Pierre Puvis de Chavannes

 

Patrick AULNAS

 

Portraits

 

Pierre Puvis de Chavannes. Autoportrait (v. 1887)

Pierre Puvis de Chavannes. Autoportrait (v. 1887)
Huile sur toile, 56 × 47 cm, musée d’Orsay, Paris.

 

 

Auguste Rodin. Pierre Puvis de Chavannes (1890)

Auguste Rodin. Pierre Puvis de Chavannes (1890)
Bronze, 53 × 51 × 32 cm, 20 kg, Metropolitan Museum of Art

 

 

Biographie

1824-1898

Origine familiale et formation (1824-1851)

Pierre Puvis de Chavannes est issu d’une famille de la bourgeoisie lyonnaise. Né à Lyon le 14 décembre 1824, il est le fils de César Puvis de Chavannes (1785-1843), polytechnicien, ingénieur des mines, et de Marguerite Guyot des Vignes (1795-1841). Pour les générations antérieures, le patronyme de la famille était Puvis, mais l’utilisation de l’appellation de la terre familiale – Chavannes – a été autorisée par un jugement de 1859. Les ancêtres exploitant cette propriété étaient des vignerons.

Pierre est le cadet de quatre enfants, deux filles et deux garçons. Il commence ses études secondaires au collège Saint-Rambert à Lyon et les terminent au lycée Henri-IV à Paris en classe de philosophie en 1841-1842. Son père, qui aurait souhaité que son fils fasse l’École polytechnique, décède en 1843. Le jeune homme passe alors deux ans à Mâcon chez sa sœur Joséphine. En 1846, il fait un premier voyage en Italie et devient à son retour l’élève du peintre Henry Scheffer (1798-1862). Dès 1847, il quitte l’atelier de Scheffer et passe l’été à Mâcon où il rencontre le poète Alphonse de Lamartine (1790-1869), originaire de cette ville.

 

 

Pierre Puvis de Chavannes. L’Espérance (1871-72)

Pierre Puvis de Chavannes. L’Espérance (1871-72)
Huile sur toile, 71 × 82 cm, musée d’Orsay, Paris.

 

Après un second voyage en Italie en 1848, il devient pour quinze jours l’élève d’Eugène Delacroix (1798-1863) puis entre dans l’atelier de Thomas Couture (1815-1879), peintre du courant académique et l’un des professeurs les plus réputés de l’époque. Il reste quelques mois chez Couture puis, avec trois amis, loue un atelier à Paris où il travaille pendant trois ans.

 

La reconnaissance officielle (1851-1898)

Puvis de Chavannes commence à exposer au Salon de l’Académie des Beaux-arts en 1851 avec un Christ mort. Il réalise de nombreux portraits et, en 1854, son premier ensemble décoratif, Retour de l'enfant prodigue et Quatre Saisons, pour la salle à manger de la résidence campagnarde de son frère à Brouchy. De 1852 à 1859, Puvis de Chavannes fait chaque année des envois au Salon, qui sont tous refusés. Mais c’est pendant cette décennie qu’il trouve véritablement sa voie et en 1861, il présente au Salon deux panneaux monumentaux, Concordia (la paix) et Bellum (la guerre) qui rencontrent le succès. L’État français achète Concordia et l’artiste offre Bellum, qui lui fait pendant. Le musée de Picardie à Amiens conserve ces œuvres. D’autres grands panneaux décoratifs suivront pour ce musée, en particulier la peinture murale Pro Patria Ludus (Jeux patriotiques).

 

 

Pierre Puvis de Chavannes. Musée de Picardie à Amiens

Pierre Puvis de Chavannes. Musée de Picardie à Amiens
Pro Patria Ludus (1881)

 

Pierre Puvis de Chavannes. Ludus pro patria (v. 1883-89)

Pierre Puvis de Chavannes. Ludus pro patria (v. 1883-89)
Huile sur toile, 33 × 134 cm, Metropolitan Museum of Art, New York.

