Gaspard Dughet

 
 
 

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Biographie

1613-1675

Gaspard Dughet est né à Rome le 7 juin 1613. Il est le fils de Jacques Dughet, pâtissier d’origine parisienne installé à Rome et marié à une italienne. C’est sa rencontre avec Nicolas Poussin qui infléchit son destin. Voici la suite des évènements.

Poussin arrive à Rome au printemps 1624. Inconnu à cette date, ses conditions de vie sont particulièrement difficiles. A la fin de la décennie 1620, il tombe gravement malade et doit être hospitalisé. A sa sortie d’hôpital, il est accueilli par Jacques Dughet, qui a trois enfants : Anna-Maria (vers 1605-1664), Gaspard, le futur peintre, et Jean (né en 1614).

Anna-Maria devient l’épouse de Nicolas Poussin le 18 octobre 1629. Le couple n’eut pas d’enfants, mais Poussin adopta les deux jeunes frères d’Anna-Maria. Gaspard Dughet fut couramment appelé par la suite Gaspard Poussin ou Le Guaspre Poussin.

L’influence d’un génie de la peinture comme Poussin fut décisive et les deux frères devinrent tous deux des artistes. Jean fut graveur et Gaspard peintre de paysages. Vivant au domicile de sa sœur et de Nicolas Poussin jusqu’à environ 1635, Gaspard reçut les leçons du grand artiste pendant cinq ans. Il se spécialisa rapidement dans la peinture des paysages de la campagne romaine et devint, avec son contemporain Salvator Rosa (1615-1673), l’un des artistes les plus appréciés de cette spécialité.

 

Gaspard Dughet. Paysage italien (1638-40)

Gaspard Dughet. Paysage italien (1638-40)

Huile sur toile, 68,5 × 95 cm, Rikjsmuseum, Amsterdam

 

Gaspard Dughet ne quitta jamais l’Italie mais y voyagea beaucoup car sa réputation lui procurait des commanditaires de la haute aristocratie dans de nombreuses villes : Pérouse, Florence, Naples. Son œuvre ne comporte pas uniquement des huiles et des dessins, mais aussi des fresques. A partir de 1646, il décore les murs de la basilique San Martino ai Monti à Rome, pour l’ordre des Carmes. Vers 1650, il travaille au palais Doria-Pamphili. Enfin, en 1667-1668, il se consacre à la décoration murale d’un appartement du Palais Colonna à Rome.

 

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée, détail (1646-51)

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée, détail (1646-51)

Peinture à fresque, basilique San Martino ai Monti, Rome

 

En dehors des voyages, Gaspard Dughet partageait son temps entre Rome, Tivoli et Frascati. Il avait loué quatre maisons pour pouvoir commodément séjourner dans ses lieux favoris. Tivoli, cité romaine de l’Antiquité, conservait de nombreux vestiges. Le lieu permettait aux peintres de trouver l’inspiration pour les paysages avec ruines qui étaient particulièrement appréciés. Il en est de même pour Frascati où l’aristocratie romaine de l’Antiquité se faisait construire de superbes villas.

Dughet est mort à Rome le 27 mai 1675.

 

Gaspard Dughet. Paysage dans la campagne romaine (après 1670)

Gaspard Dughet. Paysage dans la campagne romaine (après 1670)

Huile sur toile, 73 × 98,4 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres

 

Œuvre

Célèbre de son vivant et au 18e siècle, Gaspard Dughet fut quelque peu oublié ensuite, comme d’autres grands artistes du paysage classique. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des maîtres du genre. Élève de Nicolas Poussin, influencé par Claude Lorrain, qui vivaient tous deux à Rome, il ne les égale pas. Moins cérébral que Poussin, Dughet emprunte parfois à la peinture flamande ou hollandaise par le souci du détail exact.

 

Gaspard Dughet. Paysage de montagne avec menace d’orage (1638-39)

Gaspard Dughet. Paysage de montagne avec menace d’orage (1638-39)

Huile sur toile, 145 × 221 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres

 

Dughet était un grand technicien, capable de peindre vite et pouvant donc produire un grand nombre de tableaux, parfois très répétitifs. On prétend qu’il pouvait réaliser une huile en un jour.

