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Patrick AULNAS
Autoportrait

Vasari. Autoportrait (1550-67)
Huile sur toile, 101 × 80 cm, Galerie des Offices, Florence.
Biographie
1511-1574
Giorgio Vasari est né à Arezzo, ville située à environ 80 km au sud-est de Florence. Il est issu d'une famille comportant des artistes et des artisans. Son nom provient sans doute de la spécialité de ses ancêtres, la poterie (potier en italien : vasaio). Vasari consacre dans Les Vies (*) un article à son ancêtre Lazzaro Vasari (1399-1452), peintre estimé qui travailla avec Piero della Francesca. Le fils de Lazzaro, Giorgio (1416-1484), dit l'Ancien, fit des recherches sur les poteries antiques dans la région d'Arezzo et en offrit à Laurent de Médicis (1449-1492). Giorgio l'Ancien fabriquait lui-même des poteries en s'inspirant de l'esthétique de l'Antiquité. Vasari cite le nom de son père, Antonio, et celui de sa mère, Maddalena de Tacci, mais ne donne aucun détail à leur sujet.
On sait que le jeune Giorgio Vasari fut l'apprenti du maître verrier français Guillaume de Marcillat (1470-1529), qui réalisa les vitraux de la cathédrale d'Arezzo entre 1516 et 1524. Le jeune homme est ambitieux et, vers 1524, il part à Florence approfondir ses connaissances artistiques. Il sera l'élève d'Andrea del Sarto (1486-1531) et de Michel-Ange qu'il considère dans Les Vies (*) comme le plus grand génie artistique de tous les temps. C'est sans doute sous l'influence du grand maître que le dessin conservera pour Vasari une place centrale : pour lui, la peinture est d'abord et avant tout un dessin.

Vasari. Six poètes toscans (1544)
Huile sur bois, 131 × 132 cm, Minneapolis Institute of Arts, Minneapolis.
En 1529 (il n'a que 18 ans), il part pour Rome et y retournera en 1538. Il y étudie les œuvres de Raphaël et copie les tableaux les plus célèbres de la Renaissance. Vasari sait se ménager les protections nécessaires pour accéder à la réussite. Ainsi, il travaille pour Ottaviano de Médicis (1484-1546) qui fut gonfalonier de Florence, c'est-à-dire membre du gouvernement, et pour le richissime banquier Bindo Altoviti (1491-1556), l'un des plus grands mécènes de l'époque, dont Raphaël avait fait le portrait vers 1512-1515.
Dans les années 1540, Vasari partage son temps entre Venise, Rome et Naples. A Rome, le pape Paul III (1468-1549) lui demande de décorer de fresques le palais de la Chancellerie. Ces fresques sont consacrées à la glorification de Paul III qui appartenait à une grande famille : les Farnèse. Vers 1546, l'artiste revient à Florence où il vivra presque continûment jusqu'à la fin de sa vie. En 1553, Cosme 1er de Médicis (1519-1574), qui gouverne Florence, lui confie l'aménagement de son palais. Dès lors, il devient le grand maître d'œuvre de la vie artistique florentine. Outre la rénovation et la décoration des résidences princières, il organise les funérailles solennelles de Michel-Ange en 1564, dessine les décors pour le mariage de François de Médicis (1541-1587) et de Jeanne d'Autriche (1547-1578), fille de l'empereur du Saint Empire romain germanique, en 1565. La même année, il conçoit et réalise le corridor reliant le Palazzo Vecchio au Palais Pitti : ce passage couvert permet aux Médicis de traverser l'Arno, pour circuler entre les palais, sans descendre dans la rue.

Corridor de Vasari vu des Offices à Florence
A la fin de sa vie, Vasari rénove les églises Santa Maria Novella et Santa Croce et entreprend la décoration de la coupole de la cathédrale de Florence qui sera achevée après sa mort par Federico Zuccaro (1542-1609).
