Francesco Salviati

 
 

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Portrait

 

Portrait de Francesco Salviati (16e siècle)

Portrait de Francesco Salviati (16e siècle)

Fresque. Casa Vasari, Arezzo

 

Biographie

 

1510-1563

Francesco Salviati naît à Florence en 1510. Son père, Michelangelo de’ Rossi, est fabricant de velours dans cette ville et commence par transmettre son savoir à son fils. Mais Francesco a le goût du dessin, qu’il découvre auprès d’un cousin, l’orfèvre Diacceto. Ce dernier lui montre des dessins de grands maîtres florentins que le jeune homme recopie en cachette. Son don pour le dessin est vite découvert et son père le place en apprentissage chez le père de Diaccetto, également orfèvre.

Au cours de la décennie 1520, Francesco aura pour maîtres le peintre Giuliano Bugiardini (v. 1475-1554) puis le sculpteur Baccio Bandinelli (1493-1560) chez lequel il a pour condisciple le jeune Giorgio Vasari (1511-1574) qui était déjà son ami à Florence. A cette époque Francesco de’ Rossi est surnommé Cecchino. En 1529, il entre dans l’atelier d’Andrea del Sarto (1486-1530), grand artiste de la Haute Renaissance florentine.

A la mort d’Andrea del Sarto, Francesco est recommandé au cardinal Giovanni Salviati (1490-1553), apparenté aux Médicis, qui veut s’attacher un jeune artiste. Il rejoint Rome. Le cardinal lui accorde un logement et une pension mensuelle de quatre écus. Le jeune peintre peut également partager la table des gentilshommes du cardinal. Du fait de la protection du cardinal, Francesco de’ Rossi est alors surnommé Cecchino Salviati, mais il est aujourd’hui connu sous le pseudonyme de Francesco Salviati.

Il est utile de rappeler que de 1521 à 1528, l’Italie est dévastée par la guerre. François 1er, l’empereur Charles Quint et le pape sont les principaux acteurs des conflits successifs qui se soldent en 1528 par le sac de Rome par les troupes impériales. La peste succédant aux massacres, la ville voit sa population divisée par cinq. Beaucoup d’artistes ont fui Rome au moment où Francesco Salviati y arrive.

A cette époque, Salviati réalise à Rome et à Sienne des sujets religieux et des portraits. Son originalité apparaît déjà dans l’Annonciation qu’il peint pour la chapelle de famille Castellani dans l’église San Francesco a Ripa :

 

Francesco Salviati. Annonciation, détail (1534)

Francesco Salviati. Annonciation, détail (1534)

Huile sur bois, 23,5 × 13,9 cm, église San Francesco a Ripa, Rome

 

En 1539, Salviati quitte Rome pour rejoindre Florence et revoir sa famille. Il poursuit ensuite son voyage vers Venise où, selon Vasari, il est accueilli par le patriarche Grimani, haut dignitaire religieux, pour lequel il peint un tableau octogonal représentant Psyché recevant des offrandes. Il poursuit quelque temps la réalisation de sujets religieux à Venise, mais rejoint Rome au printemps 1541 où il continue à peindre.

En 1544, il repart pour Florence afin de travailler pour la cour de Cosme 1er de Médicis (1519-1574). Il peint, entre 1543 et 1545, au Palazzo Vecchio, son premier grand cycle de fresques, Histoires de Camille. Il s’agit d’illustrer des épisodes de la vie du général romain Marcus Furius Camillus (v. 446-365 av. J-C) à partir de la biographie écrite par Plutarque. Salviati collabore également à la manufacture de tapisseries créée par Cosme 1er.

En 1548, il rejoint à nouveau Rome. Il se consacre à des cycles de fresques, dont en particulier : Histoires de David au Palais Sacchetti et Célébration de la famille Farnèse au palais Farnèse.

Entre 1556 et 1558, Salviati séjourne en France où le cardinal Charles de Lorraine (1524-1574), membre de la famille de Guise, le convie à décorer le château de Dampierre, acquis en 1551 par le cardinal. Cet édifice ayant été agrandi et entièrement rénové au 17e siècle, il ne reste rien des fresques de Salviati.

De retour à Rome, Salviati travaille pour le pape Pie IV (1499-1565) à la décoration de la Sala Regia du Vatican et réalise des portraits. Il meurt le 11 novembre 1563. Il est inhumé à Rome, dans l’église San Girolamo della Carità, près du palais Farnèse.

