10/08/2024
Patrick AULNAS
Les jeux olympiques (JO) de 2024 à Paris sont présentés comme une réussite par les médias. Le point de savoir s’ils le sont vraiment nécessite du temps et une analyse multifactorielle. Fait-on une bonne affaire en accueillant la grand-messe du sport professionnel mondial ? Est-il pertinent de conjuguer habilement nationalisme politique et performances sportives ? La glorification d’une performance physique obtenue par le professionnalisme sportif et le dopage généralisé (en avance sur les modalités de contrôle) est-elle conforme à l’esprit olympique ? Les masses financières gigantesques qui se déversent sur le sport professionnel seraient-elles mieux utilisées ailleurs ?
Evidemment, il n’est pas possible de traiter ici ces questions, qui nécessiteraient des livres entiers. Un autre aspect, très franco-français, sera retenu. Ces jeux ont pu être ressentis par beaucoup de Français comme l’affichage aux yeux du monde, par l’élite parisienne, de son lieu de vie et de sa conception de la créativité artistique. La grande majorité des Français ne se reconnaît pas dans ces images.
Les élites parisiennes imposent leur volonté à la France entière
La glorification de Paris d’abord. Paris, ville des révolutions, a attribué 12 circonscriptions sur 18 à la gauche aux législatives de 2024. Le contraste avec le pays, dans son tissu profond, est saisissant. Dans le département du Gard, 5 députés RN et 1 député classé extrême-droite ont été élus. Dans les Yvelines, à la périphérie de Paris, le parti présidentiel Ensemble l’emporte dans 8 circonscriptions sur 12. La population parisienne n’est absolument pas représentative de la population française. Ses valeurs, son mode de vie, ses aspirations, ses positionnements politiques s’opposent frontalement à ceux de la majorité des Français.
Pourtant, les JO de 2024 célèbrent Paris et uniquement Paris. Le financement public, qui pourrait approcher de 5 milliards d’€ selon l’IFRAP, est supporté par tous les français puisque l’État y contribue largement. Glorifier Paris avec l’argent des autres, voilà bien la manière dont les élites parisiennes imposent leur volonté aux Français.
Seuls 53% de la population du pays se déclaraient intéressés par les JO selon un sondage IFOP d’avril 2024. La moitié de la population du pays ne s’intéresse donc pas à la fête parisienne, que les médias célèbrent pourtant à foison. Les élites parisiennes, gauche comprise, cultivent l’entre-soi que beaucoup de journalistes relayent en pensant vraisemblablement que ce pays divisé a bien besoin d’une pause de concorde, même purement fictionnelle.
Les dirigeants politiques nationaux ou parisiens ne doutent pas un instant de la légitimité de leur démarche : prélever par la coercition étatique l’argent de tous les Français et les endetter lourdement tout en négligeant le ressenti d’une large partie de la population. Ils évoquent d’ailleurs fréquemment « les territoires » ou « la province », c’est-à-dire presque toute la France. Ce vocabulaire énarchique à la vulgarité surplombante en dit long sur l’éloignement de nos gouvernants.
La promotion de la haine de l’Occident par l’art contemporain
Autre façon d’abuser de son pouvoir : l’adhésion à une conception de l’art connue seulement d’une infime minorité de français et même de l’humanité. La ridicule interprétation de la Cène promue aux JO n'est qu'une déclinaison de l'art contemporain. Cette expression tautologique cherche à masquer un vide culturel. Il faut pour comprendre faire un peu d’histoire.
A partir de la fin du 13e siècle en Occident prend naissance une évolution artistique majeure. On parlera de Renaissance artistique. Cet art, d’abord purement religieux (cathédrales, grands polyptyques pour les autels des églises, etc.) s’étendra par la suite au portrait puis à des scènes de la vie quotidienne appelées scènes de genre par les historiens. Du 14e au 18e siècle, les artistes croyaient profondément à leur art et pensaient qu’ils construisaient quelque chose d’essentiel exprimant la beauté et la vérité. Giorgio Vasari, biographe du 16e siècle, disait des grands artistes de la Renaissance, comme Michel-Ange ou Raphaël, qu'ils ressemblaient à des demi-dieux.
Par la suite, à partir du 19e siècle, des dérives apparaissent. Le consensus académique sur la définition de la beauté disparaît. L’hypertrophie du moi autorise toutes les expériences. Les courants artistiques se succèdent à cadence rapide (impressionnisme, nabisme, fauvisme, cubisme, abstraction, etc.). Le dernier avatar de cette évolution d’environ un siècle et demi est « l’art contemporain », celui qui est aujourd’hui célébré par certains dirigeants politiques occidentaux, parfois sincèrement, parfois par conformisme ou inculture.
Cet art contemporain est exactement l’inverse de la grande tradition artistique des siècles passés. Au lieu de construire, il déconstruit. A la recherche de la beauté s’est substituée une volonté de choquer, d’interpeler. Les grandes créations artistiques du passé sont réinterprétées ou « citées », mais presque toujours pour les tourner en dérision. C’est à la lumière de toute cette évolution historique qu’il faut analyser la cérémonie d’ouverture des JO de 2024.
L’évocation de la Cène, en remplaçant les figures bibliques par des guignols chamarrés, a pour objectif d’agresser les chrétiens et de ridiculiser la civilisation occidentale. N’ayant pas d’ambition constructive, cet art contemporain se moque de la foi de nos ancêtres et de la beauté qu’ils vénéraient tant en représentant les scènes bibliques les plus connues. Se contenter de caricaturer grossièrement les scènes ayant suscité la puissante créativité des anciens, c’est avouer son incapacité de créer véritablement.
Les décideurs politiques financent cependant abondamment cette lecture haineuse de ce que nous sommes.