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Banquet des officiers du corps des archers de Saint-Georges (1616). Huile sur toile, 175 × 324 cm, Frans Halsmuseum, Haarlem. Les corps des archers et des arbalétriers étaient des milices civiles jouissant d'un grand prestige. Il fallait appartenir aux grandes familles locales pour les intégrer. Ces milices symbolisaient la liberté des villes et leurs membres étaient fiers d'être représentés sur un tableau en tenue d'apparat, parfois même avec armes (voir ci-après Cortège des officiers de 1639).
« La composition, dans laquelle la plupart des personnages sont regroupés en diagonale, à côté et derrière la table parallèle au plan pictural, crée un espace pour des détails supplémentaires. Hals montre son talent extraordinaire dans la représentation de la nappe en damas, des assiettes et plats en étain avec des rôtis et des olives brillantes, du pain sur la table et du couteau dépassant du bord de la table. La nature morte rappelle le travail d'autres peintres de Haarlem spécialisés dans ce genre. Le rendu de la texture et des motifs de la nappe en damas est si bien restitué et reconnaissable malgré les larges touches que des recherches comparatives récentes ont permis de découvrir l'identité du tisserand du damas du XVIIe siècle, à savoir Passchier Lammertijn. » (Commentaire Frans Halsmuseum)
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Catharina Hooft et sa nourrice (1619-20). Huile sur toile, 68 × 65 cm, Staatliche Museen, Berlin. Catharina Hooft (1618-1691) appartient à une grande famille d'Amsterdam. A l'âge de 16 ans, elle épousera Cornelis de Graeff (1599-1664), de 19 ans son aîné, l'un des plus puissants maires d'Amsterdam. La nourrice a un geste un peu maniéré mais Hals sait déjà parfaitement capter les expressions de Catharina enfant et de sa nourrice.
« Le statut social élevé de la petite fille représentée ici est immédiatement mis en évidence par ses vêtements raffinés. Elle porte une précieuse robe en brocart, reproduite dans les moindres détails, ornée de la dentelle la plus fine. Frans Hals a particulièrement mis en valeur la dentelle au fuseau en faisant ressortir les extrémités du col et du bonnet sur un fond sombre. La rigidité de la dentelle amidonnée, qui se détache du corps sans extrémités courbées, est clairement visible. Bien qu'au XVIIe siècle, les filles et les garçons ne recevaient pas de vêtements spécifiques à leur sexe avant l'âge de sept ans, les détails du costume, par exemple le col plat et large et la forme légèrement angulaire du bonnet, permettent de voir que cet enfant doit être une fille. » (Commentaire Staatliche Museen)
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Portrait de mariage d'Isaac Massa et Beatrix Van der Laen (1622). Huile sur toile, 140 × 166,5 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. Le riche marchand Isaac Massa épouse la fille de Bourgmestre de Haarlem, Beatrix Van der Lean. Le couple est représenté dans une pose un peu relâchée, comme s'il venait de quitter les agapes de la fête. L'arrière-plan, totalement fictif, s'inspire de la campagne italienne avec des éléments d'architecture antique. Il s'agit de mettre en évidence le rang élevé et le raffinement du couple.
« Il était rare qu'un couple marié soit représenté grandeur nature et ensemble dans un seul tableau, et encore plus rare qu'il soit représenté de manière aussi intime et joyeuse. Le commanditaire devait être ouvert à une telle innovation. L'amitié étroite qui liait Hals au couple de jeunes mariés, vraisemblablement Isaac Abrahamsz Massa et Beatrix van der Laen, a sans doute joué un rôle crucial dans la réalisation de ce portrait audacieux. » (Commentaire Rijksmuseum)
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Bouffon au luth (1623-24). Huile sur toile, 70 × 62 cm, musée du Louvre, Paris. « S'agit-il d'un simple musicien en représentation ? Tient-il le rôle d'un bouffon comme a pu le faire croire son extrême jovialité ? Ou bien est-il une figure de théâtre comme l'indiquerait son élégant et archaïsant costume de fantaisie (du XVIe siècle) ? [...] En fait ces tableaux, qui appartiennent à ce que l'on nomme le portrait de genre, étaient bien souvent le support d'une réflexion morale sur les plaisirs des sens et leurs dangers. Ainsi ce luthiste pourrait-il être une allégorie de l'ouïe ou bien encore une leçon sur la vanité de la musique, éphémère par essence. » (Commentaire musée du Louvre)
« La dette de Hals envers les caravagistes d'Utrecht est évidente dans ses tableaux de genre grandeur nature représentant des musiciens, des buveurs, des acteurs et des enfants, dans les années 1620 et 1630. Mais il existe quelques différences significatives. Hals n'a jamais été fasciné par les expériences menées par les peintres caravagistes avec des effets de clair-obscur dramatiques produits par la lumière artificielle. Les expressions spontanées de ses figures ne se figent jamais en grimaces, et même lorsque ses modèles sont vêtus de costumes, ils ne semblent jamais poser dans un atelier ; Hals nous convainc toujours que nous assistons à un moment fugace de la vie. » (Commentaire Web Gallery of Art)
Analyse détaillée
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Le cavalier riant (1624). Huile sur toile, 83 × 67 cm, Wallace Collection, Londres. Ce portrait très célèbre représente un personnage dont l'identité n'est pas connue. L'inscription en haut, à droite, permet de déduire qu'il a vingt-quatre ans. Le traitement du costume est un chef-d'œuvre et Hals a parfaitement saisi l'expression de fanfaronnade du modèle.
