes évangéliques : le paiement de taxes (Matthieu 17, 24-27) et la tentative de lapidation du Christ (Jean 8, 31-59; 10, 31-39) à laquelle se réfère l’inscription située au-dessus ("CONTURBATIO IESU CHRISTI LEGISLATORIS"). Le personnage à la chevelure fournie coiffé d’un béret noir serait un autoportrait du Pérugin. » (Commentaire musées du Vatican)

Le Pérugin. Chapelle Sixtine. La remise des clefs à saint Pierre, détail (v. 1482)

Chapelle Sixtine. La remise des clefs à saint Pierre, détail (v. 1482). Les peintres de la Renaissance recherchaient la beauté idéale tout en ayant conquis une approche réaliste de la représentation de l'être humain. C'est en cela qu'ils dépassent le gothique international qui se contentait d'une vision schématique. Les visages sont donc individualisés avec chacun une expression particulière et parfois un charme à la Botticelli.

Le Pérugin. Chapelle Sixtine. Le baptême du Christ (v. 1482)

Chapelle Sixtine. Le baptême du Christ (v. 1482). Fresque, 335 × 540 cm, Chapelle Sixtine, Vatican. Selon le récit biblique, le Christ a été baptisé dans le fleuve Jourdain par Jean le Baptiste, ou Jean-Baptiste, qui est considéré comme un prophète par les chrétiens et les musulmans. Le Pérugin conserve dans cette fresque la composition symétrique avec paysage en arrière-plan. Deux épisodes secondaires viennent enrichir le tableau : le Christ prêchant sur la droite et le sermon de Jean-Baptiste sur la gauche.

Le Pérugin. Chapelle Sixtine. Le baptême du Christ, détail (v. 1482)

Chapelle Sixtine. Le baptême du Christ, détail (v. 1482). Le peintre s'est attaché à représenter fidèlement le corps humain tout en soignant l'élégance des postures et des gestes. L'ensemble architectural en arrière-plan est totalement étranger à ce qui pouvait exister en Judée à l'époque romaine. Le réalisme de la Renaissance a ses limites.

Le Pérugin. Apollon et Daphnis (1483)

Apollon et Daphnis (1483). Bois, 39 × 29 cm, musée du Louvre, Paris. Mythologie antique. Longtemps appelé Apollon et Marsyas (un satyre), ce tableau fait l'objet aujourd'hui d'une autre interprétation : Apollon (à droite) observe Daphnis (assis), un jeune pasteur qui serait mort d'amour pour Apollon.

Le Pérugin et Luca Signorelli. Crucifixion (1485-90)

Le Pérugin et Luca Signorelli. Crucifixion (1485-90). Huile sur bois, 203 × 180 cm, Galerie des Offices, Florence. Sur cette huile sur bois dont l'attribution est controversée et dont la date de réalisation est incertaine (entre 1470 et 1490 selon les sources), on retrouve une composition chère au Pérugin : symétrie, paysage en arrière-plan et perspective atmosphérique avec un ciel azuréen tout en dégradé vers l'horizon. De gauche à droite : saint Jérôme, saint François, Marie-Madeleine, Giovanni Colombini et saint Jean désignant le Christ de la main. Giovanni Colombini (1304-1367) est le fondateur de l'ordre des Jésuates. L'œuvre était initialement destinée à une église rattachée à cet ordre.

Le Pérugin. Vierge à l'enfant entre les saints Jean-Baptiste et Sébastien (1493)

Vierge à l'enfant entre les saints Jean-Baptiste et Sébastien (1493). Huile sur toile, 178 × 164 cm, Galerie des Offices, Florence. Cette huile sur toile est typique du style du Pérugin. La composition symétrique repose sur une perspective parfaitement centrée construite sur deux plans : l'architecture du portique d'abord, puis, en profondeur, le ciel et le paysage. On retrouve dans le visage de la Vierge les traits de l'épouse du peintre, Chiara Fancelli.
« 
Provenant de l'église San Domenico de Fiesole. Signé et daté. Cette œuvre, dont la renommée dépasse sa véritable valeur artistique, exprime un sentiment religieux purement extérieur, au moyen d'éléments simplement illustratifs plutôt que véritablement figuratifs, et manque quelque peu de vie.
Pérugin était très demandé durant la dernière décennie du XVe siècle, notamment pour les retables religieux comme celui-ci. Il s'était spécialisé dans une représentation de la Vierge à l'Enfant accessible, juvénile et douce. Elle est assise sur un trône à haut piédestal orné d'une frise de style romain. Un arrière-plan architectural imposant assure la stabilité de la composition comportant deux saints debout encadrant la Vierge à l'Enfant. » (Commentaire Web Gallery of Art)

