Frederic Leighton

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Patrick AULNAS

Portraits

 

Sir Frederic Leighton vers 1860-70Sir Frederic Leighton vers 1860-70
Photographie, 10 × 6 cm, Metropolitan Museum of Art

 

Philippe Félix Dupuis. Frederic Leighton (1830-1896)Philippe Félix Dupuis. Frederic Leighton (1830-1896)
Huile sur toile, 72,5 × 72,5 cm, Leighton House, Londres.

 

Biographie

1830-1896
Frederic Leighton est né le 3 décembre 1830 à Scarborough, ville côtière du Yorkshire. Il est le fils de Frederic Leighton, qui exerçait la profession de médecin, et d’Augusta Susan, son épouse. La famille comportait aussi deux filles. Le grand-père, Sir James Boniface Leighton (1769-1843), avait été le médecin de la famille royale russe à Saint-Pétersbourg et avait à cette occasion réalisé une fortune importante. Comme beaucoup d’artistes de cette époque, Leighton est donc un héritier à l’abri du besoin. 
Il fait ses études à l’University College School de Londres, établissement privé qui accueille les élèves de l’enseignement élémentaire et secondaire. Par la suite, les voyages familiaux ont beaucoup contribué à sa formation artistique. Dans la décennie 1840, la famille Leighton a vécu à Francfort, en Allemagne, où le peintre Eduard von Steinle (1810-1889) l’accepta comme élève. Frederic Leighton suit une formation académique rigoureuse à l’Institut Stadel. A l’âge de 17 ans, il rencontre à Francfort le philosophe Arthur Schopenhauer et dessine son portrait. Il étudie également à Rome avec le peintre Giovanni Costa (1826-1903) et à Florence à l’Académie des Beaux-Arts. Il peint à cette époque un tableau monumental, La célèbre Madone de Cimabue, représentant un retable de Cimabue transporté dans les rues de Florence. Ce tableau, acheté par la reine Victoria, établit la réputation de l’artiste.

 

Frederic Leighton. La célèbre Madone de Cimabue (1853-55)Frederic Leighton. La célèbre Madone de Cimabue (1853-55)
Huile sur toile, 222 × 521 cm, National Gallery, Londres.

 

De 1855 à 1859, Leighton vit à Paris et rencontre de nombreux peintres dont Ingres, Delacroix, Corot, Millet. Influencé par le courant académique, il s’intéresse surtout aux grands maîtres français et italiens du 17e siècle qui constitueront ses modèles artistiques.

 

Frederic Leighton. Le Pêcheur et la Sirène (1856-58)Frederic Leighton. Le Pêcheur et la Sirène (1856-58)
Huile sur toile, 66 × 49 cm, Bristol City Museum and Art Gallery.

 

En 1857, il fait son premier voyage hors d’Europe et visite l’Algérie. Il renouvellera fréquemment au cours de sa vie les séjours en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et aménagera plusieurs pièces de sa maison de Holland Park Road à Londres dans un style arabo-musulman.
Il s’installe à Londres en 1860 où il fréquente les peintres du courant préraphaélite. Sa peinture, cherchant à retrouver une beauté conforme aux normes académiques du classicisme, est accueillie avec enthousiasme par les commanditaires potentiels, c’est-à-dire l’aristocratie et la haute bourgeoisie britanniques. Il entre à la Royal Academy en 1864 et en devient président en 1878. Cette même année, il est anobli et fait chevalier. Il deviendra baronnet en 1886 et pair peu avant sa mort en 1896 avec le titre de baron Leighton of Stretton. Il est ainsi le premier peintre britannique à accéder à la paierie.

 

Frederic Leighton. Cimon et Iphigénie (1884)Frederic Leighton. Cimon et Iphigenie (1884)
Huile sur toile, 163 × 328 cm, Art Gallery of New South Wales, The Domain, Sydney.

