Anti-vaccins : croire ou raisonner ?

06/07/2021

Patrick AULNAS

La pandémie de coronavirus met en évidence la persistance de l’irrationalité dans certaines couches de la population. On sait que la politique est très accueillante à cet égard, mais la science elle-même n’y échappe pas. La méfiance à l’égard des dirigeants et des « sachants » peut rapidement virer au complotisme. La communication en silo sur les réseaux sociaux favorise beaucoup le phénomène, chacun confortant ses préjugés au contact de ceux des autres. La vaccination, immense découverte de la fin du 18e siècle avec la vaccine d’Edward Jenner (1749-1823), subit ainsi les assauts des fameuses fake news.

Des élites discréditées

Les opposants aux vaccins contre la COVID-19 ne disposent en réalité que d’arguments bien faibles. Les jeunes actifs sont plus réticents que les retraités car ils se sentent peu concernés par la maladie et surtout par ses formes graves. Erreur majeure de raisonnement puisque le vaccin limite puissamment la circulation virale et par conséquent les mutations du virus. Sans vaccination d’une très large partie de la population, le risque futur ne cessera de croître.

La méfiance à l’égard des autorités sanitaires joue également un rôle. Les gouvernants ont perdu la confiance des gouvernés par suite de multiples faux-pas depuis des décennies : financement irrégulier des campagnes électorales, attitude de certains hommes à l’égard des femmes, scandales sanitaires (sang contaminé, médiator, par exemple), promesses électorales mensongères, etc. Les déclarations péremptoires de certains dirigeants concernant l’inutilité des masques au début de l’année 2020 n’ont fait que renforcer leur discrédit.

Certains scientifiques ont eux-mêmes fait preuve d’une sidérante légèreté, en particulier le professeur Didier Raoult qui a longtemps soutenu l’efficacité de hydroxichloroquine contre la COVID-19. Ses propos ont été démentis par les faits. Il en résulte une perte de confiance dans la parole scientifique d’une partie de la population.

Rationalité ou croyance ?

La raison conduit à être un farouche partisan de la vaccination. Si la quasi-unanimité des scientifiques spécialisés (épidémiologistes, virologues, etc.) est favorable à la vaccination, celle-ci est nécessairement la meilleure solution dont nous disposons aujourd’hui. Il faudrait être capable de remettre en cause les connaissances médicales actuelles pour penser le contraire, c’est-à-dire être soi-même un scientifique de haut niveau.

Ce raisonnement élémentaire vaut toujours lorsqu’un quasi-consensus existe entre spécialistes d’un domaine. Le non-spécialiste ne dispose pas de la formation lui permettant d’argumenter. Il en résulte que l’opposition au vaccin provient de croyances irrationnelles instillées par quelques charlatans à la psychologie problématique.

Pourquoi croire plutôt que raisonner ? La défiance envers tous les pouvoirs, évoquée ci-dessus, ne constitue pas une explication suffisante. En vérité, penser correctement dans un monde où l’information est surabondante suppose une formation intellectuelle. Voilà ce qui manque à la plupart des opposants à la vaccination. 

Une étude récente de medRxiv portait sur un échantillon de 86 000 français. Il apparaît que les catégories socio-professionnelles les plus modestes sont surreprésentées parmi les anti-vaccins :
« Nous avons également constaté que les personnes situées au bas de la hiérarchie sociale, en termes de niveau d’éducation, de ressources financières et de statut d’immigration, étaient plus susceptibles de refuser le vaccin contre le Covid-19 ».

D’autres observations vont dans le même sens. Ainsi, la moitié des employés des Ehpad ne sont pas vaccinés. Dans les hôpitaux, le nombre de non vaccinés augmente de façon inversement proportionnelle au niveau de qualification. Les médecins se vaccinent, les infirmières et infirmiers un peu moins et les aides-soignants encore moins.  Le journal Le Monde donnait récemment les chiffres suivants : 91% des médecins ont reçu au moins une dose de vaccin contre 54% du personnel infirmier et aide-soignant.

Une escroquerie politique de plus

Politiquement, ce sont les extrêmes qui s’opposent le plus à la vaccination. Les électeurs de LFI et du RN sont moins favorables à la vaccination que ceux de Macron. Ils s’imaginent d’ailleurs contrecarrer ainsi les ambitions commerciales de Big Pharma. On retrouve ici le clivage entre populisme et élitisme, nationalisme et mondialisme, somewhere et anywhere. Peu importe le critère exact, une fracture sociale à géométrie variable s’est installée. Ceux qui se sentent délaissés économiquement, socialement ou culturellement ont désormais tendance à se réfugier dans une contestation non argumentée mais constituée de croyances irrationnelles leur offrant une sorte d’asile sécurisant.

Il s’agit bien entendu d’une escroquerie politique, une de plus. Mais qu’elle s’applique même à la protection de la santé permet de faire apparaître le degré de désarroi de certains de nos concitoyens. Le jour arrivera-t-il où le niveau culturel sera suffisant pour mettre en déroute les bateleurs de foire manipulant les plus fragiles ?