Réplique au format réduit du grand panneau du musée de Picardie

 

 L’allégorie, qui avait connu ses heures de gloire au cours des siècles précédents, n’intéressait plus les artistes novateurs à la fin du 19e siècle. La critique et les amateurs d’art célébraient le réalisme et l’impressionnisme. Les grands panneaux de Puvis de Chavannes apparaissent ainsi comme une tendance nouvelle qui renoue avec l’ambition classique d’idéalisation. Un nouveau courant prend naissance : le symbolisme.

La consécration permet au peintre de recevoir de nombreuses commandes de décors muraux. Il s’agit surtout de commandes publiques pour les musées et les bâtiments officiels. Eu égard à l’immensité de ces compositions, leur nombre est impressionnant. Outre le musée de Picardie à Amiens, le musée des Beaux-arts de Lyon, les hôtels de ville de Paris et de Poitiers, le Panthéon à Paris, le palais Longchamp à Marseille, le grand amphithéâtre de la Sorbonne et même la bibliothèque publique de Boston disposent de vastes panneaux de l’artiste. Ainsi, Le Bois Sacré (1886-89), décorant le grand amphithéâtre de la Sorbonne mesure 4,50 m de hauteur sur 25,60 m de largeur. Puvis de Chavannes commercialise également des répliques de petites dimensions de ses décors monumentaux, qui sont désormais conservées dans les musées du monde entier. Par exemple, le musée de Philadelphie conserve Concordia et Bellum, dont les originaux sont à Amiens.

 

 

Pierre Puvis de Chavannes. Concordia, la Paix (1867)

Pierre Puvis de Chavannes. Concordia, la Paix (1867)
Huile sur toile, 109 × 149 cm, Philadelphia Museum of Art.

 

Puvis de Chavannes devient une personnalité majeure de la peinture française de la fin de 19e siècle, cumulant les honneurs officiels et la profonde originalité créative. Il est fréquemment membre du jury du Salon, fonde avec d’autres la Société nationale des Beaux-arts en 1862 et en devient président en 1891. Cet organisme se donne pour objectif de promouvoir un art indépendant du Salon officiel. En 1867, Puvis de Chavannes reçoit l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur. Il est fait commandeur en 1890.

 

Marie Cantacuzène

 

Félix Nadar. La princesse Marie Cantacuzène (1855-60)

Félix Nadar. La princesse Marie Cantacuzène (1855-60)
Épreuve sur papier d’après un négatif sur verre au collodion, 20,8 × 15,3 cm, Bibliothèque nationale de France.

 

Cette princesse roumaine née en 1820 fut le grand amour de Pierre Puvis de Chavannes. Elle est la fille du prince Nicolas Cantacuzène, grand trésorier de Moldavie, et de son épouse, la princesse Pulcheria Sturdza. Ce sont des aristocrates libéraux et francophiles. Marie épouse dans sa jeunesse un cousin, Alexandru Cantacuzène-Deleanu, dont elle se sépare rapidement sans pour autant divorcer. Son père vivant une partie de l’année à Paris, elle y rencontre en 1854 le peintre Théodore Chassériau (1819-1856) avec lequel elle entretient une relation pendant deux ans, jusqu’à la mort de l’artiste. C’est dans l’atelier de Chassériau que Marie Cantacuzène rencontre Puvis de Chavannes. La passion est réciproque et la liaison dure quarante ans.

 

 

Théodore Chassériau. Marie Cantacuzène (1855-56)

Théodore Chassériau. Marie Cantacuzène (1855-56)
Gravure, musée Gustave Moreau, Paris.

 

Marie Cantacuzène fut à la fois la compagne et la muse du peintre. Il venait lui rendre visite dans son appartement parisien et elle passait le voir dans son atelier de Neuilly, tout en respectant l’indépendance à laquelle l’artiste était attaché. Elle lui servit de modèle et il réalisa son portrait. Leur mariage n’eut lieu que peu avant leur mort en 1898.

Marie Cantacuzène meurt le 29 août 1898 et Pierre Puvis de Chavannes trois mois plus tard, le 24 octobre 1898.

