Jacobello del Fiore

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Patrick AULNAS

Jacobello del Fiore. Vierge à l’Enfant (v. 1410)Jacobello del Fiore. Vierge à l’Enfant (v. 1410)
Tempera et or sur bois, 57 × 39 cm, Museo Correr, Venise.

 

Biographie

v. 1375-v. 1439

Jacobello del Fiore est issu du milieu artistique vénitien. Son père, Francesco, dirigeait un atelier où travaillaient également deux de ses fils : Jacobello et Nicolò. Le troisième fils, Pietro, deviendra prêtre. Francesco, mort en 1414, vivait dans la paroisse de San Luca et était connu comme un peintre de talent. Une inscription gravée sur sa pierre tombale le confirme. Mais aucune œuvre de cet artiste ne nous est parvenue. 
Né vers 1375, Jacobello est donc formé par son père. Il se marie en 1394 mais on ignore l’identité de son épouse, de même que celle de ses éventuels descendants. Jacobello del Fiore est documenté à Venise comme peintre de 1400 à 1439. Les informations concernant sa biographie sont rares et proviennent des accords conclus avec ses commanditaires.

 

Jacobello del Fiore. Crucifixion (1395-1400)Jacobello del Fiore. Crucifixion (1495-1400)
Tempera et or sur bois, 137 × 146 cm, Toledo Museum of Art, Ohio.

 

Il travaille principalement à Venise et sur la côte adriatique, où il reçoit de nombreuses commandes religieuses. Au début du 15e siècle, il figure parmi les artistes les plus importants de la République de Venise. Quelques exemples permettent d’apprécier cette position prestigieuse. Entre 1409 et 1415, il participe à la décoration de la salle du Grand Conseil dans le palais des Doges. En 1412, la République de Venise l’emploie contre un salaire de cent ducats. La ville de Fermo, située sur l’Adriatique à 400 km au sud de Venise lui commande vers 1410 un retable représentant des scènes de la vie de sainte Lucie, considérées comme des œuvres marquantes du style gothique international.

 

Jacobello del Fiore. Le martyre de Sainte Lucie (v. 1410)Jacobello del Fiore. Le martyre de Sainte Lucie (v. 1410)
Tempera sur bois, Museo Civico, Fermo.

 

On ignore la date exacte de la mort de Jacobello del Fiore mais aucun document ne le mentionnant après 1439, cette date est considérée comme celle de sa mort.

Œuvre

 

Jacobello del Fiore. Triptyque de la Vierge de la miséricorde (v. 1415)Jacobello del Fiore. Triptyque de la Vierge de la miséricorde (v. 1415)
Tempera sur bois, 86 × 113 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise.

 

Jacobello del Fiore joua un rôle important dans le renouveau de la peinture vénitienne au début du 15e siècle. Avec Gentile da Fabriano et Michelino da Besozzo, il introduisit le style gothique international dans la République de Venise et dans la région des Marches. Ses premières œuvres sont marquées par la persistance du traditionalisme byzantin mais son style évolue rapidement vers les compositions aux couleurs éclatantes, empreintes de féérie, caractéristiques du gothique international.

 

Jacobello del Fiore. Triptyque de l'Adoration des mages, panneau central (1408-12)Jacobello del Fiore. Triptyque de l'Adoration des mages avec saints, panneau central (1408-12)
Tempera et or sur bois, panneau central 123 × 72 cm, chaque aile 123 × 36 cm, Nationalmuseum, Stockholm.

 

 

Jacobello del Fiore. Crucifixion (1395-1400)Jacobello del Fiore. Crucifixion (1395-1400). Tempera et or sur bois, 137 × 146 cm, Toledo Museum of Art, Ohio. « Sur cette peinture vénitienne sur fond or représentant la Crucifixion, le Christ, dont la taille dépasse celle des autres personnages, se dresse seul au centre de la composition. Son corps constitue l'équivalent pictural de l'hostie qui devient le Corps du Christ lors de la sainte communion (l'œuvre faisait probablement partie, à l'origine, d'un retable exposé sur ou derrière l'autel d'une église). À la droite du Christ, Marie-Madeleine est agenouillée au pied de la croix, tandis que saint Jean l'Évangéliste se tient debout à sa gauche. Derrière eux, la Vierge Marie défaille de douleur. À cheval, le soldat romain Longin joint les mains dans une prière de reconnaissance. À gauche du Christ figurent ceux qui n'ont pas reconnu sa divinité. Stéphaton, debout près de la croix, tend cruellement au Christ une éponge imbibée de vinaigre pour étancher sa soif. Monté sur un cheval blanc et faisant un geste avec son arme, le centurion romain ordonne à ses soldats de briser les jambes du Christ (celui-ci mourut avant que l'ordre ne soit exécuté). En bas à droite, deux soldats tirent au sort la tunique du Christ.
La richesse chromatique de la palette de Jacobello del Fiore – des rouges associés aux oranges, des roses aux lavandes, des verts pâles aux bleus clairs – préfigure les réalisations de la Renaissance vénitienne ultérieure. » Commentaire Google Arts & Culture)

