Révolution épidémiologique et populisme médiatique

03/02/2021

Patrick AULNAS

Nous vivons probablement un moment historique dans le domaine épidémiologique. Pour la première fois, l’être humain dispose de moyens importants de lutte contre une pandémie. Il les met en œuvre avec tous les tâtonnements liés à l’inexpérience. Pourtant, dans les démocraties occidentales, la politisation du sujet entraîne une manipulation médiatique basée sur les réactions émotionnelles du grand public. Le contraste entre la révolution épidémiologique en cours et la médiocrité du débat politique sur le sujet interpelle.

 

Une efficacité scientifique jamais atteinte auparavant

La lutte en cours entre Homo sapiens et SARS-CoV-2 se terminera par la victoire d’Homo sapiens. C’est une certitude. Seul le délai et le nombre de victimes restent indéterminés. Cette certitude sur l’issue du combat résulte des deux types de moyens massifs mis en œuvre par l’humanité pour limiter la diffusion du virus : les médicaments et l’organisation sociale.

Les médicaments sont principalement de trois sortes : immunologiques, anti-inflammatoires et antiviraux. Dans la première catégorie figurent les vaccins ; dans la seconde les corticoïdes utilisés à l’hôpital pour entraver l’évolution vers les formes les plus graves de la maladie ; dans la troisième les molécules permettant de détruire les virus dans le corps humain.

C’est incontestablement dans le domaine vaccinal qu’un progrès décisif vient d’être réalisé avec les vaccins à ARN messager. Un message est envoyé à l’organisme-hôte afin de stimuler de façon ciblée le système immunitaire. Le virus cherchant à s’implanter est alors détruit. Ce type de vaccin repose sur des recherches commencées voici plusieurs décennies, mais c’est à l’occasion de la pandémie de COVID-19 qu’il a été mis au point pour la première fois. Il a fallu moins d’un an après le début de l’épidémie pour que le premier vaccin (Pfizer) soit disponible. Auparavant, il fallait des années pour parvenir à un vaccin efficace.

De nombreux autres vaccins, utilisant des technologies diverses, sont en phase de recherche ou d’essai. Nul doute que d’ici un an nous disposerons d’une batterie de vaccins. La pandémie pourra alors être rapidement jugulée à l’échelle planétaire.

 

Une lutte coordonnée contre la propagation du virus

La distanciation sociale et les mesures d’hygiène constituent le second aspect de la lutte contre la propagation du virus. Les gouvernements ont pris dans tous les pays touchés des mesures de restriction des libertés publiques pour favoriser la distanciation entre individus (couvre-feu, confinement, fermeture d’entreprises ou d’établissements éducatifs). Ces mesures ont prouvé leur efficacité puisque la diffusion du virus diminue nettement en période de confinement strict, comme on l’a vu dans plusieurs pays (Chine, France, Belgique, Allemagne, etc.). Les études épidémiologiques ont même montré qu’elle diminue également lorsqu’on allonge la période de couvre-feu, par exemple en faisant passer l’heure de début de 21 heures à 18 heures.

Nous avons donc également beaucoup appris dans ce domaine. L’action des gouvernements s’affine au fil des mois. Elle n’est pas dépourvue de fausses manœuvres puisque nous sommes en phase d’apprentissage. Le savoir-faire accumulé sera précieux pour les inéluctables prochaines pandémies. Mais voilà ! Il s’agit d’action gouvernementale et la politique ne peut donc pas être absente. Elle s’est invitée dans le débat par l’intermédiaire des médias dont le comportement a été dual.

 

Information et polémiques

D’une part, les médias ont cherché à informer sur l’évolution de la pandémie et les mesures mises en œuvre. De grands spécialistes (épidémiologistes, virologues, etc.) ont été invités pour nous éclairer. Des journalistes spécialisés dans le domaine de la santé ont rédigé d’excellents articles d’analyse et de synthèse. Mais évidemment, la popol (politique politicienne) de bas-étage a toujours eu ses polémistes. Quelle aubaine ! Une restriction des libertés publiques ! C’était inespéré.

En général, ils sont farouchement contre parce que cela permet de jouer la comédie à l’écran ou sur le papier. Contre quoi ? Difficile de le dire. L’argumentation est ténue. Ils simulent colère et incompréhension. Ils ne prétendent pas qu’ils auraient fait mieux, certes non. Mais enfin, voyons ! La démocratie suppose la critique du pouvoir politique et ils sont dans leur rôle en pestant et en faisant grise mine. Comme l’appréhension est générale dans la société face à une épidémie, nos polémistes jouent sur du velours.

Bref, il s’agit tout simplement d’une instrumentalisation de la crise à des fins politiques. Que les partis d’opposition et leurs leaders polémiquent à tout propos, cela ne surprend plus personne. Que certains sombrent dans le populisme pour capter des électeurs, nous y sommes habitués. Mais que la presse s’aligne sur la médiocrité politicienne pour vendre ou se vendre, voilà qui devient insupportable.

Je ne mets pas dans le même panier les politologues rigoureux, les spécialistes de sociologie politique (sondeurs) et les champions de la harangue médiatique. Ces derniers sombrent dans la facilité par démagogie. Ils utilisent le facteur émotionnel, toujours omniprésent en politique, pour rédiger des articles ou participer à des débats télévisés. Il est élémentaire de choisir un aspect particulier de l’action gouvernementale (pénurie de masques, lenteur des vaccinations, désespoir des restaurateurs, fermeture des universités, etc.) pour laisser entendre que tout va mal et que nous courons à la catastrophe. Médiocre désinformation.

Comme il a été dit ci-dessus, nous vivons un tournant historique dans l’efficacité de la lutte contre une épidémie. Mais qui en parle ? Certains intellectuels et certains journalistes s’honoreraient en abandonnant l’idée idiote que seuls les trains qui arrivent en retard intéressent le public. L’infantilisation de la population est davantage le fait de certains médias que des gouvernements.  Quel jeu puéril jouent-ils face à un danger qui touche l’humanité entière ?