Pourquoi Zemmour ?

05/10/2021

Patrick AULNAS

Éric Zemmour n’est pas encore candidat à la présidence de la République mais il recueille entre 10 et 15% des intentions de vote. Il mord principalement sur les électorats de l’extrême droite (Marine Le Pen) et de la droite (divers candidats LR). Le centre de gravité de son discours politique porte sur l’immigration. Voilà la principale raison de son envolée dans l’opinion. Au lieu de préconiser la bien-pensance, il n’hésite pas à enfreindre les tabous, en particulier au sujet de l’immigration musulmane. Inutile de préciser que les solutions proposées sont plutôt sommaires et inapplicables. Mais l’analyse historique est, elle, proche de la réalité ; en tout cas, dépourvue des honteux mensonges du politiquement correct.

 

L’exaspération des français

L’exaspération croissante des français face à l’immigration incontrôlée semble avoir échappé à la sphère politico-médiatique. Qu’il s’agisse de radio, de télévision ou de presse écrite, la dominante reste la leçon de morale pro-immigration. Cette leçon n’est pas explicite, mais sous-jacente au discours. Il semble entendu que l’immigration permet de découvrir « l’autre », de secourir des malheureux, de ne pas « trahir nos valeurs ». Un tel positionnement est totalement contreproductif. Ceux qui monopolisent le verbe dans les médias n’ont aucune idée de la révolte sourde qu’a provoquée cette catéchèse dans la France profonde car ils ne la fréquentent pas. Devenue insupportable, la révolte s’exprime et se traduit politiquement.

Les journalistes ou les politiciens évoquant avec la main sur le cœur les noyades de migrants en Méditerranée ou les horreurs des guerres au Moyen Orient jouent un rôle politique terriblement négatif. Sans doute s’imaginent-ils informer correctement. Mais ils sont en réalité considérés comme des comédiens sans talent, des fantoches répercutant une position officielle. Peu importe qu’ils soient sincères ou non. Ils projettent une image de récitant d’une tirade mille fois entendue, constamment assénée en vue d’endoctriner la population. Le discours dominant sur l’immigration est désormais perçu comme une propagande officielle émanant de journalistes soumis au pouvoir politique.

La grande majorité des français ne se considère pas comme responsable de la misère du monde. Elle perçoit les horreurs de la guerre, les extrémismes religieux violents, les migrations liées à la pauvreté comme une réalité de toujours à laquelle elle ne peut rien changer. Il s’agit pour les français de problèmes de long terme historique. A quoi bon dégrader notre situation présente par bonté d’âme, mais sans aucun effet positif sur le sort des moins favorisés de l’espèce humaine ? Voilà ce que pense l’écrasante majorité de nos concitoyens depuis des décennies. Dans ce contexte, il est évident que la moraline de la classe dirigeante a l’effet exactement inverse de celui qui est recherché. On ne peut s’étonner qu’Éric Zemmour rencontre l’adhésion lorsqu’il produit un discours en adéquation avec la sensibilité majoritaire.

Il faut, bien au contraire, se scandaliser de l’aveuglement de la sphère politico-médiatique. C’est une faute majeure contre la démocratie de prétendre savoir mieux que le peuple ce qui lui convient. Cette arrogance devient un jour intolérable et ceux qui font semblant de ne rien entendre apparaissent au mieux comme des imbéciles, au pire comme d’épouvantables cyniques cherchant à tout prix à imposer leur point de vue par la mystification.

 

La gauche moralisatrice

Ce décalage abyssal entre les professionnels de la bonne parole et le peuple de France résulte en effet de cinquante ans de mensonges sur l’immigration. Pour qui a vécu cette période à l’âge adulte, les souvenirs affluent. Le terrorisme intellectuel de gauche laissait la droite sans voix, même lorsqu’elle prônait des solutions réalistes. Par exemple, à la fin du 20e siècle, la droite opposait l’immigration choisie à l’immigration subie. Il est évident qu’il convient de choisir ceux que l’on accueille et de renvoyer, manu militari s’il le faut, les autres. Mais la droite n’a jamais convaincu personne sur ce point, tout simplement parce qu’elle se laissait enrober par la propagande moralisatrice de gauche. Être favorable à l’immigration choisie impliquait d’utiliser la manière forte et de ne pas se laisser impressionner par telle ou telle prétendue obligation conventionnelle internationale (conventions de Genève et convention européenne de droits de l’homme), le droit d’asile étant souvent un simple prétexte. Les réalistes étaient traités de fascistes par la gauche bien-pensante et ils n’osaient plus défendre leur point de vue.

