Jean-François de Troy

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Patrick AULNAS

Autoportraits

 

Jean-François de Troy. Autoportrait (v. 1734)Jean-François de Troy. Autoportrait (v. 1734)
Huile sur toile, 130 × 97 cm, Château de Versailles.

 

Jean-François de Troy. Autoportrait (v. 1741)Jean-François de Troy. Autoportrait (v. 1741)
Huile sur toile, 72 × 59 cm, Château de Versailles.

 

Biographie

1679-1752

Jean-François de Troy naît à Paris le 27 janvier 1679. Il est le fils de François de Troy (1645-1730), portraitiste célèbre puis directeur de l’Académie, et de Jeanne Cotelle, née en 1639. Bien évidemment, son père sera son premier maître et jouera un rôle important dans l’orientation de sa carrière. Il ne parvient pas à obtenir le Prix de Rome qui permettait de faire un séjour dans la ville éternelle aux frais du roi. Mais son père finance un séjour en Italie qui durera de 1699 à 1706. Jean-François de Troy découvre les maîtres italiens, en particulier les grands coloristes vénitiens, comme Véronèse (1528-1588), qui influenceront son style.
De retour à Paris en 1706, il commence une carrière de peintre d’histoire. La position de son père et son exceptionnel talent lui permettent d’entrer à l’Académie royale de peinture et de sculpture dès 1708. Il deviendra professeur en 1730. Du fait de son milieu d’origine, il fréquente à Paris des personnalités de premier plan. Par exemple, l’un des plus grands mécènes de l’époque, le financier Samuel Bernard (1651-1739) commande à de Troy en 1723 une importante série de quatre grands tableaux historiques romains. Ces œuvres mythologiques et religieuses, les plus prestigieuses dans la hiérarchie des genres, sont déterminantes pour la réputation de l’artiste.

 

Jean-François de Troy. Diane et ses nymphes au bain (1722-24)Jean-François de Troy. Diane et ses nymphes au bain (1722-24)
Huile sur toile, 74 × 92 cm, Getty Center, Los Angeles.

 

Les commandes royales vont suivre. Il travaille pour la décoration des châteaux de Versailles et Fontainebleau entre 1724 et 1737, puis viendront des séries de tapisseries pour la Manufacture des Gobelins notamment Histoire d’Esther et Histoire de Jason.
Mais Jean-François de Troy fait partie de ces grands créateurs capables d’affronter tous les genres. Ses scènes de genre rencontrent un succès considérable et il est considéré comme l’initiateur des tableaux de mode représentant les mœurs et les goûts des milieux sociaux favorisés (loisirs, repas, relations hommes-femmes, etc.).

 

Jean-François de Troy. La déclaration d’amour (1731)Jean-François de Troy. La déclaration d’amour (1731)
Huile sur toile, 71 × 91 cm, Stiftung Preußische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg, Postdam.

 

Jean François de Troy épouse en 1732, à l’âge de 53 ans, Marie-Anne le Trouyt-Deslandes, âgée de 23 ans, fille de François le Trouyt-Deslandes, qui lui apporte une dot très importante. Sept enfants naîtront de ce mariage, qui mourront tous avant leur père. L’épouse du peintre meurt elle-même en 1742. 
En 1738, Jean-François de Troy est nommé par le roi directeur de l'Académie de France à Rome. Il arrive à Rome en août 1738. Cette fonction, comportant une dimension administrative et le suivi pédagogique des pensionnaires, ne convient pas à l’artiste et il la néglige pour la vie mondaine romaine. Il parvient cependant à rester en poste jusqu’à 1751 ; il est alors remplacé par Charles-Joseph Natoire (1700-1777). Il meurt à Rome le 26 janvier 1752.

 

Jean-François de Troy. La moissonneuse endormie (v. 1752)Jean-François de Troy. La moissonneuse endormie (v. 1752)
Huile sur toile, 103 × 137 cm, musée des Beaux-arts de Nîmes.

 

Œuvre

L’œuvre de Jean-François de Troy comporte des scènes mythologiques et religieuses, des allégories, des scènes de genre et un nombre réduit de portraits. Il réalise également de nombreux cartons de tapisserie, c’est-à-dire des modèles destinés à être reproduits comme motifs de grandes tapisseries. Jean-François de Troy peut être rattaché au style rococo, dominant sous le règne de Louis XV.
Il acquiert sa réputation d’artiste de premier plan dans la peinture d’histoire. Ses compositions structurées et théâtrales accordent une place majeure aux figures féminines et sont marquées stylistiquement par l’influence des grands coloristes italiens.

