Cimabue

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Cimabue. Vierge à l’Enfant avec saint François et quatre anges, détail (1278-80)

Cimabue. Vierge à l’Enfant avec saint François et quatre anges, détail (1278-80)

Fresque, 73 × 60 cm, basilique inférieure Saint-François d’Assise.

 

 

Biographie

 

V. 1240-1302

La vie de cet artiste majeur du renouveau de la peinture occidentale est très mal connue. Seuls quelques documents (acte notarié, contrats de commission, etc.) nous sont parvenus. A partir de ces documents, les historiens situent la naissance de Cenni di Pepo, dit Giovanni Cimabue, vers l’année 1240.

Vasari affirme qu’il fut apprenti de peintres grecs venus décorer des édifices religieux à Florence, mais rien ne vient corroborer cette affirmation :

« Entraîné par son amour du dessin, Cimabue s’échappait souvent de l’école et restait des journées entières à regarder travailler ces peintres qui ne tardèrent pas à le remarquer. Ils pensèrent que notre jeune élève irait loin si l’on cultivait ses dispositions. Le père de Cimabue partagea cet avis et leur confia son fils dont la joie fut grande alors. Grâce à son application et à ses qualités naturelles, il surpassa bientôt, dans le dessin et le coloris, ses maîtres … » (*)

Par la suite, comme celle de tous les artistes de cette époque, la vie itinérante de Cimabue dépend des commandes qu’il reçoit. A la fin de la décennie 1260-1270, il est à Arezzo pour peindre le crucifix (plus de trois mètres de haut) de l’église San Domenico. En 1572, il séjourne à Rome. Il est en effet cité comme témoin dans un acte notarié aux côtés d’ecclésiastiques et de nobles, ce qui le place dans la catégorie des personnes cultivées de l’époque. Dans cet acte, il est mentionné comme peintre de Florence.

De 1277 à 1279, il travaille à Assise avec une équipe de peintres chargés de la décoration des transepts de la basilique inférieure Saint-François. Puis vers 1280-1283, il peint certaines fresques de l’église supérieure de la basilique. A la fin du 13e siècle, la chronologie de ses œuvres est mal connue. On le retrouve à Pise en 1301-1302 où il réalise la grande mosaïque de saint Jean l’évangéliste décorant le dôme de la cathédrale. C’est dans cette ville qu’il meurt en 1302.

 

Œuvre

C’est par la liberté créative que s’affirment les grands artistes. Ils expriment leur subjectivité en bousculant les canons d’une époque. A partir de la fin du 13e siècle, en Italie, quelques peintres cherchent à innover au lieu de suivre les dominantes iconographiques ancrées depuis des siècles. Cimabue est chronologiquement le premier d’entre eux. Mais il sera suivi par d’autres artistes tout aussi doués, parfois qualifiés Primitifs italiens, dont le plus connu est Giotto.

Les peintres grecs évoqués par Vasari dans la biographie ci-dessus se contentaient de reproduire les modèles byzantins canoniques. La prohibition du réalisme conduisait à des figures religieuses hiératiques sur fond or et à des accessoires décoratifs stylisés. Cimabue joue un rôle important en commençant à humaniser les personnages. Il leurs prête des sentiments humains totalement absents de l’art byzantin. Il remplace leurs postures figées par une gestuelle à vocation esthétique et émotive.

Par exemple, sur le visage de la Vierge en majesté de l’art byzantin n’apparaît aucune émotion :

 

La Vierge et l'Enfant ou Théotokos (9e siècle)

La Vierge à l’Enfant ou Théotokos (9e siècle)

Mosaïque, basilique Sainte-Sophie, Istanbul.

 

 

Mais sur ce détail du crucifix de San Domenico d’Arezzo, la Vierge pleure son fils crucifié :

 

Cimabue. Crucifix, détail (1268-71)

Cimabue. Crucifix, détail

Tempera sur bois, 45 × 28 cm, San Domenico, Arezzo.

 

 

Cimabue cherche aussi à se rapprocher de la réalité humaine en soignant la représentation des vêtements, où des plis minutieusement peints apparaissent, comme on le voit sur cette Vierge à l’enfant conservée au Louvre :

 

 

Cimabue. La Vierge et l'Enfant en majesté entourés d'anges (v. 1280). Détail.

Cimabue. La Vierge et l'Enfant en majesté entourés d'anges (v. 1280). Détail.

Tempera sur bois, musée du Louvre, Paris

 

 

Si Vasari attribue à Cimabue des œuvres qui ne sont pas de lui, il a en revanche parfaitement compris ce qu’apporte cet artiste :

« Dans ses compositions, dont les personnages sont grands comme nature, il s’affranchit du joug de la vieille manière, et traita ses figures et ses draperies avec un peu plus de vivacité, de naturel et de souplesse que les Grecs si raides et si secs, aussi bien dans leurs peintures que dans leurs mosaïques. Cette vieille manière, dure, grossière et plate, était le fruit, non de l’étude, mais d’une routine que les peintres d’alors se transmettaient l’un à l’autre depuis nombre d’années, sans jamais améliorer le dessin, le coloris ou l’invention. » (*)

L’inflexion donnée à la peinture italienne par Cimabue aboutira à la Renaissance italienne du 15e siècle et ne cessera de s’amplifier vers la conquête du beau et du vrai. Cet artiste initie l’une des plus remarquables aventures iconographiques de l’humanité : la peinture occidentale du 13e au début du 20e siècle. Cimabue, malgré le nombre restreint d’œuvres conservées, apparaît ainsi comme un fondateur.