 

Jacobello del Fiore. Triptyque de l'Adoration des mages avec saints (1408-12)Jacobello del Fiore. Triptyque de l'Adoration des mages avec saints (1408-12)
Tempera et or sur bois, panneau central 123 × 72 cm, chaque aile 123 × 36 cm, Nationalmuseum, Stockholm.

 

Jacobello del Fiore. Triptyque de l'Adoration des mages, panneau central (1408-12)Jacobello del Fiore. Triptyque de l'Adoration des mages, panneau central (1408-12)


Le triptyque comporte un panneau central consacré à la scène de l’Adoration des mages surmontée d’une crucifixion. Les panneaux latéraux représentent divers saints et saintes avec dans la partie supérieure la scène de l’Annonciation (à gauche l’archange Gabriel, à droite la Vierge Marie).
Panneau central : selon la tradition chrétienne, trois mages (sages) auraient suivi une étoile vers le lieu de naissance de Jésus-Christ. Arrivés près de Jésus, ils lui offrent l’or, l’encens et la myrrhe. Le mage le plus âgé s'agenouille devant l'Enfant Jésus. Les deux autres figurent à l’arrière-plan, montés sur des chevaux et tenant dans leur main le présent qu’ils offriront à l’Enfant Jésus. Le peintre les a placés dans un paysage montagneux évoqué par des massifs rocheux surmontés de divers édifices. Marie, Joseph et l’Enfant, bien que placés devant l’entrée d’une simple cabane, apparaissent avec de somptueux vêtements, de même que les autres personnages. Jacobello del Fiore peut ainsi utiliser de multiples couleurs vives associées au blanc de la robe de la Vierge et du pelage du cheval et à l’or des auréoles des figures saintes.

 

Jacobello del Fiore. Vierge à l’Enfant (début 15e s.)Jacobello del Fiore. Vierge à l’Enfant (début 15e s.). Tempera et or sur bois, 88 × 62 cm, collection particulière. « Jacobello, célèbre pour ses représentations de la Vierge, comme cette Vierge de l'humilité, a insufflé à la composition une douceur et une tendresse rarement rencontrées dans l'iconographie byzantine. L'iconographie orientale traditionnelle de ce sujet, représentant la Vierge face au spectateur, tenant un enfant vêtu et figé dans une pose rigide, a été légèrement modifiée par Jacobello. Ici, la Vierge, assise sur un carré d'herbe, est légèrement tournée vers l'enfant, la tête inclinée vers la droite. L'enfant, encore entièrement vêtu, tend la main vers sa mère dans un geste espiègle. » (Commentaire Web Gallery of Art)

 

Jacobello del Fiore. Vierge à l’Enfant (v. 1410)Jacobello del Fiore. Vierge à l’Enfant (v. 1410). Tempera et or sur bois, 57 × 39 cm, Museo Correr, Venise. Ce thème de la Vierge de l’humilité apparaît pendant la pré-Renaissance italienne. La Vierge n’est plus assise sur un trône comme la Vierge en majesté (maestà) ; elle est représentée comme une figure maternelle, emprunte de douceur, tenant l'Enfant Jésus sur ses genoux. Parfois, l’Enfant repose sur un voile, interprétable comme la prémonition de son suaire. Sur ce panneau, la gestuelle délicate, l’élongation des doigts et la somptuosité de l’étoffe du vêtement sont caractéristiques du style gothique international. Dans la partie inférieure, un phylactère porte l'inscription : « IN GREMIO MATRIS SEDE SAPIENCI / AE PATRIS JACOBELUS DE FIOR PIXIT » (DANS LES BRAS DE LA MÈRE EST LE SIÈGE DE LA SAGESSE / A LA DEMANDE DU PÈRE JACOBELUS DE FIOR A PEINT)

 

Jacobello del Fiore. Lucie priant sur la tombe de Sainte Agathe (v. 1410)Jacobello del Fiore. Lucie priant sur la tombe de Sainte Agathe (v. 1410)
Tempera sur bois, Museo Civico, Fermo.