 

Jean-François de Troy. Bacchus et Ariane (1717)Jean-François de Troy. Bacchus et Ariane (1717)
Huile sur toile, 140 × 165 cm, Gemäldegalerie der Staatlichen Museen, Berlin.

 

Les scènes de genre de Jean-François de Troy ont contribué à sa célébrité dans la première moitié du 18e siècle car elles s’inspiraient des fêtes galantes de Watteau en accentuant la vérité de la représentation. Moins de rêve et plus de réalisme. On a appelé tableaux de mode ces études des mœurs de l’aristocratie. Elles peuvent concerner les relations hommes-femmes, la vie domestique ou les réunions festives.

 

Jean-François de Troy. La jarretière (1724)Jean-François de Troy. La jarretière (1724)
Huile sur toile, 65 × 53 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

 

Jean-François de Troy. Le déjeuner d'huîtres (1735)Jean-François de Troy. Le déjeuner d'huîtres (1735)
Huile sur toile, 180 × 126 cm, musée Condé, Chantilly.

 

La peinture allégorique traditionnelle subsiste au 18e siècle sous forme de grandes compositions évoquant les vertus éternelles. Jean-François de Troy en fut un maître. 

 

Jean-François de Troy. Allégorie du Temps dévoilant la Vérité (1733)Jean-François de Troy. Allégorie du Temps dévoilant la Vérité (1733)
Huile sur toile, 203 × 208 cm, National Gallery, Londres.

 

Scènes mythologiques, religieuses et allégoriques

 

Jean-François de Troy. L'enlèvement d'Europe (1716)

Jean-François de Troy. L'enlèvement d'Europe (1716). Huile sur toile, 66 × 82 cm, National Gallery of Art, Washington. « Ce ravissant tableau de Jean-François de Troy, l'un des plus grands peintres parisiens de la première moitié du XVIIIe siècle, représente le moment culminant du récit d'Ovide dans les Métamorphoses : l'enlèvement d'Europe. Jupiter s'est métamorphosé en un magnifique taureau pour attirer la belle princesse Europe sur son dos et l'emmener en Crète, où elle lui donnera trois fils. De Rembrandt à Claude Lorrain, en passant par Paul Gauguin, ce récit fondateur a captivé l'imagination des artistes européens pendant des siècles.
Peint dans des couleurs vives, avec la touche légère et raffinée caractéristique des œuvres d'Antoine Watteau et de François Boucher, confrères de l'Académie royale de peinture et de sculpture, ce tableau offre un sujet mythologique classique dans un style rococo qui s'intègre harmonieusement à la collection de la National Gallery […]
Le tableau présenté ici s'inspire peut-être de la plus célèbre illustration de ce thème : l'Europe du Titien (1560-1562), conservée au musée Isabella Stewart Gardener de Boston. Cette dernière œuvre fut offerte par Philippe V, roi d'Espagne, à l'ambassadeur de France, le duc de Gramont, en 1704. Le tableau du Titien passa ensuite en possession du duc d'Orléans, dont la collection, exposée en permanence au Palais-Royal à Paris, était bien connue de de Troy. Plus petit et d'une tonalité moins tragique, le tableau de de Troy illustre le même moment du récit et présente une palette tout aussi riche et des drapés tout aussi dramatiques. Le pendant probable de L'Enlèvement d'Europe, une représentation de Cupidon et Psyché, est signé et daté de 1716, situant ainsi notre tableau dans une période du début de la carrière de l'artiste, durant laquelle il se spécialisa dans les tableaux de petit format à sujets mythologiques à forte charge érotique. » (Commentaire NGA)

 

Jean-François de Troy. Bacchus et Ariane (1717)

