Les mensonges de Le Pen et Mélenchon

08/04/2022

Patrick AULNAS

Le pouvoir d’achat est la première préoccupation des français. Ce thème est celui qui compte le plus en vue de la présidentielle pour 57% des personnes interrogées, contre 28% pour la santé, 24% pour la sécurité, 22% pour l’écologie et seulement 19% pour l’immigration (sondage Elabe des 15 et 16 mars 2022). La remontée de Marine Le Pen (22% des intentions de vote) et la plongée d’Éric Zemmour (10%) s’expliquent en partie par cette hiérarchie des préoccupations.

Faire campagne sur l’amélioration du pouvoir d’achat peut donc être payant politiquement. Mais n’est-ce pas tout simplement un mensonge ?

 

Croissance faible, salaires stagnants

La réponse est évidemment oui. La croissance économique restera faible dans les prochaines années selon les projections de la Banque de France. Elle prévoit 3,6% pour 2022 et 2,2% pour 2023. Cette prévision datant de fin 2021 ne tient pas compte de la guerre en Ukraine, facteur important d’instabilité potentielle et donc de ralentissement économique. La hausse des salaires de 10% par exonération des cotisations sociales sur les bas salaires, promise par Marine Le Pen, accroitrait des déficits publics déjà abyssaux. Cette promesse est illusoire.

Le SMIC mensuel net à 1 400 € prévu par J.-L. Mélenchon (1 270 € actuellement) aboutit exactement à la même augmentation de 10%. La palme de la démagogie est attribuée à Nathalie Arthaud avec un SMIC net à 2 000 € net. N’ayant aucune chance d’être élue, elle ne risque pas la confrontation au réel.

On sait que macro-économiquement les salaires ne peuvent pas augmenter, en moyenne, davantage que le taux de croissance. Augmenter les bas salaires de 10% ou plus avec un taux de croissance prévisionnel très optimiste de 2 à 3%, c’est réduire à néant la compétitivité française, déjà très mal en point. Un « tournant de la rigueur » du type 1982 (François Mitterrand) est alors inéluctable.

 

Fin du monde ou fin du mois

Le mensonge ne s’arrête pas à la conjoncture. Structurellement, la classe moyenne occidentale est écartelée entre son aspiration à l’élévation du niveau de vie et sa sensibilité écologiste plus ou moins affirmée. On retrouve la fameuse question du choix entre la fin du monde et la fin du mois. Selon les résultats des sondages indiqués ci-dessus, la fin du mois (le pouvoir d’achat), très proche, est jugée plus importante que la fin du monde, plus lointaine.

Il n’en reste pas moins qu’en Europe et en France de nombreuses décisions politiques sont adoptées dans le but de devenir les champions de la lutte contre le réchauffement climatique. L’écologisme politique est très puissant en Allemagne (abandon du nucléaire, dépendance du gaz russe) et à Bruxelles (hyper réglementions de la production) et conduit inéluctablement à long terme à une croissance nulle ou négative. Les spécialistes du sujet se gaussent volontiers du concept du niveau de vie, mesuré par l’augmentation du PIB par habitant. Il faudrait, prétendent-ils, faire évoluer notre mode de vie afin de le rendre compatible avec la doxa écologiste. En réalité, il s’agit évidemment de décroissance et d’appauvrissement, mais il ne faut surtout pas le dire.

Ni Le Pen, ni Mélenchon n’envisagent de quitter l’Union européenne. Au pouvoir, ils subiront la forte contrainte écologiste européenne. S’ils quittaient l’Union par radicalisation politique, la dérive française serait inéluctable. Il faudrait abandonner l’euro et revenir au franc (ou équivalent), qui serait une monnaie très faible. Le déficit public en francs exploserait, les taux d’intérêt s’envoleraient et le pays se dirigerait vers la cessation des paiements.

 

Doux commerce ou luttes politiques

Face à ses propres contradictions, entretenues par les politiciens, la classe moyenne occidentale perd la tête. Elle se jette dans la gueule du loup. Cela s’appelle le populisme, c’est-à-dire la conquête du pouvoir sur la base de promesses irréalisables permettant de faire rêver les moins avertis. Populisme de gauche avec Mélenchon ou populisme de droite avec Le Pen et Zemmour, peu importe. Les mensonges programmatiques de ces candidats entraîneront, s’ils sont élus, des lendemains qui déchantent. Il faudra décevoir profondément, réprimer les manifestations et peut-être s’orienter vers l’autoritarisme si la société se délite. Rien n’est exclu avec l’aventurisme politique.

Une chose est certaine : les programmes de Le Pen et de Mélenchon sont profondément anti-libéraux et conduisent à entraver le marché par le protectionnisme et la réglementation. Le « doux commerce », facteur de paix sociale selon Montesquieu, n’est pas la préoccupation principale de ces gens-là. Ils ne pensent que politique et luttes de pouvoir.

(Publié sur Contrepoints le 08/04/2022)