Mais à la période à laquelle il vivait, beaucoup de commanditaires étaient sans doute réticents face à l’innovation. Les mosaïques de Cimabue en constituent la preuve. Elles restent dans la tradition byzantine.

 

Crucifix

 

Cimabue. Crucifix (1268-71)

Cimabue. Crucifix (1268-71). Tempera sur bois, 336 × 267 cm, San Domenico, Arezzo. Cette grande composition est la première œuvre connue de l’artiste. L'attribution à Cimabue est en général admise aujourd'hui. Mais le tondo supérieur (image circulaire) est d'un autre peintre. A l'extrémité des bras du Christ apparaissent la Vierge et saint Jean. La peinture byzantine avait choisi un Christ majestueux et dominateur (Christ Pantocrator) qui voulait imposer le respect aux hommes. Cimabue lui préfère un Christ souffrant qui meurt sur la croix. Il s’agit désormais d’émouvoir les fidèles en provoquant l’empathie.

Cimabue. Crucifix, détail (1268-71)

Cimabue. Crucifix, détail (1268-71). Tempera sur bois, 45 × 28 cm, San Domenico, Arezzo. Ce détail, situé à l'extrémité gauche de la croix, représente la Vierge. Cimabue a conservé le fond or en usage au Moyen Âge. Curieusement, la schématisation géométrique du visage et des plis du vêtement nous rappellent aujourd'hui le cubisme : paradoxe apparent puisque ce courant du 20e siècle a des racines « primitivistes » (africaines, océaniennes) qui séduisent par leur spontanéité préraphaélite certains artistes du début du 20e siècle.

Cimabue. Crucifix de Santa Croce (1272-88)

Cimabue. Crucifix (1272-88). Tempera et or sur bois, 448× 390 cm, museo dell’opera di Santa Croce, Florence. Le crucifix de Santa Croce est conçu sur la même modèle que celui d’Arezzo. Il avait été très endommagé par les inondations de 1966. Sa restauration a nécessité des années de travail et il ne fut à nouveau visible qu’en 1975.

 

Fresques

 

Cimabue. Vierge à l’Enfant avec saint François et quatre anges (1278-80)

Cimabue. Vierge à l’Enfant avec saint François et quatre anges (1278-80). Fresque, 320 × 340 cm, basilique inférieure Saint-François d’Assise. La fresque a été restaurée au 19e siècle. Les spécialistes s’accordent sur une datation antérieure aux fresques de la basilique supérieure. Cette Vierge en majesté perd une partie de l’hiératisme de celles de la peinture byzantine, mais les anges qui l’entourent ont tous le même visage. La personnalisation n’apparaîtra qu’au cours de la Renaissance (15e-16e siècles).

 

 

Cimabue. Vierge à l’Enfant avec saint François et quatre anges, détail (1278-80)

Cimabue. Vierge à l’Enfant avec saint François et quatre anges, détail (1278-80). Fresque, 73 × 60 cm, basilique inférieure Saint-François d’Assise. L’auréole de la sainteté, qui entoure la tête, est une prescription de la peinture byzantine. Le dessin du visage insiste sur le nez, les arcades sourcilières et les très grands yeux expressifs. Une douce mélancolie s’en dégage, qui représente l’un des premiers pas vers la féminisation du personnage.

 

 

Transept de la basilique supérieure Saint-François d’Assise

Transept de la basilique supérieure Saint-François d’Assise. Les fresques, très abîmées, comportent des motifs ornementaux, des scènes de la vie de la Vierge, les quatre évangélistes (Jean, Marc, Luc, Matthieu), l’Apocalypse et des scènes des actes des apôtres. Il est difficile de déterminer ce qui est de la main de Cimabue dans la mesure où il s’agissait d’un travail en équipe.

 

 

Cimabue. La capture du christ, détail (1280-83)

Cimabue. La capture du christ, détail (1280-83). Fresque, basilique supérieure Saint-François d’Assise. Il n’est pas certain que ce détail soit de la main de Cimabue. Le personnage de gauche est Judas, qui dénonça le Christ aux gardes en l’embrassant. Sa récompense s’élevait à trente deniers.