 

Salviati vu par Vasari

« Le Salviati était d’un caractère affable, mais soupçonneux et crédule à l’excès. Il avait l’esprit vif, subtil et pénétrant. Quand il se mettait à parler de quelques artistes, sérieusement ou en plaisantant, il ne manquait jamais de les égratigner un peu, et, parfois, il les écorchait jusqu’au vif. Il aimait la société des savants et des grands personnages, et témoigna toujours de l’aversion pour les artistes du commun, lors même qu’ils n’étaient pas dépourvus de mérite. Il fuyait les médisants, et, dès que la conversation tombait sur eux, il les déchirait sans pitié. Il avait surtout en haine les fourberies dont les artistes se rendent quelquefois coupables : c’était un sujet qui ne lui prêtait que trop à dire et sur lequel il avait appris bien des choses en France. Afin de chasser la mélancolie qui l’obsédait, il allait parfois se délasser avec ses amis, et il s’efforçait d’être gai. Du reste, son humeur irrésolue, soupçonneuse, solitaire, ne fit de mal qu’à lui-même. » (*)

 

Œuvre

 

Francesco Salviati est un dessinateur prodigieux et il sait tout faire dans le domaine de la peinture. Son œuvre diversifié comporte portraits, tableaux religieux et mythologiques, fresques, tapisseries, modèles d’orfèvrerie. Il est un des plus grands décorateurs de l’époque avec d’impressionnants cycles de fresques réalisés dans les édifices les plus prestigieux : Histoires de Camille, au Palazzo Vecchio de Florence (1543-45), Histoires de David au Palais Sacchetti (1553) et Célébration de la famille Farnèse au palais Farnèse, à Rome (1552-58).

Michel-Ange influence Salviati par le caractère monumental de ses fresques et le style maniériste. Salviati, aux côtés de Bronzino et Primatice, succède à Pontormo, qui avait bouleversé la représentation des scènes religieuses avec sa Déposition (1526-28). En observant la Déposition de Salviati de1547, on ne peut qu’être frappé par sa dette à l’égard de Pontormo :

 

Francesco Salviati. Déposition (v. 1547)

Francesco Salviati. Déposition (v. 1547)

Huile sur bois, 430 × 160 cm, Basilique Santa Croce, Florence

 

Dans le domaine du portrait, Salviati évoque avec raffinement la noblesse, l’appartenance à une caste. Les visages ne sont pas engageants car il ne s’agit pas d’étudier la personnalité mais de mettre en valeur le statut social par les étoffes somptueuses et les bijoux. Les modèles deviennent alors des statues plutôt figées aux longs doigts effilés et au regard impersonnel. Salviati n’atteint pas dans le domaine du portrait le dépouillement glacé de Bronzino (Bronzino, Lucrezia Panciatichi, v.1540), mais s’éloigne notablement des portraits chaleureux de Raphaël (Raphaël, Portrait de Jeune femme, v.1520).

 

Francesco Salviati. Portrait d’un gentilhomme florentin (1546-48

Francesco Salviati. Portrait d’un gentilhomme florentin (1546-48)

Huile sur bois, 102 × 87 cm, Saint Louis Art Museum

 

Salviati était considéré au 16e siècle comme l’un des plus grands artistes de l’époque. Vasari est très élogieux lorsqu’il évoque l’ami avec lequel il collabora, qui fut également son concurrent.

 « La mort de Francesco fut une très grande perte pour l’art ; car, malgré ses cinquante-quatre ans et sa mauvaise santé, il étudiait sans relâche. Il aurait voulu faire une foule de choses : ainsi, vers la fin de sa vie, il avait tenté quelques essais en mosaïque. Doué d’une imagination riche et fertile, et profondément initié à tous les procédés de la peinture, il aurait produit des choses merveilleuses, s’il eût rencontré un prince qui lui eût permis d’agir à son gré. Il entendait la science du nu autant que tout autre maître de son temps, et il avait le talent de donner aux têtes de ses personnages une grâce ravissante. Ses draperies étaient d’une élégance exquise, et il savait toujours les arranger de façon à laisser paraître le nu dans les endroits convenables. Ses costumes et tous ses accessoires étaient pleins d’originalité et de variété. Il possédait les secrets de la peinture à l’huile, à la détrempe et à fresque, au point que l’on peut affirmer qu’il a été l’un des plus vaillants, des plus expéditifs et des plus habiles artistes de notre époque ; et cela, nous l’attestons hautement, nous qui, durant de longues années, avons connu personnellement le Salviati, nous qui n’avons jamais cessé d’être son ami, bien que nous ayons souvent travaillé en concurrence l’un de l’autre dans les édifices les plus fameux de l’Italie. » (*)

