Covid et politique politicienne : toujours plus bas

17/07/2021

Patrick AULNAS

La pandémie est loin d’être achevée si l’on en juge par le nombre de mutations du virus ayant des incidences majeures sur sa transmission et par le nombre dérisoire de vaccinations dans les pays pauvres (quelques pourcents de la population totale). Mais la politique politicienne ne peut attendre. Elle a son calendrier que les malades et les morts ne doivent pas bouleverser. Comme à leur habitude, lorsqu’ils ne sont pas au pouvoir, les politiciens pensent donc principalement à affaiblir ceux qui y sont. En période normale, on peut leur pardonner cette faiblesse. En pleine pandémie, non. Le spectacle politique est aujourd’hui particulièrement sordide.

 

Défendre les libertés ?

En France, ce sont les extrêmes qui crient le plus fort et appellent à manifester. Leurs appels n’ont qu’un écho affaibli, nos concitoyens n’ayant pas l’esprit aux manifestations de rue. Mais il est intéressant de relever certains propos pour prendre conscience de la bêtise, réelle ou simulée, de certains politiciens. La palme revient sans doute à Mathilde Panot, députée LFI (La France Insoumise) du Val-de-Marne, qui déclare à l’Assemblée nationale le 13 juillet 2021 en s’adressant à Emmanuel Macron :

« Vous parlez aux Français comme vous parlez à des enfants. Cet été, Jacques a dit : pas de vaccin, pas de train. Jacques a dit : pas de vaccin, pas de café. En quoi briser nos libertés aide à lutter contre l'épidémie ? »

Discours lu et non improvisé, auquel cas on aurait pu faire preuve de mansuétude. La défense des libertés publiques par un parti qui promet nationalisations, protectionnisme et fiscalité confiscatoire laisse songeur.

Le RN (Rassemblement National) et quelques petits mouvements dits souverainistes (dirigés par Dupont-Aignan, Philippot, Asselineau), sont exactement sur la même ligne en prétendant défendre les libertés. Certains membres de la droite de gouvernement s’inquiètent également  pour les libertés publiques. Le député européen François-Xavier Bellamy, dans un article publié dans Le Figaro, considère qu’avec le passe sanitaire « l’accès à un espace public sera différencié selon nos données de santé […] C’est bien tout notre modèle de société qui est aujourd’hui menacé. »

Cette prise de position paradoxale doit peu à la réflexion sur les libertés publiques et beaucoup à la prochaine échéance présidentielle. La droite de gouvernement est en effet favorable à la vaccination obligatoire. Le passe sanitaire n’étant qu’une étape pour y parvenir, il s’agit donc de s’opposer à tout prix à la politique gouvernementale. Ne faudrait-il pas attendre la fin de la pandémie pour tirer des conclusions aussi définitives sur l’évolution de « notre modèle de société » ?

 

Le vaccin comme instrument politique !

Il est en effet plus que probable qu’après cette pandémie, le statu quo ante sera restauré dans les démocraties en matière de libertés publiques. Il faudrait que notre planète soit plongée dans une nouvelle ère sanitaire pour qu’il en aille autrement. Mais nous n’en sommes pas à ce stade et, sauf mutations virales totalement inattendues, la pandémie devrait être vaincue en quelques années avec une vaccination massive de toute l’espèce humaine. C’est ainsi que la variole a été éradiquée.

Les leaders politiques, englués dans la politique politicienne, ne sont plus capables de s’en libérer lorsque la situation l’exige. L’instrumentalisation de l’épidémie de coronavirus à des fins électoralistes est particulièrement odieuse mais s’explique très bien si on consent à descendre dans les raisonnements politiciens. Franchissons le pas, descendons.

Les leaders populistes cherchent à capter un électorat populaire mal informé en utilisant la peur et les préjugés plus ou moins complotistes. Bellamy s’adresse à l’intelligentsia en proposant une pseudo-réflexion sur les libertés publiques. Mais dans les deux cas, l’opposition à Emmanuel Macron détermine la prise de position. La vaccination contre la covid-19 est au centre des préoccupations de ces gens-là, pas du tout pour des raisons sanitaires, mais pour des raisons purement politiques. Anti-vaccins, attentistes, hésitants, ex-gilets jaunes et tutti quanti représentent un certain potentiel électoral. Globalement ce sont des opposants à Emmanuel Macron, que parfois même ils haïssent de manière quasiment pathologique. Le message subliminal est le suivant : se vacciner, c’est faire un cadeau politique à Emmanuel Macron, voire même soutenir les grands groupes pharmaceutiques (Big Pharma). Le vaccin Macron, pas question !

Les petits soldats de la révolution intersectionnelle (LFI) nationaliste (RN) ou de la droite en perdition (LR), sont ainsi manipulés sans vraiment en avoir conscience. Pour les esprits les plus simplistes, ne pas se vacciner et crier à la dictature, c’est s’opposer à Macron. Triste spectacle ! Misérable politique politicienne ! Il sera probablement indispensable d’en venir à la vaccination obligatoire pour tous pour vaincre cette épidémie. Qu’allons-nous encore entendre de la part des Mélenchon, Le Pen et consorts ?