 

Frederic Leighton ne s’est jamais marié. Selon certaines rumeurs, il aurait eu un enfant avec l’un de ses modèles, mais cette information n’est confirmée par aucun élément. Selon d’autres suppositions, il aurait été homosexuel, mais il s’agit là encore de supputations. Selon les critères de l’époque, l’artiste menait une vie respectable à Londres. Mais il passait tous ses étés en Egypte et en Afrique du Nord, ce qui a alimenté les soupçons. Certaines sculptures de Leighton font apparaître une fascination pour la beauté masculine.

 

Frederic Leighton. The Sluggard (1890)Frederic Leighton. The Sluggard (1890)
Bronze, hauteur 52 cm, collection particulière.

 

Frederic Leighton meurt à Londres le 25 janvier 1896 à son domicile de Holland Park Road. Sa maison a par la suite été transformée en musée, le Leighton House Museum.


Œuvre

L’œuvre de Frederic Leighton comporte de très nombreuses huiles sur toile, des dessins et gravures et quelques sculptures. Sa peinture se rattache au courant académique avec une certaine influence de l’esthétisme. Son considérable succès au Royaume-Uni s’explique tout simplement : ses peintures correspondent au goût dominant de l’époque victorienne. Son ambition consiste à retrouver la beauté idéalisée des artistes de la Renaissance italienne ou du classicisme français du 17e siècle tout en adaptant les compositions à son époque. Il y parvient très jeune et conquiert ainsi une célébrité précoce.

 

Frederic Leighton. Orphée et Eurydice (1864)Frederic Leighton. Orphée et Eurydice (1864)
Huile sur toile, 168 × 151 cm, Leighton House Museum, Londres.

 

La nudité, traitée de façon académique, c’est-à-dire très idéalisée, fait également partie de son inspiration. 

 

Frederic Leighton. Le bain de Psyché (1890)Frederic Leighton. Le bain de Psyché (1890)
Huile sur toile, 189 × 62 cm, Tate Britain, Londres.

 

L’influence de l’esthétisme apparaît dans des toiles célèbres comme Flaming June.

 

Fredrick Leighton. June flamboyante (v.1895)Frederic Leighton. June flamboyante (1895)
Huile sur toile, 119 × 119 cm, Museo de Arte de Ponce, Porto-Rico.


Huiles sur toile

 

Frederic Leighton. La célèbre Madone de Cimabue (1853-55)Frederic Leighton. La célèbre Madone de Cimabue (1853-55). Huile sur toile, 222 × 521 cm, National Gallery, Londres. Titre complet : La célèbre Madone de Cimabue est portée en procession dans les rues de Florence.
« Lord Leighton représente la Vierge à l'Enfant de Cimabue alors qu'elle est transportée depuis la demeure de l'artiste, à travers les rues de Florence, jusqu'à la chapelle Rucellai de l'église Santa Maria Novella. Un groupe d'artistes de la Renaissance porte le tableau sur un brancard. Cimabue ouvre la marche, main dans la main avec son élève et protégé, Giotto. Le poète Dante est appuyé contre un pilier, au premier plan à droite. Charles d'Anjou, roi de Naples, figure à cheval.
Des notables et de jeunes hommes élégants se tiennent derrière le brancard. Sur la gauche, on aperçoit des enfants qui dansent, des musiciens, un servant d'autel, des prêtres et un évêque. Depuis un balcon, une nourrice soulève un bébé en pleurs pour lui faire voir le tableau. L'attachement de Cimabue pour Giotto a trouvé un écho chez Leighton, qui se montrait protecteur envers les jeunes artistes en difficulté. L'œuvre est connue sous le nom de Madone Rucellai ; elle est aujourd'hui attribuée à Duccio et conservée à la Galerie des Offices, à Florence. » (Commentaire National Gallery)

 