Jean-François de Troy. Bacchus et Ariane (1717). Huile sur toile, 140 × 165 cm, Gemäldegalerie der Staatlichen Museen, Berlin. « Un épisode des Métamorphoses d'Ovide, cette source inépuisable de thèmes dramatiques et même légèrement suggestifs issus du monde des divinités antiques, a inspiré cette compostion représentant la rencontre entre Bacchus et Ariane sur l'île de Naxos. Ariane, fille de Minos, roi de Crète, aide Thésée à s'échapper du labyrinthe lors de son combat contre le Minotaure. Sur le chemin du retour vers Athènes, Thésée enlève la princesse mais l'abandonne à Naxos. Bacchus la trouve par hasard, au passage de sa troupe bruyante, et la recueille. De leur union naissent quatre fils : Thaos, Staphylos, Œnopion et Péparethos. Après sa mort, Bacchus conduit Ariane des Enfers au mont Olympe. Il jette sa couronne de lumière dans le ciel afin que, transformée en étoiles, elle brille à jamais comme un astre (la Couronne boréale) en sa mémoire.
De Troy a représenté le tournant dramatique de l'histoire. Au loin, à gauche, on aperçoit encore le navire sur lequel Thésée, l'infidèle, s'est enfui. Bacchus vient d'arriver, descendu de son char tiré par deux panthères, et écoute avec compassion le récit déchirant d'Ariane désespérée.
Hyménée, le dieu du mariage, plane au-dessus d'eux, menaçant, sa torche à la main. Ariane semble encore ignorer les avances du dieu, tandis que les festivités bacchiques de sa suite les entourent déjà. Ménades, nymphes et satyres à l'allure de boucs dansent et jouent de leurs instruments, tandis que Silène, le vieux précepteur de Bacchus, gros et ivre, arrive sur un âne, soutenu par un satyre et mené par une ménade.
La composition du tableau apaise la turbulence de la scène et lui confère une forme classique et harmonieuse. Sur fond d'arbres sombres, le groupe principal se tient comme sur une scène ; au premier plan, à droite et à gauche, laissant le centre ouvert tout en restant orienté vers lui, se déploient de nombreux groupes secondaires de figures. Une élégance presque enjouée caractérise ce tableau, ainsi que son pendant, L'Éducation de Bacchus (cat. n° KFMV.240), et les distingue nettement des grands modèles de ces thèmes bachiques dans la peinture flamande du XVIIe siècle, notamment du style dramatique de Jacob Jordaens. » (Commentaire Gemäldegalerie)

 

Jean-François de Troy. Pan et Syrinx (1722-24)

Jean-François de Troy. Pan et Syrinx (1722-24). Huile sur toile, 74 × 92 cm, Getty Center, Los Angeles. « Comme le raconte le poète romain Ovide dans les Métamorphoses, le vigoureux satyre Pan poursuivait avec insistance la nymphe des bois Syrinx. Préservant sa vertu, elle courut jusqu'à atteindre une rivière et supplia désespérément ses sœurs du ruisseau de la transformer. Juste au moment où Pan était sur le point de l'embrasser, Syrinx se transforma en roseaux. Lorsque Pan découvrit qu'il ne tenait rien d'autre que des roseaux des marais, il soupira de déception, faisant souffler le vent à travers les roseaux. Il était enchanté par le son, croyant qu'il s'agissait du cri lugubre de sa bien-aimée Syrinx ; avec les roseaux, il fabriqua un ensemble de flûtes pour pouvoir toujours l'avoir avec lui.
Dans ce pendant de Diane et ses nymphes au bain [voir ci-après], Jean-François de Troy représente le point culminant du récit. Syrinx, que l'on voit avant et après la transformation, regarde Pan avec crainte alors qu'elle tombe dans les bras de Ladon, le dieu du fleuve. À moitié dans l’ombre, les nymphes des rivières observent avec appréhension et se blottissent les unes contre les autres pour se protéger. Alors qu’il saisit le bouquet de roseaux, Pan semble proche de l’extase. La peau douce et crémeuse de la femme contraste avec le torse sombre et musclé de Pan et le feuillage automnal en arrière-plan. » (Commentaire Getty Center)

 

Jean-François de Troy. Diane et ses nymphes au bain (1722-24)

Jean-François de Troy. Diane et ses nymphes au bain (1722-24). Huile sur toile, 74 × 92 cm, Getty Center, Los Angeles. « Dans les Métamorphoses, le poète romain Ovide décrit comment les nymphes baignèrent Diane, déesse de la chasse, dans un cours d'eau limpide. Jean-François de Troy a représenté l'instant qui suit le bain, lorsque les nymphes sèchent le corps de Diane et rattachent sa tunique. À gauche, une nymphe tente de dissimuler la nudité de Diane au regard lubrique d'un dieu fleuve. Le choix du sujet par De Troy et la représentation de la chair des femmes – d'un blanc crémeux teinté de rose – confèrent à cette œuvre une charge érotique. Le dieu fleuve, observant la scène avec voyeurisme, devient le représentant du spectateur.
À l'instar de son pendant, Pan et Syrinx, De Troy a utilisé une palette chaude de couleurs automnales et pastel pour représenter le feuillage et le ciel environnants. Des glacis superposés intensifient les tons lumineux. » (Commentaire Getty Center) 

