Fede Galizia

 
 
 

Patrick AULNAS

 

Autoportrait

Fede Galizia. Judith tenant la tête d-Holopherne, détail (1596)

Fede Galizia. Judith tenant la tête d-Holopherne, détail (1596)
Il pourrait s’agir d’un autoportrait.

 

Biographie

 

v. 1578-1630

Fille du peintre miniaturiste italien Nunzio Galizia (v. 1540-après 1610), Fede Galizia naît à Milan vers 1578. Sa date de naissance exacte n’est pas connue. Elle devient l’élève de son père et révèle un talent précoce tout à fait exceptionnel. Dès l’âge de douze ans, elle est une artiste accomplie. Le peintre Gian Paolo Lomazzo (1538-1592), ami de son père et théoricien de l’art, peut ainsi écrire dans son traité Idea del tempio della pittura (1590) : « Sa fille se consacre à imiter notre art le plus remarquable. » Dès l’adolescence, Fede conquiert une réputation au-delà des frontières italiennes.

Elle devient d’abord une portraitiste renommée, commençant par peindre son père et sa mère, avant de se consacrer à des personnalités locales. A l’âge de dix-huit ans, elle peint le portrait de Paolo Morigia, supérieur général des Jésuates. Le portrait est  considéré par le modèle lui-même comme si « ressemblant » que « davantage ne peut être souhaité ».

 

Fede Galizia. Portrait de Paolo Morigia (1596)

Fede Galizia. Portrait de Paolo Morigia (1596)
Huile sur toile, 88 × 79 cm, Biblioteca Ambrosiana, Milan.

 

De nombreux portraits de Fede Galizia ont été perdus, mais ceux qui nous sont parvenus permettent de comprendre l’admiration des contemporains pour le réalisme et la méticulosité de l’exécution. Formée à l’art de la miniature par son père, Fede a transposé au portrait la précision ainsi acquise afin de traiter les détails vestimentaires et les accessoires. Elle évolue ensuite vers la nature morte en privilégiant les coupes de fruits.

 

Fede Galizia. Panier de fruits en faïence (1610

Fede Galizia. Panier de fruits en faïence (1610)
Huile sur bois, 27 × 39 cm, collection particulière.

 

Fede Galizia accède également à la peinture religieuse avec des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Sa Judith tenant la tête d’Holopherne, dont il existe plusieurs versions, est restée célèbre et sera reprise par d’autres femmes peintres, en particulier Artemisia Gentileschi.

 

Fede Galizia. Judith tenant la tête d’Holopherne (1596)Fede Galizia. Judith tenant la tête d’Holopherne (1596)
Huile sur toile, 120 × 94 cm, Ringling Museum of Art, Sarasota.

 

Plusieurs commandes de retables pour les églises de Milan lui parviennent vers 1616. Fede Galizia ne se mariera jamais et léguera ses biens à ses cousins et à son neveu ainsi qu’à l’ordre religieux des Téathins. Elle meurt de la peste à Milan le 21 juin 1630, à l’âge de 52 ans.

 

Œuvre

 

L’œuvre comporte des portraits, des scènes religieuses et des natures mortes. On attribue aujourd’hui à Fede Galizia entre 60 et 70 tableaux, dont 44 natures mortes, une seule étant signée. Les scènes religieuses sont nettement influencées par le maniérisme. Les portraits, presque tous masculins, se caractérisent par une composition simple (bustes sur fond sombre), la dignité des modèles et la volonté de faire apparaître leur statut social par des symboles de leur activité.

Fede Galizia reste surtout dans l’histoire pour ses natures mortes, redécouvertes au 20e siècle. Elle est incontestablement dans ce domaine l’une des artistes les plus originales de son époque par la pureté de ses compositions. La tendance était en effet à la surabondance d’objets divers, comme le montre cette nature morte de la flamande Clara Peeters, exactement à la même époque :

 

Clara Peeters. Nature morte aux fleurs (1611)

Clara Peeters. Nature morte aux fleurs (1611)
Huile sur bois, 52 × 73 cm, musée du Prado, Madrid.