Jacobello del Fiore. Le martyre de Sainte Lucie (v. 1410)Jacobello del Fiore. Le martyre de Sainte Lucie (v. 1410)
Tempera sur bois, Museo Civico, Fermo.


Ces scènes proviennent d’un retable consacré à la vie de sainte Lucie. Lucie de Syracuse, issue d’une riche famille sicilienne, est née au 3e siècle et morte en martyr au début du 4e siècle. Sous le règne de l’empereur Dioclétien (v. 244-311), elle fut mise en demeure d’abjurer sa foi chrétienne. Selon la légende elle résista à tous les supplices et on finit par lui enfoncer une épée dans la gorge.
La première scène concerne sainte Agathe que Lucie vénérait depuis son enfance. Lucie décide d’emmener sa mère gravement malade devant le tombeau d'Agathe, à Catane, et de lui demander sa guérison. Le lendemain, la mère de Lucie recouvre la santé. 
La deuxième scène représente l’une des tortures infligées à Lucie. Le consul Pascasius ordonna de verser sur son corps de la poix, de la résine et de l’huile bouillante, de la placer sur un bûcher et d’y mettre le feu. Les flammes ne l’atteignirent pas et elle chanta sur le bûcher les louanges du Christ.
Ces scènes, typiques du gothique international, ne visent pas à se rapprocher du réel mais à évoquer avec élégance (gestuelle, couleurs vives, vêtements luxueux de l’époque de l’artiste, tapis de végétaux) quelques aspects légendaires de la vie d’une figure sainte.

 

Jacobello del Fiore. Polyptyque de la cathédrale de Teramo, ensemble (1400-15)Jacobello del Fiore. Polyptyque de la cathédrale de Teramo, ensemble (1400-15)


Jacobello del Fiore. Polyptyque de la cathédrale de Teramo, détails (1400-15)Jacobello del Fiore. Polyptyque de la cathédrale de Teramo, détails (1400-15)
Tempera et or sur bois, 200 × 275 cm, cathédrale de Teramo.


« Ce polyptyque fut commandé à Jacobello del Fiore par le chapitre de Sant'Agostino in Teramo. Certains spécialistes le datent, ainsi qu'un premier groupe d'œuvres signées et de style homogène, entre 1395 et 1407 ; d'autres le situent autour de 1412-1415. L'œuvre mesure 200 × 275 × 16 cm. Elle se compose de seize peintures à la tempera sur bois, encadrées d'un cadre sculpté et doré. Précieuse par l'abondance d'or dans les vêtements et les éléments architecturaux, elle reflète le style gothique de l'époque. La partie inférieure présente un panneau central divisé en deux parties : la partie supérieure représente le Couronnement de la Vierge ; la Vierge et le Christ, assis sur un trône, sont entourés d'anges. En-dessous, la ville de Teramo est représentée avec l'inscription Teramum […]
À gauche du tableau central, sur trois panneaux distincts, sont représentés trois saints : saint Ambroise à l’extrême gauche, saint Jérôme au centre, suivi de saint Augustin tenant un parchemin. À droite du tableau central, également sur trois panneaux distincts, figurent saint Bérard, tenant un parchemin, saint Grégoire le Grand au centre et saint Nicolas de Tolentino à l’extrémité. Les saints sont reconnaissables à leurs attributs iconographiques traditionnels et à leurs noms en caractères gothiques.
Dans la partie supérieure du polyptyque, au-dessus d’un décor finement ajouré, se trouve une niche centrale abritant un Christ pénitent et, de part et d’autre, les figures en pied de Marie et de l’apôtre Jean. À gauche de la niche, sur fond d’or, sont représentés à mi-corps : saint Pierre, saint Jean l’Évangéliste et sainte Catherine, à l’extrême gauche. À droite, saint Paul, saint Jacques et sainte Monique, mère d'Augustin, tiennent également un parchemin. Des invocations pour la protection divine de la ville de Teramo sont lisibles sur les trois parchemins.
Dans les pinacles sculptés couronnant les édicules, œuvre incontestable d'un sculpteur expert, figurent six demi-figures sculptées et colorées, dont cinq sont reconnaissables : les rois David et Salomon, les patriarches Jacob et Abraham, et le prophète Daniel. » (Commentaire ArsTeWeb)

 

