Homo macronis et Homo mépenderthalis

15/04/2022

Patrick AULNAS

Au début du 21e siècle, dans un pays appelé France, les espèces Homo macronis et Homo mépenderthalis (plus couramment Mépenthertaliens) s’opposaient encore. Leurs différences apparaissaient surtout dans le domaine politique car chaque espèce avait une perception particulière du gouvernement des hommes. Les Mépenderthaliens ne savaient pas encore qu’ils allaient être marginalisés en quelques générations seulement, puis disparaitre. Il n’est pas inutile de rappeler à nos contemporains cette évolution ancienne car elle symbolise le destin des hommes.

 

Pragmatisme et dogmatisme

Homo macronis considérait avec pragmatisme la gouvernance des sociétés et l’évolution historique. Entendez par pragmatisme la prise en considération de la situation réelle, qu’il faut analyser minutieusement pour la faire évoluer souplement. Il n’était pas question, sauf parfois de façon imagée, de révolution. Homo macronis aimait la rationalité et savait utiliser avec efficacité les ressources, encore très modestes à cette époque, du traitement de l’information. Cette modération intelligente provenait chez Macronis de sa bonne adaptation à la société dans laquelle il vivait. Il envisageait le futur avec sérénité car il le voyait comme un ajustement progressif de l’existant, qu’il maîtrisait parfaitement.

La quiétude d’Homo macronis ne se retrouvait pas chez Homo mépenderthalis. Partagés entre le rêve du retour à un passé révolu et l’ambition de construire un futur fantasmé, les Mépendertaliens ne se sentaient pas en harmonie avec la société de leur époque. Le monde avait évolué trop vite et il n’avait pas évolué dans le bon sens. Voilà ce que ressentaient profondément les Mépenderthaliens.

Certains d’entre eux voulaient conquérir le pouvoir pour revenir à un ordre traditionnel comportant des règles morales précises et une maîtrise des évolutions par la contrainte juridique. Pour eux, la coercition étatique devait être au service de la tradition et de la stabilité. Bref, il fallait empêcher le monde d’aller librement de son pas.

D’autres construisaient des programmes pour le futur, considérés comme radicaux. Ils entendaient instaurer enfin la justice, la vraie justice sociale. Pour cela, il convenait de conquérir le pouvoir et d’imposer à tous par la violence légitime le programme en question. Puisqu’il représentait la vraie justice, il serait nécessairement accepté par la grande majorité de la population. Seuls quelques égarés le contesteraient. Le monde atteindrait enfin par la vertu du politique une phase de stabilité, un ordre juste et pérenne.

 

Le leader charismatique

Les Mépendertaliens avaient un besoin congénital de leader. Admirer un chef était pour eux essentiel. Se laisser guider par lui leur paraissait nécessaire. Le chef était capable de les faire rêver et de les motiver à nouveau à la moindre hésitation. Il était sécurisant. Cette caractéristique semble logique. Le charisme du leader est en effet essentiel si le projet à mettre en œuvre relève du paradis perdu à restaurer ou de l’éden futur à instaurer. Il est beaucoup moins utile s’il s’agit de faire évoluer pragmatiquement l’existant. Aussi, Homo macronis pouvait-il très bien se passer d’un chef charismatique. A vrai dire, pour certains macronis, le charisme représentait même un risque. Accepter de se laisser entraîner par les subterfuges psycho-émotionnels du charisme individuel n’était pas compatible avec une approche rationnelle du processus de décision.

 

Se libérer des jeux du pouvoir

Ce résumé succinct permet à nos contemporains de comprendre le fin mot de l’histoire. Les Mépendertaliens ne pouvaient que perdre à plus ou moins long terme. Le destin des hommes est fondé sur leur singularité : l’intelligence. Et l’intelligence est d’abord créativité et donc liberté. Vouloir régenter le monde pour le cantonner à la tradition ou pour instaurer à l’avenir une justice parfaite et intangible, voilà des projets en contradiction fondamentale avec l’essence même de l’humanité.

Homo macronis parvint donc à s’imposer de plus en plus au fil des générations. Le développement gigantesque de l’intelligence artificielle lui fut d’un grand secours. En effet, les projets d’Homo mépenderthalis parurent rapidement d’une sidérante naïveté lorsqu’ils furent confrontés à des analyses approfondies du réel, que l’esprit des hommes n’était pas capable de produire. Le leader charismatique, figure aujourd’hui archaïque, disparut peu à peu car ses manigances pour dominer un groupe parurent puériles face à la puissance de l’intelligence artificielle.

De nos jours, l’émergence de leaders est réservée aux groupes d’enfants. Mais il s’agit pour eux d’apprendre la défiance à l’égard du pouvoir des individus isolés. C’est ainsi, par l’éducation, que les hommes réussirent à se libérer de leur addiction aux jeux du pouvoir pour faire triompher la raison et la paix sur le monde. L’enfance de l’humanité était achevée.

(Publié sur Contrepoints le 15/04/2022)