« Portraitiste extrêmement doué, Frans Hals avait une capacité exceptionnelle à caractériser ses modèles et à leur donner un aspect réaliste. Ce portrait exubérant d'un jeune homme de 26 ans, vêtu d'un costume flamboyant, est son tableau le plus célèbre. La pose assurée de l'homme, la main gauche sur la hanche, le chapeau retourné et la moustache, ainsi que son expression timide, confèrent au portrait une vitalité unique. La ceinture noire est particulièrement remarquable, car elle met en évidence la capacité étonnante de Hals à peindre en utilisant une palette de couleurs limitée, ce qui a conduit Vincent van Gogh à s'exclamer : “Frans Hals devait avoir 27 noirs !” » (Commentaire Wallace Collection)
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Banquet des officiers du corps des archers de Saint-Adrien (1627). Huile sur toile, 207 × 337 cm, Frans Halsmuseum, Haarlem. . Les corps des archers et des arbalétriers étaient des milices civiles jouissant d'un grand prestige. Il fallait appartenir aux grandes familles locales pour les intégrer. Ces milices symbolisaient la liberté des villes et leurs membres étaient fiers d'être représentés sur un tableau en tenue d'apparat, parfois même avec armes (voir ci-après Cortège des officiers de 1639).
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Jeune homme tenant un crâne (vanité) (1626-28). Huile sur toile, 92,2 × 80,8 cm, National Gallery, Londres. Une vanité est un type de peinture à caractère symbolique axé sur la thématique de l'inéluctabilité de la mort et la futilité des plaisirs terrestres. Le genre s'épanouit au 17e siècle surtout dans les pays catholiques.
« Une figure grandeur nature se tient devant nous, tenant un crâne dans une main et gesticulant de l'autre. Bien qu'il soit de face, il regarde vers sa gauche, et c'est le geste de sa main droite qui attire notre attention : ses doigts semblent sortir de la toile pour s'avancer dans notre espace.
Il s'agit de l'une des peintures les plus captivantes de Hals et d’un exemple remarquable de sa technique audacieuse consistant à peindre librement et rapidement, ce qui le distingue de la plupart des artistes de l'époque. Il n'y a aucune trace de sous-couche, et le fond rougeâtre transparaît par endroits. Dans certaines zones, la peinture a été appliquée humide sur humide, mélangeant certaines couleurs ; d'autres sont modelées avec des hachures très grossières.
Ce tableau n'est pas un portrait. Le crâne est un symbole de mortalité, un rappel de la brièveté de la vie humaine. Aux Pays-Bas, les représentations de garçons tenant des crânes sont ancrées dans une tradition qui remonte au début du XVIe siècle. » (Commentaire National Gallery)
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Le joyeux buveur (1628). Huile sur toile, 81 × 66,5 cm, Rijksmuseum, Amsterdam. Hals saisit les instants privilégiés de la réalité humaine, lorsque le visage et l'attitude expriment l'émotion fugace d'un personnage. Peu d'artistes parviennent à cette époque à tant de vérité.