 

Œuvre

 

Puvis de Chavannes tient une place particulière dans la peinture de la fin du 19e siècle. Considéré a posteriori par les historiens comme l’initiateur du symbolisme, il n’appartient au cours de sa vie à aucun courant et souhaite conserver une totale indépendance. Il n’est pas du tout un artiste maudit, comme le prouvent les nombreuses commandes publiques qui lui sont adressées. Il fréquente les artistes de son époque et en est respecté. Il est proche de certains impressionnistes, en particulier Edgar Degas et Berthe Morisot.

 

 

Pierre Puvis de Chavannes. Le Rêve (1883)Pierre Puvis de Chavannes. Le Rêve (1883)
Huile sur toile, 82 × 102 cm, musée d’Orsay, Paris.

 

Ses voyages en Italie pendant sa jeunesse le conduisent vers une conception idéalisante de l’art, très éloignée des tendances émergentes de l’époque. D’un point de vue conceptuel, Puvis de Chavannes représente le prolongement du classicisme français, mais d’un point de vue formel, il rompt avec lui en s’affranchissant de la convention perspectiviste. Le sujet est pensé, la composition très réfléchie comme chez les classiques, mais la peinture est étalée en grands aplats. Toutes les couleurs sont atténuées et l’artiste n’utilise jamais de couleurs pures. Aucune narration ne peut être décelée dans ses œuvres car son ambition symboliste le porte vers une peinture onirique et poétique. Les toiles de Puvis de Chavannes ne sont pas, comme celles des impressionnistes, des analyses de la perception visuelle du réel, mais la représentation allégorique de la condition humaine dans sa diversité. La guerre, la paix, l’espérance, l’été, la pauvreté, le travail sont ainsi représentés de façon idéalisée. Le temps n’existe pas, il est suspendu car le peintre recherche un absolu signifiant et universel ne s’inscrivant pas dans une époque.

 

 

Pierre Puvis de Chavannes. L’été (1891-92)

Pierre Puvis de Chavannes. L’été (1891-92)
Huile sur toile, 190 × 271 cm, Cleveland Museum of Art.

 

L’œuvre comporte un grand nombre de décorations murales qui ne sont pas des fresques mais des peintures sur toiles marouflées, c’est-à-dire collées sur un panneau mural et lissées. La peinture de chevalet est également présente avec des créations spécifiques ou des répliques en petit format des décors muraux. Peu de paysages, mais quelques portraits réalisés principalement au début de la carrière du peintre, de très nombreux dessins.

Classé d’abord par la critique dans la catégorie des décorateurs, Puvis de Chavannes est aujourd’hui réhabilité par les historiens. Son influence notoire sur la peinture de Gauguin, Seurat, sur les nabis et même sur Picasso est désormais admise. Il s’agit donc d’un des plus grands peintres de la seconde moitié du 19e siècle.

 

Pierre Puvis de Chavannes. Cidre (v. 1864)

Pierre Puvis de Chavannes. Cidre (v. 1864). Huile sur papier marouflée sur toile, 130 × 252 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Les hommes sont occupés à moudre le grain tandis que les citoyens de tous âges préparent le cidre, l'une des boissons traditionnelles de la province de Picardie, dans le nord de la France. Ce tableau et La Rivière [ci-après] sont des études pour les côtés gauche et droit de la peinture murale de Puvis Ave Picardia Nutrix. Réalisées pour le tout nouveau musée de Picardie à Amiens en 1864, ces œuvres célèbrent les abondantes ressources naturelles de la région et son passé lointain, idéalisé. Les décorations de Puvis pour le musée ont lancé sa carrière en tant que peintre majeur de décors muraux pour les bâtiments de l'État français. » (Commentaire MET)

Pierre Puvis de Chavannes. La rivière (v. 1864)