 

Jean-François de Troy. Allégorie du Temps dévoilant la Vérité (1733)

Jean-François de Troy. Allégorie du Temps dévoilant la Vérité (1733). Huile sur toile, 203 × 208 cm, National Gallery, Londres. « Le Père Temps, ailé, dévoile la Vérité, vêtue de blanc et posant le pied sur un globe terrestre, symbole de la Terre dont elle est issue. De sa main gauche, la Vérité démasque le Mensonge, tandis que de sa main droite, elle désigne les quatre vertus cardinales : la Prudence, tenant un serpent ; la Tempérance, portant une cruche ; la Justice, avec une épée et une balance ; et la Force, appuyée sur un lion. Le sujet s'inspire de la devise classique : La vérité est fille du Temps, signifiant que la vérité se révèle avec le temps.
Les figures monumentales occupent le premier plan comme des acteurs sur un plateau de théâtre. Elles sont disposées en une pyramide équilibrée, le Temps et la Vérité occupant le sommet, peut-être pour indiquer leur triomphe futur. Tandis que toutes les figures contemplent la Vérité, celle-ci nous regarde, nous invitant à pénétrer dans l'image et nous guidant à travers elle par un jeu de regards et de gestes. » (Commentaire National Gallery)

 

Jean-François de Troy. Diane surprise par Actéon (1734)

Jean-François de Troy. Diane surprise par Actéon (1734). Huile sur toile, 131 × 196 cm, Kunstmuseum Basel. « La composition représente une scène des Métamorphoses d'Ovide (III, 155-253) : le jeune Actéon, à la chasse, surprend la déesse Diane au bain et, pour le sacrilège de l'avoir vue nue, il est transformé en cerf. Ses chiens, ne le reconnaissant plus, le traquent et le tuent.
Le tableau L'Enlèvement de Proserpine, dont le lieu de conservation est aujourd'hui inconnu, fut réalisé en 1735, peut-être en pendant à celui de Bâle. Les deux œuvres furent gravées par Jean-Charles Le Vasseur. Une copie du tableau de Bâle est conservée au musée des Beaux-Arts de Quimper (inv. 873-1-950). À l'instar de la gravure, elle présente la composition inversée. » (Commentaire Kunstmuseum Basel)

 

Jean-François de Troy. Le triomphe de Mardochée (v. 1736)

Jean-François de Troy. Le triomphe de Mardochée (v. 1736). Huile sur toile, 86 × 150 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « En 1736, de Troy réalisa sept immenses esquisses préparatoires pour des tapisseries illustrant l'histoire d'Esther dans l'Ancien Testament. Ces tapisseries furent tissées à la manufacture des Gobelins. Les commandes de tapisseries représentaient une part importante des sujets traités par les peintres d'histoire, car leur format et leur prestige étaient jugés appropriés. Cette esquisse à l'huile, réalisée pour l'une des tapisseries de la série Esther, représente Mardochée, parent et père adoptif d'Esther, traversant triomphalement les rues de Suse (Iran actuel). Les costumes, doublement imaginaires, témoignent de l'interprétation et de l'exotisation par de Troy des vêtements historiques et orientaux. Après avoir défini les relations entre les personnages à cette échelle réduite, il peignit une maquette grandeur nature (1738-1739 ; musée du Louvre, Paris) avant le tissage des premières tapisseries, entre 1741 et 1744. » (Commentaire MET)

 

Jean-François de Troy. Jésus et la Samaritaine (1742)

 Jean-François de Troy. Jésus et la Samaritaine (1742). Huile sur toile, 195 × 147 cm, musée des Beaux-arts de Lyon. L’épisode de la rencontre de Jésus et de la Samaritaine provient du Nouveau Testament (Evangile selon Jean). Jésus se repose près d’un puits. Une femme de Samarie (samaritaine) venant puiser de l’eau, Jésus lui demande à boire. La Samaritaine s’en étonne car les Juifs méprisent les Samaritains et ne leur adressent pas la parole. Jésus lui répond : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ».