Jacobello del Fiore. Triptyque de la Vierge de la miséricorde (v. 1415)Jacobello del Fiore. Triptyque de la Vierge de la miséricorde (v. 1415). Tempera sur bois, 86 × 113 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. « Le triptyque a été peint entre 1415 et 1436, la première de ces deux dates étant la plus probable compte tenu des affinités de l'œuvre avec le style du cycle des Histoires de sainte Lucie conservé à la Pinacothèque de Fermo. Si l'aspect des saints figurant sur les volets latéraux – saint Jean-Baptiste et saint Jean l'Évangéliste – demeure quelque peu austère et semble encore ancré dans l'univers du XIVe siècle, le panneau central est consacré à la Vierge, représentée telle une idole divine d'une extrême élégance et entourée d'une foule de fidèles, dont les costumes et les attitudes sont rendus grâce à un usage d'une grande subtilité de la lumière et de la couleur. » (Commentaire Web Gallery of Art)

 

Jacobello del Fiore. Vierge de l’humilité (v. 1420)Jacobello del Fiore. Vierge de l’humilité (v. 1420). Tempera et or sur bois, 37 × 26 cm, collection particulière. « Ce panneau se distingue par son fond or finement ciselé, sa richesse chromatique et ses glacis remarquablement conservés, qui confèrent un relief subtil au drapé du vêtement de l'Enfant Jésus. Le type iconographique de la Vierge de l'humilité met en évidence le rôle de Marie en tant qu'intercesseur compatissant et maternel pour tous ceux qui implorent la miséricorde du Christ. Parallèlement, son auréole imposante et son manteau rehaussé d'or soulignent sa qualité de Reine des Cieux, tandis que les rayons pointillés qui émanent d'elle évoquent la Femme de l'Apocalypse décrite au chapitre 12 du livre biblique éponyme, figure à laquelle la Vierge Marie est parfois assimilée. Quant à l'Enfant Jésus, il est vêtu d'un manteau d'or richement orné de motifs complexes réalisés au poinçon, rappelant également sa nature divine. » (Commentaire Christie’s)

 

Jacobello del Fiore. Triptyque de la Justice (1421)Jacobello del Fiore. Triptyque de la Justice (1421). Tempera sur bois, 208 × 490 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Autre titre : La Justice entre les archanges Michel et Gabriel. Au centre, la figure de la Justice tient l’épée dans sa main droite et la balance dans sa main gauche. Elle est encadrée par deux archanges, c’est-à-dire deux anges de rang supérieur, messagers célestes chargés par la divinité de missions exceptionnelles. L’archange Michel, à gauche, est le chef de la milice céleste des anges du Bien, souvent représenté terrassant un dragon symbolisant Satan. L'archange Gabriel, à droite, est le grand messager qui transmet la volonté de Dieu aux hommes.
« Dans ses premières œuvres, Jacobello del Fiore s'inscrivait clairement dans les courants de la peinture vénitienne de la fin du XIVe siècle. Mais dès qu’il entra en contact avec Gentile da Fabriano – que la République de Venise avait fait venir en 1414-1415 pour décorer la salle du Grand Conseil du palais des Doges avec ses fables de style gothique international –, il tendit à s’affranchir de tous les préceptes abstraits de l’art byzantin et à développer une fluidité narrative ainsi qu’une stylisation des formes qui reflétaient l’esprit du style gothique courtois. Il adopta ce style également lorsqu’il traitait de thèmes officiels, comme dans le Triptyque de la Justice peint en 1421 pour les bureaux du Magistrato del Proprio au palais des Doges. » (Commentaire Web Gallery of Art)

 

Jacobello del Fiore. Le Martyre de saint Laurent, avec deux religieuses bénédictines (v. 1425)Jacobello del Fiore. Le Martyre de saint Laurent, avec deux religieuses bénédictines (v. 1425). Tempera sur bois, 38 × 70 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. Laurent de Rome (v. 220-258), diacre du pape Sixte II, est chargé par celui-ci de distribuer aux pauvres toutes les richesses de l’Église, dont il est dépositaire. Le préfet de Rome ordonne de lui remettre ces trésors car l’empereur a besoin d’argent. Laurent se présente devant le préfet avec des malades et des estropiés en disant : “Voici les trésors de l’Église”. Laurent est alors condamné à être supplicié. Il mourra étendu sur un gril, les charbons placés au-dessous ne consumant sa chair que peu à peu.
« Jacobello, qui avait auparavant travaillé dans diverses petites villes italiennes, fut l'un des premiers à introduire à Venise le style élégant et aux couleurs vives du gothique international. Les deux religieuses agenouillées à gauche, témoins de cette scène de martyre, avaient probablement commandé le tableau pour leur dévotion privée ; elles appartenaient peut-être au couvent vénitien de San Lorenzo. » (Commentaire Rijksmuseum)