 

Scènes historiques, religieuses et mythologiques

Francesco Salviati. Annonciation, détail (1534)

Francesco Salviati. Annonciation, détail (1534). Huile sur bois, 23,5 × 13,9 cm, église San Francesco a Ripa, Rome. Salviati a 24 ans lorsqu’il peint ce tableau, mais sa forte originalité transparaît déjà dans cette Vierge inclinée, au long cou et aux doigts effilés, qui reçoit le message de la venue prochaine du Christ de l’archange Gabriel.

Francesco Salviati. Lamentation (1539-41)

Francesco Salviati. Lamentation (1539-41). Huile sur toile, 322 × 193 cm, Pinacoteca di Brera, Milan. Thème récurrent de la peinture occidentale appelé aussi Déploration du Christ. Le Christ est mort, allongé, et des personnages le pleurent. La lamentation est un élargissement du thème également classique de la Pietà, ou Vierge de Pitié, qui ne comprend que la Vierge supportant le Christ mort. Salviati reprend un thème archiclassique en le centrant exclusivement sur les personnages, qui occupent tout l’espace du tableau. Les couleurs vives des étoffes, violet, vert, bleu, orange, jaune et blanc, permettent de pallier, par leur luminosité, l’absence de profondeur liée au choix de composition : focalisation sur la scène christique.

Francesco Salviati. Le Christ portant la croix (1540)

Francesco Salviati. Le Christ portant la croix (1540). Huile sur bois, 66 × 45 cm. Galerie des Offices, Florence. L’influence de Sebastiano del Piombo (1485-1547), qui avait peint plusieurs Christ portant sa croix, est probable. Le commanditaire du tableau n’est pas connu.

Francesco Salviati. Histoires de Camille (1543-45)

Francesco Salviati. Histoires de Camille (1543-45). Fresque. Palazzo Vecchio, Florence. Cette fresque est située dans la salle des audiences du Palazzo Vecchio. Elle illustre, à partir d’un récit de Plutarque (v. 46-125), des épisodes légendaires de la vie de Marcus Furius Camillus (v. 446-365 av. J-C), général romain.

Francesco Salviati. Histoires de Camille, détail (1543-45)

Francesco Salviati. Histoires de Camille, détail (1543-45). Fresque. Palazzo Vecchio, Florence.

Francesco Salviati. Déposition (v. 1547)

Francesco Salviati. Déposition (v. 1547). Huile sur bois, 430 × 160 cm, Basilique Santa Croce, Florence. Scène récurrente dans l’art occidental. Le Christ est mort sur la croix et des personnages saints le descendent avant sa mise au tombeau. Jusqu’à Raphaël, la scène était traitée dans un cadre naturel qui faisait apparaître des éléments de végétation en arrière-plan. Le maniérisme réduit le thème à sa quintessence en ne laissant apparaître qu’un enchevêtrement de personnages aux postures improbables mais esthétiquement sublimes. Les contrastes chromatiques appuyés entre les couleurs vives illuminent le tableau et constituent une autre caractéristique du maniérisme.

Francesco Salviati. Déposition, détail (v. 1547)

Francesco Salviati. Déposition, détail (v. 1547)

Francesco Salviati. Déposition, détail (v. 1547)

Francesco Salviati. Déposition, détail (v. 1547)

Francesco Salviati. Charité (1554-58)

Francesco Salviati. Charité (1554-58). Huile sur bois, 156 × 122 cm, Galerie des Offices, Florence. La charité est souvent représentée en peinture, de façon allégorique, par une jeune femme allaitant des enfants. Salviati reprend ce thème dans ce tableau de sa période florentine. Le maniérisme est marqué par les mouvements complexes des personnages et le raffinement des poses. La difficulté technique réside dans le traitement des volumes.

technique réside dans le traitement des volumes.  Francesco Salviati. L’Incrédulité de saint Thomas (1543-47)

Francesco Salviati. L’Incrédulité de saint Thomas (1543-47). Huile sur bois transposé sur toile, 275 × 234 cm, musée du Louvre, Paris. Le tableau a été « commandé par Tommaso Guadani, conseiller florentin de François 1er, pour la chapelle funéraire de sa famille dans l’église des jacobins de Lyon » (Base Altas, musée du Louvre). Thomas est l’un des douze apôtres de Jésus-Christ. Il est devenu le symbole du doute religieux car, selon le Nouveau Testament, il refusa de croire à la crucifixion : « Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. » Saint Thomas, agenouillé, sollicite le Christ debout après la résurrection. Les postures affectées et les couleurs vives des étoffes caractérisent l’art italien du milieu du 16e siècle.