 

Jean-François de Troy. Jason promettant un amour éternel à Médée (1742-43)

Jean-François de Troy. Jason promettant un amour éternel à Médée (1742-43). Huile sur toile, 57 × 52 cm, National Gallery, Londres. « Il s'agit de la première d'une série de sept illustrations de l'histoire de Jason, réalisées par Jean-François de Troy comme esquisses préparatoires pour les cartons des tapisseries des Gobelins à Paris. La Galerie possède une autre esquisse de la même série : La Capture de la Toison d'or.
Selon les Métamorphoses (Livre VII) du poète romain Ovide, Jason fut envoyé dérober la Toison d'or en Colchide, sur les rives de la mer Noire. Il était aidé par la magicienne Médée, fille du roi de Colchide, qu'il épousa avant de l'abandonner.
On voit ici Jason et Médée au cœur de la forêt, près de l'autel d'Hécate, déesse associée à la lune et à la magie. Il saisit la main de Médée et lui demande de l'aider à s'emparer de la Toison d'or, lui promettant le mariage en échange. Cupidon décoche une flèche, guidée par Hyménée, dieu du mariage, vers le cœur de Jason. Jason jure être sincère et Médée, le croyant, lui donne des herbes magiques pour le protéger. » (Commentaire National Gallery)

 

Jean-François de Troy. Suzanne et les vieillards (1748)

Jean-François de Troy. Suzanne et les vieillards (1748). Huile sur toile, 115 × 152 cm, Museo de Arte de Ponce, Porto Rico, Etats-Unis. Épisode biblique. Une jeune femme, Suzanne, est surprise par deux vieillards alors qu’elle prend son bain. Elle refuse leurs avances et les vieillards l’accusent alors d’adultère. Elle est condamnée à mort. Le prophète Daniel prend sa défense et fait condamner les vieillards.
« Le livre de Daniel, dans l'Ancien Testament, raconte l'histoire de Suzanne, une femme vertueuse faussement accusée d'adultère par deux hommes plus âgés. La dimension érotique de cette représentation est accentuée par l'image de Suzanne et son geste, qui attire l'attention sur son sein droit nu, point focal de la composition. Cette œuvre est un excellent exemple de peinture historique rococo, réalisée dans le style décoratif prisé par la cour sous le règne de Louis XV. Elle reflète la transformation sociale où les loisirs, le luxe et l'excès ont cédé la place à la peinture amoureuse. » (Commentaire Museo de Arte de Ponce)

 

Portraits

 

Jean-François de Troy. Louis XV de France et Maria Anna Victoria d’Espagne (1723)

Jean-François de Troy. Louis XV de France et Maria Anna Victoria d’Espagne (1723). Huile sur toile, 195 × 129 cm, Galleria Palatina (Palazzo Pitti), Florence. « Ce magnifique tableau est peu connu des spécialistes de J. F. de Troy (Brière 1930). Il représente le jeune Louis XV (il avait treize ans en 1723) tenant la main de sa future épouse, Maria Anna Victoria, infante d'Espagne, fille de Philippe V, alors âgée de cinq ans. Arrivée en France en 1722, elle dut retourner en Espagne en 1725, la promesse de mariage et l'alliance ayant été rompues. Louis XV porte les insignes royaux, le Saint-Esprit et le Grand Cordon. Derrière lui, sur le trône orné de lys, se trouvent la couronne et le sceptre. Un tableau d'A. S. Belle, conservé à Versailles, de forme ovale à l'origine (rectangulaire), reprend le thème de la toile florentine. Peint en 1724, il représente le jeune roi pointant du doigt un portrait de la jeune princesse tenant un bouquet de fleurs. » (Commentaire Catalogo générale dei Beni Culturali)

 

Jean-François de Troy. Monsieur de Vandières, marquis de Marigny (1750-51)

Jean-François de Troy. Monsieur de Vandières, marquis de Marigny (1750-51). Huile sur toile, 133 × 96 cm, Château de Versailles. Abel-François Poisson (1727-1781) est le frère de Jeanne-Antoinette Poisson (1721-1764) qui deviendra la favorite du roi Louis XV en 1745. Le roi lui accordera le titre de marquise de Pompadour. Abel profitera de l’ascension de sa sœur. Il assurera la direction générale des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures et deviendra marquis de Marigny en 1754. Le titre du tableau provient du fait que ce personnage, d’origine roturière, se faisait appeler Poisson de Vandières avant de devenir marquis de Marigny.