Au fil du temps, ses compositions deviennent plus rigoureuses et sa maîtrise de la lumière s’affirme. Mais malgré l’ordonnancement plus strict, Dughet ne parvient pas à la pureté classique de Poussin ou de Lorrain. Selon la critique contemporaine, son travail comporte une tentation romantique, que l’on perçoit nettement dans Les chutes de Tivoli.

 

Gaspard Dughet. Les chutes de Tivoli (v. 1661)

Gaspard Dughet. Les chutes de Tivoli (v. 1661)

Huile sur toile, 99 × 82 cm, Wallace Collection, Londres

 

Les œuvres de Gaspard Dughet, comme celles de Claude Lorrain, étaient très appréciés des collectionneurs anglais, aussi bien au 17e siècle qu’au 18e. Les musées britanniques sont donc très riches en tableaux du peintre.

 

Huiles sur toile

Gaspard Dughet. Aminta sur le point de sauver Silvia (1533-35)

Gaspard Dughet. Aminta sur le point de sauver Silvia (1533-35). Huile sur toile, 99 × 136 cm, Art Gallery of South Australia, North Terrace Adelaide. Aminta est une fable pastorale écrite par Le Tasse en 1573. Aminta est un berger qui tombe amoureux de la nymphe Silvia. Alors que Silvia se baigne, elle est agressée par un satyre. Aminta intervient et la sauve. Les péripéties se poursuivent ensuite parce que Silvia s’enfuit sans remercier Aminta. La composition, simple et robuste, conjugue la verticalité des arbres et l’étagement de plans horizontaux (massif forestier vert et brun, reliefs lointains gris bleuté, ciel).

 

Gaspard Dughet. Paysage avec saint Jérôme et le lion (v. 1638)

Gaspard Dughet. Paysage avec saint Jérôme et le lion (v. 1638). Huile sur toile, 122 × 178 cm, Museum of Fine Arts, Boston. Selon la légende, Jérôme de Stridon (vers 347-420) se serait retiré dans le désert pour faire pénitence. Dans La Légende dorée (1261-1266) Jacques de Voragine raconte qu’il y aurait rencontré un lion blessé à la patte par une épine. Le lion laisse Jérôme le soigner et il devient l’animal de compagnie du saint. Cette scène a inspiré un certain nombre de peintres.

 

Gaspard Dughet. Paysage de montagne avec menace d’orage (1638-39)

Gaspard Dughet. Paysage de montagne avec menace d’orage (1638-39). Huile sur toile, 145 × 221 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres. L’influence hollandaise est ici particulièrement nette puisqu’il s’agit de représenter un phénomène naturel avec un souci du détail exact (le tronc brisé, l’arbre plié par le vent). On pense à Meindert Hobbema, par exemple Paysage orageux (1663-65).

 

Gaspard Dughet. Paysage italien (1638-40)

Gaspard Dughet. Paysage italien (1638-40). Huile sur toile, 68,5 × 95 cm, Rikjsmuseum, Amsterdam. L’influence de Poussin et de Lorrain apparaît dans ce paysage idyllique avec figures vêtues à l’antique. Le jeune artiste (il a 25 ans) maîtrise parfaitement la composition asymétrique comportant un arbre majestueux sur la droite et une trouée lumineuse à gauche. La lumière provenant de l’arrière-plan se retrouve dans certaines compositions antérieures de Claude Lorrain, par exemple La fuite en Égypte (1635)

 

Gaspard Dughet. Paysage avec Madeleine pénitente (v. 1660)

