Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis (1689)

Meindert Hobbema (1538-1709) est l’un des plus célèbres peintres de paysage néerlandais. L’essentiel de sa production se concentre sur une courte période : 1658-1671. Il est ensuite accaparé par un emploi modeste dans les services de la ville d’Amsterdam. Le marché de l’art, qui était prospère aux Pays-Bas, s’est effondré à la fin du 17e siècle, ce qui explique probablement le destin du peintre. Paradoxe de la création, c’est une toile tardive d’Hobbema, L’Allée de Middelharnis, qui a acquis aujourd’hui une réputation universelle.

 

Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis (1689)

Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis (1689)

Huile sur toile, 103,5 × 141 cm, National Gallery, Londres.

Image HD sur National Gallery et Wikipédia

 

Contexte historique

La peinture de paysage comporte au 17e siècle deux tendances divergentes. En France, le paysage idéal peuplé de figures mythologiques ou religieuses atteint son acmé. Il sera largement abandonné pendant les trois premiers quarts du 18e siècle au profit du style rococo, mais réapparaîtra avec le néoclassicisme à la fin du 18e siècle.

Aux Pays-Bas, c’est au contraire le naturalisme qui domine. Jacob van Ruisdael (1628-1682) fut le peintre le plus célèbre de ce courant. Son élève le plus connu est précisément Meindert Hobbema. Les peintres hollandais ne renoncent pas totalement à créer sur la toile un paysage idéal. Cela n’était pas possible à cette époque du fait de la conception générale de l’art, qui fixe comme objectif principal l’idéalisation du réel. Les peintres doivent donc concilier leur ambition réaliste et une aspiration artistique générale à la beauté de l’œuvre d’art.

Ils y parviennent en saisissant sur le motif des esquisses paysagères. Ces travaux préparatoires permettent d’accumuler sur le papier de multiples dessins des détails de la nature. Le paysage est ensuite composé en atelier avec le souci de magnifier la réalité tout en respectant scrupuleusement les détails du milieu naturel. La représentation devait être plus belle que son modèle de façon à émouvoir l’observateur du tableau. Les choix de composition et de couleurs laissaient suffisamment de liberté au peintre pour concilier réalité de la nature et idéalisation artistique.

 

Un succès tardif

Le tableau a probablement été commandé par un collectionneur local. Il reste dans des collections privées locales jusqu’en 1782, date à laquelle il est acheté par la commune de Middelharnis et exposé à l’hôtel communal jusqu’en 1822. Plusieurs transactions ont eu lieu par la suite, à des prix croissants. Au 19e siècle, les romantiques avaient en effet redécouvert la peinture de paysage hollandaise, qui devint beaucoup plus demandée.

En 1834, L’Allée de Middelharnis se trouvait dans la collection de Robert Peel (1822-1895), diplomate et homme politique britannique. La toile est acquise par la National Gallery en 1871.

 

Analyse de l’œuvre

Middelharnis était un petit port de pêche situé sur l’île de Goeree-Overflakkee au Sud des Pays-Bas. La commune actuelle de Middelharnis est beaucoup plus vaste car elle a absorbé plusieurs localités voisines. Le chemin qui forme le sujet du tableau s’appelait au 17e siècle Boomgaardweg (Chemin du Verger). Il est aujourd’hui devenu une rue dénommée Steneweg (Chaussée pavée), située dans une zone urbanisée.

L’église apparaissant à droite de l’allée existe toujours mais sa flèche a été enlevée au début du 19e siècle.

 

Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis, détail              Eglise de Middelharnis aujourd'hui
Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis, détail Église de Middelharnis aujourd'hui

 

La mer n’est pas visible sur le tableau, mais le souci des détails réalistes propre aux peintres néerlandais a amené Hobbema à représenter sur la ligne d’horizon des mâts de bateaux à quai.

 

Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis, détail

Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis, détail

 

L’Allée de Middelharnis constitue une œuvre atypique d’Hobbema. Ses tableaux comportent en général trois plans horizontaux : chemin ou étang au premier plan, second plan forestier et enfin le ciel ennuagé qui représente de la moitié aux deux-tiers de la surface. Si cette dernière caractéristique a été maintenue, la partie terrestre constitue un exercice de perspective permettant de conjuguer l’horizontalité du paysage néerlandais et la verticalité des aulnes bordant l’allée.

C’est en observant cette allée du sud-est du village que le peintre a décidé de saisir cette vue unique qui fait encore sa célébrité aujourd’hui. La topographie du lieu a été respectée, mais le caractère étique des arbres, qui strient le ciel sans le masquer, relève certainement de la licence artistique. Cette trouvaille fait toute l’originalité de l’œuvre et seul le regard d’un grand artiste pouvait transformer un paysage somme toute assez banal en un chef-d’œuvre perspectiviste.

Le point de fuite étant situé au bout de l’allée sur la ligne d’horizon, elle-même placée très bas, les lignes de fuite sont très courtes et forment un angle de 45° environ avec la base du tableau. Les deux rangées d’arbres fuyant ainsi très rapidement vers l’horizon, l’illusion de profondeur devient saisissante. Les personnages placés sur l’allée ou sur les côtés permettent d’apprécier la distance. Un chasseur et son chien sont assez proches de l’observateur du tableau et de petites silhouettes côtoient l’horizon.

 

Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis, détail

Meindert Hobbema. L'Allée de Middelharnis, détail

 

L’analyse radiographique a permis de découvrir un repentir. Initialement, Hobbema avait placé deux arbres supplémentaires au premier plan à la place du petit bosquet de gauche et du champ cultivé de droite. Selon certains spécialistes, ces deux arbres auraient masqué l’arrière-plan qui est aujourd’hui parfaitement visible sur les deux côtés. Ils auraient également accentué la perspective de façon excessive. D’où le repentir de l’artiste.

On cite couramment John Constable (1776-1837) comme successeur lointain de Hobbema et de Van Ruisdael car ces peintres avaient fait un pas important vers le réalisme du paysage représenté. Mais L’Allée de Middelharnis, avec sa perspective rapide, inspira plutôt certains impressionnistes comme Camille Pissarro, et Alfred Sisley (voir illustrations ci-après)

 

Compositions similaires des impressionnistes

Le point de fuite central ou latéral avec régression rapide a été repris par plusieurs peintres impressionnistes à la fin du 19e siècle.

 

Camille Pissarro. L’avenue à Sydenham (1871)

Camille Pissarro. L’avenue à Sydenham (1871). Huile sur toile, 48 × 73 cm, National Gallery, Londres.

Alfred Sisley. Le Chemin de la Machine, Louveciennes (1873)

Alfred Sisley. Le Chemin de la Machine, Louveciennes (1873). Huile sur toile, 54 × 73 cm, musée d'Orsay, Paris.

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Alfred Sisley. La neige à Louveciennes (1878). Huile sur toile, 61 × 51 cm, musée d'Orsay, Paris.

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Claude Monet. La rue Montorgueil (1878). Huile sur toile, 81 × 51 cm, Musée d'Orsay, Paris.

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Camille Pissarro. Boulevard Montmartre, matinée de printemps (1897). Huile sur toile, 65 × 81 cm, collection particulière.

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Max Liebermann. La terrasse du restaurant Jacob à Nienstedten-sur-Elbe (1902-03). Huile sur toile, 70 × 100 cm, Kunsthalle, Hambourg.

 

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