« Cette œuvre est l'apogée du style “brut”, audacieux et libre de Hals. Les touches s'entrecroisent sur la toile, donnant l'impression d'une exécution rapide et suggérant le mouvement. Le modèle, probablement un garde civil ou un militaire d'après sa tenue, s'apprête à lever son verre pour trinquer avec nous. » (Commentaire Rijksmuseum)
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La Bohémienne (1628-30). Huile sur bois, 58 × 52 cm, musée du Louvre, Paris. « Tout dans ce portrait, à savoir le décolleté généreux, le sourire prometteur ou simplement railleur, autant que le regard en coulisse et la tenue négligée du modèle, a volontiers laissé supposer qu'il s'agissait sans contredit d'une jeune personne aux mœurs plutôt légères. Et en dépit du fait que ce portrait se rattache à la catégorie des "portraits de caractère" et qu'il est censé représenter la trivialité ou encore la sensualité, dès l'abord il s'en dégagerait somme toute une simple et éclatante joie de vivre. » (Notice musée du Louvre)
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Malle Babbe (1633-35). Huile sur toile, 75 × 64 cm, Staatliche Museen, Berlin. « Il y a quelques années seulement, des recherches dans les archives ont permis d'établir qu'il s'agissait de Barbara Claes (décédée en 1663), une femme “folle” et mentalement retardée de Haarlem. En 1646, elle fut internée pour comportement immoral dans le “werkhuis”, un établissement pour personnes atteintes de troubles mentaux, où elle passa 15 ans au total […]
Le tableau montre Malle Babbe assise à une table, grandeur nature. De la main droite, elle saisit l'anse d'une chope en étain avec un couvercle relevé. Une chouette est perchée sur son épaule gauche. Les mouvements complexes et contradictoires donnent à la figure un aspect spontané, comme si elle avait été capturée dans un instantané […]
La chouette perchée sur l'épaule de Malle Babbe peut être interprétée comme un symbole d'alcoolisme et faire référence à l'expression contemporaine “zoo beschonken als een uil” (ivre comme une chouette). » (Commentaire Staatliche Museen)
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Portrait de Maria Olycan (1638). Huile sur toile, 86 × 67 cm, musée d'Art, São Paulo. Les Olycan sont une riche famille de Haarlem exploitant des brasseries. Maria Olycan est née en 1607.
« Les portraits du capitaine Andries van Hoorn et de Maria Pietersdochter Olycan, sa deuxième épouse, ont été réalisés à l'occasion de leur mariage, en 1638. Tous deux appartenaient à de riches familles de brasseurs de Haarlem. Dans ces portraits, on note une grande précision dans les détails et une absence de formalisme dans la présentation des personnages, qui ne compromet en rien la mise en évidence de leur position sociale. Le capitaine Andries a également été représenté par Hals dans le tableau concernant le banquet des officiers de la milice de Saint-Adrien (1633), élus parmi les notables de la ville de Haarlem ; il a été maire de la ville en 1655. » (Commentaire musée d'Art, São Paulo)
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Cortège des officiers et des sous-officiers du corps des archers de Saint-Georges (1639). Huile sur toile, 218 × 421 cm, Frans Halsmuseum, Haarlem. Les corps des archers et des arbalétriers étaient des milices civiles jouissant d'un grand prestige. Il fallait appartenir aux grandes familles locales pour les intégrer. Ces milices symbolisaient la liberté des villes et leurs membres étaient fiers d'être représentés sur un tableau en tenue d'apparat, parfois même avec armes, comme ci-contre. Le deuxième personnage tout en haut en partant de la gauche est Frans Hals lui-même, qui faisait partie du corps en tant que peintre célèbre, mais pas au rang d'officier.
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Portrait de femme (1644). Huile sur toile, 75,9 × 62,5 cm, Michaelis Collection, Cape Town, Afrique du Sud. Le calvinisme impose aux femmes de la bourgeoisie une tenue d'une rigueur extrême et d'un inconfort évident. Du visage émanent dignité et tristesse.
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Portrait de famille dans un paysage (1645-48). Huile sur toile, 202 × 285 cm, Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid. « Hals parvient, comme aucun autre, à pénétrer la personnalité de ses modèles en leur donnant une vitalité et une spontanéité jusqu'alors inconnue. Sur cette toile, les conjoints se tiennent la main, symbolisant la loyauté du mariage, tandis que le chien au pied de la jeune fille représente la fidélité. La touche est si relâchée et libre qu'elle paraît incroyablement moderne pour son époque. Ses portraits collectifs et de groupe, comme dans le cas présent, sont les plus célèbres qu'il nous ait légués. » (Notice Musée Thyssen-Bornemisza)
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Portrait de Frans Post (vers 1655). Huile sur bois, 27,5 × 23 cm, Worcester Art Museum, Massachusetts. Frans Post (1612-1680) est un peintre néerlandais qui s'embarqua pour le continent américain et fit des tableaux des paysages de ce continent.
