La France, pays libre ?

05/07/2020

Patrick AULNAS

Comment se positionne la France dans le domaine des libertés ? Le Human Freedom Index (Indice de la liberté humaine) publié par le Cato Institute (édition 2019) permet de répondre à la question. Cet indice pondéré est basé sur deux ensembles de données concernant 162 pays :

  • L’ensemble concernant la liberté individuelle : indépendance de la justice, sécurité et sûreté, liberté de d’aller et venir, liberté religieuse, liberté d’association, d’expression, liberté sociétale (divorce, homosexualité, etc.)
  • L’ensemble concernant la liberté économique : taille du secteur public, sécurité juridique et droit de propriété, stabilité de la monnaie, liberté du commerce, régulation des marchés (crédit, travail, capitaux)

La France, classée 33e sur 162 se place incontestablement dans les pays libres. Son score de 8,02 sur 10 la situe dans le premier quartile, celui de la liberté, très au-dessus du dernier (la Syrie : 3,79), mais sensiblement au-dessous du premier (la Nouvelle-Zélande : 8,88)

Quels sont les facteurs qui empêchent la France d’être un champion de la liberté ? Le tableau suivant, extrait du rapport du Cato Institute, fournit des éléments d’appréciation.

 

Human Freedom Index (France)

 

La mauvaise élève de l’Occident pour les libertés économiques

Le déclin économique relatif de la France (4e PIB mondial en 1970, 7e aujourd’hui) est corroboré par son problème avec les libertés économiques. Elle est classée 50e dans ce domaine avec un score de 7,35. Elle n’obtient un bon score que pour la stabilité de la monnaie, qui ne dépend pas du gouvernement français mais de la Banque centrale européenne. C’est évidemment la taille du secteur public (dépenses publiques : 56% du PIB) qui pénalise le plus le pays avec un score de 4,8 sur 10. Pas de surprise, chacun pouvait s’y attendre.

Dans le classement de l’OCDE, la France apparaît d’ailleurs comme la championne du monde des dépenses publiques. Cela a un sens précis : les décisions économiques émanent davantage du secteur public (État, collectivités locales, établissements publics, etc.) que des personnes physiques ou morales de droit privé (sociétés, associations, entrepreneurs individuels, professions libérales, etc.). La place dominante accordée au politique réduit la liberté économique et pèse sur le dynamisme.

 

Mieux pour la liberté individuelle

Dans le domaine des libertés politiques, la France se classe 29e avec un score de 8,69. Si elle obtient le maximum (10) pour la liberté de d’aller et venir, la liberté d’association, d’expression et les libertés sociétales, son score est plus faible en ce qui concerne l’indépendance de la justice (6,8).

La dépendance du Parquet par rapport au pouvoir exécutif et l’absence d’un véritable pouvoir judiciaire expliquent ce score assez  faible. La Constitution de 1958, dans son titre VIII, utilise l’expression Autorité judiciaire et non Pouvoir judiciaire. Il s’agissait bien pour les constituants de ne pas octroyer à la justice un statut juridique équivalent à celui dont bénéficient le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. L’autorité judiciaire est une sorte de super service public bénéficiant d’une certaine indépendance, mais pas un véritable pouvoir autonome.

La justice administrative (contentieux avec les administrations), n’appartient d’ailleurs pas à l’autorité judiciaire. Depuis la Révolution de 1789, les litiges avec les pouvoirs publics ont été traités séparément, ce qui traduit la volonté de placer l’État au-dessus de la société.

Le score médiocre concernant la liberté religieuse (7,3) s’explique par la conception française de la laïcité, éloignée des normes anglo-saxonnes.

 

Étatisme historique

Ces constatations ne font que confirmer la propension des français à confondre la société et l’État. Nos concitoyens se tournent spontanément vers les politiciens et les administrations pour résoudre tout problème. Le pays s’étant construit autour de l’État depuis le Moyen Âge, ce sont des siècles de conditionnement étatiste qui limitent certaines libertés.

 

Commentaires (1)

Jean-Yves PEYRAT
  • 1. Jean-Yves PEYRAT | 11/07/2020
Excellent commentaire, dont les conclusions rejoignent celles de Nicolas LECAUSSIN et d'Agnès VERDIER-MOLIGNE.

Je vous invite à compléter cette analyse par le lecture de quelques essais :

Maurice DRUON : La France aux ordres d'un cadavre.

Charles GAVE : Des lions menés par des ânes

Raymond BOUDON : Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme

Bien à vous,

JYP

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