Pierre Puvis de Chavannes. La rivière (v. 1864). Huile sur papier marouflée sur toile, 130 × 252 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Dans ce tableau, comme dans Cidre, Puvis affirme sa conception d’une peinture murale célébrant la province française de Picardie. Les hommes construisent un pont sur la Somme tandis que les femmes se baignent et réparent les filets de pêche. Leurs draperies mettent des accents de couleur vive sur les teintes douces du paysage. Les versions finales de Cidre et La Rivière font partie d’un cycle décorant le Musée de Picardie à Amiens. » (Commentaire MET)

Pierre Puvis de Chavannes. Concordia, la Paix (1867)

Pierre Puvis de Chavannes. Concordia, la Paix (1867). Huile sur toile, 109 × 149 cm, Philadelphia Museum of Art. « Ce tableau évoque les bienfaits sociaux de la paix, représentés dans un paysage idyllique, où des figures antiques se reposent ou se livrent à des tâches agréables, traire des chèvres ou ramasser des fruits. L'allégorie de l’abondance est tirée des descriptions de la quatrième églogue de Virgile portant sur un âge d'or, un avenir harmonieux où " sans y être invitées, les chèvres ramèneront au foyer leurs mamelles gonflées de lait ". Ce tableau est une version réduite d'une composition beaucoup plus grande extraite du premier projet de peinture murale publique de Puvis, qui comprenait quatre allégories de la condition humaine, dont la guerre, le travail et le repos, acquise par le gouvernement français pour décorer le musée de Napoléon à Amiens, en France. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Pierre Puvis de Chavannes. Bellum, la Guerre (1867)

Pierre Puvis de Chavannes. Bellum, la Guerre (1867). Huile sur toile, 109 × 149 cm, Philadelphia Museum of Art. « Ce tableau fait partie d'une série de quatre, chacun représentant un aspect de la condition humaine : la paix, la guerre, le travail et le repos. Ici, l'état de guerre apparaît dans un paysage sombre et stérile où des gens appauvris et affamés pleurent leurs morts, levant leurs yeux tristes vers le ciel.
Cette œuvre est une version réduite d'une peinture allégorique que Puvis a exécutée en 1861 pour l'escalier monumental du musée de Picardie à Amiens, France. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Pierre Puvis de Chavannes. Vue sur le château de Versailles et l'Orangerie (1871)

Pierre Puvis de Chavannes. Vue sur le château de Versailles et l'Orangerie (1871). Huile sur toile, 33 × 46 cm, musée d’Orsay, Paris. « Violemment hostile à la Commune de Paris, Puvis de Chavannes se réfugie à Versailles au cours du printemps 1871. Il y réalise son premier paysage pur, cette Vue sur le château de Versailles et l'Orangerie.
Un carnet de dessin, conservé par la Galerie nationale du Canada à Ottawa, montre que l'artiste aurait dans un premier temps souhaité composer une peinture d'histoire en y intégrant hommes et chevaux. Seules les tentes des soldats du gouvernement provisoire qui stationnent dans les jardins du château seront finalement conservées, ce qui donne à voir un paysage énigmatique, figé dans une immobilité minérale.
Ce tableau paisible est traité dans les teintes douces habituelles à l'artiste. Il est exempt de toute dimension dramatique ou allégorique, contrairement à deux autres œuvres pourtant contemporaines : Le pigeon et Le ballon, sombres évocations du siège de Paris par les prussiens durant l'hiver 1870-1871, également au musée d'Orsay. Tout porte à croire que Puvis de Chavannes a voulu se détacher un moment des hommes et des faits pour, comme il l'écrit à Berthe Morisot, " prend[re] un véritable bain de grandeur dans cet admirable et grandiose ensemble, dont la vue apaise en vous parlant d'une belle et noble France, et [où] on peut oublier un instant combien elle est aujourd'hui fourbe et empoisonnée". » (Commentaire musée d’Orsay)

Pierre Puvis de Chavannes. L’Espérance (1871-72)

