Théodore Chassériau

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Patrick AULNAS

Autoportrait

 

Théodore Chassériau. Autoportrait (1835)Théodore Chassériau. Autoportrait (1835)
Huile sur toile, 99 × 82 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Biographie

1819-1856

Théodore Chassériau naît le 20 septembre 1819 à El Limon de Samaná dans l’actuelle République dominicaine. Ce territoire insulaire était à cette époque une colonie espagnole. Son père, Benoît Chassériau (1780-1844), est un aventurier et diplomate français qui devint l’un des principaux ministres de la République de Nouvelle-Grenade après avoir lutté contre pour la libération du territoire aux côtés de Simon Bolivar (1783-1830). Sa mère, Marie-Madeleine Couret de la Blaquière (1791-1866), est issue d’une famille de riches planteurs établis sur l’île depuis plusieurs générations. Seule la prime enfance de Théodore se déroule à Saint-Domingue. En 1822, la famille s’installe en effet à Paris sous l’impulsion du frère aîné du peintre, Frédéric Chassériau (1807-1881). Le père, constamment absent, ne jouera qu’un rôle mineur. C’est donc dans un milieu très féminin (sa mère et ses deux sœurs Adèle et Aline) que Théodore passe sa jeunesse.

Formation artistique dans l’atelier d’Ingres

Le talent de l’enfant apparaît rapidement et en 1830, à l’âge de 11 ans, il entre dans l’atelier d’Ingres, professeur à l’École des Beaux-Arts de Paris. Deux ans plus tard Chassériau expose au Salon et obtient ses premières commandes. Le jeune artiste fréquente le milieu artistique et culturel parisien où il est très apprécié. Il rencontre Théophile Gauthier (1811-1872) en 1833 et devient son ami. L’écrivain défendra constamment le peintre tout au long de sa courte vie. En 1834, Ingres est nommé directeur de la villa Médicis à Rome et Chassériau, trop jeune (il a 15 ans), ne peut l’accompagner.

Le succès dès l’âge de 20 ans, le romantisme et l’orientalisme

Au Salon de 1839, Théodore Chassériau expose Suzanne au bain et Vénus Anadyomène. Les tableaux sont acclamés par la critique qui corrobore l’intuition qu’avait eue Ingres de se trouver en présence d’un artiste d’exception.

 

Théodore Chassériau. Vénus anadyomène, dite aussi Vénus marine (1838)Théodore Chassériau. Vénus anadyomène, dite aussi Vénus marine (1838)
Huile sur toile, 66 × 55 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Chassériau maîtrise déjà à 21 ans toute l’amplitude de la création picturale puisque ses portraits de personnalités de l’époque sont également très appréciés.

 

Théodore Chassériau. Le révérend père Dominique Lacordaire (1840)Théodore Chassériau. Le révérend père Dominique Lacordaire (1840)
Huile sur toile, 147 × 106 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Le peintre effectue un voyage en Italie en 1840-1841 et peut à cette occasion méditer sur les œuvres des grands maîtres de la Renaissance. Influencé par Eugène Delacroix, il évolue vers le romantisme, ce qui déplaît à Ingres et entraîne une rupture entre les deux hommes. L’évolution du jeune artiste se poursuit lorsqu’il voyage en Algérie en 1846. Il retrouve dans les paysages méditerranéens la lumière qu’il avait connue au cours de sa petite enfance à Saint-Domingue et l’ambiance suave des climats chauds. Il réalisera de nombreuses compositions inspirées de ce voyage et classées par les historiens dans le courant orientaliste, qui connaît un grand succès au 19e siècle.

 

Théodore Chassériau. Intérieur orientaliste : nu dans un harem (1850-52)Théodore Chassériau. Intérieur orientaliste : nu dans un harem (1850-52)
Huile sur bois, 46 × 38 cm, collection particulière.