 

Jacobello del Fiore. Mort de saint Pierre Martyr (v. 1428)Jacobello del Fiore. Mort de saint Pierre Martyr (v. 1428). Tempera sur bois, 57 × 47 cm, The Museum of Dumbarton Oaks, Washington. « Ce tableau représente la mort de saint Pierre Martyr, assassiné près de Milan en 1252. En raison de son zèle à défendre la foi contre l'hérésie, Pierre fut nommé inquisiteur de Lombardie et se fit ainsi de nombreux ennemis. Selon La Légende dorée, un assassin à la solde de ses ennemis l'attaqua alors qu'il se rendait de Côme à Milan ; il le frappa à la tête avec un gourdin, le poignarda, puis le laissa pour mort. En revenant sur ses pas, l'assassin s'aperçut que sa victime vivait encore et lui transperça le cœur d'un coup de couteau. Une autre légende raconte que saint Pierre parvint à se mettre à genoux et écrivit avec son sang les premiers mots du Credo : Credo in unum deum (Je crois en un seul Dieu). Les trois couronnes du martyre émanant de la gloire (ou auréole) située en haut à gauche sont de couleur rouge (pour la virginité), noire (pour la prédication doctrinale) et or (pour le martyre).
L’historien de l’art Bernard Berenson attribua pour la première fois ce tableau à Jacobello del Fiore en 1946, en se fondant sur une photographie, alors que l'œuvre était jusqu'alors attribuée à Gentile da Fabriano. Jacobello avait été très tôt influencé par le style vénitien du XIVe siècle, marqué par l'art byzantin. Il fit par la suite la connaissance de Gentile, arrivé à Venise en 1414-1415, et adopta son style gothique international, plus raffiné et courtois. Les couleurs aux éclats de pierreries, les dorures et les détails paysagers évoquant une tapisserie sont caractéristiques de ce style. » (Commentaire The Museum of Dumbarton Oaks)

 

Jacobello del Fiore. Le couronnement de la Vierge au paradis (1438)Jacobello del Fiore. Le couronnement de la Vierge au paradis (1438). Tempera sur bois, 283 × 303 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise. Le couronnement de la Vierge est un épisode de la tradition chrétienne selon lequel la Vierge est accueillie au paradis par le Christ qui pose sur sa tête une couronne. A la cérémonie céleste participent des anges musiciens et des saints. Le thème a connu un certain succès au 15e siècle.
« Sur un immense trône gothique à plusieurs niveaux, Marie est assise à la droite de Jésus, qui pose une couronne sur sa tête de la main droite. La multitude de figures, contenues par la rigueur architecturale, souligne la solennité de la scène. À droite, patriarches et apôtres ; à gauche, prophètes et martyrs ; en bas, saints et vierges, reconnaissables aux rouleaux qu’ils tiennent. Les participants les plus directs sont les évangélistes, dans les cellules du trône, et les anges musiciens au premier plan. Le chœur des anges constitue l’essentiel de la cour céleste. Neuf d’entre eux occupent le premier rang. Les deux anges des extrémités tiennent des brûle-encens, les autres des instruments de musique. Quant à ceux qui se tiennent derrière eux, ils ne peuvent être classés dans les neuf ordres de la hiérarchie angélique, mais il est certain que ceux qui encadrent Marie et Jésus sont des chérubins et des séraphins.
Les sept anges musiciens incarnent un panégyrique exubérant, reflétant l'atmosphère solennelle de l'entrée de Marie au ciel. Leurs instruments – deux psaltérions quasi identiques, un alto, un orgue portatif, une harpe, un tambourin et un luth – ne sont que des attributs ; ils ne constituent pas un véritable orchestre. Fait caractéristique, le peintre n'a utilisé aucun instrument à vent.
La fine rangée de fleurs au bas du tableau indique que la scène se déroule au Jardin d'Éden. Le donateur, Antonio Correr, évêque de Ceneda, est agenouillé au premier plan, à droite. Il commanda cette œuvre, pour le maître-autel de l'église, au maître vieillissant dont les œuvres recèlent encore les traits byzantins du gothique vénitien. Lors de la réalisation de ce tableau, il s'est probablement inspiré de la fresque de Guariento sur le même sujet, achevée en 1365 pour la salle du Grand Conseil (Sala del Maggior Consiglio) du Palais des Doges. » (Commentaire Web Gallery of Art)

 

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