La guerre en Ukraine, la fin de l’Histoire et le Dernier homme

11/11/2022

Patrick AULNAS

L’agression russe contre l’Ukraine ne nous apprend rien du point de vue géopolitique mais nous conduit à clarifier notre position philosophique. La violence des autocraties à l’égard de leurs voisins est en effet une constante de l’histoire récente : la France napoléonienne et l’Allemagne nazie en sont des exemples caractéristiques. Poutine ne fait donc que suivre ses illustres prédécesseurs.

Le goût pathologique de la  puissance explique ces comportements de conquête territoriale. Mais la liberté et la démocratie représentent désormais l’horizon à atteindre pour l’humanité.

 

Plus des trois-quarts des États condamnent l’agression russe

Les pays ne condamnant pas l’agression russe sont très peu nombreux. Le 12 octobre 2022, l’Assemblée générale de l’ONU a voté une résolution condamnant la « tentative d'annexion illégale » de quatre régions ukrainiennes par la Russie. Seuls 5 États ont voté contre : Russie, Biélorussie, Syrie, Corée du Nord, Nicaragua. 35 États se sont abstenus, principalement en Asie et en Afrique. 143 États ont voté pour la résolution.

 

Guerre en Ukraine. Résolution ONU.

 (Source : ONU)

 

Le vote relayant la position des gouvernants, il apparaît donc clairement que la plupart d’entre eux condamnent la guerre de conquête territoriale russe. Seuls Vladimir Poutine, Alexandre Loukachenko, Bachar al-Assad, Kim Jong-un et Daniel Ortega l’approuvent, mais ce sont tous des criminels notoires. Il n’est pas excessif de conclure qu’ils représentent le camp du mal.

 

Des gouvernants attentistes par intérêt

Les 35 pays abstentionnistes ont évidemment pris en considération leur intérêt. Leurs relations politiques et économiques avec la Russie expliquent leur vote. Mais là encore, ce sont les gouvernants de ces pays qui se sont prononcés et absolument pas la population. Dans certains de ces pays, par exemple la Chine, la liberté de l’information n’existe pas. La population ne dispose d’aucun élément pour se former une opinion. Dans d’autres, par exemple l’Inde, la pauvreté est telle que seules les couches supérieures et cultivées peuvent accéder à l’information.

A un moment donné de l’histoire, les dirigeants, quels qu’ils soient, sont toujours les bénéficiaires du statu quo. C’est l’évidence puisqu’ils appartiennent à la classe dirigeante. L’attentisme des gouvernants de certains ­États n’est donc pas une surprise. Défendent-ils ainsi leur pays et les hommes qui l’habitent ou leur position de gouvernants ? La réponse, particulièrement complexe, ne peut être donnée ici, mais la question mérite d’être posée.

 

La folie nationaliste de quelques dirigeants

Si l’on dépasse l’optique géopolitique, il convient donc de ne pas se limiter à la position des gouvernants des États-nations. A l’exception de quelques cas pathologiques, il est clair que l’écrasante majorité de la population mondiale est favorable à la paix et condamne la guerre comme moyen d’accroître sa puissance. La structure politique dominante du monde actuel, l’État-nation, est responsable de quasiment toutes les guerres. Les guerres civiles elles-mêmes ne font pas exception puisqu’il s’agit en général d’une révolte contre le pouvoir en place. Il en résulte qu’un tout petit nombre de dirigeants, vouant souvent un véritable culte à la nation, est responsable des guerres et de leurs atrocités.

D’une manière générale, le nationalisme est à la racine des conflits armés et il sombre parfois dans la démence. La guerre en Ukraine le démontre une nouvelle fois puisque seule la propagande officielle russe permet de maintenir la fiction d’une guerre de libération du peuple ukrainien. Il s’agissait au départ de « dénazifier » l’Ukraine et désormais de la « désataniser », l’influence occidentale ayant fait tomber le pays sous la domination de Satan.

A cet égard, il est impossible de ne pas remarquer la conversion médiatique de Vladimir Poutine à la religion orthodoxe. Il fait ostensiblement le signe de croix devant les caméras, en présence de Vladimir Mikhaïlovitch Goundiaïev, dit Cyrille, patriarche de Moscou et soutien déclaré à l’intervention militaire en Ukraine. Le fils d’ouvrier Poutine, fervent adepte du marxisme-léninisme, religion laïque, est devenu chrétien orthodoxe par opportunisme politique. Voilà un exemple contemporain particulièrement caricatural du lien historique de la religion et du pouvoir politique, avec instrumentalisation réciproque afin de conforter le pouvoir exercé sur les individus par quelques dirigeants et leurs serviteurs. La religion, opium du peuple selon Karl Marx, continue à jouer ce rôle dans les autocraties, qu’il s’agisse de la Russie ou des pays de culture islamique.

Le récit national allié à une idéologie ou une religion a tendance à devenir psychotique, comme on le voit avec « l’opération spéciale » en Ukraine ou comme on a pu l’observer auparavant avec le Troisième Reich allemand. Mais comment la population pourrait-elle en être consciente puisqu’elle est entièrement lobotomisée par la propagande. Seule la démocratie et sa panoplie de libertés permettent une résistance.

 

Le Dernier homme et le camp du bien

Tout individu libéré du culte de l’État-nation est nécessairement opposé à la guerre. La thèse que Francis Fukuyama développait dans La Fin de l'histoire et le Dernier Homme doit être prise en considération. L’horizon politique indépassable d’Homo sapiens est bel et bien aujourd’hui la démocratie libérale. Elle permet en effet de cantonner le nationalisme exacerbé à quelques partis politiques et de limiter considérablement le risque de guerre. La liberté d’expression interdit une dérive du narratif officiel vers la folie guerrière.

L’anti-occidentalisme asiatique ou africain constitue l’apanage exclusif des dirigeants des pays concernés car les populations regardent l’Occident comme un espoir de vie meilleure. Les migrations vers l’Europe ou l’Amérique du Nord le démontrent. Les manifestations de rue anti-occidentales, fréquentes en Afrique ou au Moyen Orient, ne sont qu’une instrumentalisation par les pouvoirs en place de réseaux implantés dans la population. L’islamisme radical lui-même n’est que le fruit d’une manipulation politico-religieuse au profit des gouvernants des pays de culture islamique. La classe dirigeante veut conserver ses privilèges, que l’occidentalisation ferait tomber immédiatement, en particulier le statut inférieur des femmes et la transmission héréditaire du pouvoir (Maroc, Arabie Saoudite et même Syrie). Attaquer indirectement l’Occident par le terrorisme afin de la déstabiliser est effectivement une stratégie habile.

Il existe donc un camp du bien (tout relatif), celui de la démocratie libérale et de tous les hommes de bonne volonté, et un camp du mal (plus ou moins affirmé), celui des autocrates et de leurs affidés, mais pas de la population qu’ils oppriment. Le Dernier homme n’aspire qu’à la liberté et à la paix. Voilà une forte raison d’espérer.

Publié sur Contrepoints Le 11/11/2022

 

Commentaires

  • Jacques Brasseul
    • 1. Jacques Brasseul Le 11/11/2022
    Merci pour votre article sur Contrepoints, un peu de bon sens sur ce site sujet parfois à une dérive poutiniste.
    Comment expliquez-vous tous ces commentaires ahurissants, antiaméricains, pro-Kremlin, anti-ukrainiens, pro-dictatures, ce sont des trolls des fermes russes ou quoi ?

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