Jean-Étienne Liotard. Portrait de Louise d’Epinay (v. 1759)

Cliquer sur les images ci-dessus
PARTENAIRE AMAZON ► En tant que partenaire d'Amazon, le site est rémunéré pour les achats éligibles.


Patrick AULNAS

Jean-Étienne Liotard vit à Genève lorsque Louise d’Épinay s’installe dans la ville pour se faire soigner par le docteur Théodore Tronchin (1709-1781), célèbre dans toute l’Europe. Ce médecin préconisait une hygiène de vie naturelle : marche, séjour à la campagne, refus des perruques. Une amitié naquit avec Louise d’Épinay qui commanda ce portrait pour le remercier.

Jean-Étienne Liotard. Louise d’Epinay (v. 1759)

Jean-Étienne Liotard. Louise d’Epinay (v. 1759)
Pastel sur parchemin, 69 × 55 cm, Musée d'art et d'histoire, Genève.
Image HD sur MUSÉE D'ART et D'HISTOIRE

 

Louise Tardieu d’Esclavelles, marquise d’Épinay et femme de lettres

Née à Valenciennes le 11 mars 1726, Louise Tardieu d’Esclavelles est la fille de Louis Gabriel Tardieu, baron d'Esclavelles (1666-1736) et de Florence Angélique Prouveur de Preux (1695-1762). Louis Gabriel est officier dans l’armée du roi de France. A la naissance de Louise, il exerce les fonctions de gouverneur de la citadelle de Valenciennes, c’est-à-dire représentant du pouvoir royal dans la ville de Valenciennes.

Louise se marie en 1745, à l'âge de dix-neuf ans, avec son cousin germain, Denis-Joseph Lalive d'Épinay (1724-1782) et devient alors marquise d’Épinay. Deux enfants naîtront de cette union. Les infidélités et les largesses financières de son mari conduisent Louise d’Epinay à demander la séparation des biens et à l’obtenir en 1749.

Elle fréquente les salons littéraires et reçoit dans son château de la Chevrette, près de Montmorency, des écrivains célèbres :  Grimm, Diderot, Rousseau, d’Alembert, Marivaux, Montesquieu. Louis Dupin de Francueil, financier et fermier général, grand-père de George Sand, devient son amant. Elle aura avec lui deux enfants. En 1756, Elle met à la disposition de Jean-Jacques Rousseau une maison qu’elle possède dans la vallée de Montmorency et qui sera appelée l’Ermitage. Mais Rousseau se brouille avec sa bienfaitrice et quitte l’Ermitage dès 1757.

Ambroise Tardieu. Madame d'Epinay montrant à Rousseau l'Ermitage (v. 1830)

Ambroise Tardieu. Madame d'Epinay montrant à Rousseau l'Ermitage (v. 1830)
Estampe sur papier, musée d'art et d'histoire, Genève.

Louise d’Épinay est une écrivaine et une épistolière, dont la correspondance avec les grands philosophes des Lumières intéresse les historiens. Parmi ses ouvrages, on peut citer : Mes moments heureux (1752), Lettres à mon fils (1758), Histoire de madame de Montbrillant (v. 1765), Conversations d’Émilie (1773).

Elle meurt le 17 avril 1783 à Paris. 
 

Analyse de l’œuvre

Le portrait féminin du 18e siècle restait totalement dépendant de la condition inférieure des femmes dans la société. Le sérieux du visage était imposé par la morale chrétienne, les vêtements, somptueux en général, correspondaient au statut social de la famille, dont le mari était le chef.

François-Hubert Drouais. Portrait de la marquise d’Aguirandes (1759)

François-Hubert Drouais. Portrait de la marquise d’Aguirandes (1759)
Huile sur toile, 101 × 86 cm, The Cleveland Museum of Art.

Dans la haute noblesse et la famille royale française, la légèreté du rococo pouvait autoriser des travestissements. Avec le prétexte mythologique, une certaine fantaisie était admise. Ainsi, pour les portraits de femmes en Diane :

Nattier. Marie-Adélaïde de France en Diane (1745)

Jean-Marc Nattier. Marie-Adélaïde de France en Diane (1745)
Huile sur toile, 95 × 128 cm, Galerie des Offices,

Seule la couche supérieure de la société pouvait d’ailleurs financer un portrait peint. Quelques rares portraits échappaient au modèle canonique lorsque le ou la commanditaire et l’artiste pouvaient s’accorder sur un contenu signifiant atypique. On peut citer à cet égard le portrait de Marie Fel par Maurice Quentin de la Tour (1752-53). La grande soprano était la maîtresse du peintre et son regard complice reflète sur le portrait cette relation. Une telle audace était inenvisageable pour une aristocrate ou une bourgeoise de l’époque.

Maurice Quentin de la Tour. Portrait de Marie Fel (1752-53)

Maurice Quentin de la Tour. Marie Fel (1752-53)
Pastel sur papier, 79 × 63,5 cm, collection particulière.

Le portrait de Louise d’Épinay par Liotard est un autre exemple de ce non-conformisme. Il rompt avec la représentation traditionnelle des femmes. La femme pense et se cultive. Elle n'est plus seulement l'épouse dont l'image devait correspondre au statut social de la famille.
Assise dans un fauteuil, Louise d’Épinay a été interrompue dans sa lecture et elle pose un regard interrogateur sur le gêneur, c’est-à-dire les spectateurs du tableau. Le geste de la main droite accentue ce questionnement. La pose est tout à fait atypique et vise à représenter la pensée, la culture et non le statut d’aristocrate. Les vêtements sont évidemment ceux d’une femme de la noblesse mais ne versent pas dans l’ostentation, comme il arrive souvent. Là n’est pas le propos de l’artiste. Le portrait à mi-corps permet de mettre en évidence les traits du visage et surtout le regard, dans lequel brille l’intelligence.

Jean-Etienne Liotard. Portrait de Louise d’Épinay, détail

Jean-Etienne Liotard. Portrait de Louise d’Épinay, détail

Le style de Jean-Étienne Liotard est fait de dépouillement et de minutie. Le modèle apparaît en pleine lumière sur un fond uniforme avec une forte expressivité. Les étoffes sont traitées avec le plus grand soin : dentelles, broderies, motifs, plis apparaissent nettement. L’ensemble de la composition baigne dans la sérénité et la vérité.

Jean-Etienne Liotard. Portrait de Louise d’Épinay, détail

Jean-Etienne Liotard. Portrait de Louise d’Épinay, détail

 

Autres portraits de Louise d’Epinay

 

Jean-Etienne Liotard. Portrait de Mme Louise La Live d'Epinay (1751-52)Jean-Etienne Liotard. Portrait de Mme Louise La Live d'Epinay (1751-52)
Pastel sur parchemin, 48,5 × 38 cm, musée d'art et d'histoire, Genève.

 

Anonyme. Portrait de Mme d'Epinay en coiffure à boucles (18e s.)Anonyme. Portrait de Mme d'Epinay en coiffure à boucles (18e s.)
Miniature, gouache, ivoire, carton, 4 × 3,5 cm, musée de la Vie romantique, Paris.

 

Carmontelle. Madame d’Épinay (1759)Carmontelle. Madame d’Épinay (1759)
Mine de plomb, sanguine, aquarelle, gouache sur papier, 26,5 × 16, musée Condé, Chantilly. 

 

Ajouter un commentaire

Anti-spam