Le trafic aérien, pourvoyeur de pandémie

06/04/2020

Patrick AULNAS

Plusieurs études ont cherché à montrer depuis une vingtaine d’années l’impact du trafic aérien sur la propagation des épidémies. L’épidémie actuelle de COVID-19 s’est diffusée avec une rapidité inédite et certains chercheurs commencent à établir une relation avec l’excès de déplacements aériens. Il ne fait aucun doute que le tourisme de masse et les voyages professionnels sont des vecteurs de l’épidémie. Saura-t-on remettre en cause à l’avenir les projections délirantes de croissance du trafic aérien des organisations internationales spécialisées ?

 

Les riches sont responsables de la pandémie

En toute chose, il faut savoir raison garder. Et l’humanité n’a absolument pas respecté ce principe pour le trafic aérien de passagers. Le graphique suivant, fourni par la Banque mondiale, montre bien l’augmentation excessive du nombre de passagers transportés depuis un demi-siècle.

 

Transport aérien, nombre de voyageurs transportés

(Les passagers aériens transportés comprennent les passagers des vols intérieurs et internationaux des transporteurs aériens autorisés dans le pays.)

Trafic aérien mondial

 

 

Le nombre de voyageurs transportés était de 0,31 milliards en 1970. Il est passé à 4,2 milliards en 2018, soit une multiplication par 14. Le concept de voyageur transporté s’applique à un trajet unique. Ainsi un aller-retour par une même personne correspond à deux voyageurs transportés. Deux allers-retours à quatre voyageurs, etc. Les plus riches voyageant de nombreuses fois chaque année, on imagine aisément la concentration du trafic aérien en faveur des plus favorisés. Ainsi, en France, les ouvriers représentent 2% des passagers aériens et les cadres supérieurs 27%.

L’analyse économique de la Banque mondiale montre que ce sont les pays développés qui contribuent le plus à ce trafic. Ainsi, les pays membres de l’OCDE ont transporté 2,3 milliards de voyageurs en 2018, soit 55% du total. Mais la population cumulée de ces pays n’est que de 1,3 milliard de personnes, soit 17% de la population mondiale (7,5 milliards).

L’analyse par niveau de revenu des voyageurs transportés indique, sans surprise, que les revenus élevés (2,44 milliards de voyages) et intermédiaires (1,64 milliards de voyages) dominent largement. Ces deux catégories représentent environ 4 milliards de voyages, soit 97% du total mondial.

Tout le monde le sait, mais encore faut-il le redire : ce sont les humains les plus riches qui ont permis, avec une inconscience à peu près totale, la propagation ultra-rapide du SARS-CoV-2 sur toute la planète en 2019-2020.

 

Les balades en avion des riches de la planète Terre

L’épidémie chinoise est devenue pandémie mondiale en raison du tourisme de masse et des voyages professionnels plus ou moins utiles dont sont friands les cadres et dirigeants. Ils ont de toute évidence continué à voyager vers et à partir de la Chine après que le monde entier ait eu connaissance du début de l’épidémie en janvier 2020. Leur responsabilité individuelle ne peut être éludée.

Mais celle des organisations internationales et des gouvernements non plus. L’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) a contribué à un report des mesures d’interruption du trafic aérien. C’est seulement le 9 mars 2020 que, par un communiqué, elle affirme « la nécessité urgente de réduire les risques que constitue la propagation de la COVID-19 par le transport aérien ». C’est évidemment beaucoup trop tard. La pandémie était déjà là.

Quant à l’IATA (International Air Transport Association), lobby du transport aérien, elle a évidemment pesé de tout son poids pour maintenir le trafic le plus longtemps possible.

Les gouvernements, assaillis par des pressions multiples, ont craint par-dessus tout la récession et ont temporisé.

 

Un avenir dantesque ?

Il faut espérer que les prévisions d’évolution du trafic aérien pour les décennies futures seront profondément remises en cause à la suite de la pandémie de COVID-19. Ainsi, l’IATA prévoyait en 2017 trois scénarios pour les 20 années suivantes. Dans le scénario pessimiste, le nombre de voyageurs transportés passerait à 5,7 milliards en 2037, contre 3,9 en 2017. Dans le scénario le plus optimiste, il monterait à 10,3 milliards. En moyenne, l’IATA table sur 8,2 milliards de passagers transportés en 2037.

Il n’est pas interdit d’avoir une vision inverse de l’optimisme et du pessimisme. Le tourisme de masse rendant déjà les lieux les plus recherchés absolument infréquentables, on peut se demander quel monde cherche à construire cette organisation internationale.

Les politiciens ont une responsabilité écrasante dans la situation actuelle. Le financement public des aéroports, les subventions régionales aux compagnies low-cost, l’exonération fiscale du kérosène ne sont que des exemples de la connivence entre le capitalisme du transport aérien et les pouvoirs politiques.

Les balades en avion des privilégiés (comprenant les classes moyennes supérieures) ne peuvent conduire qu’à un avenir dantesque. Souhaitons que la crise sanitaire de 2019-2020 amène une réflexion individuelle des riches sur l’intérêt de leurs petits sauts de puce sur la planète Terre. Souhaitons aussi une nouvelle approche politique de la question.

 

Commentaires (1)

veyrat
  • 1. veyrat | 04/05/2020
il est certain que le tourisme de masse ,ses moyens de transports (avions etc) et ses lieux de divertissement (bars ,boites de nuit ,hotels ,restaurants etc) favorise grandement la pandemie ,donc il faut si on ne veut pas voir des millions nouveaux cas et des millions de morts ,limiter le tourisme ,interdire les transports aeriens a but touristiques et surtout interdire les lieux a forte concentration comme les bars et restaurants fermés et les boites de nuit et avant boite

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