Refus de l’euthanasie : la dictature d’une infime minorité

14/04/2021

Patrick AULNAS

Il est bien difficile de comprendre le comportement des opposants à l’euthanasie. Dans des pays de plus en plus nombreux, le droit de choisir le moment de sa mort est légal. La France, elle, piétine depuis des lustres sur le sujet. Les opposants à l’euthanasie focalisent le débat sur des détails afin de continuer à imposer à tous leur morale. En vérité, il s’agit d’un problème douloureux mais simple dans son principe : l’individu est-il libre de demander l’aide d’autrui pour mourir au moment où il le souhaite? Ou s’agit-il d’un domaine où la liberté individuelle n’a pas droit de cité ?

 

Des pays de plus en plus nombreux

De nombreux pays ont autorisé l’euthanasie active (administration par un tiers d’un produit létal). En voici une liste indicative avec l’année de la légalisation : Belgique (2002), Pays-Bas (2001), Canada (2016) Espagne (2020), Luxembourg (2009), Portugal (2021). L’euthanasie passive (arrêt de soins curateurs avec maintien des soins de confort, antidouleurs et autres) est légale dans beaucoup d’autres pays.

Le suicide assisté est autorisé dans les pays suivants : Suisse (1942), Pays-Bas (2001), Etats-Unis, Oregon (1998), Canada (2016), Italie (2019), Espagne (2020).

Les débats antédiluviens entre politiciens français ont déjà eu lieu à maintes reprises sur ce sujet. Ils ne présentent plus aucun intérêt. Le sens de l’Histoire est déjà tracé puisque le droit de mourir selon son choix individuel ne cesse de s’étendre.

 

Les français nettement favorables à l’euthanasie

Depuis des années, l’opinion publique française est largement favorable à une mort librement choisie. Ne prenons qu’un exemple récent. Selon un sondage IFOP de mars 2019, les français interrogés sur trois items se répartissent ainsi :

 

Les Français devraient avoir la possibilité de disposer d’un droit à l’euthanasie quelles que soient leurs conditions de santé

Le droit à l’euthanasie devrait être encadré et possible uniquement en cas de souffrance graves incurables

Il ne devrait pas y avoir de droit à l’euthanasie en France

36%

60%

4%

 

Seuls 4% des sondés sont opposés à l’euthanasie et cette proportion diminue de décennie en décennie. L’affaire semble entendue. Le principe démocratique devrait imposer une libéralisation dans ce domaine.

 

Des opposants très minoritaires mais actifs

Certes, mais la démocratie n’est pas vraiment acceptée par tous. Une nuée d’associations très actives veulent à tout prix imposer leur morale dans ce domaine. Les arguments sont nombreux, mais ne peuvent convaincre que les convaincus. Je renvoie à l’excellent article d’Eloïse Lenesley, paru dans Contrepoints, pour les arguments de fond, toujours très faibles et relevant du prétexte.

En vérité, il s’agit d’un problème philosophique. Les opposants à l’euthanasie adhèrent à une morale d’inspiration religieuse, même s’ils ne sont pas croyants. La vie et la mort relèvent pour eux d’un rapport à la divinité. Autrement dit, en simplifiant, la mort est un passage vers une vie éternelle et non une fin. Il n’appartient pas aux humains de décider de son moment, mais ils ont le devoir « d’accompagner » le mourant.

Cette position traditionnelle dure depuis que les monothéismes se sont imposés dans certaines sociétés humaines comme religions officielles. Les religions ont d’ailleurs toujours sacralisé le moment de la mort et interdit dans ce domaine tout acte de liberté. La question se déplace donc aujourd’hui vers la problématique du recul du religieux. Si les français se prononcent massivement en faveur de l’euthanasie, c’est évidemment parce qu’ils n’adhèrent plus, même s’ils sont croyants, à la morale archaïque des siècles passés. Ils ne voient pas du tout pourquoi il faudrait continuer à souffrir jusqu’au dernier instant parce qu’un dieu en a décidé ainsi.

Certains libéraux (?) prétendent qu’une telle réforme donnerait à l’État le droit de vie et de mort sur les personnes. Argument totalement absurde puisqu’il s’agit de lever une interdiction ancestrale d’origine religieuse et reprise par les pouvoirs politiques depuis des millénaires. C’est l’individu qui obtient un droit sur sa propre mort et c’est l’État qui est privé du pouvoir d’interdire.

 

Les minables petits subterfuges parlementaires

La proposition de loi du député Olivier Falorni, visant à autoriser l’euthanasie en France dans des conditions très strictes, a fait l’objet d’une obstruction parlementaire. Quatre mille amendements ont été déposés dans le but de rendre impossible l’examen du texte. La plupart de ces amendements viennent du groupe Les Républicains. Honte à ces députés qui méprisent la démocratie.

L’obstruction parlementaire par dépôt massif d’amendements est devenue la technique habituelle des petits politiciens médiocres qui prétendent nous gouverner, qu’ils soient de droite ou de gauche (réforme des retraites). Plutôt que de se plier à la loi de la majorité, ils se déshonorent en l’entravant. Et du même coup leur image dans l’opinion ne cesse de se dégrader. Ils anéantissent ainsi la démocratie qu’ils prétendent servir.

 

Le sens de l’Histoire

Pourquoi s’opposer à la liberté ? Voilà bien la question centrale. Dans le domaine de l’euthanasie ou du suicide assisté, il s’agit simplement d’accorder une liberté nouvelle à l’individu. Mais la liberté a toujours terrorisé les conservateurs. Au 18e siècle,  ils voulaient conserver la monarchie de droit divin contre la souveraineté populaire. Au 19e siècle, ils s’opposaient à la liberté de la presse, sauf l’un d’entre eux, pourtant légitimiste, mais immense écrivain : Chateaubriand. Au 20e siècle, ils se sont opposés à la contraception, à l’IVG, au mariage homosexuel et désormais au droit à l’euthanasie.

Il faut vraiment ne rien comprendre au sens de l’Histoire pour refuser une liberté que tout un peuple réclame.