Frederic Leighton. Le Pêcheur et la Sirène (1856-58)Frederic Leighton. Le Pêcheur et la Sirène (1856-58). Huile sur toile, 66 × 49 cm, Bristol City Museum and Art Gallery. « Frederic Leighton est le seul artiste à avoir été élevé à la pairie. À l’âge de 48 ans, il devient président de la Royal Academy et un pilier de l’establishment artistique victorien et de l’école classique. Cette première œuvre illustre et s'inspire d'un poème de Goethe, qui raconte l'histoire d'une sirène qui sort des eaux pour se plaindre à un pêcheur en accusant celui-ci d’inciter ses enfants à mourir. Peu à peu, la beauté de la sirène attire le pêcheur dans l'eau et dans l'oubli. Un critique contemporain a souligné la “séduction irrésistible” de la sirène, mais il a également observé que ce “jeune artiste a manifestement bu longtemps et avidement à la source de beauté qui a apaisé la soif de Léonard, Michel-Ange et Raphaël”. C’est exactement dans cet esprit que Leighton devait être tant admiré.
Il était considéré comme le successeur de cette grande tradition et son œuvre, par ses relations avec elle, honorait son époque. » (Commentaire ART-UK)

 

Frederic Leighton. Acmé et Septimus (1858)Frederic Leighton. Acmé et Septimus (1858). Huile sur toile, 99 × 99 cm, Ashmolean Museum, Oxford. « Le sujet de cette scène d'amour idyllique est tiré du poème XLV de Catulle. Tant la forme circulaire que la composition s'inspirent des Madones de Raphaël. L'arrière-plan intègre la rose – symbole traditionnel de l'amour – ainsi que des orangers. Lors de son exposition à la Royal Academy en 1868, l'œuvre fut saluée par la critique, qui apprécia le traitement empreint de pudeur que Leighton réserva à la scène. » (Commentaire Ashmolean Museum)

 

Frederic Leighton. Pavonia (v. 1859)Frederic Leighton. Pavonia (v. 1859). Huile sur toile, 53 × 42 cm, collection particulière. « Alors qu'il travaillait à Rome durant l'hiver 1858-1859, Leighton fit la connaissance d'un modèle romain, Anna Risi, surnommée La Nanna. En février, il écrivit à sa mère : “Je suis sur le point d'envoyer à la Royal Academy quelques études d'après un très beau modèle, La Nanna. Je les ai montrées à bon nombre de personnes, artistes comme "philistins", et elles semblent faire l'unanimité. Espérons qu'elles seront bien accrochées lors de l'exposition” (Barrington, II, p. 39) […] Anna Risi, épouse d'un cordonnier, était grande, imposante et d'une beauté exceptionnelle. Le peintre français Léon Bonnat l'avait peinte, et un buste en marbre réalisé par le sculpteur français Jean-Baptiste Clésinger, aujourd'hui disparu, fut exposé au Salon de Paris en 1859 […]
Alors qu'il travaillait sur ses études de Nanna, Leighton reçut dans son atelier la visite du prince de Galles, futur Édouard VII, alors âgé de dix-sept ans, qui devint un ami et un admirateur de l'artiste […] Le prince a déclaré avoir beaucoup admiré “trois beaux portraits d'une femme romaine, représentant chacun la même personne dans une attitude différente” (Stephen Jones et al., 1996, p. 112) et a acquis l'une des toiles, qui figure toujours dans la Collection royale […]
Comme le souligne Paul Barlow, il s'agit moins d'un portrait que d'une scène de genre mettant en scène une “figure unique” (Barlow, p. 206). Le titre du tableau est emprunté au mot italien désignant la femelle du paon, bien que, par ironie, les plumes de l'éventail proviennent nécessairement d'un mâle. Toutes les toiles montrent le modèle vêtu d'une blouse blanche et d'un corsage ajusté, paré de perles, soit dans les cheveux, soit autour du cou […]
Dans l'ensemble, Pavonia a été bien accueilli par la critique. Le critique de l'hebdomadaire The Athenaeum a estimé que le peintre avait “admirablement saisi le teint italien dans toutes ses nuances, jusqu'à cette teinte sépia languissante sous les yeux... M. Leighton, après une éclipse passagère, revient en pleine lumière. Ses visages de femmes italiennes, cette année, sont dignes d'un jeune maître ancien ; ils sont empreints d'une telle ferveur... voilà bien longtemps que nous n'avions rien vu d'aussi expressif, d'aussi imposant ou d'une beauté aussi glacée... C'est de la vraie peinture.” » (Commentaire Christie’s)
Ce tableau a été vendu par l’intermédiaire de Christie’s en 2016 pour 1 594 500 livres Sterling (environ 1 800 000 €).