 

Le contraste avec une œuvre de Fede Galizia est impressionnant :

 

Fede Galizia. Coupe de fruits en cristal avec pêches, coings et fleurs de jasmin (1607)

Fede Galizia. Coupe de fruits en cristal avec pêches, coings et fleurs de jasmin (1607)
Huile sur bois, 31 × 43 cm, collection particulière.

 

L’artiste italienne délimite rigoureusement son sujet  (une seule coupe de fruits) et cherche à saisir le réel en se concentrant sur les volumes et la lumière. Le fond sombre permet de faire éclater la luminosité des objets représentés. Aucune symbolique n’accompagne le thème traité. L’éternelle beauté des productions naturelles suffit. Fede Galizia apparaît ainsi comme une pionnière de la nature morte dépouillée de toute intention signifiante, dont Chardin sera le grand maître dans la France du 18e siècle. Les objets du quotidien possèdent par eux-mêmes une vérité intemporelle que la sensibilité de l’artiste doit saisir et parvenir à restituer.

 

Fede Galizia. Portrait de Paolo Morigia (1596)

Fede Galizia. Portrait de Paolo Morigia (1596). Huile sur toile, 88 × 79 cm, Pinacoteca Ambrosiana, Milan. « Le portrait du supérieur général des Jésuates (clercs apostoliques de saint Jérôme) Paolo Morigia est caractéristique de la maîtrise technique de l’auteur et a été beaucoup loué par le religieux lui-même qui a souligné son naturalisme : "Il ressemble tellement au naturel que davantage ne peut être souhaité". Morigia est représenté non pas tant comme religieux, que comme historien érudit, caractérisé en particulier par la paire de lunettes qu’il tient dans sa main gauche. Le rendu naturaliste et méticuleux des objets nous rappelle que Fede Galizia était aussi peintre de natures mortes. Le document sur lequel le religieux écrit fait apparaître des vers de Borgogni faisant référence à la peinture et aux compétences picturales de l’auteur. » (Commentaire Pinacoteca Ambrosiana)

Fede Galizia. Judith tenant la tête d’Holopherne (1596)

Fede Galizia. Judith tenant la tête d’Holopherne (1596). Huile sur toile, 120 × 94 cm, Ringling Museum of Art, Sarasota. Scène issue de l'Ancien Testament. Judith, après avoir séduit le général assyrien Holopherne, l’assassine dans son sommeil pour sauver son peuple du tyran pendant le siège de Béthulie. Une servante l'accompagne. Formée par son père à la miniature, Fede Galizia peint avec minutie tous les détails des somptueux vêtements de Judith. Le sujet était à la mode et Artemisia Gentileschi le reprendra avec une violence inédite : Artemisia Gentileschi. Judith décapitant Holopherne (1611-12)

Fede Galizia. Le Christ dans le jardin (1590-1600)

Fede Galizia. Le Christ dans le jardin (1590-1600). Huile sur bois, 41 × 54 cm, Pinacoteca del Castello Sforzesco, Milan. La prière au Jardin des Oliviers est un épisode de la vie du Christ précédant son arrestation et sa crucifixion. Jésus prie durant la nuit avec à ses côtés les apôtres Pierre, Jean et Jacques le Mineur endormis. Le thème a été traité à plusieurs reprises dès le 15e siècle (par exemple Mantegna, Agonie dans le jardin des oliviers, 1458-60). La jeune Fede Galizia propose une image assez maniériste de la scène avec une nuit profonde en arrière-plan, faisant presque disparaître le jardin.

Fede Galizia. Portrait d’un médecin (1600-05)

Fede Galizia. Portrait d’un médecin (1600-05). Huile sur toile, 54 × 42 cm, collection particulière. Le crâne poli, car manipulé par les médecins, permet de déterminer la profession du modèle. Par contre, son identité n’est pas connue. Pose élégante, dignité et rigueur vestimentaire caractérisent ce portrait.