Francesco Salviati. Hécate (La Lune) (1543-45)

Francesco Salviati. Hécate (La Lune) (1543-45). Fresque, 250 × 125 cm avec l’encadrement, musée du Palazzo Vecchio, Florence. Cette allégorie de la lune renvoie à Hécate, déesse de la lune dans la mythologie grecque. Considérée comme la déesse des morts, elle est experte en sorcellerie. Elle est souvent représentée comme un personnage tricéphale (têtes de lion, de chien, de cheval sur un corps de femme). Ici les trois têtes sont à ses pieds. Son lien avec les enfers apparait dans des attributs comme clefs, poignards, serpents.

Francesco Salviati. Célébration de la famille Farnèse (1552-58)

Francesco Salviati. Célébration de la famille Farnèse (1552-58). Fresque, palais Farnèse, Rome. La famille Farnèse est une ancienne famille de la noblesse italienne, remontant au moins au 12e siècle. Francesco Salviati, Daniele da Volterra et les frères Zuccari furent chargés de décorer le palais familial par Alexandre Farnèse (1468-1549), cardinal puis pape sous le nom de Paul III, à partir de 1534. Le commanditaire ne verra pas les fresques consacrées à des scènes à la gloire des Farnèse. Le palais Farnèse est devenu le siège de l’ambassade de France en Italie depuis 1874

 

 

Portraits

Francesco Salviati. Portrait d’un homme (1540-60)

Francesco Salviati. Portrait d’un homme (1540-60). Huile sur toile, 123 × 93 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Ce portrait d’un gentilhomme en armes n’est pas daté avec certitude. Le modèle n’est pas identifié.

Francesco Salviati. Portrait d’un jeune homme (1543-45)

Francesco Salviati. Portrait d’un jeune homme (1543-45). Huile sur bois, 59 × 47 cm, Musée Poldi Pezzoli, Milan. L’identité du modèle n’est pas connue avec certitude. Il pourrait s’agir d’un Médicis.

Francesco Salviati. Portrait d’un gentilhomme (1543-46)

Francesco Salviati. Portrait d’un gentilhomme (1543-46). Huile sur bois, 97 × 83 cm, collection particulière. Le personnage n’est pas identifié. Le fond sombre uniforme et le vêtement noir permettent de mettre en évidence le visage soigné au regard pensif et les mains parfaitement blanches tenant élégamment une paire de gants.

Francesco Salviati. Portrait d’un homme (1544-48)

Francesco Salviati. Portrait d’un homme (1544-48). Huile sur bois, 109 × 86 cm, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles. Ce gentilhomme florentin n’est pas identifié. L’affectation du geste et le soin apporté aux vêtements et au rideau en arrière-plan caractérisent le portrait du milieu du 16e siècle.

Francesco Salviati. Portrait d’un gentilhomme florentin (1546-48

Francesco Salviati. Portrait d’un gentilhomme florentin (1546-48). Huile sur bois, 102 × 87 cm, Saint Louis Art Museum. Ce portrait superbement maniériste utilise tous les artifices appréciés de la noblesse de l’époque. Couleur acide du rideau élégamment drapé, doigts démesurément longs, pose précieuse et symbolique mythologique avec le personnage allongé à l’arrière-plan, pouvant évoquer la ville de Florence et le fleuve Arno.

Francesco Salviati. Portrait d’un jeune homme (1548-63)

Francesco Salviati. Portrait d’un jeune homme (1548-63). Huile sur bois, 89 × 69 cm, Liechtenstein Museum, Vienne. L’influence maniériste apparaît ici nettement : cou allongé, longs doigts effilés, position artificielle des mains, étoffes luxueuses mises en évidence par le peintre.

 

 

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(*) Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (première édition 1550, remaniée en 1568, traduction Leclanché, 1841)

 

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