Oui, il faut emmerder les non vaccinés

08/01/2022

Patrick AULNAS

Les médias ne marchent plus, ils courent. Il suffit d’un vocabulaire un peu appuyé pour obtenir des débats à n’en plus finir sur les chaînes d’information et des articles plus ou moins réussis dans la presse écrite. Le président de la République a donc « envie d’emmerder les non vaccinés ». On s’en doutait légèrement, mais il fallait le dire. Pourquoi ?

 

Parler fortement à la grande majorité

Tout simplement parce qu’un clivage important existe dans la société entre les partisans de la vaccination et les autres, une petite minorité. Qui sont les autres ? Quelques opposants farouches au principe même de la vaccination ; des attentistes ou des hésitants, comme dans tous les domaines lorsqu’une décision doit être prise ; des isolés qui ne veulent ou ne peuvent pas aisément passer à l’acte ; des quasi-analphabètes ou des non francophones illettrés ne comprenant à peu près rien au sujet. Bref, une population assez marginale soit culturellement, soit socialement.

La grande majorité des français – et il en va de même dans les autres pays occidentaux – est totalement acquise à l’idée que la vaccination constitue la meilleure protection contre la covid-19 pour un risque individuel presque nul. Il est donc important qu’un président de la République indique sans ambiguïté dans quel camp il se place. Le positionnement mollasson n’est pas possible car il entraînerait une perte de crédibilité aux yeux de l’écrasante majorité des français. On avait observé précédemment l’attitude équivoque de Christiane Taubira sur le sujet à propos du nombre de non-vaccinés en Guyane. De même, certains députés Les Républicains se disent favorables à la vaccination mais opposés au passe vaccinal, voire au passe sanitaire. Toutes ces nuances parfaitement floues ont un objectif politicien : conserver les voix des anti-passe et anti-vaccin.

La prise de parole du président de la République sur le sujet comporte évidemment aussi un aspect de tactique politicienne. Voilà pourquoi l’expression a été choisie. Il est clair que l’électorat d’Emmanuel Macron comporte 95 à 100% de citoyens favorables au vaccin. Qui plus est, l’irrationalité des anti insupporte au plus haut point cet électorat. En prenant position très nettement, le président conforte donc sa base électorale. Ses électeurs potentiels voient en lui un homme qui ne faiblit pas devant les dérives incohérentes, les insultes et les violences d’une minorité.

 

Le choix impératif du camp de la raison

Seuls les hypocrites s’offusquent du vocabulaire utilisé. Les glossateurs de la formule employée ont été particulièrement ridicules en affirmant que le plus grave est d’avoir envie. Emmerder, passe encore, mais avoir envie, quel outrage ! Le fait qu’un président de la République se doit de prendre position très vigoureusement contre le complotisme, les ragots, les rumeurs, les violences contre les soignants et les pharmaciens a presque été passé sous silence.

Les anti-vaccins sont des victimes de fake-news circulant sur internet. Ils ne confrontent pas plusieurs sources d’informations et sont incapables de faite un tri dans la masse de données disponibles en ligne. Victimes de leurs insuffisances culturelles certes, mais également responsables. Ils encombrent les hôpitaux et empêchent des interventions chirurgicales urgentes. Ils contribuent fortement à la propagation du virus et à ses mutations. Ils représentent politiquement le camp du complotisme et de la désinformation.

Or, le président doit impérativement choisir le camp de la raison et stigmatiser le dévoiement anti-scientifique touchant de petites minorités. C’est son devoir de plus haut responsable de l’État. Les politiciens ambigus sur ce sujet, les Mélenchon, Le Pen, Zemmour et bien d’autres ne méritent pas d’être des leaders. Ils ont perdu tout droit au respect en se laissant influencer par des communicants et conseillers politiques. Se ménager les voix des minorités par tous les moyens n’est pas digne d’un gouvernant. La petitesse d’esprit de ceux qui quémandent ainsi nos suffrages détruit pierre par pierre notre démocratie.

 

L’approche épidémiologique n’est pas accessible à tous

Un dernier élément mérite d’être signalé car il est très peu abordé mais fondamental. Dans le domaine épidémique, l’approche collective supplante nécessairement l’approche individuelle. Les opposants à la vaccination sont presque exclusivement des personnes n’ayant aucune notion de statistiques ou de probabilités. Ces domaines sont abordés dans les cours de mathématiques de l’enseignement secondaire. Des calculs de moyenne, de médiane, d’écart-type, voire de loi normale de probabilité ont été faits par la plupart des élèves ayant le niveau baccalauréat.

Une telle initiation permet de comprendre ce qu’est l’approche collective rationnelle d’une problématique épidémiologique. Par contre, il est très difficile, voire peut-être impossible, pour ceux qui n’ont aucune notion de statistiques de se déplacer dans les raisonnements des épidémiologistes. Ils en restent à l’aspect individuel, et même personnel, et deviennent la proie des prédateurs de l’émotion qui envahissent les réseaux sociaux. Pour qui agissent ces prédateurs ? Le sujet mériterait d’être approfondi. Mais de toute évidence, ce ne sont pas des amis de la liberté et de la raison.