 

Frederic Leighton. Portrait de May Sartoris (v. 1860)Frederic Leighton. Portrait de May Sartoris (v. 1860). Huile sur toile, 152 × 90 cm, Kimbell Art Museum, Fort Worth, Texas. « En 1853, le jeune Leighton fit la connaissance d'Adelaïde Sartoris, ancienne cantatrice et célèbre figure de la vie mondaine, dont l'amitié lui ouvrit les portes des cercles artistiques et de la haute société. C'est vers 1860, l'année suivant son installation à Londres, qu'il réalisa ce portrait renommé de la fille d'Adelaïde, Mary Theodosia (dite May). Âgée d'une quinzaine d'années, la jeune fille est représentée dans le cadre de la résidence familiale de campagne, dans le Hampshire. L'arbre abattu évoque le passage du temps et la condition de mortelle, soulignant ainsi sa beauté fragile.
Issue de la famille Kemble, l'une des plus illustres dynasties théâtrales anglaises, May était une actrice et chanteuse amateur talentueuse. Elle épousa Henry Evans Gordon en 1871 ; Leighton réalisa deux autres portraits d'elle au cours des années suivantes. » (Commentaire Kimbell Art Museum)

 

Frederic Leighton. Orphée et Eurydice (1864)Frederic Leighton. Orphée et Eurydice (1864). Huile sur toile, 168 × 151 cm, Leighton House Museum, Londres. Mythologie grecque. Orphée est un poète et musicien qui a pour compagne la nymphe Eurydice. Poursuivie par Aristée le jour de son mariage avec Orphée, Eurydice fuit, est mordue par un serpent et meurt. Orphée parvient à émouvoir les dieux avec ses chants et sa lyre. Ils lui accordent de descendre aux Enfers pour sauver Eurydice. Les monarques des Enfers, Hadès et son épouse Perséphone acceptent de rendre Eurydice à condition qu'Orphée ne se retourne pas avant d'être sorti des Enfers. Mais Orphée se retournera pour vérifier qu’Eurydice le suit. Elle restera pour toujours aux Enfers.
Le tableau de Leighton n’est pas clairement situé dans cet épisode mythologique. On peut l’interpréter comme le dernier moment avant qu’Eurydice ne soit happée par les Enfers. Elle s’accroche à Orphée qui évite de regarder derrière lui, mais il est déjà trop tard. 

 

Frederic Leighton. Icare et Dédale (1869)Frederic Leighton. Icare et Dédale (1869). Huile sur toile, 138 × 107 cm, collection particulière. Mythologie grecque. Dédale et son fils Icare fuient la vengeance de Minos, roi légendaire de Crête et fils de Zeus. Dédale pense qu’il serait possible de voler comme les oiseaux. Il décide de fabriquer des ailes avec de la cire et des plumes. Mais son fils Icare, grisé par cette expérience, s’approche trop du soleil. La cire fond et Icare meurt en tombant dans la mer. Le thème est utilisé par les peintres depuis le 16e siècle. Pieter Brueghel l’Ancien le traitait ironiquement avec un Icare tombé dans la mer, les jambes en l’air : Paysage avec la chute d'Icare (v. 1558). Leighton choisit le moment de l’envol pour magnifier la beauté physique d’Icare à la manière du classicisme du 17e siècle.