Les français observaient avec sidération la régularisation juridique massive d’étrangers ayant gravement enfreint nos lois en pénétrant illégalement sur notre territoire. Au Café du Commerce, la réaction des clients était simple : « Si je fais un excès de vitesse de 10 km/heure, je suis sanctionné, mais l’arabe qui viole nos frontières est récompensé. Voilà la justice en France. » Et comment leur donner tort ? Le droit d’un pays s’applique à tous avec la même rigueur, étrangers compris bien évidemment, ou alors il devient méprisable. Il ne peut y avoir d’opportunisme politique dans ce domaine car il conduit à annihiler tout respect pour les dirigeants, les institutions et les normes juridiques. Nous en sommes là. L’une des causes majeures du populisme réside dans le cynisme des dirigeants en matière d’immigration depuis des décennies.

 

Mensonges et cynisme des dirigeants depuis un demi-siècle

La politique migratoire a donc consisté à mentir effrontément sur les objectifs poursuivis. L’accent mis sur l’humanitarisme migratoire, présenté comme un devoir impératif, masquait une réalité à la fois démographique et économique. La natalité en occident ne permettant plus d’assurer le renouvellement de la population, l’immigration était la seule solution au vieillissement et au déclin. Les coûts salariaux ayant explosé par suite de l’interventionnisme étatique, il était nécessaire dans certains secteurs (agriculture, bâtiment et travaux publics, hôtellerie-restauration, nettoyage, etc.) d’employer une main-d’œuvre moins exigeante et parfois même de façon clandestine pour éluder les lourdes obligations sociales peu à peu mises en place.

Soyons encore plus clair. Le moralisme de gauche était une pure hypocrisie. La gauche s’est cachée derrière un discours humanitaire tout en connaissant parfaitement la réalité démographique et économique. Quand elle régularisait en masse les immigrés clandestins à la fin du 20e siècle, ce n’était pas par bonté d’âme mais pour augmenter le taux de natalité et pourvoir en emplois des secteurs entiers de l’économie. Autre avantage et non des moindres : les clandestins régularisés étaient rapidement naturalisés et représentaient un potentiel électoral non négligeable pour la gauche.

Quant à la droite, elle promettait un peu et n’osait rien. Mensonges encore.

 

Le choc des civilisations importé en France

C’est tout cela qui a fermenté et qui amène aujourd’hui le succès d’Éric Zemmour. Mensonges, hypocrisie, moralisme de bas étage ne sont plus supportés. Le plus surprenant, c’est la patience des français : presque un demi-siècle de propagande depuis les premières mesures de rapprochement familial dans les années 1970. Il aura fallu une légèreté peu commune de toute la classe politique pour aboutir aujourd’hui à un rejet de l’immigration principalement musulmane. Avant même que Samuel Huntington ne le conceptualise, le choc des civilisations était pourtant bien perceptible de tous ceux qui dirigeaient les États-nations. Il était bien évident que l’arrivée de millions de musulmans dans une société de vieille tradition chrétienne allait poser des problèmes insurmontables. Il fallait choisir : limiter drastiquement l’arrivée des musulmans et se tourner vers d’autres réservoirs de main-d’œuvre en provenance d’Asie ou d’Amérique latine. Le melting pot aurait permis une meilleure intégration que le face à face musulmans-chrétiens qui, depuis 1300 ans, n’a produit que des conflits mais fort peu de coopération.

 

Pas de solution Zemmour

L’analyse historique peut susciter des controverses. Mais le diagnostic de Zemmour est sans doute plus proche de la réalité que la bien-pensance officielle dont on nous accable depuis des lustres. Cela ne signifie pas qu’il faille voter pour lui. Il n’a aucune expérience politique, n’a jamais géré une grande structure, fut-ce une entreprise. Entre un écrivain intelligent et talentueux et un dirigeant politique, il y a un gouffre qui ne peut être comblé par une campagne électorale.

Emmanuel Macron n’avait qu’une expérience politique récente lorsqu’il a été élu. Mais il avait été inspecteur de finances, secrétaire général adjoint à l'Élysée, ministre de l’Économie et avait occupé un poste important dans le groupe Rothschild. Tous les présidents de la République depuis 1958 disposaient d’une expérience importante de la direction des grandes structures, le moins expérimenté étant François Hollande qui n’avait jamais occupé de fonctions gouvernementales.

Il serait totalement irresponsable de faire d’Éric Zemmour notre prochain président. Mais espérons que cet épisode servira de leçon à toute la classe dirigeante et en particulier aux leaders de droite. Ne lui demandons pas de faire son autocritique publique comme les communistes d’antan. Mais exigeons d’elle un acte de contrition se manifestant par une nouvelle ligne politique. Ce sera sa dernière chance.

Commentaires

  • PHD52
    • 1. PHD52 Le 09/11/2021
    Excellent papier. Zemmour ne doit évidemment pas être Président, mais les "partis de gouvernement" (y compris LREM qui a recyclé beaucoup de ces partis) doivent admettre la réalité, admettre qu'ils se sont trompés (et nous ont trompé) depuis 50 ans, et mettre en oeuvre une vraie politique sur ces sujets.