 

Scènes de genre

 

Jean-François de Troy. La liseuse (1723)

Jean-François de Troy. La liseuse (1723). Huile sur toile, 35 × 27 cm,     Gemäldegalerie der Staatlichen Museen, Berlin. « Cette composition s'inspire de la tradition des vitraux hollandais, notamment ceux d'artistes tels que Gerard Dou, Willem van Mieris et Nicolaas Six. Une robe de satin bleu éclatant – peinte dans le style de ter Borch – et une étole transparente à rayures roses soulignent les épaules dénudées de la femme absorbée par sa lecture. Le regard perdu de son profil est fixé sur une lettre qu'elle tient entre ses mains. Le fond sombre de la composition renforce cette attention portée à la lecture. Les joues rosées, cependant, confèrent à la scène une délicatesse discrète. Le sujet est suggéré, non explicitement énoncé.
Jean-François de Troy est l'un des fondateurs de la peinture de genre galante française du XVIIIe siècle. Les premiers exemples de ce genre pictural à la mode, connu sous le nom de “tableaux de mode”, sont les deux tableaux La liseuse et son pendant Le petit-déjeuner (cat. n° 469) [voir ci-dessous], commandés par le marchand de tissus et collectionneur d'art parisien Jean de Jullienne. » (Commentaire Gemäldegalerie)

 

Jean-François de Troy. Le petit-déjeuner (1723)

Jean-François de Troy. Le petit-déjeuner (1723). Huile sur toile, 34 × 25 cm, Gemäldegalerie der Staatlichen Museen, Berlin. « La femme représentée porte une tenue d’intérieur, convenant au petit déjeuner. Sur le plateau de marbre poli, visible au premier plan, se trouvent une tasse et sa soucoupe, ainsi qu'un étui ouvert, qui semble contenir un élixir de voyage. Tandis qu'elle “goûte” sa boisson, son regard se perd rêveusement vers le bord du tableau, suggérant un objet caché hors cadre. La cuillère est élégamment présentée devant l’espace le plus lumineux au centre de l'image : la peau pâle de son décolleté. Ce style, ou un style tout aussi délicat, était souvent employé pour représenter le goût. Une dimension érotique se dégage clairement de la peinture, suggérée par le regard provocateur de la femme qui déjeune et par le décolleté plongeant de sa robe, qui, en quelque sorte, est une invitation.
Jean-François de Troy est l'un des fondateurs de la peinture de genre galante française du XVIIIe siècle. Les premiers exemples de cette peinture connue sous le nom de “tableaux de mode” sont les deux tableaux Le petit-déjeuner et son pendant La liseuse (cat. no. KFMV.297) ) [voir ci-dessus], commandés par le marchand de tissus et collectionneur d'art parisien Jean de Jullienne. » (Commentaire Gemäldegalerie)
Voir ci-dessous gravure réalisée à partir de ce tableau : Jeune fille buvant du café.

 

Jean-François de Troy. L’Alarme (1723)

Jean-François de Troy. L’alarme (1723). Huile sur toile, 70 × 64, Victoria and Albert Museum, Londres. « Ce tableau illustre parfaitement les scènes galantes en vogue dans la France du XVIIIe siècle. Il représente un rendez-vous secret dans un jardin romantique, près d'une fontaine, troublé par une servante qui, d'un geste théâtral, vient interrompre la conversation. Il s'agit d'un des premiers “tableaux de mode” de de Troy, genre dont il est considéré comme l'inventeur. » (Commentaire Victoria and Albert Museum)

 

Jean-François de Troy. La déclaration d’amour (v. 1724)

Jean-François de Troy. La déclaration d’amour (v. 1724). Huile sur toile, 65 × 53 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Ce célèbre tableau et son pendant, La Jarretière, illustrent un genre pictural appelé tableaux de mode, popularisé par de Troy. Rejetant les sujets religieux ou mythologiques, les artistes représentaient les dernières tendances en matière de décoration intérieure, de vêtements, d'étiquette et de mœurs. Ici, un couple d'amoureux flirte sous une image de Mars et Vénus, reléguée au rang de décoration murale, tandis que le chien, plein d'entrain, suggère de manière à peine voilée les passions dissimulées derrière leurs gestes délicats. Dans les années 1720, l'harmonie des courbes entre le cadre, la cimaise et le canapé était très en vogue, mais dans la composition de de Troy, elle souligne également le thème de l'union charnelle. » (Commentaire MET)