 

Frederic Leighton. La leçon de musique (1877)Frederic Leighton. La leçon de musique (1877). Huile sur toile, 93 × 95 cm, Guildhall Art Gallery, Londres. « L'architecture représentée dans La Leçon de musique (The Music Lesson) s'inspire d'études réalisées par Leighton lors de son voyage à Damas en 1873. Les costumes portés par les femmes étaient très probablement confectionnés dans des étoffes luxueuses et chatoyantes, acquises par l'artiste au cours de ce même périple. L'instrument, un saz turc, lui appartenait vraisemblablement. Ces éléments non occidentaux confèrent à l'œuvre une touche d'exotisme.
Ce type de peinture – largement dépourvu de sujet narratif mais empreint d'un romantisme marqué, mettant souvent en scène de très belles femmes ou jeunes filles tenant des instruments, le tout agrémenté de carreaux ou d'étoffes exotiques aux couleurs chaudes et sensuelles – était alors exposé par des artistes de renom tels que Rossetti, Burne-Jones et Albert Moore. Les deux modèles figurant ici apparaissent à plusieurs reprises dans l'œuvre de Leighton. La plus jeune est Connie Gilchrist ; célèbre pour avoir posé pour Whistler et Holl, elle fut également photographiée par Lewis Carroll. Elle avait douze ans lors de la première présentation de l'œuvre ; en 1892, elle se maria et devint comtesse d'Orkney. » (Commentaire Google Arts & Culture)

 

Frederic Leighton. Mise en pelote de l’écheveau (v. 1878)Frederic Leighton. Mise en pelote de l’écheveau (v. 1878). Huile sur toile, 100 × 161 cm, Art Gallery of New South Wales, Sydney. « En 1867, Leighton se rendit à Lindos, sur l'île grecque de Rhodes ; il y dessina des modèles locaux sur la terrasse d'une maison blanchie à la chaux et croqua la vaste baie ainsi que les collines surplombant la ville. Il revint à ces sources d'inspiration vers 1877, après un voyage en Espagne entrepris pour trouver un beau ciel d'octobre susceptible d'accompagner cette composition mettant en scène deux jeunes filles en train de pelotonner un écheveau de laine peignée. La météo s'étant révélée décevante lors de ce voyage – l'artiste notait qu'il était en droit d'attendre “le temps d'automne clair et vif, une fois l'air bien balayé et purifié par le balai et le seau de l'équinoxe” – c'est sans doute le souvenir plus lointain de la lumière dorée baignant la baie de Lindos qui correspondait le mieux à la vision de Leighton pour ce tableau. Le lieu est aisément identifiable grâce au monument dit Tombeau de Cléobule, visible à l'extrémité du promontoire qui s'avance tout à fait à droite.
En 1895, Ernest Rhys faisait remarquer que ce type de sujet – “l'idéalisation d'une activité familière, l'extrayant de la sphère locale ou anecdotique pour l'élever à la sphère intemporelle de l'art classique” – est caractéristique de l'œuvre entière de Leighton. Toutefois, l'œuvre renvoie également, de manière manifeste, à la figure classique des Moires (Clotho, Lachésis et Atropos, qui filaient, mesuraient et coupaient le fil de la vie). Connie Gilchrist, l'un des modèles habituels de Leighton, a posé pour la figure de l'enfant. » (Commentaire Angus Trumble, The Victorian Web)

 

Frederic Leighton. Cimon et Iphigénie (1884)Frederic Leighton. Cimon et Iphigénie (1884). Huile sur toile, 163 × 328 cm, Art Gallery of New South Wales, The Domain, Sydney. « Le goût de Leighton, à l'instar de celui de son public, le portait vers des compositions solennelles mettant en scène des figures aux drapés somptueux dans un cadre classique. Les réalités de l'Angleterre industrielle de son temps étaient absentes de son œuvre, empreinte d'une nostalgie et d'un idéalisme assumés. La splendeur langoureuse de Cymon et Iphigénie – récit d'un jeune homme fruste accédant à la noblesse d'âme grâce à la révélation de la beauté féminine – illustre parfaitement la finesse technique et l'érotisme intense du style de Leighton. Les ondulations extraordinaires du corps d'Iphigénie témoignent autant d'une sensibilité sensuelle que de l'étude approfondie de la statuaire classique, exercice incontournable pour l'artiste. L'œuvre puise sa source narrative dans le Décaméron de Boccace, où le beau Galesus, issu d'une famille noble, est rebaptisé Cymon (ce qui signifie brute) en raison de sa nature sauvage. Par un doux après-midi de mai, Cymon découvre par hasard Iphigénie endormie et comprend aussitôt qu'elle est “la plus belle vision qu'un mortel ait jamais contemplée”. Tombé instantanément amoureux, il vouera dès lors sa vie à la beauté et à la philosophie. » (Commentaire Google Arts & Culture)