Fede Galizia. Portrait de Federico Zuccari (1604)

Fede Galizia. Portrait de Federico Zuccari (1604). Huile sur toile, 56 × 43 cm, Galerie des Offices, Florence. Federico Zuccari (1542-1609) est un peintre et architecte italien considéré comme l’un des maîtres du maniérisme romain dans la seconde moitié du 16e siècle. Les lourdes chaînes en or et les médailles ont été minutieusement représentées et il est possible d’identifier les profils figurant sur ces dernières : le cardinal Carlo Borromeo (1538-1584), canonisé en 1610, et Philippe II, roi d’Espagne (1527-1598).

Fede et Nuncio Galizia. Portraits de Jacopo Menochio et Margherita Candiani (1606)

Fede et Nuncio Galizia. Portraits de Jacopo Menochio et Margherita Candiani (1606). Huile sur cuivre, 25.5 × 31.3 cm, collection particulière. Le cadre est en réalité un trompe-l’œil et les portraits des miniatures, spécialité de Nuncio. Jacopo Menochio (1532-1607) est un avocat et diplomate élu sénateur de Milan en 1592. Il est représenté à l’âge de 74 ans aux côtés de son épouse Margherita Candiani, âgée de 64 ans. Sous le portrait apparaissent des citations de la Bible en latin concernant le mariage. Traductions :
« Il est trois choses que mon âme désire, qui sont agréables à Dieu et aux hommes l’accord entre frères, l’amitié entre voisins, un mari et une femme qui s’entendent bien. » (Ecclésiaste 25:1)
« Que ton œuvre se manifeste à tes serviteurs, Et ta gloire sur leurs enfants ! » (Psaume 90:16)

Fede Galizia. Coupe de fruits en cristal avec pêches, coings et fleurs de jasmin (1607)

Fede Galizia. Coupe de fruits en cristal avec pêches, coings et fleurs de jasmin (1607). Huile sur bois, 31 × 43 cm, collection particulière. L’artiste a voulu conjuguer les couleurs chaudes des pêches et les couleurs froides des coings tout en parsemant la composition de quelques fleurs blanches et de quelques feuilles pour lui enlever toute austérité.

Fede Galizia. Panier de fruits en faïence (1610

Fede Galizia. Panier de fruits en faïence (1610). Huile sur bois, 27 × 39 cm, collection particulière. L’artiste a remarquablement saisi les volumes en faisant émerger les couleurs vives du fond sombre et en accentuant les effets de lumière sur la surface des fruits.

Fede Galizia. Coupe en céramique avec pêches et prunes (v. 1610)

Fede Galizia. Coupe en céramique avec pêches et prunes (v. 1610). Huile sur bois, 30 × 42 cm, Collection Silvano Lodi, Campione. La coupe en céramique blanche permet à l’artiste d’utiliser un objet d’un grand raffinement et simultanément d’éclairer la composition.

Fede Galizia. Noli me Tangere (1616)

Fede Galizia. Noli me Tangere (1616). Huile sur toile, 313 × 199 cm, Pinacoteca, Brera. Noli me tangere (Ne me touche pas) : paroles prononcées par Jésus-Christ ressuscité, le dimanche de Pâques, à l’adresse de Marie-Madeleine. L’arrière-plan est traité à la manière des paysages du début du 16e siècle, avec une perspective atmosphérique vers l’infini. Par contre, le Christ, qui repousse l’élan de Marie-Madeleine en se déhanchant, relève du maniérisme de la seconde partie du 16e siècle.

Fede Galizia. Nature morte de fruits avec des raisins (début 16e s.)

Fede Galizia. Nature morte de fruits avec des raisins (début 16e s.). Huile sur bois, 28 × 38 cm, collection particulière. Koller International Auction donne le titre suivant : Nature morte de fruits avec des raisins dans un bol en céramique blanche, avec de la grenade et des poires sur un socle. Vendu en 2020 pour 451 700 CHS soit approximativement la même somme en €.

Fede Galizia. Cerises dans une coupe en argent  (début 16e s.)

Fede Galizia. Cerises dans une coupe en argent  (début 16e s.). Huile sur bois, 28 × 42 cm, collection particulière. Fine Art America propose le titre suivant : Cerises dans une coupe d'argent avec des pommettes sur un rebord de pierre et un papillon fritillaire.

 

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