Pierre Puvis de Chavannes. L’Espérance (1871-72). Huile sur toile, 71 × 82 cm, musée d’Orsay, Paris. « Pierre Puvis de Chavannes, fortement marqué par la guerre franco-prussienne, réalise plusieurs œuvres relatives à ces événements. Il expose notamment au Salon de 1872 une Espérance conservée aujourd'hui à la Walters Art Gallery de Baltimore. Le musée d'Orsay en possède une version réduite, réalisée également entre 1871 et 1872.
Le peintre représente l'Espérance sous les traits d'une jeune fille nue, assise sur un tertre recouvert d'une draperie blanche. Elle se détache sur un paysage de désolation où l'architecture en ruine et les croix de fortune des cimetières improvisés évoquent le conflit. Cependant, plusieurs éléments du tableau indiquent qu'une ère nouvelle, pleine de promesse, est là. Le brin d'olivier que tient la jeune fille symbolise la paix retrouvée tandis que la clarté que l'on devine derrière les collines évoque l'aube d'un jour nouveau. Les fleurs qui poussent au travers des cailloux du tertre témoignent également de cette renaissance. L'absence de tout détail historique donne à la peinture valeur de symbole universel.
La composition simplifiée de l'œuvre, l'utilisation de couleurs mates et l'absence de modelé sont caractéristiques de la manière de Puvis de Chavannes. Paul Gauguin, qui fut un grand admirateur du peintre, avait une reproduction de cette peinture à Tahiti, qu'il représente par ailleurs, en 1901, dans sa Nature morte à l'Espérance. » (Commentaire musée d’Orsay)

Pierre Puvis de Chavannes. L’Espérance (1872)

Pierre Puvis de Chavannes. L’Espérance (1872). Huile sur toile, 103 × 130 cm, Walters Art Museum, Baltimore. « Après la catastrophique guerre franco-prussienne de 1870-71, l’artiste peint ce tableau d’une jeune femme assise dans un paysage dévasté tenant une brindille de chêne comme symbole d’espoir pour le retour à la paix et à la prospérité. Ce tableau a été exposé au Salon de Paris de 1872. Une variante plus petite, montrant le sujet nu, se trouve au musée d’Orsay, à Paris. Puvis de Chavannes fut l’un des artistes les plus originaux de sa génération. Ses visions allégoriques, dans lesquelles les figures semblent flotter dans un paysage onirique, ont servi de point de départ à de nombreux artistes plus jeunes, tels que Paul Gauguin (1848-1903) et Henri Matisse (1869-1954). » (Commentaire Walters Art Museum)

Pierre Puvis de Chavannes. L’été (1873)

Pierre Puvis de Chavannes. L’été (1873). Huile sur toile, 350 × 507 cm, musée d’Orsay, Paris. Cette allégorie de l’été fut présentée au Salon de 1873. D’un point de vue thématique, le peintre renoue avec le classicisme, qui pouvait évoquer les saisons de façon allégorique, mais dans un contexte religieux. Nicolas Poussin y réussit brillamment (Les quatre saisons, l'été, 1660-64). Puvis de Chavannes abandonne la religion pour retrouver le paysage idéalisé antique où hommes, femmes et enfants apparaissent dans une parfaite harmonie avec le milieu naturel. Le paysage schématisé et la perspective aplatie permettent au peintre de mettre en valeur la gestuelle des personnages et d’insister sur leur sérénité et les liens d’affection qui les unissent. Ce rejet des conventions académiques ne sera pas compris dans un premier temps.

Pierre Puvis de Chavannes. Jeunes Filles au bord de la mer (1879)

Pierre Puvis de Chavannes. Jeunes Filles au bord de la mer (1879). Huile sur toile, 62 × 47 cm, musée d’Orsay, Paris. « L'esthétique et la manière d'aborder le sujet dans Jeunes filles au bord de la mer n'appartiennent ni à l’académisme, ni à l'impressionnisme. La simplicité de la composition, le dessin schématique des silhouettes, le petit nombre de couleurs, le relief rare, le manque de profondeur, l'aspect mat de la surface, la simplification générale et la neutralité du sujet inspiré de l'Antiquité avec le motif inattendu de la figure montrée de dos témoignent d'une vision poétique tout à fait originale. Cette approche a profondément marqué les contemporains et les générations suivantes jusqu'à Matisse et Picasso qui s'en sont directement inspirés. » (Commentaire Google Arts & Culture)