 

Frederic Leighton. Le bain de Psyché (1890)Frederic Leighton. Le bain de Psyché (1890). Huile sur toile, 189 × 62 cm, Tate Britain, Londres. « La légende de Cupidon et Psyché jouissait d'une immense popularité auprès des écrivains et des artistes de la seconde moitié du XIXe siècle ; ce tableau est emblématique du retour au classicisme qui caractérisait l'art victorien à cette époque. L'histoire est racontée dans Les Métamorphoses (ou L'Âne d'or) du poète romain Lucius Apulée. La beauté de Psyché était telle qu'aucun homme n'osait l'approcher pour la courtiser. Un oracle ordonna à ses parents de la parer pour le mariage et de la sacrifier ; elle fut toutefois transportée au palais d'or de Cupidon, le dieu de l'amour. Elle y vivait dans une félicité totale, servie par des esclaves ; chaque nuit, Cupidon s'unissait à elle sans jamais révéler son identité. Il finit par abandonner Psyché lorsque celle-ci, poussée par ses sœurs jalouses, contempla le dieu endormi à la lueur d'une lampe et laissa tomber par inadvertance de l'huile brûlante sur son corps.
Le tableau représente Psyché en train de se dévêtir pour prendre un bain avant l'arrivée de Cupidon. Elle est entièrement absorbée par elle-même, et son narcissisme est souligné par son reflet capté à la surface lisse de l'eau. Le thème de la baigneuse ainsi que la finesse du dessin rendent un hommage évident à J.A.D. Ingres (1780-1867), et plus particulièrement à des œuvres telles que La Source (1820-1856, musée d'Orsay, Paris). La pose de la femme, les bras levés pour dévoiler sa nudité, s'inspire plus spécifiquement de la Vénus callipyge, une célèbre statue grecque que Leighton avait pu admirer au musée de Capodimonte, à Naples. Un tel sujet aurait pu choquer le public victorien ; pourtant, l'œuvre ne semble avoir suscité que peu d'objections d'ordre moral lors de sa première exposition à la Royal Academy en 1890.
Leighton figurait parmi la quarantaine d'artistes sollicités par Lawrence Alma-Tadema pour participer à la décoration de l'atrium de sa demeure de Grove End Road, à St John's Wood (en guise de remerciement, Leighton reçut en échange l'une des toiles d'Alma-Tadema). Chaque artiste devait peindre un panneau de 32 pouces (81 cm) de hauteur sur une largeur comprise entre 2 pouces et demi (6,3 cm) et 8 pouces (20 cm). Selon la légende, alors qu'il dînait en face d'Alma-Tadema, Leighton saisit un couteau à dessert à lame étroite et demanda à son ami : “Mon cher Tadema, quel genre de sujet attends-tu que je peigne là-dessus ?” (Strand Magazine, décembre 1902, p. 617-618).
Le panneau original de Leighton mesurait 32 pouces (81 cm) sur 6 pouces et demi (16,5 cm) ; la version actuelle, elle, présente une largeur presque deux fois supérieure. La composition met l'accent sur la verticalité de l'œuvre grâce à l'élancement des colonnes ioniques (rappelées par le cadre du tableau) et au mouvement descendant des drapés de Psyché. » (Commentaire Tate Britain)

 