Devenu très riche, Giorgio Vasari se fit construire, à partir de 1547, une vaste demeure à Arezzo dont il décora entièrement murs et voûtes de fresques, de tableaux et de sculptures. Il se consacra également à la rédaction de son célèbre ouvrage, Les Vies (*) qui contient la biographie et la description de l'œuvre des artistes italiens depuis Cimabue (1240-1302). Ce livre, qui comporte beaucoup d'anecdotes et aussi d'inexactitudes, est considéré comme l'un de premiers travaux d'histoire de l'art. Il reste aujourd'hui une source précieuse.
Œuvre
Peintre, architecte, historien de l'art, écrivain, Giorgio Vasari multiplie les activités. Il fait partie de ces grands humanistes de la Renaissance cherchant à embrasser la totalité des savoirs de leur époque. Il en résulte inéluctablement une réussite inégale selon les domaines. La sienne est plus nette en architecture et histoire de l'art qu'en peinture. Sa brillante réussite dans la Florence du 16e siècle nous laisse aujourd'hui des monuments et la première Histoire de l'art mais peu de peintures vraiment intéressantes. Il était fasciné par Michel-Ange comme le montre son chapitre consacré au grand maître dans Les Vies. Son activité débordante et éclectique résulte-t-elle de cette admiration ? Une chose est certaine : il emprunte à Michel-Ange le style maniériste et la volonté d'aller au-delà du possible si l'on observe l'étendue de fresques peintes par son atelier. Mais le génie ne se copie pas : les fresques de Vasari ne se comparent pas à celles de Michel-Ange.
Giorgio Vasari eut une intuition géniale en rédigeant Les Vies, tout simplement parce qu'il vivait à l'époque du grand renouveau de l'art, qu'il fréquentait Michel-Ange et qu'il avait le savoir-faire et la culture nécessaires pour se former un jugement sur la création artistique. Le critique d'art Eugène Müntz (1845-1902) a bien exprimé cette conjonction de facteurs favorables :
« Il a fallu dans l'Histoire de l'art pendant la Renaissance, pour créer cette œuvre monumentale, non seulement un véritable tempérament d'écrivain et d'érudit, mais encore le concours de circonstances exceptionnelles : composées trente années plus tôt ou trente années plus tard, les Vite ne présenteraient plus qu'un intérêt secondaire. Dans la première hypothèse, Vasari n'aurait pas pu connaître encore tous ces grands artistes qui ont imprimé à l'art italien sa consécration suprême ; dans la seconde, il n'aurait plus compris les glorieux précurseurs de XIVe et du XVe siècle. »

Vasari. Les vies, édition originale de 1568
Il en résulte qu'aujourd'hui encore, nous puisons mille anecdotes dans le livre de Vasari qui restitue toute l'ambiance de la création artistique de la Renaissance avec ses immenses aléas, ses personnalités passionnées et son prodigieux optimisme.
Seule la partie picturale de l'œuvre de Vasari sera illustrée ci-après.
Tableaux
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Vasari. Déposition du Christ (v. 1540). Huile sur toile, 311 × 210 cm, Santi Donato e Ilariano, Camaldoli. Après la crucifixion de Jésus-Christ, son corps est descendu de la croix par Joseph d'Arimathie et Nicodème (descente de croix) puis déposé (déposition du Christ) pour être remis à sa mère Marie. Ce tableau a été commandé par le monastère de Camaldoli, proche de Florence.
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Vasari. Six poètes toscans (1544). Huile sur bois, 131 × 132 cm, Minneapolis Institute of Arts, Minneapolis. « Ce portrait de groupe de six poètes et écrivains toscans de renom célèbre l'âge d'or de la littérature italienne des XIVe et XVe siècles et le rôle de ces figures marquantes dans l'élévation des lettres et l'ennoblissement de la langue.