Gaspard Dughet. Paysage avec Madeleine pénitente (v. 1660). Huile sur toile, 76 × 130 cm, musée du Prado, Madrid. « Dans un beau paysage, plein de lumière et de détails raffinés et authentiques tirés du vaste répertoire offert par la nature, avec à l’arrière-plan quelques bâtiments, la figure de Marie-Madeleine apparaît sur le côté, contemplant une croix, presque en extase, avec un livre devant elle. L’œuvre prouve non seulement la virtuosité de l'auteur à concevoir et interpréter le sujet, mais aussi sa capacité aiguë d'observation pour capter une ambiance. La sobriété classique est abandonnée et la nature retrouve toute sa vitalité, presque sans être soumise à des règles a priori : un dynamisme baroque rénové apparaît et l'auteur semble enchanté de sa nouvelle découverte, comme si jusque-là il avait été contraint de peindre selon des canons qui lui étaient imposés et que désormais il se libérait d'un fardeau si inconfortable. » (Commentaire musée du Prado texte extrait de Claudio de Lorena y el ideal clásico de paisaje en el siglo XVII, Museo del Prado, 1984)

 

Gaspard Dughet. Les chutes de Tivoli (v. 1661)

Gaspard Dughet. Les chutes de Tivoli (v. 1661). Huile sur toile, 99 × 82 cm, Wallace Collection, Londres. Dughet réalise dans les environs de Rome des esquisses à l'huile prises sur le vif en vue de ses compositions en atelier. Il avait loué quatre maisons dans les environs de Rome pour étudier le paysage tout à loisir. L'une d'elle était située à Tivoli, ancienne cité antique, réputée pour ses monuments et ses chutes. Les paysages de Dughet, combinant classicisme et naturalisme exigeant, étaient très appréciés des collectionneurs.

 

Gaspard Dughet. Paysage avec figures près d’un étang (1670-75)

Gaspard Dughet. Paysage avec figures près d’un étang (1670-75). Huile sur toile, 97 × 133 cm, Pictures Gallery, Buckingham Palace, Londres. « [Gaspard Dughet] s’est inspiré de la nature mais ses paysages sont soigneusement structurés et les figures habillées à l’antique suggèrent la beauté classique d'un paysage célébré par Virgile. Sa réputation était particulièrement forte au dix-huitième siècle et Frédéric, prince de Galles, fit l'acquisition de quatre de ses peintures majeures.
Les figures pastorales et le lourd feuillage luxuriant de ce paysage montrent l’évolution de Dughet du naturalisme vers le grand style classique, correspondant à sa période dite Poussinesque. Ce tableau rappelle l’atmosphère de certains paysages de Poussin comme Homme effrayé par un serpent (1648, National Gallery). » (Commentaire Buckingham Palace)

 

Gaspard Dughet. Paysage dans la campagne romaine (après 1670)

Gaspard Dughet. Paysage dans la campagne romaine (après 1670). Huile sur toile, 73 × 98,4 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres. Avec cette vaste perspective, Dughet atteint la plénitude de ses moyens. Encadrée par deux arbres au premier plan, la composition met en évidence la profondeur du paysage par l’utilisation de la perspective atmosphérique (dégradé de blancs à l’horizon) et respecte la sagesse chromatique qu’exigeaient les classiques. Seule une figure laisse apparaître un contrepoint rouge, le reste baignant dans les verts profonds et les marrons.

 

Gaspard Dughet. Village près d’un lac (17e s.)

Gaspard Dughet. Village près d’un lac (17e s.). Huile sur toile, 49 × 61 cm, Dulwich Picture Gallery, Londres. La datation des œuvres de Dughet pose problème du fait de la répétition de sujets très proches. Il a peint et repeint les environs de Rome avec des variations stylistiques notables que seuls les spécialistes du peintre peuvent apprécier avec finesse.

 

Gaspard Dughet. Vue de Tivoli (17e s.)

Gaspard Dughet. Vue de Tivoli (17e s.). Huile sur toile, 31 × 46,5 cm, collection Molinari Pradelli, Bologne. De nombreux tableaux de Dughet l’éloignent de la rigueur classique de Poussin. Certaines œuvres plus naturalistes ne sont pas datées, en particulier des vues de Tivoli qui montrent l’intérêt du peintre pour la nature vierge, non reconstituée. Le temple circulaire en ruine de Tivoli, au sommet d’un abrupt rocheux, constitue un paysage de type romantique qui a inspiré plusieurs artistes.