Frederic Leighton. Persée et Andromède (1891)Frederic Leighton. Persée et Andromède (1891). Huile sur toile, 235 × 129 cm, Walker Art Gallery, Liverpool. « Cassiopée, reine d'Éthiopie, se vantait d'être plus belle que les Néréides (ou nymphes marines). En représailles, ces dernières persuadèrent Neptune d'envoyer un monstre marin ravager les côtes éthiopiennes. La fille de Cassiopée, Andromède, fut alors attachée aux rochers pour servir de proie au monstre et le dissuader de nouvelles attaques. Sur ce tableau, elle est sur le point d'être secourue par Persée, mais de justesse ; il finira bien sûr par l’épouser. Toute la tension dramatique est palpable : la flèche de Persée vient de transpercer le dragon ; Andromède cherche du regard son sauveur, mais ne le voit pas, et ses vêtements sont sur le point de se déchirer. Le dragon est blessé, mais il lève encore les yeux avec défi ; Andromède est enlacée dans ses anneaux et il ne la lâchera pas facilement. La pose contorsionnée d'Andromède, prise au piège dans la forme sinueuse du monstre, reflète les rythmes linéaires sophistiqués du style tardif de Leighton, mais ce qui est encore plus inoubliable, c'est le corps blanc et doux d'Andromède contrastant avec les écailles sombres et dures du dragon. » (Commentaire Google Arts & Culture)

 

Fredrick Leighton. June flamboyante (v.1895)Frederic Leighton. June flamboyante (1895). Huile sur toile, 119 × 119 cm, Museo de Arte de Ponce, Porto-Rico. « Bien qu'il ait reçu une formation de peintre académique, Frederic Leighton a défendu les idées de l'esthétisme, prônant l'art pour l'art, une approche indépendante de toute narration, connotation morale ou souci de réalisme. Dans Flaming June, Leighton représente une figure féminine endormie, blottie sous une cascade de draperies orange. L'artiste recourait fréquemment à ce type de sujet pour inviter à l'introspection, en faisant une représentation figurée de l'inconscient. Alors que l'œuvre était jugée démodée dans les années 1970, Luis A. Ferré en fit l'acquisition malgré les avis défavorables qu'il avait reçus ; cette décision allait finalement s'avérer être un ajout exceptionnel à la collection d'art britannique de son musée. » (Commentaire Museo de Arte de Ponce)

 
Dessins, gravures, aquarelles

 

Frederic Leighton. Portrait d’Arthur Schopenhauer (1847)Frederic Leighton. Portrait d’Arthur Schopenhauer (1847). Graphite et gouache sur papier, marouflé sur carton, 11 × 8 cm, The Victorian Web. « Provenance : probablement donné par l’artiste à Lady William Russell (1793-1874), puis retrouvé parmi ses biens par son fils Lord Arthur Russell (1825-1892). Acheté sous le lot 151 aux enchères de Bloomsbury, le 23 octobre 2008. Le lot comprenait également une lettre de Leighton à Lord Arthur concernant le dessin. C’est la seule étude complète connue de Schopenhauer réalisée d’après nature. » (Commentaire The Victorian Web)

 

Frederic Leighton. Etudes de femmes nues (v. 1850)Frederic Leighton. Etudes de femmes nues (v. 1850). Aquarelle et pierre noire sur papier, 23,5 × 29,5 cm, Ashmolean Museum, University of Oxford. Le jeune artiste, âgé de 20 ans, étudie une pose sous différents angles puis esquisse à l’aquarelle une version définitive. 

 

Frederic Leighton. Samson et le Lion (1865-81)Frederic Leighton. Samson et le Lion (1865-81). Gravure sur papier, montée sur carton fin, 18 × 18 cm, Metropolitan Museum of Art. Titre complet : Samson et le Lion, tiré de “La Galerie biblique des Dalziels”. Il s’agit d’une gravure sur bois extraite d’un ouvrage des frères Dalziels (graveurs), illustrant des épisodes de l’Ancien Testament et intitulé Galerie biblique des Dalziels. Le dessin de base est de Leighton.
Le Livre des Juges de l’Ancien Testament contient deux versets à ce sujet : 
05 - Samson descendit donc à Timna avec son père et sa mère. Alors qu’ils arrivaient aux vignes de Timna, voici qu’un jeune lion se précipita sur lui en rugissant.
06 - L’Esprit du Seigneur s’empara de lui, et, sans rien en main, Samson déchira le lion, comme on déchire un chevreau. Il ne raconta pas à son père et à sa mère ce qu’il avait fait.

