Guido Reni. Bacchus et Ariane (1619-20)

 
 

Patrick AULNAS

Élève des Carracci, Guido Reni fut un des précurseurs de la peinture classique du 17e siècle. Au cours du 16e siècle, le maniérisme avait peu à peu supplanté le sobre idéalisme de Raphaël et, à la fin du siècle, apparaissait le baroque, qui remettait fondamentalement en cause les critères de l’esthétique raphaélienne. Reni se trouvait donc au carrefour de plusieurs tendances, dont son œuvre comporte des illustrations. Lorsqu’il peint Bacchus et Ariane, vers 1620, il a définitivement choisi l’orientation classique, transmise par les Carracci.

 

 

Guido Reni. Bacchus et Ariane (1619-20)

Guido Reni. Bacchus et Ariane (1619-20)

Huile sur toile, 96 × 86 cm, Los Angeles County Museum of Art.

Image HD sur GOOGLE ARTS & CULTURE

 

Bacchus et Ariane dans la mythologie grecque

La mythologie comporte toujours de multiples variantes des aventures divines. Il faut choisir ou se perdre dans des querelles de spécialistes. Voici donc une version courante des relations de Bacchus (Dionysos chez les grecs) et d’Ariane. Ariane est la fille du roi de Crète Minos (fils de Zeus) et de Pasiphaé (fille d'Hélios, dieu du soleil). Elle est la demi-sœur d'Astérion, le Minotaure, qui possède un corps d’homme et une tête de taureau et vit enfermé dans un labyrinthe.

Amoureuse de Thésée, Ariane lui permet de vaincre le Minotaure en lui fournissant un fil qu'il dévide derrière lui afin de retrouver son chemin dans le labyrinthe. Mais, malgré sa promesse de l’épouser, Thésée l'abandonne sur l'île de Naxos. Elle quitte cette île pour suivre le dieu Dionysos (Bacchus) qui la console et l'emmène sur l’île de Lemnos. Elle aura de lui plusieurs enfants.

Guido Reni illustre la scène où Bacchus rencontre à Naxos une Ariane inconsolable après l’abandon de Thésée.

 

Analyse de l’œuvre

Assise sur un rocher, Ariane se morfond sur l’île de Naxos, abandonnée par Thésée. Les yeux tournés vers le ciel, la tête reposant sur son bras gauche, elle ne peut se consoler de son amour perdu, qui fuit sur un bateau dont les voiles apparaissent encore vaguement à l’horizon.

 

 

Guido Reni. Bacchus et Ariane, détail

Guido Reni. Bacchus et Ariane, détail

 

Les saintes et les déesses au regard extatique implorant les cieux ne sont pas rares chez Guido Reni. Il vendait beaucoup et ces facilités pouvaient lui procurer une vaste clientèle en émouvant aux larmes les amateurs peu avertis. La constellation de la Couronne boréale apparaît en haut à droite sous forme de quelques points jaunes car, dans la mythologie, elle appartenait à Ariane et avait été placée dans le ciel par Bacchus.

Bacchus, dieu du vin et de la vigne, porte sa couronne de feuilles de vigne. Il est séduit par Ariane et va lui demander de l’épouser.

 

 

Guido Reni. Bacchus et Ariane, détail

Guido Reni. Bacchus et Ariane, détail

 

La position de Bacchus révèle l’influence de Michel-Ange. Appuyé sur sa jambe gauche, de façon à faire apparaître un déhanchement, il laisse reposer sa main gauche sur sa hanche et tient sa cape avec sa main droite. Les postures des deux personnages n’ont rien de naturel car Reni recherche une esthétique, qu’il trouve de façon magistrale en combinant l’élégance irréelle des corps, l’effet de volume leur procurant une dimension sculpturale et les couleurs vives des étoffes, de la mer et du ciel.

Ce tableau atypique dans l’œuvre de Reni se rattache au maniérisme, dominant dans la seconde moitié du 16e siècle. L’artiste veut dépasser la simple représentation de la nature en attribuant un rôle à ses personnages, comme s’ils étaient sur une scène de théâtre. Ariane joue le rôle de l’épouse trahie, Bacchus celui du séducteur plein d’assurance qui vient la consoler. Les couleurs crues relèvent également de ce jeu pictural cherchant à affiner l’émotion artistique.

Guido Reni avait traité le même sujet à plusieurs reprises et il le reprendra à la fin de sa vie. Mais seul le Bacchus et Ariane de 1619-20 nous est parvenu. Il a été beaucoup copié par la suite, Bacchus étant affublé sur certaines copies d’étoffes ou de feuilles de vigne, comme sur cette triste reproduction de 1800 :

 

 

Ecole italienne, d'après Guido Reni. Bacchus et Ariane (v. 1800)

Ecole italienne, d'après Guido Reni. Bacchus et Ariane (v. 1800)

Huile sur panneau de bois, 34,50 ×27 cm, collection particulière.

 

Par-delà la mythologie antique et les tendances picturales d’une époque, Guido Reni parvient à l’universalisme avec cette composition simple : un homme et une femme dans la nature avec quelques accessoires vestimentaires.

 

Autres compositions sur le même thème

Depuis le Moyen Âge, le thème de Bacchus et Ariane inspire fréquemment les artistes. Des centaines de tableaux ou fresques, probablement des milliers de dessins, représentent cet épisode mythologique. Les compositions sont diversifiées : Ariane seule, le couple Bacchus et Ariane, le couple et diverses figures mythologiques. A partir du 20e siècle, les dérives de la création artistique peuvent amener à traiter le sujet par la dérision, ce qui, au mieux, fait sourire le spectateur. Voici quelques échantillons de cette production.

 

Titien. Bacchus et Ariane (1520-23)

Titien. Bacchus et Ariane (1520-23)
Huile sur toile, 176 × 191, National Gallery, Londres.
Image HD sur GOOGLE ARTS & CULTURE

Carrache. Le Triomphe de Bacchus et d’Ariane (voûte du palais Farnèse, 1597-1602)

Annibal Carrache. Le Triomphe de Bacchus et d’Ariane (voûte du palais Farnèse, 1597-1602)
Fresque.

 

Carrache. Triomphe de Bacchus et d’Ariane (voûte palais Farnèse détail, 1597-1602)

Annibal Carrache. Le Triomphe de Bacchus et d’Ariane (voûte palais Farnèse détail, 1597-1602)

Claude Lorrain. Bacchus et Ariane à Naxos (1656)

Claude Lorrain. Bacchus et Ariane à Naxos (1656)
Huile sur toile, 77,5 × 103 cm, Arnot Art Museum, Elmira.

Angelica Kauffmann. Ariane abandonnée par Thésée (1774)

Angelica Kauffmann. Ariane abandonnée par Thésée (1774)
Huile sur toile, 64 × 91 cm, The Museum of Fine Arts, Houston.

Maurice Denis. Bacchus et Ariane (1907)

Maurice Denis. Bacchus et Ariane (1907)
Huile sur toile, 81 × 116 cm, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg. 

 

Commentaires (1)

Godefroy Dang Nguyen
  • 1. Godefroy Dang Nguyen | 20/07/2020
Merci pour cette découverte d'un tableau qui m'était totalement inconnu!

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