Dante Alighieri (1265-1321), l'un des plus célèbres poètes de tous les temps et auteur de la Divine Comédie, occupe une place de choix à table. À sa gauche se tient Francesco Pétrarque (1304-1374), tenant le livre vert dont la couverture est ornée d'un camée représentant une femme de profil, probablement Laure, la muse de Pétrarque. Entre eux se trouve Giovanni Boccaccio (1313-1375), auteur du Décaméron, ouvrage commencé en 1348 suite à l'épidémie de peste noire à Florence. À l'extrême droite se trouve Guido Cavalcanti (vers 1255-1300), poète célèbre pour ses sonnets d'amour. Dante, tenant un livre de Virgile ouvert devant lui, semble suggérer qu'il gagnerait à étudier l'œuvre de l'ancien auteur latin (un point que Dante aborde également dans la Divine Comédie). Les quatre poètes du XIIIe siècle portent des couronnes de laurier, symboles de leurs succès littéraires. Derrière eux, à leur gauche, deux autres hommes de lettres, coiffés de bonnets à la mode du XVe siècle au lieu de couronnes de laurier, sont représentés comme observant la discussion de ces grands noms de la littérature. Cristoforo Landino (1424-1498/1504), à gauche, était un néoplatonicien et érudit florentin influent, qui publia en 1481 une édition définitive de la Divine Comédie de Dante, enrichie d'un commentaire approfondi et d'illustrations. À ses côtés se trouve Marsile Ficin (1433-1499), figure majeure de la renaissance et de la traduction de la littérature grecque et latine antique à la Renaissance.
Les objets disposés sur la table représentent différentes disciplines universitaires. Le quadrant solaire et le globe céleste symbolisent l'astronomie et l'astrologie ; la boussole et le globe terrestre, la géométrie et la géographie ; les livres, la grammaire et la rhétorique. » (Commentaire Minneapolis Institute of Arts)
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Vasari. Pietà (v. 1550). Huile sur bois, 174 × 130 cm, musée de la Chartreuse, Douai. La Vierge Marie pleure Jésus-Christ, son enfant mort, qu'elle tient sur ses genoux. Le Christ vient d'être crucifié et n'a pas encore été mis au tombeau. Anciennement attribuée à Francesco Morandini, cette Pietà est désormais unanimement reconnue comme une œuvre de Vasari.
« L'idéalisation des visages, les musculatures puissantes, le répertoire gestuel sont autant d'éléments qui caractérisent la deuxième génération maniériste à Florence. Le corps encore souple du Christ est un souvenir incontestable de la Pietà de Michel Ange alors que le profil et la chevelure bouclée de saint Jean évoquent les figures de Rosso. A ces influences, s'ajoute un goût pour une gamme variée de couleurs acides qui créent de précieux effets de décoloration. » (Commentaire musée de la Chartreuse de Douai)
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Vasari. Annonciation (1564-67). Huile sur bois, 216 × 166 cm, musée du Louvre, Paris. L'archange Gabriel annonce à la Vierge Marie la naissance prochaine du Christ (maternité divine de la Vierge selon le dogme chrétien).
« Panneau central d'un triptyque peint vers 1564-1567 pour le maître-autel de l'église dominicaine de Santa Maria Novella d'Arezzo ; les volets avec saint Donat, évêque d'Arezzo et saint Dominique, patron de l'église, sont conservés à Florence (Cassa di Risparmio). » (Commentaire musée du Louvre)
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Vasari. Le jardin de Gethsémani (v. 1570). Huile sur bois, 127 ×143,5 cm, Musée National d'art occidental, Tokyo. « Le sujet est tiré des Évangiles de Matthieu et de Luc. Après la Cène, le Christ, apprenant la trahison de Judas, se rendit au jardin de Gethsémani, au pied du mont des Oliviers, accompagné de trois de ses disciples : Pierre, Jacques et Jean. Là, il pria Dieu dans sa souffrance ; un ange le réconforta tandis que ses trois disciples dormaient. Le Christ est le point focal d'une composition triangulaire, les trois disciples (de gauche à droite : Pierre, Jean et Jacques) étant représentés endormis dans la partie inférieure. Le style maniériste se manifeste par la richesse et la variété des formes, ainsi que par le dynamisme et la tension qui se dégagent de la composition. En haut à gauche, Judas est représenté à la tête de la foule venue arrêter le Christ, une iconographie traditionnelle pour ce sujet. On pensait auparavant que cette œuvre datait d'une période relativement ancienne, vers 1545-1546, mais son style et l'analyse de dessins apparentés suggèrent qu'elle date des dernières années de l'artiste. » (Commentaire Musée National d'art occidental)
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Persée et Andromède (1570-72). Huile sur ardoise, 117 × 100 cm, Palazzo Vecchio, Florence. Mythologie grecque. Pour d'obscures raisons familiales, Andromède est exposée nue sur un rocher. Elle doit être dévorée par un monstre marin, mais Persée, grand héros mythologique, la sauve... et l'épouse.