 

Les compositions monumentales

La reconnaissance artistique dont bénéficie Théodore Chassérieu lui amène des commandes publiques très importantes. La plus connue est la décoration de l’escalier d’honneur de la Cour des comptes, située dans le palais d’Orsay, à l’emplacement actuel du musée d’Orsay. Ces fresques occupent le peintre de 1844 à 1848 mais seront détruites lors de l'incendie de la Commune de Paris en 1871. Il en reste quelques fragments conservés au musée du Louvre.

 

Théodore Chassériau. Marchands orientaux dans un port occidental (1844-48)Théodore Chassériau. Marchands orientaux dans un port occidental (1844-48)
Fresque sur toile, 324 × 310 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Chassériau réalise aussi des décorations religieuses pour les églises parisiennes Saint-Merri, Saint-Roch et Saint-Philippe-du-Roule. Il est probable que ces très lourdes commandes ont beaucoup contribué à fatiguer le peintre et à altérer une santé fragile.  

Dernières années

Dans la décennie 1850, Chassériau poursuit cependant son activité artistique avec une grande intensité créative. Il achève son dernier tableau, une Adoration des Mages, peu avant sa mort à Paris le 8 octobre 1856 à l’âge de 37 ans.

 

Théodore Chassériau. L’Adoration des Mages (1856)Théodore Chassériau. L’Adoration des Mages (1856)
Huile sur bois, 65 × 53 cm, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris.

 

Œuvre

La mort prématurée de Théodore Chassériau ne lui a pas permis d’atteindre la plénitude de sa capacité créative. Il a cependant beaucoup évolué de 1830, année où il devient l’élève d’Ingres, à 1856, date de son décès. Ingres le conduit vers le néoclassicisme, dont il est possible de trouver un exemple caractéristique dans un portrait de jeunesse ayant peut-être pour modèle sa sœur Aline :

 

Théodore Chassériau. Mélancolie (1833-35)Théodore Chassériau. Mélancolie (1833-35)
Huile sur toile, 56 × 42 cm, Kunsthalle Bremen.

 

Le romantisme, d’abord courant littéraire, atteint la peinture dès la fin du 18e siècle et s’affirme dans la première moitié du 19e. L’influence d’Eugène Delacroix sur le jeune Chassériau est en général admise. Certaines toiles de la décennie 1840 sont particulièrement marquées par cette influence, par exemple Le Christ au Jardin des Oliviers :

 

Théodore Chassériau. Le Christ au Jardin des Oliviers (1840)Théodore Chassériau. Le Christ au Jardin des Oliviers (1840)
Huile sur toile, 452 × 357 cm, musée des Beaux-Arts, Lyon.

 

Comme il est courant chez les romantiques, le trouble intérieur est mis en évidence dans cette composition où le Christ apparaît incertain face à son destin, évoqué par une croix soutenue par trois anges.
L’orientalisme est un aspect important de l’œuvre de Chassériau, sous forme de scènes de genre, de scènes de bataille ou de nus.

 

Théodore Chassériau. Bataille de cavaliers arabes autour d’un étendard (1854)Théodore Chassériau. Bataille de cavaliers arabes autour d’un étendard (1854)
Huile sur toile, 53 × 65 cm, Dallas Museum of Art
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Théodore Chassériau. Femme mauresque sortant du bain (1854)Théodore Chassériau. Femme mauresque sortant du bain (1854)
Huile sur toile, 66 × 53 cm, musée des Beaux-Arts de Strasbourg.

 

La place de Théodore Chassériau dans l’histoire de l’art a été réévaluée au 20e siècle. L’importance du dessin, l’expressivité de la couleur (tout en retenue), le goût des sujets historiques, mythologiques et religieux le placent dans la lignée des grands classiques du 17e siècle français. Mais il parcourt aussi les évolutions artistiques de son époque avec un regard poétique provenant d’une sensibilité particulière. Son originalité réside dans la subtile mélancolie qui se dégage de sa peinture.