 

Gaspard Dughet. Environs de Rome ou de Tivoli (17e s.)

Gaspard Dughet. Environs de Rome ou de Tivoli (17e s.). Huile sur toile, 60 × 74 cm, musée Thomas Henri, Cherbourg-Octeville. Ce tableau, non daté par le musée Thomas Henri, est particulièrement intéressant pour apprécier l’étendue des variations stylistiques de Dughet. La succession rigoureuse des plans horizontaux (herbage, étang, construction, montagnes, ciel) et la géométrisation appuyée de l’édifice rappellent certains tableaux de Sébastien Bourdon, par exemple Paysage à l’épitaphe (musée Fabre, Montpellier, également non daté). Bourdon est un contemporain de Dughet qui a séjourné à Rome de 1634 à 1637.


 

Fresques

Les fresques de la basilique San Martino ai Monti, Rome (1646-1651)

Ces fresques illustrent des épisodes de la vie d’Élie et Élisée, prophètes dont la vie est relatée dans l'Ancien Testament. A cette époque, les rois d'Israël, successeurs de Salomon, s'adonnaient à l'idolâtrie et à la débauche. Selon le récit biblique, Élie et Élisée consacrèrent leur vie à les détourner du culte des divinités étrangères, Baal et Astarté, pour retrouver le seul vrai Dieu. Dughet évoque des scènes de la vie de ces prophètes tout en mettant l’accent sur le paysage qui les environne.

« Gaspard Dughet fait alterner dans ses fresques de l'église San Martino ai Monti, l'un des plus beaux ensembles décoratifs paysager de XVIIe siècle, des scènes panoramiques, aux paisibles horizontales, évoquant l'immensité ouverte d'une nature sauvage, avec des morceaux plus étroits, construits autour d'un chemin tortueux montant entre arbres et rochers » (Alain Mérot, Du paysage en peinture)

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée, détail (1646-51)

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée (1646-51). Peinture à fresque, détail, basilique San Martino ai Monti, Rome.

 

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée, détail (1646-51)

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée (1646-51). Peinture à fresque, détail, basilique San Martino ai Monti, Rome.

 

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée, détail (1646-51)

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée (1646-51). Peinture à fresque, détail, basilique San Martino ai Monti, Rome.

 

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée, détail (1646-51)

Gaspard Dughet. Scènes de la vie d'Elie et Elisée (1646-51). Peinture à fresque, détail, basilique San Martino ai Monti, Rome.

 

Fresques de palais Colonna, Rome (1667-1668)

Sous l’impulsion du cardinal Girolamo Colonna (1604-1666) commença au milieu du 17e siècle la rénovation de l’ancestral palais de la puissante famille Colonna. La modernisation de l’intérieur débuta par l’Appartamento Estivo (appartement d’été) situé au rez-de-chaussée. L'architecture peinte est l'œuvre de Giovanni Battista Magno, Entre les colonnes, Gaspard Dughet a réalisé quatorze paysages arcadiens ou marins simulant une ouverture.

Palais Colonna, Appartamento Estivo (1667-68)

Palais Colonna, Appartamento Estivo (1667-68)

 

Gaspard Dughet. Palais Colonna, Appartamento Estivo, paysage de campagne (1667-68)

Gaspard Dughet. Palais Colonna, Appartamento Estivo, paysage de campagne (1667-68). Peinture à fresque.

 

 

Dessins

Gaspard Dughet. Bâtiments de ferme dans un paysage, avec deux personnages (17e s.)

Gaspard Dughet. Bâtiments de ferme dans un paysage, avec deux personnages (17e s.). Dessin à la plume sur papier, rehaut de blanc, encre brune et lavis brun, 20,6 × 27,5 cm, musée du Louvre, Paris.

 

Gaspard Dughet. Paysage montagneux avec des pêcheurs au bord d'un lac (17e s.)

Gaspard Dughet. Paysage montagneux avec des pêcheurs au bord d'un lac (17e s.). Crayon noir, lavis, encre de chine, 27,8 × 24,2 cm, musée du Louvre, Paris.

 

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