Pandémie, responsabilité individuelle et collective

13/11/2020

Patrick AULNAS

Il est de bon ton dans les médias de mettre en cause le gouvernement français à propos de l’épidémie de coronavirus. Le mot crise est constamment prononcé. A tort et à travers, bien sûr, tout comme lorsqu’il s’agit d’économie. A écouter de nombreux commentateurs, nous serions en crise économique depuis 1974, fin des fameuses Trente Glorieuses. Le conformisme aidant, chaque journaliste s’inspirant des autres, nous avons déjà basculé d’une pandémie à une « crise » sanitaire. Ce vocabulaire choisi permet de politiser le sujet et de déblatérer sur les chaînes d’information.
Il est impossible de nier qu’une responsabilité collective, politique donc, existe dans ce domaine. Mais la responsabilité individuelle ne disparaît pas pour autant.

 

L’hôpital public a fait face

Lorsque les dépenses publiques de santé s’élèvent à 11,3% du PIB, soit 208 milliards d’€ en 2019, il est logique de se poser la question de l’efficacité de l’action publique en période épidémique. Aurait-on pu être plus efficace ? La prévention a-t-elle été défaillante ? Toutes ces questions sont pertinentes et seront certainement traitées par les spécialistes du sujet dans les années à venir. Mais avec sérieux.

En présence d’une urgence sanitaire, liée à un nouveau virus n’ayant jamais atteint l’espèce humaine, de nombreux gouvernements ont navigué à l’estime. Il est difficile de le leur reprocher tant l’incertitude était grande. La principale préoccupation du gouvernement français, comme de la plupart des gouvernements européens, a été d’éviter la saturation des services hospitaliers de réanimation. Que n’aurait-on pas entendu en effet si des files d’attente de mourants atteints de la COVID-19 s’étaient produites devant les hôpitaux, comme cela a été le cas au Brésil ou au Pérou ?

Le système hospitalier a fait face, avec difficulté, par l’abnégation des soignants, qui n’ont pas compté leurs heures et affronté un risque grave de contagion en présence des malades les plus sévèrement atteints. Mais l’hôpital a fait face. Le service public a donc été remarquablement efficace, eu égard aux moyens dont il disposait.

Cette constatation ne satisfait évidemment pas les amateurs de controverse politique. Il est possible de politiser n’importe quel sujet. Les oppositions ne s’en privent pas, ce qui est normal lorsque la critique est mesurée. Mais elles perdent toute crédibilité lorsqu’elles instrumentalisent une épidémie pour en tirer des bénéfices électoraux. La petitesse morale des politiciens n’est plus à démontrer, mais elle peut aussi leur nuire.

 

Légèreté blâmable et contamination virale

Le sujet tabou est la responsabilité individuelle. Il est courant d’entendre les commentateurs affirmer que «  le gouvernement a raté le déconfinement du printemps 2020 ». Pourquoi ? Parce que, nous disent les grands penseurs, il a cru que la pandémie régressait, n’a pas songé à une deuxième vague. Les gouvernants ont donc voulu relancer la machine économique trop tôt et redonner espoir aux français au lieu de les avertir d’un risque futur. Certes, mais était-il vraiment possible d’interdire les départs en vacances, les petites fiestas sur la côte, de fermer les campings et les hôtels ? Politiquement, c’était tout à fait inenvisageable en démocratie.

Il reste alors la responsabilité individuelle. Toute la population ne s’est pas comportée de façon irresponsable. De nombreuses personnes sont restées prudentes en ne partant pas en vacances ou en modifiant leur destination. Un petit village de montagne à la place d’une station balnéaire surpeuplée, cela change tout et coûte moins cher. Une location au lieu d’un hôtel ou d’un camping bondé, cela change tout. Manger systématiquement chez soi et jamais au restaurant, lieu de contamination par excellence, cela change tout et coûte beaucoup moins cher. Ne pas mettre les pieds dans une boite de nuit, mais se promener au clair de lune dans la campagne, cela change tout et ne coûte rien.

Certains vont alors prétendre qu’il faut bien « vivre ». Sans la grande orgie consumériste estivale, à quoi bon vivre, nous disent-ils ? Et bien vivez et contaminez-vous mais ne venez pas reprocher au gouvernement les conséquences de votre irresponsabilité !

Les polémiques médiatiques de l’automne sur l’ouverture des petits commerces, bars et restaurants relèvent du même raisonnement. La responsabilité individuelle devrait conduire spontanément à fuir au maximum les espaces clos ouverts au public car la distanciation sociale est difficile à respecter dans ces lieux. Comme le montrent certaines études épidémiologiques, bars, restaurants, boites de nuit sont les endroits les plus risqués car le temps de présence y est élevé. Ne parlons pas des salles de spectacles où s’entassent des centaines de personnes.

Études épidémiologiques ou pas, tout cela relève à vrai dire du bon sens le plus élémentaire. Un virus se transmettant d’individu à individu, il suffit de rencontrer le moins de monde possible pour limiter le risque. La responsabilité individuelle est donc essentielle dans ce domaine, mais l’ambiance générale de consommation à outrance interdit d’aborder le sujet. La surproduction de biens et services d’une faible utilité fragilisant fortement les économies des pays riches, il ne faut surtout pas conseiller aux consommateurs d’éviter de nombreux achats dont ils pourraient parfaitement se passer.

 

Beaucoup de citoyens dignes et responsables

Le bruit médiatique, axé sur la polémique constante, semble avoir fait disparaître les citoyens responsables. Il n’en est rien, mais ils font partie de la majorité silencieuse. Ils n’intéressent pas du tout les médias puisqu’il ne leur arrive rien. Ces gens-là sont cependant les plus intéressants. Ils ne hurlent pas à la torture pour un simple petit confinement. Dans les familles, la prudence est de mise ; les enfants et petits-enfants ne voient plus leurs grands-parents, trop fragiles face au virus. Ils ne prétendent pas que tout cela est « vraiment très dur ». Ils ont conscience que leur vie reste confortable par rapport à celle des populations pauvres de la planète. Ils savent que ce qu’ils vivent en Europe n’est rien par rapport aux horreurs de la seconde guerre mondiale ou aux massacres et aux destructions du Proche-Orient.
Bref, il existe encore des citoyens conscients des réalités et dignes. Il est impossible de les infantiliser avec de pseudo-débats largement artificiels.