 

Scènes historiques, mythologiques et religieuses

 

Théodore Chassériau. Le châtiment de Caïn (1836)Théodore Chassériau. Le châtiment de Caïn (1836). Huile sur toile, 121 × 163 cm, Harvard Art Museum, Cambridge, Massachusetts. « Peinte à l'âge de seize ans seulement, cette composition empreinte de mélancolie fit partie de la sélection que Chassériau exposa avec succès au Salon de 1836. Elle représente l'exil de Caïn et de sa famille, châtiment du meurtre de son frère Abel. Chassériau joue sur les contrastes d'ombre et de lumière pour susciter un sentiment immédiat de pathétique. Accablé de chagrin, le groupe erre dans un paysage dépourvu de lumière, de végétation et d'échelle humaine. Les corps constituent les seuls éléments verticaux de la toile, accentuant la désolation du lieu. Leur teint laiteux révèle l'influence de Jean-Auguste-Dominique Ingres, son mentor, qui venait de quitter Paris pour prendre la direction de l'Académie de France à Rome. Le seul visage visible dans la composition est celui de l'enfant à gauche. Inspiré du visage de l'artiste, il suggère son identification émotionnelle aux sujets empreints de malaise et d'isolement. » (Commentaire Harvard Art Museum)

 

Théodore Chassériau. Vénus anadyomène, dite aussi Vénus marine (1838)Théodore Chassériau. Vénus anadyomène, dite aussi Vénus marine (1838). Huile sur toile, 66 × 55 cm, musée du Louvre, Paris. Le terme anadyomène signifie émergeant de l’eau. Le poète grec antique Hésiode (8e - 7e s. av. JC) raconte en effet que Vénus, déesse de l’amour, naquit déjà adulte de la mer et fut rejetée sur le rivage. Chassériau revisite un thème particulièrement célèbre en peinture depuis La naissance de Vénus de Botticelli et la Vénus anadyomène de Titien. Il s’inspire nettement de son maître Ingres qui avait traité le sujet en 1808.

 

Théodore Chassériau. Suzanne au bain (1839)Théodore Chassériau. Suzanne au bain (1839). Huile sur toile, 255 × 196 cm, musée du Louvre, Paris. Cet épisode biblique (Ancien Testament) est utilisé depuis la Renaissance pour accéder picturalement au nu féminin, en principe prohibé. Une jeune femme, Suzanne, est surprise par deux vieillards alors qu’elle prend son bain. Elle refuse leurs avances et les vieillards l’accusent alors d’adultère. Elle est condamnée à mort. Le prophète Daniel prend sa défense et fait condamner les vieillards. Chez Chassériau, les vieillards apparaissent à l’arrière-plan, se cachant dans la végétation. Suzanne, debout au premier plan, n’a pas encore détecté leur présence.

 

Théodore Chassériau. Andromède attachée au rocher par les Néréides (1840)Théodore Chassériau. Andromède attachée au rocher par les Néréides (1840). Huile sur toile, 92 × 74 cm, musée du Louvre, Paris. Mythologie grecque. Andromède, fille du roi Céphée et de Cassiopée, réputée pour sa beauté, est enchainée nue sur un rocher près du rivage afin d’apaiser le courroux du dieu de la mer qui provoque des inondations. Elle doit être dévorée par un monstre marin. Mais Persée la délivre et l’épouse. Les Néréides sont des nymphes marines, filles de Nérée et de Doris. Elles s’emploient ici à attacher la pauvre Andromède au rocher. Le visage apeuré de la princesse caractérise le tableau. Chassériau met en évidence le supplice et s’intéresse moins à la sensualité.