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Fresques
La superficie de fresques peintes par Vasari est considérable : Palais de la Chancellerie à Rome, Palazzo Vecchio, églises Santa Maria Novella et Santa Croce, Duomo à Florence, sans omettre ses deux maisons de Florence et Arezzo. Les assistants de Vasari jouaient évidemment le rôle principal dans l'exécution, le maître se contentant de la conception et de la direction des travaux.
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Vasari. Casa Vasari d'Arezzo (1542-48). Il s'agit ici de la salle du Triomphe de la Vertu. Vasari, devenu riche, veut posséder ce qu'il réalise pour la noblesse. Il possédait également une maison à Florence, entièrement décorée.
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Vasari. Paul III Farnèse supervisant la construction de Saint-Pierre (1546). Fresque, Palais de la Chancellerie, Rome. Au début du 16e siècle, l'ancienne basilique Saint-Pierre, érigée au 4e siècle, tombait en ruine. Le pape Jules II décida en 1505 d'abattre les ruines et de reconstruire. Les travaux se prolongèrent jusqu'au milieu du 17e siècle. Vasari veut ici illustrer le rôle de son commanditaire, le pape Paul III (1468-1549), dans la reconstruction de la basilique. Maniérisme oblige, nous sommes dans l'affectation la plus complète : Paul III, à gauche, dirige les travaux au milieu d'élégants et d'élégantes vêtus à l'antique.
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Palazzo Vecchio. Le Palazzo Vecchio de Florence, servant aujourd'hui d'hôtel de ville, comporte plusieurs salles décorées par Giorgio Vasari. Ci-après quelques exemples des fresques réalisées dans la chambre de Cosme 1er de Médicis (1519-1574) entre 1555 et 1558.
Vasari. Allégorie de Pise (1557-58). Fresque, 27 × 24 cm, Palazzo Vecchio, Chambre de Cosme 1er, Florence. En bas, une vue de Sienne.
Vasari. Allégorie d'Arezzo (1557-58). Fresque, 25 × 21 cm, Palazzo Vecchio, Chambre de Cosme 1er, Florence. En bas, une vue de Florence.
Vasari. Giovanni et Garzia de Médicis (1556-58). Fresque, 9 × 7 cm, Palazzo Vecchio, Chambre de Cosme 1er, Florence. Il s'agit de deux des onze enfants de Cosme 1er de Médicis.
Vasari. Salle des Eléments (1555-57). Vasari a travaillé dans cette salle avec Cristofano Gherardi (1508-1556).
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Vasari. Le jugement dernier (1572-79). Fresque, Duomo, Florence. Dernier travail de Vasari, la décoration de l'énorme coupole de la cathédrale de Florence, appelée Duomo. Il s'agit d'une évocation du Jugement dernier, thème courant emprunté aux mythologies juive, chrétienne et musulmane. Selon le mythe (ou le dogme pour les croyants) le Jugement dernier est le jour où la divinité, après avoir ressuscité les morts, va classer les humains en damnés et justes. Les uns et les autres auront ensuite un sort distinct.
Vasari. Le jugement dernier, détail (1572-79). Fresque, Duomo, Florence. Depuis le Moyen Âge, ce thème permet aux artistes de concevoir des scènes apocalyptiques. Les bons humains vont au paradis et les mauvais brûlent en enfer pour l'éternité. Le peuple y croyait vraiment ; quant à l'élite cultivée, c'est une autre histoire.
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GIORGIO VASARI
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(*) Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (première édition 1550, remaniée en 1568, traduction Leclanché, 1841)