Pierre Puvis de Chavannes. Le pauvre pêcheur (1881)

Pierre Puvis de Chavannes. Le pauvre pêcheur (1881). Huile sur toile, 155 × 193 cm, musée d’Orsay, Paris. « Le Pauvre pêcheur est le premier tableau de Puvis de Chavannes à avoir été acheté par l'Etat. Mais l'œuvre, qui suscita de vives réactions lors du Salon de 1881, ne fut acquise qu'en 1887 à l'occasion de sa nouvelle présentation publique chez le marchand Durand-Ruel. Il aura donc fallu 6 ans pour qu'un musée national ose montrer ce tableau radical, si peu réaliste au regard des conventions de l'époque.
Sans trompe-l’œil, Puvis entendait donner une vision complète du dénuement et de la résignation en peignant un père veuf et ses deux enfants dans un paysage désolé. Le choix du pêcheur tient évidemment aux résonances bibliques du thème. En 1881, le caractère synthétique du tableau, son refus du modelé et de la perspective traditionnelle, son camaïeu verdâtre, dressèrent la plupart des critiques contre l'artiste.
L'écrivain Huysmans compara le tableau aux images de missel et aux vieilles fresques sans éclat ni profondeur. En revanche, certains artistes de la génération montante, de Seurat à Gauguin et Maurice Denis, pour ne pas parler de Picasso, devaient s'enthousiasmer pour le dépouillement extrême, poignant de cette image silencieuse. Puvis devenait l'éclaireur de la nouvelle peinture. » (Commentaire musée d’Orsay)

Pierre Puvis de Chavannes. La toilette (1883)

Pierre Puvis de Chavannes. La toilette (1883). Huile sur toile, 75 × 63 cm, musée d’Orsay, Paris. Le thème de la femme à sa toilette est un prétexte pour montrer la nudité féminine depuis la Renaissance. Il s’agissait en général de déesses antiques à cette époque. La fin du 19e siècle peut éluder le prétexte. Une femme nue aux longs cheveux blonds se fait coiffer par une servante. Les deux femmes ne se parlent pas mais semblent perdues dans leur rêverie. La composition au cadrage rapproché vise à faire participer l’observateur à cette scène d’intimité.

Pierre Puvis de Chavannes. Le Rêve (1883)

Pierre Puvis de Chavannes. Le Rêve (1883). Huile sur toile, 82 × 102 cm, musée d’Orsay, Paris. « Quand Le Rêve de Pierre Puvis de Chavannes est présenté au Salon des artistes français de 1883, le livret qui accompagne l'exposition précise le sujet représenté : "Il voit dans son sommeil, l'Amour, la Gloire et la Richesse lui apparaître."
Sous un beau clair de lune, un jeune homme, probablement voyageur comme le laisse supposer le baluchon à ses côtés, s'est endormi au pied d'un arbre. Trois jeunes femmes lui apparaissent en rêve, volant dans le ciel étoilé : la première, des roses à la main, évoque l'Amour, la deuxième brandit la couronne de laurier de la Gloire tandis que la dernière répand les pièces de la Fortune. Le paysage est évoqué dans une grande économie de moyens. Les formes des différentes composantes du paysage sont simplifiées à l'extrême et deviennent de grandes zones colorées en aplat.
Puvis de Chavannes utilise une palette réduite, aux tonalités sourdes, que seul le croissant de lune vient éclairer. Le peintre reprend, dans ce tableau de chevalet, le langage plastique des grandes compositions décoratives qui firent sa renommée. Etienne Moreau-Nélaton, grand admirateur de Puvis de Chavannes acquiert Le Rêve en 1899. Suite à la généreuse donation consentie par le collectionneur, le tableau rejoint les collections nationales dès 1906. » (Commentaire musée d’Orsay)

Pierre Puvis de Chavannes. Le Bois sacré cher aux arts et aux muses (1884)