 

Théodore Chassériau. Le Christ au Jardin des Oliviers (1840)Théodore Chassériau. Le Christ au Jardin des Oliviers (1840). Huile sur toile, 452 × 357 cm, musée des Beaux-Arts, Lyon. « Alors qu’il s’est retiré pour prier à Gethsémani, sur le Mont des Oliviers, le Christ voit apparaître trois anges portant les symboles de sa Passion, lui annonçant que le moment de son sacrifice est venu. L’un d’eux tient la Croix, le second un calice, tandis que le troisième se recueille les mains jointes. Au premier plan, les apôtres sont plongés dans le sommeil. Après un moment d’angoisse face à la mort qui l’attend, le Christ, prostré et la tête penchée, se résigne ici à son destin.
L’épisode du Jardin des Oliviers est particulièrement cher aux artistes romantiques qui l’illustrent à plusieurs reprises, comme Delacroix (1827, Paris, église Saint-Paul-Saint-Louis) ou Janmot (1840, Lyon, musée des Beaux-Arts), participant au profond renouvellement qui marque alors la peinture religieuse. L’humanité qui imprègne cette œuvre traduit une approche plus intériorisée et métaphysique, marquée par le moment de doute du Christ face à son destin. Chassériau opère une synthèse entre la ligne de son maître Ingres, dans une composition tout en retenue, et le sens de la couleur et du clair-obscur de Delacroix.
Résultant d’une commande du ministère de l’Intérieur, ce tableau de grand format est présenté au Salon de 1840 à Paris. Il est ensuite déposé à l’église de Saint-Jean-d’Angély, en Charente-Maritime, avant de rejoindre les collections du musée. » (Commentaire MBA Lyon)

 

Théodore Chassériau. La toilette d’Esther (1841)Théodore Chassériau. La toilette d’Esther (1841). Huile sur toile, 46 × 36 cm, musée du Louvre, Paris. Le Louvre donne le titre suivant : Esther se parant pour être présentée au roi Assuérus, dit aussi La toilette d'Esther.
Chassériau utilise un épisode de l’Ancien Testament (Livre d’Esther). Le roi de Perse, Assuérus, a épousé Esther, une jeune et belle juive, sans connaître sa religion. Elle apprend que le grand vizir, Aman, prépare un complot pour tuer tous les Juifs. Elle décide de se rendre elle-même au palais alors qu’il est interdit, même pour la reine, de s’y présenter sans y avoir été convoqué. Le roi, d’abord furieux, est pris de compassion devant Esther qui s’évanouit : « Qu'y a-t-il, reine Esther ? lui dit le roi. Dis-moi ce que tu désires, et, serait-ce la moitié du royaume, c’est accordé d’avance ! ». Grâce à elle, le complot sera déjoué et Aman condamné.
Cette composition orientaliste se rattache à la fascination pour un Orient fantasmé parcourant le milieu artistique du 19e siècle. L’Orient permet l’érotisation de la nudité féminine avec un certain maniérisme se manifestant dans l’élongation du corps.
Une servante et un eunuque apparaissent derrière Esther sur un fond paysager. Le jeune peintre de 22 ans dispose déjà d’une maîtrise remarquable des couleurs. Les nuances de blanc du corps d’Esther contrastent avec le rouge, le bleu et le vert de l’arrière-plan pour former un ensemble précieux correspondant à l’Orient mythique admiré du public de l’époque. 

 

Théodore Chassériau. Ali Ben Bahmed et son escorte devant Constantine (1845)Théodore Chassériau. Ali Ben Bahmed et son escorte devant Constantine (1845). Huile sur toile, 325 × 260 cm, Château de Versailles. « Depuis 1830, le pays s’est lancé dans la conquête de l’Algérie […] Malgré leur supériorité technique, les troupes françaises se heurtent à des résistances locales farouches dont l’émir Abd El-Kader est la figure de proue […]
Théodore Chassériau réalisa ce tableau à l’occasion de la venue à Paris de ce personnage. Le calife, conquis par la qualité de l’œuvre, invita le peintre en Algérie où il séjourna durant l’année 1846 […]
Certes, Ali Ben Ahmed a choisi de soutenir la France mais les mêmes représentations existent sur “l’ennemi” Abd El-Kader. Outre une fascination des artistes pour les couleurs et les motifs orientaux, ce choix artistique peut également s’expliquer par la volonté de magnifier l’adversaire ou tout du moins le peuple conquis. Riches étoffes, fières montures, dignité des attitudes, diversité ethnique des peuples conquis grâce à la présence d’un cavalier noir à l’arrière-plan contribuent à une accumulation d’éléments valorisants. » (Commentaire L’Histoire par l’image)

