Présidentielle 2022 : situation à J-50

22/09/2022

Patrick AULNAS

Ceux qui se contentent d’écrire ou de parler sont souvent d’une sévérité extrême avec les politiciens. Au risque de devenir parfois injustes. L’auteur de ces lignes fait partie de ces écrivaillons ou beaux parleurs. Il ne se réserve nullement un sort plus enviable. Si, pour un instant de raison, nous recherchons les aspects positifs de l’actuelle campagne présidentielle, il n’est pas difficile de les trouver. Un seul sera évoqué ici : la démocratie permet à toutes les tendances de s’exprimer, même les plus confidentielles. Elle filtre ensuite les tendances dominantes pour désigner les gouvernants.

 

Les candidatures déclarées

Environ 25 candidatures subsistent à ce jour, mais toutes n’obtiendront pas leurs 500 parrainages :

Gauche trotskyste 

Nathalie Arthaud (LO), Anasse Kazib (CCR), Philippe Poutou (NPA)

Gauche radicale 

Jean-Luc Mélenchon (LFI), Fabien Roussel (PCF)

Écologistes 

Yannick Jadot (EELV), Antoine Waechter (MEI), Jean-Marc Governatori (Cap écologie)

Gauche sociale-démocrate

Anne Hidalgo (PS), Christiane Taubira (primaire populaire)

Centre, libéralisme 

Emmanuel Macron (LREM), Gaspard Koenig (Simple)

Droite modérée

Valérie Pécresse (primaire LR)

Droite nationaliste 

Marine Le Pen (RN), Eric Zemmour (Reconquête), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Antoine Martinez (VPF), François Asselineau (UPR)

Divers 

Jean Lassalle, Marie Cau, Clara Egger, Hélène Thouy, Georges Kuzmanovic, Fabrice Grimal, Stéphane Tauthui

 

Il serait bien difficile de considérer que l’offre n’est pas diversifiée. Même les représentants de micro-courants politiques peuvent être candidats, par exemple Nathalie Arthaud, de Lutte ouvrière (qui a ses parrainages) ou  Hélène Thouy, du Parti animaliste (qui ne les a pas). Il s’agit de candidatures de témoignage, visant seulement à se faire mieux connaître du grand public.

 

Le courant libéral

Globalement, le libéralisme ne peut être classé ni à la droite ni à la gauche mais comporte de multiples variantes penchant vers la droite ou la gauche. Le libéralisme économique (primat du marché, recul de l’État) est traditionnellement classé à droite, mais le libéralisme sociétal (favorable à la PMA, la GPA encadrée, l’euthanasie active, etc.) se rattache à la gauche. Quant au libéralisme institutionnel, il est difficile à classer. Il propose une décentralisation maximale du pouvoir et un principe de subsidiarité généralisé selon lequel il faut traiter les problèmes au plus près des citoyens (quartier, commune) et ne les évoquer au niveau supérieur qu’en cas d’impérieuse nécessité. Le libéralisme culturel et politique (liberté religieuse, d’expression, de réunion, d’association, etc.) est partagé par tous à l’exception des courants les plus extrêmes de droite (fascisme, nazisme) ou de gauche (wokisme).

Si Emmanuel Macron côtoie Gaspard Koenig dans la classification précédente, c’est évidemment parce que tous deux ne se réclament ni de la droite ni de la gauche. Macron, inspecteur des finances, est plus étatiste que Koenig, c’est une évidence. Mais Macron est relativement libéral sur le plan sociétal alors que Koenig ne fait aucune proposition dans ce domaine.

Gaspard Koenig représente indubitablement le courant le plus globalement libéral. Voici ses principales propositions dont le détail figure ICI.

- Réduction drastique des normes juridiques non contractuelles (lois et règlements).

- Création de Maisons de citoyens au sein desquelles s’exercerait la fonction publique.

- Décentralisation forte avec autonomie fiscale des collectivités publiques.

- Revenu universel replaçant une multitude de prestations sociales.

- Impôt sur le revenu proportionnel et purement individuel avec une surtaxe pour les très hauts revenus.

- Libéralisation de la fiscalité des successions, qui privilégie actuellement les transmissions intrafamiliales.

- Protection du vivant avec le principe général « pollueur-payeur » et recul progressif de l’élevage intensif.

 

Les prétendants au second tour

En l’état actuel de l’opinion, cinq candidats peuvent parvenir à la fonction présidentielle. Voici la moyenne des sondages calculée par Le Figaro au 18/02/2022 :

- Emmanuel Macron (24,5%)

, Marine Le Pen (16,6%)

- Valérie Pécresse (15,2%)

- Éric Zemmour (14,4%)

- Jean-Luc Mélenchon (10,1%)

La probabilité que deux des cinq candidats précédents figurent au second tour est très élevée. Il faudrait un évènement inattendu pour qu’il en aille autrement. La probabilité qu’Emmanuel Macron soit opposé à l’un des quatre autres est forte puisque l’actuel président bénéficie d’une avance importante et d’un socle d’électeurs fidèles. Il reste depuis des mois autour de 25%. Le score des quatre autres prétendants est beaucoup plus mouvant et a fortement évolué au cours des derniers mois. Une très grande incertitude subsiste donc sur la seconde position au 10 avril 2022, date du premier tour. Comment interpréter les choix probables du second tour ?

- Macron contre Pécresse : ils sont très proches et représentent un libéralisme modéré.

- Macron contre Le Pen ou Zemmour : véritable choix de société, les deux opposants à Macron représentant une droite nationaliste, protectionniste et globalement anti-libérale.

- Macron contre Mélenchon : véritable choix de société également, Mélenchon voulant considérablement renforcer le dirigisme étatique. Il est l’anti-libéral-type.

Quoi de plus démocratique qu’un tel choix de société ?

(Publié sur Contrepoints le 23/02/2022)