Pierre Puvis de Chavannes. Le Bois sacré cher aux arts et aux muses (1884). Huile sur toile marouflée,  460 × 1040 cm, musée des Beaux-arts de Lyon. « Au début des années 1880, la ville de Lyon confie à Pierre Puvis de Chavannes la décoration de l'escalier monumental nouvellement créé dans l'angle sud-est du musée. Quatre compositions, peintes sur toile dans l'atelier, puis marouflées à leur emplacement définitif, forment l'un des plus beaux ensembles décoratifs réalisés par l'artiste et l'une des œuvres marquantes de la fin du XIXe siècle.
Comme toujours chez Puvis de Chavannes, la signification générale de l'œuvre est mûrement réfléchie. Au centre dans l'atmosphère crépusculaire du Bois Sacré, les neufs muses méditent et s'entretiennent, allongées, assises, debout ou volant dans la sereine lumière du soir. Devant un fragment de portique antique, se tiennent les trois figures de l'Architecture, de la Sculpture et de la Peinture. Le Bois sacré est le lieu intemporel et idéal de l'Art. » (Commentaire MBA de Lyon)

Grand amphithéâtre de la Sorbonne, Paris.

Grand amphithéâtre de la Sorbonne, Paris.

 

Pierre Puvis de Chavannes. Sorbonne. Le Bois sacré (1886-89)

Pierre Puvis de Chavannes. Le Bois sacré (1886-89). Huile sur toile marouflée,  450 × 2560 cm, grand amphithéâtre de la Sorbonne, Paris « Dans la clairière d'un bois sacré, au centre, sur un bloc de marbre, est, assise une figure symbolique de la Sorbonne. A ses côtés, deux Génies porteurs de palmes et de couronnes, hommage aux vivants et aux morts glorieux. Debout, l'Eloquence célébrant les conquêtes de l'esprit humain. Autour d'elle, les figures diverses de la Poésie. Du rocher où le groupe est assemblé, s'écoule la source vivifiante; la Jeunesse s'y abreuve avidement, la Vieillesse aux mains tremblantes y fait remplir sa coupe. A gauche, la Philosophie et l'Histoire ; la Philosophie représentée par la lutte du Spiritualisme et du Matérialisme en face de la Mort ; l'un confessant sa foi dans un élan d'ardente inspiration, l'autre démontrant sa pensée par l'étude de la fleur, image des transformations successives de la matière ; l'Histoire interrogeant les antiques débris du passé exhumé sous ses yeux. A droite la Science, la Mer et la Terre qui lui offrent leurs richesses ; la Botanique avec sa gerbe de plantes ; la Géologie appuyée sur un fossile ; les deux Génies de la Physiologie tenant l'un un flacon, l'autre un scalpel ; la Physique entrouvrant ses voiles devant un essaim de jeunes gens qui se vouent a son culte en lui offrant comme prémices de leurs travaux la flamme de l'électricité ; à l'ombre d'un bosquet, la Géométrie, figurée par un groupe absorbé dans la recherche d'un problème. » (Commentaire Jean-Pierre Dalbéra)

 

Pierre Puvis de Chavannes. La jeune mère (v. 1887)

Pierre Puvis de Chavannes. La jeune mère (v. 1887). Huile sur toile, 56 × 47 cm, musée d’Orsay, Paris. « Ce tableau figurait au catalogue de la première exposition monographique des œuvres du peintre qui s'ouvrit en 1887 dans les locaux de la galerie Durand-Ruel sous le titre La jeune mère. On le retrouve ensuite dans la collection Charles Pacquement, puis dans la collection Gould.
Durant ce court périple, il change de titre et s'intitule La Charité.
Il s'agit d'une scène automnale, où la nature se révèle en tons brun doré, qui réunit au premier plan à droite une jeune mère, ses enfants et un chien ; deux arbres sont au centre de la composition et un fleuve au cours tranquille les sépare d'une plaine - plantée de quelques jeunes baliveaux et de deux bâtisses d'inspiration italienne - qui s'élève jusqu'à l'horizon.
Un subtil équilibre s'instaure entre tons chauds et froids, qui s'échelonnent selon quatre bandes horizontales superposées du premier plan à l'infini, de part et d'autre du motif central traité dans une gamme de bruns sombres relevés de touches jaune orangé.
Par un procédé de réutilisation et transposition partielle de motifs fréquent chez Puvis de Chavannes, cette scène intimiste s'inspire d'un détail situé au premier plan et au centre de la grande toile du Salon de 1873 : L'Eté (Paris, musée d'Orsay), y ajoutant cependant l'image du chien et du couffin, recréant ainsi un microcosme en hommage à l'image maternelle au sein d'une nature sereine. » (Commentaire musée d’Orsay)