 

Théodore Chassériau. Marchands orientaux dans un port occidental (1844-48)Théodore Chassériau. Marchands orientaux dans un port occidental (1844-48). Fresque sur toile, 324 × 310 cm, musée du Louvre, Paris. « Une des deux compositions (amputée de sa partie supérieure) sur le thème “Le commerce rapproche les peuples” faisant partie de la décoration de l'escalier d'honneur de l'ancienne Cour des Comptes de Paris. Cf. INV 20014. Initialement placé à gauche de RF 1489. Don du Comité Chassériau, 1903. Transposé sur toile par les soins de la Société des Amis du Louvre, 1929. » (Commentaire musée du Louvre)

 

Théodore Chassériau. Le Tepidarium (1853)Théodore Chassériau. Le Tepidarium (1853). Huile sur toile, 171 × 258 cm, musée d’Orsay, Paris. Le musée donne le titre suivant : Le Tepidarium, "salle où les femmes de Pompéi venaient se reposer et se sécher en sortant du bain".
« Chassériau situe explicitement cette scène dans l'antiquité romaine, puisque le décor s'inspire des bains de Venus Genitrix, mis à jour à Pompéi. Fasciné par ces vestiges qu'il a lui-même visités, le peintre tente de faire renaître une population dont il a "baisé [les] traces douloureuses et inouïes".
Ce tableau obtient un beau succès au Salon de 1853, Théophile Gautier le qualifie notamment de "fresque antique dérobée au mur de Pompéi". L'atmosphère érotique qui s'en dégage n'est sans doute pas étrangère à cet engouement. La nonchalance des poses et des regards, la promiscuité des corps alanguis évoquent une atmosphère de harem. L'antiquité de Chassériau se teinte d'un parfum d'Orient, d'exotisme romantique et de sensualité colorée. L'idée que les usages voluptueux du monde antique survivent encore au XIXe siècle dans le monde arabe est d'ailleurs fréquente chez les voyageurs français.
Plusieurs influences sont perceptibles dans ce tableau. La composition à deux groupes symétriques, dans une perspective très fuyante, est empruntée à Raphaël et l'on pourrait y détailler de nombreux rapports avec des œuvres de Poussin. Le goût de la ligne, la perfection lisse et nacrée des nus, la maîtrise du dessin rappellent que Chassériau fut l'élève d'Ingres. Enfin, c'est l'admiration portée à Delacroix qui transparaît dans le chatoiement des couleurs. Dans un exemple de la fusion entre peinture d'histoire et peinture de genre, chère au Second Empire, Chassériau parvient à concilier "les deux écoles rivales du dessin et de la couleur". » (Commentaire musée d’Orsay)

 

Théodore Chassériau. Bataille de cavaliers arabes autour d’un étendard (1854)Théodore Chassériau. Bataille de cavaliers arabes autour d’un étendard (1854). Huile sur toile, 53 × 65 cm, Dallas Museum of Art. « Chassériau a peint cette petite scène de bataille peu après son retour d'Algérie. Le sujet, reflet de la violente conquête et de l’occupation coloniale française de l'Algérie, revêtait une importance politique considérable pour ses contemporains. Ici, Chassériau a esquissé le groupe central de soldats et de chevaux par des touches libres et expressives qui traduisent l'intensité tourbillonnante de ce combat acharné. Des détails macabres – une tête tranchée, des armes ensanglantées, la terreur hagarde des chevaux – se détachent de la composition dense. En comparaison, le paysage environnant est presque informe, simple suggestion d'un décor pour le drame de la bataille. » (Commentaire Dallas Museum of Art)