 

Jean-François de Troy. La jarretière (1724)

Jean-François de Troy. La jarretière (1724). Huile sur toile, 65 × 53 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Un homme propose son aide à une femme pour remettre sa jarretière. Il s’agit d’une scène récurrente dans la peinture et de la littérature érotiques françaises du XVIIIe siècle. La main de la femme repousse fermement ce geste, mais l'indécence avec laquelle elle dévoile sa jambe en sa présence suggère une ruse – peut-être inspirée par le contenu du livre qu'elle a jeté près d'une statuette en bronze déjà dévêtue. L'horloge ressemble aux derniers modèles du célèbre ébéniste André Charles Boulle et représente Saturne, ou le Temps, dont la faux a été dérobée par Cupidon. » (Commentaire MET)

 

Jean-François de Troy. La déclaration d’amour (1731)

Jean-François de Troy. La déclaration d’amour (1731). Huile sur toile, 71 × 91 cm, Stiftung Preußische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg, Postdam. « La scène représentée par Jean-François de Troy (1679-1752) donne une image très vivante de la société aristocratique de son époque, sans pour autant présenter les portraits de personnes spécifiques. On trouve trace de ce tableau dès 1749 dans la salle d'audience et la salle à manger du roi Frédéric II de Prusse. » (Commentaire Stiftung Preußische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg)

 

Jean-François de Troy. Le déjeuner d'huîtres (1735)

Jean-François de Troy. Le déjeuner d'huîtres (1735). Huile sur toile, 180 × 126 cm, musée Condé, Chantilly. « Ce tableau fut commandé en 1735 à Jean-François de Troy par le roi Louis XV pour la première salle à manger des petits appartements de Versailles, où le roi déjeunait dans l'intimité, souvent au retour de la chasse ; le pendant était Le déjeuner de jambon de Nicolas Lancret […]
C’est le premier tableau où apparaît le champagne, peu après l’invention de la champagnisation par Dom Pérignon à la fin du XVIIe siècle ; les domestiques à gauche suivent des yeux le bouchon qui saute au niveau de la colonne de marbre à gauche. Jean-François de Troy intègre dans le décor son Zéphyr et Flore, vers 1725-26, qu’il reproduit inversé en dessus-de-porte. J.F. de Troy nous livre des informations sur les manières de table au premier tiers du XVIIIe siècle : vaisselle d’argent massif, rafraîchissoirs, porcelaines, salières, etc. Ces gentilshommes dégustent des huîtres, servies avec de l'ail, du beurre, du sel et du poivre. On en raffolait au XVIIIe siècle ; les écaillers ambulants les vendaient dans leur coquille, faisant résonner Paris de leurs cris […]
Cependant, le tableau était destiné à une salle à manger dite des "retours de chasse" – la première salle à manger spécifique de Versailles car, auparavant, la table était dressée dans n'importe quelle salle – où les soupers ne comptaient qu'une quinzaine de chasseurs, auxquels se joignirent quelques dames à partir de 1738. Au milieu de la pièce, la table ronde (pour favoriser l'absence d'étiquette) est encore formée de planches posées sur de simples tréteaux ; elle était prévue pour dix-sept couverts. Les chaises étaient cannées, la vaisselle d'argent. Les bouteilles sont posées sur la table, les verres figurent devant chaque convive dans des rafraîchissoirs individuels en porcelaine de Chine ou du Japon. La table servante au premier plan contient des bacs remplis de glace pour rafraîchir les bouteilles, ses côtés sont munis de tablettes pour supporter les assiettes. » (Commentaire musée Condé)

 

Jean-François de Troy. Un déjeuner de chasse (1737)