Le Pérugin. Retable de Fano (1497)

Retable de Fano (1497). Cette huile sur bois de 262 × 215 cm sert de retable dans l'église Santa Maria Nuova de Fano (Marches). Il s'agit d'une Conversation sacrée. Ce thème, apparu au 15e siècle, représente la Vierge avec l'Enfant Jésus entourés de personnages de saints qui semblent bavarder entre eux. Les personnages représentés ne sont pas contemporains l'un de l'autre. Ici, à gauche de la Vierge : saint Jean-Baptiste, saint Louis et saint François d'Assise. A droite, saint Pierre, saint Paul et Marie Madeleine. La composition reprend exactement les principes utilisés dans la Vierge à l'enfant entre les saints Jean-Baptiste et Sébastien (1493).

Le Pérugin. Fresques du Collegio del Cambio (1497-1500)

Fresques du Collegio del Cambio (1497-1500). Ce chef-d'œuvre décore la salle d'audience du Collegio del Cambiio de Pérouse où se déroulaient les réunions de la corporation des agents de change de la ville. Les fresques sont principalement une allégorie des vertus cardinales (prudence, tempérance, force, justice) et théologales (foi, espérance, charité).

Le Pérugin. Collegio del Cambio. Les grands hommes de l'antiquité (1497-1500)

Collegio del Cambio. Les grands hommes de l'antiquité (1497-1500). Fresque, 293 × 418 cm, Collegio del Cambio, Perugia. Sont représentés dans cette lunette : Fabius Maximus, Socrate, Numa Pompilius, Furius Camillus, Pittacus et Trajan. Au dessus d'eux les vertus cardinales Prudence et Justice. A droite, nous pouvons voir un autoportrait de Pérugin.

Le Pérugin. Collegio del Cambio. Nativité (1497-1500)

Collegio del Cambio. Nativité (1497-1500). Fresque, 264 × 225 cm, Collegio del Cambio, Perugia. Episode biblique de la naissance de Jésus-Christ. Marie (mère), Joseph (époux de Marie) et quelques personnages saints ainsi que des anges sont en général représentés.

Le Pérugin. Marie-Madeleine (v. 1500)

Marie-Madeleine (v. 1500). Huile sur bois, 47 × 34 cm, Galleria Palatina (Palazzo Pitti), Florence. Marie-Madeleine est un personnage du Nouveau Testament, disciple de Jésus-Christ. Elle est en général représentée en pénitente. Ce n'est pas du tout le cas ici puisqu'il s'agit d'un portrait que l'on pourrait croire d'un contemporain. Le Pérugin s'est inspiré du visage de son épouse Chiara Fancelli, que Vasari jugeait "d'une beauté extraordinaire", mais il l'a idéalisé. Le titre Marie-Madeleine n'est donc qu'un prétexte pour rattacher à la religion et à un thème ressassé ce simple et beau portrait.
« Autrefois attribuée à Léonard de Vinci, l'œuvre est aujourd'hui unanimement reconnue comme étant celle du Pérugin. Ce tableau d'une grande beauté est particulièrement réussi, tant dans sa conception que dans son exécution, avec sa palette subtile et nuancée, aux tons chauds et bruns. Il se rapproche beaucoup de l'œuvre de Raphaël. La Madeleine du Pérugin est caractéristique de son type de prédilection : un visage ovale et lumineux, aux traits délicats et fins. Pourtant, on pourrait presque la prendre pour un portrait, et il se pourrait même qu'elle en soit un. En effet, le Pérugin excellait dans ce genre en plein essor, où sa touche précise lui permettait de saisir les ressemblances. » (Commentaire Web Gallery of Art)