 

Théodore Chassériau. L’Adoration des Mages (1856)Théodore Chassériau. L’Adoration des Mages (1856). Huile sur bois, 65 × 53 cm, musée des Beaux-Arts de la ville de Paris. « A gauche, devant une étable où on distingue une vache, la Vierge qui tient dans ses bras l'enfant Jésus est entourée d'un halo doré. Derrière elle, se tient un berger avec sa crosse. A droite, un groupe d'hommes vêtus de vêtements orientaux et leurs montures, un cheval et un dromadaire, se pressent autour de l'enfant. Les rois mages se prosternent devant le nouveau-né pour lui remettre des cadeaux précieux.
Comme l'indique une lettre de Frédéric Chassériau, frère du peintre, cette œuvre serait le dernier tableau achevé par Théodore Chassériau, peu de temps avant sa mort, le 8 octobre 1856. Une Adoration des Bergers (Paris, collection particulière) réalisée juste avant, passe pour son pendant. » (Commentaire Paris-Musées)

 

Nus

 

Théodore Chassériau. La Baigneuse (1842)Théodore Chassériau. La Baigneuse (1842). Huile sur toile, 100 × 77 cm, Neue Pinakothek, Munich. La pose est inspirée de La Baigneuse à mi-corps d’Ingres (1807, musée Bonnat-Helleu, Bayonne). Les deux baigneuses, vues de dos, tournent la tête. Mais Chassériau propose une représentation physique moins idéalisée tout en conservant une approche orientalisante. 

 

Théodore Chassériau. La Captive (1845-50)Théodore Chassériau. La Captive (1845-50). Huile sur toile, 46 × 38 cm, musée des Beaux-Arts de Reims. La Captive se rattache au courant orientaliste, sous-tendance de l’académisme du 19e siècle. Il n’est pas interdit de penser à une femme enfermée dans un harem, lieu de tous les fantasmes de la bourgeoisie masculine de l’époque. La belle n’a pas un physique typiquement mauresque, ce qui n’est pas une exception dans l’approche orientaliste, mais elle est vraiment triste.

 

Théodore Chassériau. Intérieur orientaliste : nu dans un harem (1850-52)Théodore Chassériau. Intérieur orientaliste : nu dans un harem (1850-52). Huile sur bois, 46 × 38 cm, collection particulière. « Le thème des femmes à leur toilette était apprécié depuis la Renaissance, et des scènes orientalistes, généralement en costumes turcs, circulaient depuis cette époque. Ces scènes étaient toutefois le plus souvent des peintures de boudoir, c'est-à-dire des œuvres privées, et donc des sujets privés. Au XIXe siècle, ces sujets s'intègrent plus fréquemment à la sphère publique […]
Chassériau a peint trois intérieurs de harem après son voyage en Afrique du Nord, le premier daté de 1849 et le dernier de 1854 ; le tableau présenté ici se situe entre ces deux dates. » (Commentaire Web Gallery of Art)

 

Théodore Chassériau. Femme mauresque sortant du bain (1854)Théodore Chassériau. Femme mauresque sortant du bain (1854). Huile sur toile, 66 × 53 cm, musée des Beaux-Arts de Strasbourg. Le musée donne le titre suivant : Intérieur de Harem ou Femme mauresque sortant du bain.
 « Chassériau est l'un des peintres français les plus marquants du milieu du 19e siècle. Intérieur de harem fait partie du legs du baron Arthur Chassériau au musée du Louvre en 1934, legs qui comporte aussi une toile et deux esquisses. Il constitue l'une des expressions les plus séduisantes du goût orientaliste de l'époque, ainsi que la vogue croissante de ces nudités sensuelles auxquelles devait tant se complaire, sous les prétextes les plus divers, l'art de la seconde moitié du 19e siècle. » (Commentaire MBA de Strasbourg)