Jean-François de Troy. Un déjeuner de chasse (1737). Huile sur toile, 241 × 170 cm, musée du Louvre, Paris. « En 1737, lorsque Jean-François de Troy peint Un déjeuner de chasse, dont le pendant, La Mort d’un cerf, a disparu, Louis XV a vingt-sept ans […] Il commande entre 1735 et 1739 neuf tableaux de chasses exotiques pour la petite galerie de ses petits appartements de Versailles […]
Jean-François de Troy peint la simplicité du décor champêtre et le caractère spontané de ce déjeuner. Une domestique descend une chaise pour permettre à un convive resté debout de s’asseoir, tandis qu’une servante accoudée observe la scène. La qualité des invités ne fait pas de doute. Leurs vêtements sont à la dernière mode, un carrosse est rangé à l’arrière-plan, et la présence d’un domestique de couleur témoigne d’un style de vie aristocratique […]
Au milieu des années 1730, Jean-François de Troy mais aussi Nicolas Lancret et Carle Van Loo peignent avec talent des repas en plein air. Leurs tableaux sont pour la plupart destinés aux appartements privés que Louis XV occupe dans ses châteaux de la Muette, de Fontainebleau ou de Versailles. La chasse est au cœur de la sociabilité princière. C’est un sport d’hommes, mais les femmes rejoignent les chasseurs pour les pique-niques. » (Commentaire L’Histoire par l’image)

 

Jean-François de Troy. La moissonneuse endormie (v. 1752)

Jean-François de Troy. La moissonneuse endormie (v. 1752). Huile sur toile, 103 × 137 cm, musée des Beaux-arts de Nîmes. « La lascivité de la figure, d'exécution rapide avec un coloris chaud et de nombreux empâtements, justifie en grande partie le pouvoir de séduction que le tableau transmet toujours.
De Titien à Poussin, l'histoire de la peinture est jalonnée par des figures de nymphes endormies ou d'Ariane abandonnée dans une position semblable, inspirée d'un célèbre antique du Vatican, une Cléopâtre en marbre.
Probablement conçue pour être un dessus-de-porte, cette scène de la vie champêtre (buisson, gerbe de blé, faucille, chaleur estivale, corsage largement ouvert, jupe relevée) est prétexte à un érotisme rare chez ce peintre qui multiplie pourtant les figures féminines.
Très impressionné par les grands artistes vénitiens lors de son voyage en Italie de 1699 à 1706, Jean-François de Troy se rapproche ici beaucoup de l'art de son exact contemporain Giambattista Piazzetta (Venise, 1683-1754).
Lors d'une visite du musée en 1863, Courbet, frappé par ce superbe morceau, en fit une copie, aujourd'hui conservée au Japon (Nishinomiya). Il se souvint certainement du corps assoupi et offert de la jeune paysanne lorsqu'il brossa Le Sommeil (1866, Paris, Petit Palais). » (Commentaire MBA Nîmes)

 

Dessins et gravures

 

Jean-François de Troy. Jeune fille buvant du café (1723)

Jean-François de Troy. Jeune fille buvant du café (1723). Gravure sur papier, 32 × 22 cm, Academia Barilla, Parme. « D'après le tableau éponyme de De Troy, datant d'avant 1723, ayant appartenu à Jean de Julienne, il fut vendu le 30 mars 1767 et est aujourd'hui conservé à la Gemäldgalerie de Berlin [voir ci-dessus Le petit-déjeuner]. Issu d'une famille d'artistes, De Troy fut un représentant du rococo français, réalisant des sujets historiques, des planches de mode, des motifs de papier peint et de nombreuses scènes de la vie de l'aristocratie française. Nommé directeur de l'Académie de France à Rome en 1738, il y demeura jusqu'à sa mort. Cette gravure est une rare représentation de la consommation de café au XVIIIe siècle. » (Commentaire Google Arts & Culture)

 

Jean-François de Troy. L’Annonciation (1750)

Jean-François de Troy. L’Annonciation (1750). Gravure sur papier, feuille de 36 × 47 cm, National Gallery of Art. L’archange Gabriel annonce à la Vierge Marie la naissance prochaine du Christ (maternité divine de la Vierge selon le dogme chrétien). Marie, agenouillée, répond : « Ecce Ancilla Domini » (Voici la servante du Seigneur). La gravure a été réalisée par Jean-Baptiste Hutin (1726-1786).

 

Jean-François de Troy. Portrait d’un homme inconnu (1694-1752)

Jean-François de Troy. Portrait d’un homme inconnu (1694-1752). Craie rouge et noire, rehauts de blanc, sur papier bleu, 39 × 31 cm, British Museum, Londres. « Portrait d'un homme inconnu assis à une table ; figure en pied d'un homme assis sur une chaise à droite, appuyé contre une table de la main droite et pointant la main gauche vers l'arrière, vêtu d'une longue redingote et d'une culotte. » (Commentaire British Museum)

 

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Jean-François de Troy
 

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