Le Pérugin. L'archange Raphaël et Tobie (v. 1500)

L'archange Raphaël et Tobie (v. 1500). Huile et tempera sur peuplier, 58 × 126 cm, National Gallery, Londres. Selon la Bible (Ancien Testament), l'archange Raphaël a été envoyé par Dieu pour guérir la cécité du père de Tobie et l'aider à rencontrer Sarah afin d'assurer la descendance d'Abraham. Raphaël accompagne Tobie dans son voyage. Après de multiples péripéties, le jeune Tobie parvient à guérir la cécité de son père avec du fiel de poisson. Composition pleine de sérénité et de douceur très représentative de Pérugin.
« Ce panneau est l'un des trois provenant du niveau inférieur d'un retable réalisé pour le duc de Milan ; les deux autres font également partie de la collection de la National Gallery.
L'archange Raphaël est le héros du Livre de Tobie, qui fait partie de la Bible catholique. Tobie envoya son fils Tobias entreprendre un long voyage, et Raphaël fut envoyé par Dieu pour l'accompagner. Tobias tient un poisson fraîchement pêché et vidé ; Raphaël lui avait conseillé de conserver son cœur, son foie et sa bile, car ils pouvaient servir d'onguent pour guérir la cécité et être brûlés pour chasser les mauvais esprits. L'archange conserve ces précieux organes dans une petite boîte.
Le duo était accompagné dans son voyage par le chien de Tobias. On ne peut apercevoir ici que sa tête, au bas du panneau, car le bord inférieur – comme celui des autres panneaux – a été rogné au XVIIIe siècle. » (Commentaire National Gallery)

Le Pérugin. Vierge à l'enfant (v. 1501)

Vierge à l'Enfant (v. 1501). Huile sur bois, 70 × 51 cm, National Gallery of Art, Washington. Très harmonieuse, cette Vierge à l'enfant est vêtue simplement et seuls quelques motifs décoratifs apparaissent sur la manche. Le paysage en arrière-plan est caractéristique du style du peintre et lui permet d'utiliser la perspective atmosphérique (le ciel s'éclaircit dans les lointains) pour donner de la profondeur au tableau. Le visage de la Vierge emprunte les traits de Chiara Fancelli, l'épouse du peintre.

Le Pérugin. Le combat de l'amour et de la chasteté (1503)

Le combat de l'amour et de la chasteté (1503). Huile sur toile, 160 × 191 cm, musée du Louvre, Paris. Ce tableau a été commandé par Isabelle d'Este (1474-1539) pour décorer son studiolo dans son palais de Mantoue. Un studiolo est un cabinet de curiosités où les dames de l'aristocratie de l'époque aimaient rassembler des objets et des tableaux qu'elles affectionnaient. La commanditaire avait demandé une scène allégorique où luttent l'amour et la chasteté représentés par Pallas et Vénus.
La chasteté, c’est-à-dire l’abstinence sexuelle, était une vertu préconisée par l’Église. Mais les humains étant biologiquement des mammifères, leur reproduction suppose une attirance mâle-femelle. L’homme du 16e siècle était ainsi écartelé entre une prescription morale et l’instinct sexuel. Le mot amour n’a pas à cette époque la signification complexe que nous lui donnons aujourd’hui. Il s’agit principalement d’une attirance sexuelle contre laquelle il convient de lutter, si du moins on entend s’élever moralement. Le sentiment n’est évidemment pas absent, mais l’inclination émotive conduisant au rapprochement des corps, il y a lieu de résister à l’amour.
Cette lutte entre amour et chasteté doit être mise en relation avec la philosophie néoplatonicienne qui séduisait les élites à cette époque en Italie. Elle pouvait avoir un esprit moralisateur qu’Isabelle d’Este cherche à évoquer par toute une panoplie de divinités antiques.