 

Portraits

 

Théodore Chassériau. Mélancolie (1833-35)Théodore Chassériau. Mélancolie (1833-35). Huile sur toile, 56 × 42 cm, Kunsthalle Bremen. « Chassériau a peut-être choisi sa sœur Aline (1822-1871) comme modèle pour ce portrait. Cependant, la simplicité de la robe-chemise, dont les manches glissent des épaules, plaide contre un portrait formel. Il semble plus plausible que la jeune fille innocente, le regard perdu au loin, incarne la mélancolie sentimentale. En invitant le spectateur à explorer ses sentiments, Chassériau met en lumière l'univers émotionnel qui caractérisait les périodes rococo et romantique. Pourtant, il emploie pour y parvenir les formes lisses et linéaires du classicisme. (Mara-Lisa Kinne) » Commentaire Kunsthalle Bremen, Brême)

 

Théodore Chassériau. L'Enfant et la poupée, portrait de Laure Stéphanie Pierrugues (1936)Théodore Chassériau. L'Enfant et la poupée, portrait de Laure Stéphanie Pierrugues (1936). Huile sur toile, 80 × 57 cm, collection particulière. Ce portrait a été réalisé lors d’un séjour d’été à Marseille du peintre en 1936.
« Cette œuvre représente le portrait de Laure Stéphanie Pierrugues (1832-1872) et de sa poupée. Il a été réalisé à la demande de ses parents, Jean-François Pierrugues (1794-1860) – officier d’État-major alors en poste de commandement au 9e régiment d’artillerie de Marseille – et Françoise Augustine (dite Augusta) Pierrugues, née de Nayve […]
Le croquis préparatoire dont procède L'Enfant & la Poupée se trouve dans les carnets de dessin de Théodore Chassériau conservés aux archives du musée du Louvre  […]
Laure Stéphanie Pierrugues a posé pour ce portrait, tout juste âgée de quatre ans, tandis que le jeune peintre était dans sa dix-septième année.
Dans une création tout en opposition de tons, froids et chauds, Laure Stéphanie Pierrugues est représentée en plan américain devant un fond obscur ou, plus exactement, un substitut d’arrière-plan obscur : l’évocation subtile d’un revêtement mural – par simple effet de brossage de la couche picturale du fond dans le sens de la hauteur – matérialisé par une frise en demi-ton dans la partie basse du tableau.
La technique si particulière du jeune Théodore Chassériau est exprimée ici par des coups de pinceau fermes et resserrés qui donnent cette élégance de matière colorée : cette technique, même à son apogée, sera reconnaissable dans son originalité. » (Commentaire Xavier d’Hérouville, Aurore Caulier. L’Enfant & la poupée. 2023. ⟨hal-03966794⟩)

 

Théodore Chassériau. Le révérend père Dominique Lacordaire (1840)Théodore Chassériau. Le révérend père Dominique Lacordaire (1840). Huile sur toile, 147 × 106 cm, musée du Louvre, Paris. Le Louvre donne le titre suivant : Le R.P. Dominique Lacordaire, de l'ordre des Frères Prêcheurs (1802-1861). Jean-Baptiste-Henri Dominique Lacordaire est un religieux qui restaura l’ordre des Frères Prêcheurs, plus connu sous le nom de Dominicains. Il est considéré comme l’un des fondateurs du catholicisme libéral aboutissant au 20e siècle aux partis politiques de la démocratie chrétienne.