Pierre Puvis de Chavannes. Ludus pro patria (v. 1883-89)

Pierre Puvis de Chavannes. Ludus pro patria (v. 1883-89). Huile sur toile, 33 × 134 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Ludus pro patria ou Jeux patriotiques. « L’évocation par Puvis de la France antique montre de jeunes athlètes s’entraînant avec des piques, l’arme traditionnelle de la région Picarde, réputée être à l’origine du nom de la province. Un homme a jeté sa lance en l’air et se prépare à l’attraper – un rare moment de spontanéité dans l’œuvre de Puvis. Cette œuvre est une réplique au format réduit d’une peinture murale que le peintre a achevée en 1882 et installée en 1888 au musée de Picardie à Amiens. L’exposition et la vente de telles « réductions » ont contribué à faire connaître les commandes décoratives monumentales de l’artiste et à augmenter ses revenus. » (Commentaire MET)

Pierre Puvis de Chavannes. Le chant du berger (1891).

Pierre Puvis de Chavannes. Le chant du berger (1891). Huile sur toile, 105 × 110 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. « Puvis a adapté cette composition d’une peinture murale qu’il a réalisée pour le Musée des Beaux-Arts de Lyon. Le berger jouant de la flûte et les figures drapées rendent hommage à la poésie et à la grâce de l’antiquité classique, que Puvis vénérait comme la quintessence de la beauté. Leurs poses convenues et leur comportement absorbé confèrent à la scène une atmosphère de sérénité onirique. Les couleurs pâles, la modélisation minimale et les détails limités produisent un effet de grande simplicité et de retenue. L'œuvre de Puvis a inspiré de nombreux jeunes artistes avides d'alternatives à l'impressionnisme, dont Paul Gauguin et Georges Seurat. » (Commentaire MET)

Pierre Puvis de Chavannes. L’été (1891-92)

Pierre Puvis de Chavannes. L’été (1891-92). Huile sur toile, 190 × 271 cm, Cleveland Museum of Art. « Ce tableau est une réplique plus petite d’une peinture murale sur le même thème peinte pour l’Hôtel de Ville de Paris, où se trouve un pendant intitulé L’hiver. Un écrivain de l’époque décrivait L’été comme " rempli de joie, de bonheur, de repos et d’éloge de la vie ". Georges Seurat, Paul Gauguin et Pablo Picasso étaient parmi les nombreux novateurs influencés par les thèmes oniriques de Puvis de Chavannes et son style antinaturaliste aux formes simplifiées et aplaties. » (Commentaire Cleveland Museum of Art)

Pierre Puvis de Chavannes. Inter artes et naturam (1890-95)

Pierre Puvis de Chavannes. Inter artes et naturam (1890-95). Huile sur toile, 40 × 114 cm, Metropolitan Museum of Art, New York. Entre art et nature. « Dans un bosquet surplombant la Seine, des personnages peignent des céramiques et fouillent des fragments architecturaux tandis que, sur la droite, des étudiants en art observent. Cet hommage à l’effort créatif est une copie à petite échelle du panneau central d’un triptyque que Puvis a peint pour le musée des Beaux-Arts de Rouen. Son camarade, le sculpteur Auguste Rodin, a loué la " douce sérénité " de scènes comme celle-ci, " des paysages sublimes dans lesquels la nature sacrée nourrit une humanité aimante, sage, digne et pure " ». (Commentaire MET)

 

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Pierre Puvis de Chavannes