Hubert Robert. Le pont du Gard (1787)

 
 

Patrick AULNAS

De son long séjour en Italie de 1754 à 1765, Hubert Robert ramène des milliers de dessins lui permettant d'élaborer des compositions avec ruines et personnages, qui lui vaudront le surnom de Robert des ruines. Giovanni Pannini lui avait transmis le goût des capricci, mais alors que le grand maître italien privilégiait les personnages antiques ou bibliques, Robert place dans ses tableaux des lavandières ou des promeneurs.

La monarchie française utilisera ce talent pour faire revivre les vieux monuments en lui commandant plusieurs tableaux en 1786, dont Le Pont du Gard.

 

 

Hubert Robert. Le Pont du Gard (1787)

Hubert Robert. Le pont du Gard (1787)
Huile sur toile, 242 × 242 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Le pont du Gard

Situé à proximité de Nîmes (France), le pont du Gard a été construit au 1er siècle après J.-C. afin d’alimenter la ville en eau. Un aqueduc de 52 km puisait l’eau à proximité d’Uzès et passait sur le pont du Gard afin d’enjamber le Gardon. Au Moyen Âge, le pont fut utilisé comme pont routier. Au fil des siècles, des dégradations importantes se produisirent. Des restaurations eurent lieu au 19e siècle. Au début du 21e siècle, l’ouvrage a été entièrement restauré et le site a fait l’objet d’un aménagement comportant un musée souterrain n’affectant en rien le paysage.

 

 

Le pont du Gard aujourd hui

Vue actuelle du pont du Gard

 

Le Pont du Gard est le pont-aqueduc romain le plus haut qui ait été conservé. Il a été inscrit au patrimoine de l’Humanité par l’Unesco en 1985.

 

Les Principaux Monuments de France

En 1786, Hubert Robert reçoit une commande officielle de la royauté, concernant les principaux monuments de France. Une série de quatre tableaux carrés, d’environ 242 × 242 cm, sera réalisée en vue du Salon de peinture et sculpture de 1787. Les quatre tableaux étaient destinés à orner un salon du château de Fontainebleau. Mais seul Le pont du Gard y sera installé. Les trois autres resteront entre les mains du peintre et sa veuve les léguera au musée du Louvre à sa mort en 1822.

Outre Le pont du Gard, la série comporte les toiles suivantes.

 

Hubert Robert. Intérieur du Temple de Diane à Nîmes (1786)

Hubert Robert. Intérieur du Temple de Diane à Nîmes (1786)
Huile sur toile, 242 × 242 cm, musée du Louvre, Paris.

Cet édifice du 1er siècle n’est pas un temple romain et n’est pas non plus dédié à la déesse Diane. Il s’agit probablement d’une bibliothèque. Un monastère y avait été installé au Moyen Âge, ce qui explique son état de conservation.

 

 

Hubert Robert. L'Arc de triomphe et le Théâtre d'Orange (1786)

Hubert Robert. L'Arc de triomphe et le Théâtre d'Orange (1786)
Huile sur toile, 242 × 242 cm, musée du Louvre, Paris.

Il s’agit d’une perspective imaginaire. Le peintre rassemble des monuments situés dans des lieux éloignés. Au centre, l’Arc de triomphe d’Orange. A l’arrière-plan, à gauche, le théâtre antique d’Orange. A droite, l’Arc de triomphe du site archéologique de Glanum, à proximité de Saint-Rémy-de-Provence. A gauche, le mausolée de Glanum.

 

 

Hubert Robert. La Maison Carrée, les Arènes et la Tour Magne à Nîmes (1787)

Hubert Robert. La Maison Carrée, les Arènes et la Tour Magne à Nîmes (1786)
Huile sur toile, 243 × 244 cm, musée du Louvre, Paris.

Il s’agit encore d’une perspective imaginaire. Bien que les trois édifices soient situés à Nîmes, ils sont éloignés l’un de l’autre.

 

Analyse de l’œuvre

La représentation du pont du Gard par Hubert Robert apparaît fidèle, si on la compare aux vues actuelles. Le peintre a placé des personnages à proximité de l’édifice, comme il le fait toujours, afin d’animer sa composition et de donner une idée de la dimension de l’ouvrage. Il montre la vie quotidienne à son époque et non une reconstitution antique, comme le faisait parfois les védutistes italiens. Des femmes viennent puiser de l’eau dans le Gardon, des promeneurs passent le long de la rivière, une barque la traverse.

 

 

Hubert Robert. Le Pont du Gard, détail

Hubert Robert. Le Pont du Gard, détail

 

Le choix fondamental de composition apparaît clairement : des lignes obliques. Le pont n’est pas représenté de face, ce qui aurait nécessité un panorama beaucoup plus vaste sur les gorges du Gardon, l’édifice étant alors vu de très loin. Pour une image rapprochée du pont du Gard dans sa totalité, il fallait nécessairement adopter un effet de perspective plus ou moins accentué, le pont s’éloignant de l’observateur. Robert a choisi la modération, l’oblique du pont étant faible par rapport à l’horizontale. La rivière, perpendiculaire à l’ouvrage, fuit vers la ligne d’horizon. Des masses rocheuses encadrent le monument, ce qui est exact topographiquement, mais révèle aussi le caractère néoclassique du tableau : la composition doit apparaître équilibrée par la mise en valeur du sujet principal à l’intérieur d’un cadre, ici les berges abruptes du Gardon.

Il faut noter un effet de perspective atmosphérique au niveau de la rivière. Derrière les arches du bas, dans les lointains, le Gardon devient presque blanc pour marquer les incertitudes optiques de la ligne d’horizon. Cette technique était déjà utilisée au début du 16e siècle par les premiers peintres paysagistes.

Le choix de l’éclairage peut apparaître comme atypique dans une région où le soleil brille très souvent. Un vaste ciel nuageux, annonciateur d’orage, a été placé au-dessus du pont, permettant à l’artiste d’explorer subtilement les nuances rougeoyantes des nuages sur le fond bleu-gris du ciel. Les arches de gauche, fortement éclairées contrastent avec celles de droite, placées à l’ombre. Mais le choix inverse a été judicieusement fait pour le ciel : sombre à gauche et clair à droite.

Hubert Robert n’a pas choisi l’optimisme pour représenter le pont du Gard, ce qui aurait été possible avec un ciel bleu se reflétant dans l’eau et un soleil de midi. Le caractère dramatique de la représentation provient de la menace orageuse et des clairs-obscurs qui en sont la conséquence visuelle. Un souffle tragique parcourt ainsi la composition, nous rappelant que le magnifique monument est le témoin d’un empire disparu.

 

Quelques images anciennes du pont du Gard

Jean Poldo d’Albemas (1512-1563). Le pont du Gard (v. 1560)

Jean Poldo d’Albemas (1512-1563). Le pont du Gard (v. 1560)
Dessin sur papier, Discours historial de l’antique & illustre cité de Nismes (1560).

Le pont du Gard (fin 19e s.)

Le pont du Gard (fin 19e s.)
Carte postale, collection Site du pont du Gard, Etablissement public du pont du Gard.

Mieusement-Robert. Le pont du Gard (1888)

Mieusement-Robert. Le pont du Gard (1888)
Photographie. Épreuve à l’albumine, Cornell University Library.

Eugène Trutat (1840-1910). Vue panoramique du pont du Gard (1917)

Eugène Trutat (1840-1910). Vue panoramique du pont du Gard (1917)
Photographie sur verre, 8,5 × 8,5 cm, Archives municipales de Toulouse.

 

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