 

Théodore Chassériau. La Comtesse de La Tour-Maubourg (1841)Théodore Chassériau. La Comtesse de La Tour-Maubourg (1841).  Huile sur toile, 132 × 95 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Marie-Louise Thomas de Pange (1816-1850) est la deuxième épouse de Septime de Faÿ de La Tour-Maubourg (1801-1845) diplomate et homme politique français.
« Ce portrait de l'épouse de l'ambassadeur de France au Vatican exprime la subtile contestation de Chassériau envers J. A. D. Ingres, son maître. Il subvertit l'approche d'Ingres en insufflant à l'œuvre une atmosphère mélancolique, en bannissant les couleurs vives et en abandonnant le naturalisme méticuleux et le raffinement du maître au profit d'une représentation stylisée et picturale du modèle et du décor (la comtesse a posé dans le jardin de l'ambassade de France à Rome). Lors de sa présentation au Salon de 1841, les critiques s'opposèrent à ses qualités romantiques : l'allongement expressif du visage, les yeux en amande, la pâleur du teint et la délicatesse des mains. » (Commentaire MET)

 

Théodore Chassériau. Les deux sœurs (1843)Théodore Chassériau. Les deux sœurs (1843). Huile sur toile, 180 × 135 cm, musée du Louvre, Paris. Le Louvre donne le titre suivant : Mesdemoiselles Chassériau, dit aussi Les deux soeurs. Marie-Antoinette-Adèle (1810-1869) et Geneviève (Aline) Chassériau (1822-1871), sœurs de l'artiste. Le peintre représente ses deux sœurs portant des vêtements identiques, le même collier et coiffées de la même façon. Le tableau a été exposé au Salon de 1843 avec un accueil mitigé de la critique. Pour un artiste de 22 ans, la mansuétude s’impose. La similitude des deux figures est une idée intéressante ; la maîtrise technique et l’art de la couleur émanent d’un grand artiste en devenir.

 

Théodore Chassériau. Portrait de mademoiselle de Cabarrus (1848)Théodore Chassériau. Portrait de mademoiselle de Cabarrus (1848). Huile sur toile, 135 × 98 cm, musée des Beaux-Arts de Quimper. « Chassériau représente ici Marie-Thérèse de Cabarrus, à l’âge de 23 ans. Petite-fille de Thérésa de Cabarrus, elle-même fille d’un riche banquier de la cour d’Espagne et épouse du prince de Caraman-Chimay, Marie-Thérèse passait pour être l’une des plus belles femmes de Paris. L’œuvre traduit l’influence d’Ingres sur l’art de Chassériau, particulièrement dans le soin porté au dessin du visage. Exposée au Salon de 1848, voici la description qu’en fait Théophile Gautier, poète ami du peintre :
“La jeune fille vêtue d’une robe de soie blanche glacée de quelques reflets changeants, son mantelet replié sur son bras, se tient debout appuyé sur une causeuse bouton d’or capitonnée ; une de ses mains balance un bouquet de violettes de Parme, l’autre pend avec nonchalance le long de la hanche […] ; entre la pourpre de sa bouche aux dents de perle un sourire éclate comme un éclair.” » (Commentaire MBA Quimper)

 

Théodore Chassériau. Alexis de Tocqueville (1850)Théodore Chassériau. Alexis de Tocqueville (1850). Huile sur toile, 132 × 99 cm, Château de Versailles. Alexis-Charles-Henri Clérel, comte de Tocqueville (1805-1859) reste dans l’histoire comme l’auteur de deux ouvrages majeurs de philosophie politique : De la Démocratie en Amérique (1835 et 1840, deux parties) et L'Ancien Régime et la Révolution (1856). Classé en général comme un représentant de la pensée politique libérale, Tocqueville est un des grands penseurs de la liberté face au pouvoir. Chassériau le représente élégamment mais très sobrement vêtu sur un arrière-plan de décor mural. Le dossier du fauteuil, or et vert, introduit un élément de couleur vive dans un ensemble plutôt sévère.

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Théodore Chassériau
 

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