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Portrait d'un homme inconnu (1660-63). Huile sur toile, 80 × 67 cm, Fitzwilliam Museum, Cambridge. Ce portrait d'une facture tout à fait atypique pour le 17e siècle – un regard actuel pourrait le dater par le style de la fin du 19e siècle – suppose une liberté créative et une audace technique rare. Le vieux Frans Hals (il a plus de 80 ans) se permet avec l'âge, comme d'autres artistes (Greco, Bosch, Titien), des expériences picturales qui ne sont qu'à la portée des visionnaires.
« Pour un regard actuel, certains détails pourraient suggérer qu’il s’agit d'un personnage peu recommandable et négligé. La position désinvolte de son chapeau, la coupe de sa moustache, ses cheveux ébouriffés tombant sur les épaules, ses lèvres rouges et pulpeuses, son teint plutôt tacheté : s'agirait-il d'un des ivrognes que fréquentait Frans Hals selon les anecdotes historiques ? […]
En réalité, loin d'être négligé, cet homme est à la pointe de la mode contemporaine. On peut voir un chapeau similaire sur un tableau de Karel Dujardin conservé au Fitzwilliam, Italiens avec un chien, qui date à peu près de la même époque. Dans le tableau de Hals, le manteau gris de l'homme, qui peut nous sembler plutôt terne, témoigne probablement aussi de son sens aigu de la mode contemporaine.
Le port des cheveux longs avait fait l'objet d'une controverse aux Pays-Bas au début du XVIIe siècle. Dans les années 1640, les prédicateurs protestants, scandalisés par les longues chevelures masculines, citaient I Corinthiens, 11, 14 : “La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que, si un homme porte les cheveux longs, c'est une honte pour lui ?” Ce différend fut toutefois réglé en 1645, lorsque les conseils ecclésiastiques convinrent qu'il y avait des sujets plus importants à débattre.
Mais ce n'est pas seulement le goût de la mode de cet homme qui suggère sa modernité. Il s'est laissé peindre dans un style extraordinairement hardi pour l'époque. Une comparaison avec un tableau à peu près contemporain et de facture conventionnelle d'Abraham Tempel, conservé au Fitzwilliam, à gauche [PD.14-1952], montre à quel point le traitement de Hals est audacieux.
Bien qu'il fût admiré à son époque, en particulier dans sa ville natale de Haarlem, il fallut attendre deux cents ans avant que le style tardif et brut de Hals ne trouve des défenseurs parmi d'autres peintres et dans d'autres pays. Les artistes et théoriciens du XVIIIe siècle, comme Sir Joshua Reynolds, critiquaient particulièrement le manque de “finition” de l'artiste, et ce sont les impressionnistes du XIXe siècle, à la recherche d'un style plus spontané, qui le redécouvrirent. » (Commentaire Fitzwilliam Museum)
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Les régents de l'hospice des vieillards (1664). Huile sur toile, 172,5 × 256 cm, Frans Halsmuseum, Haarlem. En 1598, la municipalité de Haarlem décide la construction d'un hospice pour recueillir ses vieillards nécessiteux. L'établissement est dirigé par un conseil d'administration composé de régents et régentes. En 1810, le bâtiment est transformé en orphelinat et enfin, en 1913, il devient le musée Frans Hals. Le côté sarcastique de la composition ne doit pas échapper. Ces personnages austères, tout de noir et de blanc vêtus, vivent à des années-lumière de l'univers mental du fantaisiste Frans Hals. Les mains, gantées ou non, ne sont pas terminées comme l'a dit Van Gogh. Ni picturalement, car le peintre ne cherche pas la finition parfaite des classiques, ni métaphoriquement : les régents ne savent visiblement pas qu'en faire. Les cinq régents sont assis. Le directeur apparaît à l'arrière-plan.
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Les régentes de l'hospice des vieillards (1664). Huile sur toile, 172,5 × 256 cm, Frans Halsmuseum, Haarlem.
Les régentes de l'hospice des vieillards, détail (1664)
Les régentes de l'hospice des vieillards, détail (1664)
Les quatre régentes, membres du conseil d'administration de l'hospice apparaissent au premier plan. Derrière elles, l'intendante se tient debout à droite. Les régentes sont encore plus austères et revêches que les régents, et pas davantage qu'eux, ne savent positionner leurs mains avec élégance. Sans doute doit-on voir aussi sur ces visages la proximité de la mort, à laquelle, à cette époque, le peintre devait beaucoup songer.
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