 
Le Pérugin. Le mariage de la Vierge (1500-04)

Le mariage de la Vierge (1500-04). Huile sur bois, 234 × 185 cm, musée des Beaux-Arts, Caen. Episode de la tradition chrétienne au cours duquel Marie, mère de Jésus-Christ, épouse Joseph, devant le temple de Jérusalem. Ce thème est abondamment utilisé par les peintres à partir de Giotto (1267-1337) jusqu'au 17e siècle. Cette scène a été peinte pour une chapelle de la cathédrale de Pérouse et est actuellement conservée au musée des Beaux-arts de Caen (France). Joseph passe la bague au doigt de Marie devant un prêtre : symétrie et effet de perspective produit par le temple en arrière-plan et le pavement de l'esplanade.
« Ce grand tableau envoyé par l'État en 1804 est l'un des chefs-d'œuvre du fonds constitutif historique du musée des Beaux-Arts de Caen. Il avait été saisi en 1798 par les armées françaises de Napoléon Bonaparte, dans la Cathédrale de Pérouse où il était accroché depuis sa création en 1504.
L'œuvre représente le mariage de Joseph et de la Vierge Marie. Le grand prêtre Zaccharie unit leurs mains, précisément à l'aplomb de la porte ouverte dans le temple de Jérusalem représenté telle une architecture idéale à l'arrière-plan. Ce bâtiment octogonal  traversé de part en part d'un rectangle de lumière et laissant entrevoir le paysage au loin, symbolise l'horizon théologique auquel les deux protagonistes sont promis. Mais cette ouverture marque également le point de fuite, ce point unique vers lequel convergent toutes les lignes du tableau, tracées de manière géométrique conformément aux règles de la perspective euclidienne (ou mathématique) si prisée des artistes de la Renaissance afin de créer un sentiment physique de l'espace.
Sur l'esplanade centrale ainsi parcourue de lignes perspectives, on aperçoit de fines silhouettes d'hommes, dont plusieurs ont un bâton à la main, que l'un d'eux tente de casser en prenant appui sur sa jambe. Le même geste se répète au premier plan. Joseph, qui seul tient dans sa main une branche à l'extrémité fleurie, livre la clé de l'énigme. La Légende dorée, écrite au XIIIe siècle par Jacques de Voragine, raconte que les prétendants au mariage étaient invités à venir avec un bâton ; celui dont la baguette refleurirait serait l'heureux élu, ce qui fut le cas pour Joseph, au grand dam de prétendants plus jeunes, dès lors animés de dépit.  
Ce thème de la rivalité est au cœur de l'histoire du tableau. L'élève du Pérugin, le grand Raphaël, peignit, en 1504 lui aussi, un tableau sur le même thème (Milan, Brera). Le maître est âgé de 56 ans, son disciple n'a que 21 ans, et cette fois le plus jeune ne le cède en rien à son aîné. » (Commentaire MBA Caen)

Le Pérugin. L'adoration des mages (1521-22)

L'adoration des mages (1521-22). Fresque, sanctuaire de la Madonna delle Lacrime, Trevi. Cette fresque, l'une des dernières compositions du peintre, a été peinte dans l'église Madonna delle Lacrime de Trevi, commune de la province de Pérouse. Selon le récit biblique, trois mages auraient suivi une étoile vers le lieu de naissance de Jésus-Christ. Arrivés près de Jésus, ils lui offrent l'or, l'encens et la myrrhe.
Au centre, la Vierge Marie et Jésus ainsi que Joseph qui tient un long bâton. Deux mages sont agenouillés. De façon récurrente chez le peintre, l'arrière-plan est un paysage de collines avec un ciel s'éclaircissant dans les lointains (perspective atmosphérique). Le bleu pâle et translucide des vêtements sur le fond vert du paysage constitue une originalité chromatique pour l'époque.

 

Pour visionner d'autres œuvres sur GOOGLE ARTS & CULTURE, cliquer sur le nom du peintre : 

Le Pérugin

 

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(*) Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (première édition 1550, remaniée en 1568).

Commentaires

  • Lacroix  Gabriel

    1 Lacroix Gabriel Le 02/05/2026

    Bonjour

    A l'occasion d’ un voyage culturel en Italie du Nord en mai 2026, je dois faire un exposé sur le Pérugin.
    Votre site est parfait pour mon sujet ! Merci beaucoup !

    Cordialement

    Gabrie.l Lacroix

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