Une campagne électorale au placard. Qu’importe !

10/03/2022

Patrick AULNAS

La guerre de Poutine, pas celle des russes, contre l’Ukraine place la campagne présidentielle française au second rang de l’actualité. Doux euphémisme. Tout le monde pense à l’Ukraine et personne ne s’intéresse à l’élection française. Les médias font leur devoir en laissant une place aux candidats mais l’impression onirique est forte. Est-ce bien vrai ? Parle-t-on de pouvoir d’achat et de sécurité des français contre la criminalité alors que des ukrainiens meurent sous les bombes à 2000 km ? Oui, mais sans conviction. Les candidats rament et les électeurs les écoutent distraitement ou zappent.

 

Rituels de campagne

Contre vents et marées, les candidats poursuivent leur campagne avec meetings et petits drapeaux agités par le ban et l’arrière-ban des militants, rameutés pour la circonstance. Les journalistes commentent et continuent à prétendre, contre toute évidence, que ces meetings sont particulièrement importants. En vérité, les meetings fournissent quelques images colorées et bruyantes, mais sans plus. Le grand public observe avec consternation les foules en délire (très artificiel) acclamant un politicien ambitieux n’aspirant qu’au pouvoir. Si l’on excepte le milieu de la politique active, soit quelques centaines de milliers de personnes, tout le monde se fiche royalement des meetings.

Autre rituel électoral : les monceaux de papier distribués dans les boites aux lettres avant le scrutin et financés sur fonds publics, c’est-à-dire par nous tous. Ils vont directement dans la poubelle sélective appropriée. Qui examine ces professions de foi ne comportant que promesses et engagements sans consistance ? Pas grand monde. Si on y ajoute les magazines de propagande totalement inintéressants distribués chaque mois ou chaque trimestre par les communes, départements, régions, cela fait vraiment beaucoup. Ces montagnes de papier gaspillé par des responsables catéchisant doctement sur la rigueur écologiste nécessaire, voilà une belle façon de se discréditer.

 

Petits « évènements »

Marion Maréchal ralliant Zemmour, simple petit évènement pour militants nationalistes. Anne Hidalgo succédant immédiatement Éric Zemmour sur LCI pour une confrontation avec des électrices de diverses sensibilités. La socialiste en perdition commence par affirmer que ce sera plus détendu avec elle. Elle ne se trompe pas, on s’endort. La maire de Paris, championne du déficit communal, nous assène ses promesses redistributives traditionnelles. On zappe immédiatement.

Certaines politiciennes de second rang cèdent même à l’outrance pour attirer l’attention. Ainsi, Sandrine Rousseau déclare : « Ça me déprime de faire de la politique dans des groupes de Ku Klux Klan ». Autrement dit, il y a deux camps : Sandrine Rousseau et consœurs d’un côté (les hommes non « déconstruits » sont exclus) et les racistes hyper-violents de l’autre. Ces derniers forment l’essentiel de la population. Cette femme enseigne à l’université. Devant tant de bêtise, plaignons les étudiants intelligents, dotés de largeur d’esprit, qui tombent, sous sa coupe.

 

Le petit monde de la politique active

Qui donc s’intéresse vraiment à la campagne électorale ? Le petit monde de l’entre-soi politique, c’est-à-dire les élus et les militants. Petit monde car le nombre d’adhérents fournis par les partis est une falsification. Pour l’ensemble des partis français, quelques centaines de milliers de personnes militent activement. Nombreux sont les inscrits passifs et encore plus nombreux les « encore inscrits » n’ayant pas payé leur cotisation. Tout compris, avec les élus, le monde de la politique active ne dépasse pas les 500 000 personnes. Par rapport aux 67 millions de français, cela ne pèse pas très lourd.

Ajoutons que les militants ne sont que rarement des idéalistes, comme par le passé. Ils attendent un poste d’élu municipal, départemental, régional et, pour les plus chanceux, national. Certains rejoignent même un parti pour obtenir un appui dans la vie professionnelle. Le Rouge et le Noir, version 21e siècle.

 

Qu’importe la campagne !

Tout cela n’est pas bien grave. Nous avons l’essentiel : disposer de contre-pouvoirs forts. L’apathie forcée des russes face à l’agression poutinienne fait apparaître notre chance. Contrairement à l’idée qui circule dans les médias, le président français sera élu d’une manière parfaitement démocratique. Chacun aura pu s’exprimer et les douze candidats retenus représentent les grandes tendances de l’opinion.

Qu’importe le désintérêt pour la campagne électorale ! Entre la conquête et l’exercice du pouvoir, il y a toujours un gouffre. Entre les promesses, même sincères (soyons généreux) et la confrontation au réel se glisse, avec malignité, l’imprévisible. Par exemple, les gilets jaunes, la guerre en Ukraine. Les citoyens ne sont pas dupes. Ils sentent qu’il vaut mieux confier le pouvoir à une personne capable de pragmatisme face aux réalités de l’histoire en construction. Les débats de campagne électorale sont un exercice démocratique important, mais ils ne jouent aucun rôle sur la réalité de l’action gouvernementale. Ils sont d’ailleurs oubliés très rapidement, sauf des professionnels spécialisés.

(Publié sur Contrepoints le 10/03/2022)