 

Frederic Leighton. Nu masculin penché (1860-96)Frederic Leighton. Nu masculin penché (1860-96). Fusain sur papier brun, 50 × 34 cm, Städel Museum, Francfort. Ce type de dessin constitue une première approche utilisable par exemple pour un tableau mythologique ou une sculpture.

 

Sculptures

 

Frederic Leighton. Un athlète luttant contre un python (1877)Frederic Leighton. Un athlète luttant contre un python (1877). Bronze, 175 × 98 × 110 cm, Tate Britain. « Par son sujet et ses dimensions, cette sculpture se voulait, dans l'esprit de Frederic Leighton, un défi lancé à la célèbre œuvre antique du Laocoon, qui représente trois hommes broyés par des serpents marins. Frederic Leighton fut l'un des fondateurs de ce que l'on a appelé le mouvement de la Nouvelle Sculpture en Grande-Bretagne. Cette approche novatrice renouait avec la sculpture classique tout en privilégiant le naturalisme du corps grâce à un modelé soigné des surfaces. Elle s'inscrivait dans un regain d'intérêt pour le bronze, la technique de la cire perdue (*) employée ici permettant une grande précision dans le traitement des formes. » (Commentaire Tate Britain)
(*) La technique de la cire perdue est un procédé de moulage de précision pour obtenir une réalisation en métal (argent, or, bronze, cuivre, aluminium) à partir d'un modèle en cire, qui sera ensuite détruit par chauffage.

 

Frederic Leighton. Needless Alarms (1886)Frederic Leighton. Needless Alarms (1886). Bronze, hauteur 50 cm, Metropolitan, Museum of Art, New York. Needless Alarms : Alarmes inutiles.
« Needless Alarms, la troisième sculpture de Leighton – et la plus insolite – fut exposée à la Royal Academy en 1886 (n° 1922) aux côtés de sa deuxième œuvre, plus célèbre : The Sluggard. En représentant une jeune fille se détournant avec effroi d'un crapaud situé à ses pieds, l'œuvre s'inscrit dans une préoccupation chère aux sculpteurs du mouvement New Sculpture : la représentation de corps nus juvéniles dans une posture de contrapposto marqué. Contrairement à The Sluggard et à son œuvre célèbre de 1877, An Athlete Wrestling with a Python – deux sculptures de grande dimension –, Needless Alarms relève indubitablement de la catégorie de la statuette ; son attrait pour un public moins porté sur la littérature, en tant qu'objet décoratif d'intérieur, est renforcé par l'humour manifeste dont la figure est empreinte. Ce point fut souligné par Leonora Lang, critique pour Art Journal, qui écrivit en 1886 que Leighton n'avait “jamais rien réalisé de plus charmant, ni rien qui ait séduit un aussi large public.” (Commentaire Christie’s)

 

Frederic Leighton. The Sluggard (1890)Frederic Leighton. The Sluggard (1890). Bronze, hauteur 52 cm, collection particulière. Sluggard signifie paresseux, fainéant.
« The Sluggard est l’un des chefs-d’œuvre emblématiques de la sculpture britannique du XIXe siècle. Sa pose langoureuse capture l’essence de la beauté masculine et incarne l’idéal masculin. Le Sluggard de Leighton a été exposé pour la première fois sous forme d'esquisse en argile à la Royal Academy en 1886 et a été conçu comme le pendant du chef-d'œuvre antérieur de l'artiste, Un athlète luttant contre un python, exposé à la Royal Academy en 1877. The Sluggard s'intitulait à l'origine Athlète se réveillant du sommeil et a été inspiré par l'étirement langoureux du modèle masculin musclé de Leighton, Giuseppe Valona, après une longue séance. Leighton a rapidement capturé la pose dans l'argile et a ainsi créé l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture victorienne, qui a été décrit comme “un symbole de l'art de la sculpture, libéré par Leighton, se positionnant pour une activité renouvelée après une longue période dans les chaînes des conventions” (Benedict Read, Apollo, op. cit., p. 68). » (Commentaire Sotheby’s)

 

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