 

Vierges en majesté ou Maestà

 

Cimabue. La Vierge et l'Enfant en majesté entourés d'anges (v. 1280)

Cimabue. La Vierge et l'Enfant en majesté entourés d'anges (v. 1280). Tempera sur bois, 427 × 280 cm, musée du Louvre, Paris. « Par sa monumentalité, la somptuosité du fond, le retable du Louvre donne du thème de la Maestà, c'est-à-dire la Vierge avec l'Enfant sur un trône soutenu par des anges, glorifiée comme reine des cieux, une illustration particulièrement saisissante. Sur le cadre original, vingt-six médaillons peints représentent en haut le Christ et quatre anges, puis des saints et des prophètes. [...] La composition de la Maestà est symétrique et dense, encore massive. La Vierge est imposante par son hiératisme, et le geste de bénédiction du jeune Jésus peu enfantin. Pourtant, c'est avec une douceur et une souplesse nouvelles que Cimabue modèle les visages, désormais empreints d'humanité véritable. » (Notice musée du Louvre)

Cimabue. Vierge en majesté ou Maestà di Santa Maria (1280-90)

Cimabue. Vierge en majesté ou Maestà di Santa Maria (1280-90). Tempera sur bois, 218 × 188 cm, basilique Santa Maria dei Servi, Bologne. La  Vierge en majesté tenant son enfant sur les genoux (ou Maestà) est un thème courant de la peinture byzantine. Comme pour celle du Louvre ci-dessus, Cimabue conserve le fond or et la solennité de l’ensemble, caractéristiques des Vierges byzantines. Du chemin reste à parcourir pour aboutir aux madones totalement humaines de Filippo Lippi, a fortiori à celles de Raphaël. Cependant, la tête penchée, le visage expressif de la Vierge et l’application à représenter les plis du vêtement l’éloignent déjà des standards de Byzance qui excluaient toute forme de réalisme.

Cimabue. La Vierge en majesté ou Maestà (1285-86)

Cimabue. La Vierge en majesté ou Maestà (1285-86). Tempera sur bois, 385 × 223 cm, Galerie des Offices, Florence. Le panneau se trouvait à l'origine sur le maître-autel de l'église Santa Trinità à Florence. Cette Vierge ressemble beaucoup à celle du Louvre, ci-dessus. Mais quatre figures bibliques apparaissent dans la partie inférieure : les prophètes Jérémie et Isaïe sous les arcades latérales, Abraham et le roi David au centre. La profondeur spatiale est traitée par superposition des personnages et par la base concave du trône. Les visages possèdent une incontestable vitalité, même s'ils restent assez schématiques et s'ils sont tous à peu près identiques.

 

Diptyque

 

Cimabue. Vierge à l’Enfant avec deux anges (1280-85)

Cimabue. Vierge à l’Enfant avec deux anges (1280-85). Tempera sur bois, 25,6 × 20,8 cm, National Gallery, Londres. « Ce magnifique panneau, extrêmement rare, est le seul travail de Cimabue actuellement présent Grande-Bretagne et l’une des deux peintures de petites dimensions de l’artiste, ayant été conservées. Il a sans doute fait partie d'un diptyque comportant probablement plusieurs scènes de la Passion du Christ, dont La Flagellation conservée dans la Frick Collection à New York. Les autres scènes, probablement six, ont été perdues. » (Commentaire National Gallery)

Cimabue. Flagellation du Christ (1280-85)

Cimabue. Flagellation du Christ (1280-85). Tempera sur bois, 24,8 × 20 cm, The Frick Collection, New York. Second panneau conservé du diptyque. Conformément aux conventions du Moyen Âge, le Christ est représenté plus grand. La taille symbolise une hiérarchie sociale ou religieuse.

 

Mosaïques

 

Cimabue. Christ Pantocrator, vue d’ensemble (1301-1302)

Cimabue. Christ Pantocrator, vue d’ensemble (1301-1302). Mosaïque, dôme de la cathédrale de Pise.

 

Cimabue. Christ Pantocrator (1301-1302)

Cimabue. Christ Pantocrator (1301-1302). Mosaïque, dôme de la cathédrale de Pise. Le mot latin pantocrator signifie maître de tout, tout puissant. Cette représentation majestueuse du Christ est courante dans l’art byzantin et s’oppose à celle du Christ souffrant, privilégié par l'art occidental. Chez Cimabue, les deux représentations coexistent (voir ci-dessus, Crucifix) en fonction des desiderata des commanditaires.

Cimabue. Nativité du baptistère Saint-Jean (fin 13e siècle)

Cimabue. Nativité du baptistère Saint-Jean (fin 13e siècle). Mosaïque, baptistère Saint-Jean, Florence. Le baptistère Saint-Jean est un bâtiment octogonal dont la voûte et les parois sont couvertes de mosaïques de style byzantin. De nombreux artistes s’y sont succédé et on peut citer pour le 13e siècle Gaddo Gaddi et Cimabue. L’apport personnel de Cimabue reste conjectural. Cette nativité reste totalement byzantine par l’abondance des dorures et la schématisation des scènes, en particulier l’étable où se trouve l’Enfant.

 

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 (*) Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (première édition 1550, remaniée en 1568, traduction Leclanché, 1841)

 

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